mardi 24 mai 2016

Les frères, pareils, les pères, de même.

 - Mais Putain, mais laisse-moi bordel !
 - Allez quoi fais pas ta chochotte ! Montre ! Quoi !
 - Oh oh mais qu'est-ce qui ce passe là-dedans ?
Alvar venait d'entrer furieux dans la chambre de Jean-Jean et Mitica. Il trouva les deux adolescents sur le lit complètement retourné de Jean-Jean, celui-ci brandissant dans sa main un morceau de papier froissé que le père eut du mal à reconnaître d'emblée comme une carte postale.



 - Ba, c'est Jean, qui fait chier, il veut absolument me prendre ma carte !
 - Non mais ! C'est pour ça que vous faites ce foutoir ? Et tu me parles autrement s'il te plaît ! Mais quelle carte d'abord ? Celle-là ? demanda Alvar en pointant du doigt celle que Jean-Jean avait dans sa main.
 - Ouais, celle-là, c'est celle de mon adoption... Affirma Mitica.
 - Jean-Jean ! Rends à ton frère sa carte postale et faites un peu moins de bruit, non mais sérieusement...
Jean-Jean tendit la carte à son frère et au moment même ou Mitica voulut la saisir, il recula sa main dans ce jeu enfantin. Alvar, d'un geste rapide, saisit l'objet de discorde et rendit la carte à Mitica.
 - C'est vrai que c'est une carte de son adoption ? Demanda soudainement sereinement Jean-Jean.
 - Ba oui Ducon, tu crois que je pourrais plaisanter avec ça... rétorqua immédiatement Mitica.
 - Oui, en effet c'est la carte que nous reçûmes de sa mère pour préparer notre venue. Ton frère a raison. Regarde. Ici au stylo la mère biologique de Mitica avait fait un cercle pour nous indiquer la chambre où elle serait pour le rendez-vous mais ce n'était pas sa maison, juste une chambre d'hôtel payée par l'agence d'adoption.
 - Pourquoi dans un hôtel ? demanda Jean-Jean qui se calma et devenait très curieux.
 - On ne sait pas, mais je crois pour un peu camoufler les conditions de vie des parents, je pense.
 - Tu avais quel âge ? demanda Jean-Jean à Mitica.
 - Ba tu sais bien non Ptit Frère ? On t'a déjà raconté non ? T'écoute pas ? J'avais... euh...
 - Il avait deux ans, répondit Alvar. Il était tout petit et toi Jean-Jean tu n'étais pas né ni même au programme !
 - Mouais...Enfin, je me rappelle quand vous m'avez annoncé que j'aurais un petit frère, reprit Mitica.
 - Oui ? Vraiment ? Alvar était surpris qu'il puisse s'en souvenir.
 - Oui, j'étais vachement heureux, je me rappelle aussi que vous m'aviez acheté une voiture téléguidée, ce même jour.
 - Oh l'autre ! Tu te souviens ? Jean-Jean était incrédule.
 - Ouais... j'avais quoi trois ans. À ce moment ça me plaisait d'avoir un frangin, si on m'avait dit que ça serait un gars de ton genre, j'aurais demandé à retourner en Roumanie ! À peine avait-il fini sa phrase que Mitica et Jean-Jean partirent à rigoler et se roulèrent ensemble sur le lit.
 - Bon... je ne sais pas comment je dois prendre tout ça, rétorqua Alvar, bien certainement, vu vos rires... Mais je fais quoi moi de cette carte postale ?
 - Oh le roumain le roumain le roumain, il va rentrer chez lui le roumain le roumain !
 - Oh ta gueule toi le Jean Jean le Jean Jean le Jean Jean, avec un prénom pareil tu pourras aller nulle part ! Les deux adolescents repartirent de plus belle dans une franche rigolade.
 - Non, mais vous allez tout de même me surveiller votre langage, non mais on n'est pas dans la cour du lycée ici et puis rangez-moi ce bordel et...
 - Bordel ? Oh oh ! t'as dis bordel Papa ! Si si t'as dis bordel ! Papa ! rétorqua Mitica.
 - Bordel, bordel, bordel bordel ! Appuya Jean-Jean.
 - Je ne me souvenais plus que ta mère biologique avait écrit au dos de cette carte.
Au moment précis où Alvar formula cette dernière phrase, Mitica stoppa de jouer avec son frère. Le silence se fit dans la chambre. Mitica reprit la carte postale de la main de son père puis essaya de lire le texte qui était écrit en roumain.
 - J'y arrive pas, je peux pas lire l'écriture de cette mère-là, lâcha Mitica assombri.
 - Je peux te dire à peu près le contenu mais pas l'exacte phrase. Elle donne l'adresse, et indique aussi le moment. Je me souviens que l'agence nous avait traduit sur place. Émilie ? Émilie ?
Alvar appela la mère des deux adolescents.
 - Oui ? Quoi Alvar ?
 - Tu te souviens de la traduction de la carte postale de Mitica, tu sais celle que sa mère nous avait envoyée pour le rendez-vous ?
 - Non... il y était juste question du jour et du lieu je crois et elle avait entouré au stylo sa chambre. La carte postale doit être rangée dans les papiers d'adoption, dans ton bureau, tiroir de gauche, répondit Émilie qui ne savait pas ce qui se tramait dans la chambre des adolescents.
 - Oh purée, ba t'es mal mon gars ! Affirma Jean-Jean à son frère, comprenant que ce dernier avait fouillé dans les affaires de son père.
 - ..... ba.... désolé... mais.... bredouilla Mitica.
 - Tu voulais savoir et la revoir encore une fois ? C'est normal, mais tu peux demander, mon gars, tu sais. C'est ton histoire, il n'y a pas de secret, reprit immédiatement Alvar en s'asseyant sur le rebord du lit entre les deux adolescents.
 - J'ai deux fils. Deux. Deux en entier. Deux petits mal élevés, deux petits imbéciles, deux petits trous du cul... qui m'épuisent parfois...
Les deux adolescents restèrent bouche bée à l'énoncé de cette phrase et à la complicité que cela induisait.
 - Qu'est-ce que tu dis Alvar ? demanda Émilie ? J'entends pas depuis le salon...
 - Il dit "trou du cul" reprit Jean-Jean.
 - Ouais Maman ! Papa il a dit "trou du cul" ! Affirma à son tour Mitica.
Et les trois hommes de la maison partirent à rire. Alvar préféra, d'un petit coup de pied, fermer la porte de la chambre.

 



 

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