dimanche 7 août 2016

Mais il s'agit bien d'une cérémonie



Si nous avions l'occasion de ne voir qu'une seule carte postale de cette église d'Arnouville-lès-Gonesse, on pourrait bien se tromper sur sa forme et son sens. On y voit un immense et isolé clocher, montant tout pointu dans un ciel gris avec seulement les ouvertures pour les cloches comme des ouïes de poisson pour rompre sa régularité.
Une sorte de pyramide extrêmement étirée qui doit certainement vouloir, comme tous les clochers, affirmer la présence de l'église dans le paysage dont elle est souvent l'élément architectural le plus haut et le plus fier. Au pied, ce qui pourrait être une architecture assez indigente et peu subtile dont seule l'icône sur un mur crépi tente de donner un peu de joie et place l'ensemble comme religieux.
Mais voilà, nous ferions une erreur.
Car, regardons maintenant cette autre carte postale, encore une photographie de Bellon, on voit tout autre chose !



Une immense visière de casquette pointue, ourlée de bois laisse passer une grande verrière et l'entrée de l'église. Hypertendue, touchant aux pointes le sol, il ne fait aucun doute que cette forme faite de courbes se contredisant pour tenir, est très moderne et revendique de façon affirmée cette modernité, rompant avec les formes traditionnelles tout en étant parfaitement dans le style Vatican 2. Derrière, le clocher pointe, offrant sa verticale au dessin un rien écrasé sur le sol.
Audace, beauté, expressivité et élan, une somptueuse église moderne comme nous les aimons sur ce blog. On remarquera que Monsieur Bellon, le photographe choisit une lumière basse qui étire les ombres en laissant un ciel blanc sans doute un peu retenu au tirage.
Entrons :



Excusez-moi mais il s'agit bien d'une cérémonie.
Les architectes messieurs Debré, Serraz et Small ont bien travaillé leur charpente ! Toutes les lignes convergent vers l'autel, entraînent le regard vers le lieu de l'élan spirituel, ne laissant aucune chance au visiteur de ne pas viser littéralement le Christ en croix. Comme les flèches d'un Saint-Sébastien, les poutres dirigent avec force notre regard et le triangle aménagé pour tenir ce lieu sacré ajoute à l'élévation. C'est d'une grande tenue, d'une beauté sidérante, celle du ciel. L'autel semble au fond de l'image comme tenu dans un minuscule espace, un coin, qui sert à une forme d'intimité.
On voit bien ici, comment c'est la structure même de l'église qui fonde sa mise en espace, son décor si on veut. La structure du toit, de la tente primitive, du dais au-dessus du ciel du désert est ici offerte comme outil pour saisir le sens spirituel de cet espace commun. Cette solidité discrète car simple à sa fonction fait bien toute la place nécessaire à la réunion de l'église et à la nécessaire cérémonie qui l'anime. Pourtant, dans le silence de cette photographie, dans l'absence des fidèles, dans ce que l'on pourrait nommer un vide, se tient seule l'architecture.
Comment ne pas s'en réjouir ? Et nous n'avons pas eu besoin des petits photographes contemporains pour nous en rendre compte, le voir et surtout, au travers de cette carte postale, de cette photographie, le vivre.
Nous remercierons donc les photons organisés par les architectes Debré, Serraz et Small d'être venus frapper le plan sensible du photographe Bellon.
Bon dimanche à tous.

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