lundi 7 mars 2016

Les couples libres aiment les jardinières






































Jean Leral, le photographe, a dû bien s'amuser.
Il fallait pour réaliser cette carte postale de promotion immobilière répondre sans doute à de nombreuses précisions données par les agents de publicité et de communication chargés de vendre les appartements "les Jardinières" aussi appelés "les Juilliottes" à Maison-Alfort.
Il fallait montrer la grandeur de l'appartement, sa relation avec la terrasse, élément vanté comme l'un des plus importants de cet appartement, montrer aussi cette convivialité induite par cette chance de pouvoir ainsi vivre en partie dehors. Rendez-vous compte il s'agit "d'une vraie terrasse pouvant accueillir de huit à vingt (sic!) convives."
Jean Leral a donc dû attendre la nuit pour que la lumière intérieure permette en contraste de rendre lisible l'événement de cette soirée chaleureuse sur ladite terrasse. Deux couples dont je m'amuse à rêver à des pratiques très libres de l'époque attendent donc le repas. La jeune femme à gauche, debout, apporte dans un panier tellement campagnard les légumes tels qu'elle a dû les cueillir dans l'immense jardinière qu'elle cultive sur sa terrasse ! Toute l'image est un mélange de campagne et de chic, associant une vie d'un niveau culturel élevé avec un désir de vie en extérieur. Voyez le contraste d'habillement entre cette femme debout et l'homme à droite.










































Mais après tout, après nous être amusés de cette communication, nous pouvons tout aussi bien regarder cette architecture. Ne peut-on pas y trouver aussi de vraies qualités ? Ne pourrions-nous pas comparer cette carte postale avec celle de la Cité Radieuse montrant dans une composition tout aussi affirmée la manière de vivre un appartement ? Car, ici, aux Juilliottes, on connaît les architectes. Il s'agit de Messieurs Andrault et Parat qui nous livrent là leurs fameux Gradins-Jardins ! Une visite dans la rue du 18 juin nous permet de reconnaître parfaitement la production de ces deux excellents architectes. On peut même admirer l'ilôt.
On a déjà de nombreuses fois chanté la qualité de ce type de constructions en semi-collectif, dont la France compte de nombreux exemples sur son territoire, exemples ayant des destinées et des usages de ces fameuses jardinières bien différents selon qui y habite. On imagine que selon la plantation haute ou basse dans lesdites jardinières, les habitants feront un usage particulier de l'espace qu'est cette terrasse, véritable projection sur l'extérieur du mode de vie des habitants. On imagine ceux qui projettent sur ce mot les éléments d'un vrai jardinage et ceux qui l'utilisent comme un débarras géant pour le vélo usagé, le matériel de plage en hivernage ou les jouets des enfants.
Même si cette image, cette carte postale est une pure construction d'usage, elle raconte tout de même le désir d'une époque, permet de lire aussi les usages et de lire a minima les espaces.
On remerciera donc (pour une fois) les vendeurs et les agences de communication de nous faire voir une très rare image par la carte postale d'un intérieur d'appartement au milieu des années 70 !
Nous trouvons dans le très beau livre Andrault-Parat consacré aux architectes, deux photographies de cette réalisation de Maison-Alfort datée alors de 1973... Deux photographies du photographe A. Martin.
Andrault-Parat
cercle d'art, collectif, 1991.



 
 

 














 
 














 






















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