dimanche 13 septembre 2020

Casiers de béton

 On ne se lasse pas finalement des surprises joyeuses et un peu brutes, de leur surgissement, de leur rapprochement avec d'autres surprises ou connaissances. En voici une qui fait écho à plein d'autres, à l'histoire aussi du béton en France, à l'histoire des Villages de Vacances ou aux architectures de la densité et de l'intelligence.

Voilà :


Cette carte postale Cap-Théojac se suffit sans doute à elle-même pour que vous compreniez immédiatement sa place sur ce blog. On y retrouve bien là l'écriture d'une époque, celle de l'A.U.A pour le village de vacances du Graffonnier par exemple ou celles des Gradins-Jardins de Messieurs Andrault et Parat. La densité par l'intelligence d'un module superposé, le travail parfait d'une intimité préservée, la manière dont l'ensemble travaille sur le paysage, offrant donc à chaque casier sa vue, offrant aussi une terrasse immense qui semble depuis cette photographie presque plus grande que le logement lui-même. Et aussi ce béton brut qui raconte sa fabrication, qui ne tente aucune imitation. C'est beau. Regardez les ouvertures sur les espaces de circulation, réduites à des bandeaux fins offrant lumière tout en préservant l'intimité. J'utilise le mot casier non pas avec moquerie mais simplement parce que la chance d'une forme juste c'est de circuler dans le cerveau à la recherche de ses congénères. Nul besoin d'un Atlas pour cela. Et je pense à ça :


En effet, quand une solution est bonne, on peut bien l'étendre à d'autres échelles, d'autres usages. D'ailleurs, d'un point de vue architectural et structurel, ces casiers en plastique affichent aussi clairement leur parfaite adaptation : peu de matière, des plis qui solidifient, une auto-stabilité évidente. Pourquoi donc se refuser alors à les imiter ou s'étonner à voir se rejoindre des fonctionnalismes qui pourraient sembler lointains. 


Mais comment vit-on ses vacances dans des casiers de béton ? Mais parfaitement bien rassurez-vous ! D'ailleurs une autre carte nous montre l'intérieur :


N'est-ce pas surprenant cette ambiance jouant d'un orange de corail et d'un noir structurant l'espace ? N'est-ce pas beau cette grande simplicité du mobilier faite de quelques chaises pliantes en bois (Prisunic, je crois) de tréteaux légers, de banquettes fines qu'on dirait posées sur des parpaings ? On voit aussi évidemment comment la lumière entre généreusement dans le casier, comment la terrasse immense projette la vue sur le paysage, l'encadrant des deux murs de béton, donnant sans doute l'envie immédiate de sortir et de profiter pleinement de ce spectacle. La jardinière, au bout de cet espace, est bien une liaison entre nature et architecture et peut-être aussi très utile comme écran pour des bains de soleil nus sur la terrasse en toute intimité. La carte postale est une édition Cap-Théojac sans nom de photographe ni d'architecte. On ne peut pourtant pas croire à un instantané mais bien à une composition. Le lapin en peluche laissé bien trop lisible au premier plan, les mandarines parfaitement en raccord avec la couleur des rideaux et de la nappe, le positionnement du personnage sur la terrasse apparaissant pile-poil dans la bonne embrasure de la baie, tout cela signe une mise en scène sympathique. Il est amusant de comparer ce point de vue sur la terrasse géante avec celui-ci :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/les-couples-libres-aiment-les.html

On notera que l'éditeur a du mal à situer précisément les lieux, parfois utilisant pour la première carte Peyrat-le-Château, ou pour la seconde Beaumont-du-Lac et le village de Vassivière. Depuis ces prises de vue, l'ensemble a été remanié avec des toits en double pente effaçant le caractère brutaliste de l'ensemble. Même somptueux héritage et même attaque de celui-ci, comme pour le Graffonnier, il y a eu une époque où on ne comprenait plus l'importance de ce travail. C'est bien triste cette incompréhension.



Dernière minute, dernière minute, dernière minute !

Hier, Nicolas Hérisson me signale que les chaises pliantes sont des créations de Aldo Jacober, designer dont je ne connaissais pas le nom ni le travail. Merci Nicolas pour cette précision.

Pour lire ou relire des articles de proximité:

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/03/de-andrault-parat-henri-prouve.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/les-couples-libres-aiment-les.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/A.U.A

http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/V.V.F. 


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