lundi 28 septembre 2020

Kimié Bando, la fillette du béton brut

Le dimanche est pour certains le jour du Seigneur. Pour moi, c'est le jour où j'épluche les revues anciennes de mon frère Christophe ou les archives du Fonds Lestrade. Ce dimanche fut occupé par la première proposition et vous verrez que cette semaine fut prolixe en découvertes.

La première n'est pas des moindres et surtout est très touchante. Vous savez comment ici nous défendons l'Art Sacré du XXème siècle, comment nous aimons les belles églises modernes. Dans le Panthéon de nos préférées figure bien la si singulière Chapelle de Saint-Rouin que je vous ai fait visiter il y a longtemps déjà et qui reste sans concurrence pour ce qui est de son esthétique, de son charme, de son implantation et surtout de la collaboration de ses créateurs : R.P. Rayssiguier, Pierre Székely et... Kimié Bando. Et c'est bien ce dernier nom qui va nous occuper aujourd'hui car, comme le signalait Dominique Amouroux dans son guide c'est bien Kimié Bando alors encore une jeune adolescente âgée de 14 ans qui en réalisa les décors dans le béton et les vitraux.

Voilà que dans un numéro de Marie-Claire de 1955 (la Chapelle n'est donc pas encore en construction) apparaît déjà Kimié Bando dans un article consacré à des petits prodiges de la peinture. Ici le prodige est que j'ai pu encore me rappeler ce nom et faire le rapport... C'est bon de se sentir en forme ! Mais je l'avoue je fus assez ému de voir enfin le visage de cette fillette qui eu la chance et surtout le talent de participer si jeune à l'une des plus redoutables créations d'Art Sacré du siècle passé. Mais comment diable est-elle arrivée là ? Comment diable (oui je le fais exprès) les adultes ont-ils eu confiance en ce jeune talent et quels liens l'unissaient avec Pierre Szekely ou Rayssiguier ? Comment diable dès 1955 cette fillette fut repérée par la galerie Allendy (des infos ?) et un magazine féminin ? Si Madame Kimié Bando pouvait nous le dire... Sans doute que les fréquentations paternelles n'y sont pas pour rien.


 

En attendant des réponses solides, le voici ce visage, la voici la peintre, pinceau à la main, peluche dans les bras qui pose devant tous ses pots de peinture ! Elle est touchante de sérieux et elle nous dit qu'elle peint comme une poule pond (sic!). Sait-elle déjà qu'elle réalisera la Chapelle de Saint-Rouin maintenant classée Monument Historique ? 

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, je vous propose trois nouvelles cartes postales de La Chapelle de St Rouin arrivées dans ma collection et vous allez voir ce que vous allez voir et tous prendre votre voiture pour partir en pèlerinage vers l'une des plus belles constructions brutalistes de France. On commence, je vous avez prévenu...



D'abord cette carte postale qui nous montre La Chapelle pas encore fermée par ses vitraux. Que c'est beau aussi cet état ! Ne dirait-on pas que Malévitch est venu à Saint Rouin ? Mais pourquoi cette urgence de vite faire des cartes postales avant même la fin du chantier ? Pour récupérer un peu d'argent ? 

J'aime La Croix gracile posée sur le bloc, j'aime le mystère de la forêt envahissante. Quelle beauté.

Voilà une vue de l'intérieur :


Le noir et blanc n'enlève rien à la magie franche, presque tellurique de cette chapelle. cette fois les vitraux sont posés et le désordre de la nappe sur l'autel me touche. c'est bien là que j'avais signé le livre d'or lors de ma visite avec Claude. Székely et Kimié Bando ont fait un beau travail pour donner à la simplicité de cette architecture tous les atouts d'une grande œuvre. 

Et pour finir :


Oui c'est incroyable, je suis d'accord. Ça sent presque le béton tout frais et la matière de ce béton chante partout sur cette incroyable carte postale. Le contraste de l'image, la simplicité apparente du dessin de Székely, la masse de l'autel qui semble sur les bords flotter, tout cela concorde pour une émotion spatiale et sacrée digne de l'Art Roman le plus pur. Poésie complète. Avec Notre-Dame de Royan, Sainte-Bernadette-du-Banlay, Saint-Rouin fait partie de mes icônes.

On notera qu'aucune de ces trois cartes postales ne nomme l'architecte, Székely ou Kimié Bando. Il s'agit bien de cartes-photos dont le dos est divisé seulement par un coup de tampon. Même l'édition donc de ces cartes postales est faite d'une rusticité sublime. Que demander de plus ?

https://www.itinerairesdarchitecture.fr/ficheop.php?id=352

Pour lire ou relire les articles sur cette Chapelle de Saint-Rouin :

https://archipostcard.blogspot.com/2011/09/lest-allez-vers-lest-1.html

https://archipostcard.blogspot.com/2011/10/la-plus-belle-chapelle-de-france.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/03/pour-mes-amateurs-dart-sacre.html 

Pour lire ou relire des articles sur Pierre Székely :

https://archipostcard.blogspot.com/search?q=szekely

https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=szekely 

Pour découvrir le travail trop peu connu de Toshio Bando le père de Kimié :

http://toshio-bando.fr/#

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