mardi 17 avril 2018

Maneval is Hard, French and Douillet too.

Il y a des architectes dont l'œuvre est souvent résumée par l'histoire à une seule création. C'est le cas de Bernard Schoeller et de sa piscine Tournesol ou, maintenant de Jean-Benjamin Maneval et de sa fameuse Bulle six coques.
Pourtant l'un comme l'autre ont eu une carrière avant et après cette création que souvent on oublie tant cette dernière, devenue fétiche, occulte le reste.
Il suffit parfois de retourner une carte postale pour saisir cette question et soudain élargir le champ de vision et donc d'analyse sur un parcours professionnel.
D'abord, tombons amoureux d'une image :


Voilà.
Parfait.
Exactement la raison d'être de ce blog. Ciel bleu, personne ou presque (regardez bien) des tours somptueuses posées là, et un soleil au zénith qui ne fait que de l'ombre sous les automobiles. Une sorte de paradis étrange, une veduta digne de Piranèse. (merci Monsieur Chaslin)
Concentrons-nous sur les deux tours. Le jeu plastique de la façade se résume à une alternance de lignes blanches et noires étirant les tours vers le haut. On remarque qu'aucune des fenêtres n'est ouverte comme si les bâtiments étaient vides ou occupés par des membres d'une secte refusant le monde. Est-ce un moment précis de la construction, juste avant la livraison aux habitants ? Admirons la propreté presque effrayante des rues et des trottoirs, implacable hygiénisme urbain qui donne à cette carte postale Combier toute sa force expressive.
Mais au fait... Où sommes-nous ?
Nous sommes à Epinay-sous-Senart devant ce que l'éditeur appelle les nouvelles résidences. L'éditeur Combier nous offre même le nom des architectes, Messieurs Maneval et Douillet mais il oublie son photographe... Dommage... On connaît bien ce duo sur ce blog. Il nous faudra retourner à Châtellerault ou à Mourenx. Mais, bien évidemment, le surgissement d'un tel modèle dont l'analyse architecturale depuis cette image ne peut que se résumer à ses façades, son implantation et son prospect, ne laisse rien voir de la qualité des logements et du comment on habite là. Rien. On s'étonne d'autant plus que, au moins pour Jean-Benjamin Maneval, une forme aussi crue, aussi marquée par son époque ait pu quelques années après laisser place à une forme aussi débridée que la Bulle six coques. N'oublions tout de même pas que le duo Maneval et Douillet ont aussi réalisé Mourenx qui est bien plus proche de ce type de production et d'une très grande qualité urbaine et architecturale.
Mais quoi ? Ici, rien de de cette fantaisie débridée d'une architecture mobile (à part la grue qui a monté les immeubles), ici rien de la légèreté du plastique moulée, rien d'une dispersion spatiale, d'un éclatement en grappe. Tout tient dans la perfection formelle d'un Hard French assumé, raide, solide, droit. Peut-être faudrait-il revoir l'histoire de la carrière de Jean-Benjamin Maneval à l'aune de cet héritage de tours et de barres et ralentir un peu la frénésie sur la Bulle six coques ?
Nous pouvons aussi interroger l'éditeur de la carte postale qui n'est pas, toujours, très fiable sur les attributions.
Mais voyez-vous, j'aime beaucoup cela. J'aime ce paysage, sa chaleur accablante tombant du haut, j'aime le mystère passager des fenêtres closes et le silence des deux tours. J'aime le vide, la clarté de l'air, l'espace totalement libre sans fausse verdure d'un cabinet de paysagistes. J'aime que mon œil passe entre les tours, parcoure jusqu'au fond de la perspective l'image d'une netteté parfaite. Laissez-moi cette chance. Je suis, d'un coup, certain que cette Peugeot grise est celle du photographe. Vite ! Arrêtez-moi ! Je commence à fictionner..................

Et prenez des nouvelles du chantier de restauration de la Bulle six coques ici :
https://renamimoa.jimdo.com/chantiers/ 





 













Aujourd'hui :




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