dimanche 6 septembre 2020

Martine presque à la Cité Radieuse

Si un jour vous voulez vous atteler à l'écriture d'un ouvrage consacré aux presque Cités Radieuses, il ne fait aucun doute que vous devrez alors vous rendre à la Roche-sur-Yon, à la Cité des Forges. Du moins c'est bien ce que nous laisse croire Martine, l'éditeur de cette carte postale superbe nous montrant une belle barre à la façade impressionnante par son écriture moderne dont les gens comme moi, amateurs de grilles orthonormées, sont friands.


Les proportions de cette barre, la manière dont elle renvoie sur son pignon des logements (orientés plein sud ?) laissant un pan blanc qui fabrique une sorte de tour accolée, le jeu des ouvertures et l'étrange éparpillement des percées, tout cela est très beau, très typé. Difficile pourtant depuis ce simple document de tirer des conclusions sur les plans même si le rythme de la façade laisserait bien penser à des coursives et peut-être des appartements en duplex sur les niveaux intermédiaires mais je n'en suis vraiment pas certain. La vue au travers du compte-fils contredit cette option. Difficile aussi de savoir si les logements étaient traversants. Mon instinct (chose peu certaine) me laisse le croire. La claustra ainsi étendue sur presque toute la façade me fait immanquablement penser aux logements musulmans dessinés par Mauri et Pons à Oran.



 

Que j'aime cette barre ! Presque autant que celle de Jean Le Couteur au Mans (mon amour particulier).

Je ne trouve rien nulle part sur qui a dessiné ça. Un Mr Soriano traîne un peu dans un article de Ouest France mais cette entrée alors ne donne rien de très concluant. Vous savez que je n'aime pas croire en des archétypes ou en des typologies anonymes qui laissent penser que tout vaut tout et qu'importe donc qui dessine, qui invente et quelle est cette histoire. Je vais donc poursuivre mes recherches. Mais malheureusement, même si par chance je réussis à en trouver l'auteur, il ne me servira à rien d'aller voir. Ce très bel exemple d'une architecture du logement collectif fut malheureusement détruit comme le prouve cette photographie anonyme bien triste trouvée sur le site de Vendée Habitat qui ne nomme pas l'architecte bien entendu... On notera l'ironie ou le cynisme communicationnel de l'inscription sur le bras de la grignoteuse : Avenir Deconstruction... Ça sent l'ANRU.

Quel avenir pour ce qui n'est pas une déconstruction mais bien une démolition ? Avenir... Avenir...

 

On notera au bas de cette carte postale que des restes d'un chantier sont visibles. La carte fut donc certainement éditée très tôt après la construction de cette belle barre qui portait donc le nom de Forge A. On note aussi qu'elle est déjà habitée.

 

Du même éditeur Martine, une vue de la place de la Liberté toujours à la Roche-sur-Yon nous montre d'autres logements. Ici, c'est assez simple de retrouver les lieux et même l'immeuble depuis lequel la carte postale est prise. On remarque ci-dessous le magnifique travail de... réhabilitation... C'est chouette l'isolation par l'extérieur et le tuilage à gogo. C'est beau. C'est propre. C'est triste, cette certitude de bien faire. Je pourrais même penser que ce qui a valu l'éradication de la barre Forge A c'est bien la complexité de sa façade ne permettant pas d'y poser une carapace d'isolant car étant trop ajourée. Ce serait alors la qualité-même de son dessin qui lui aurait causé sa perte. On en est là ?

Mais bien entendu ce qui me plaît le plus dans cette deuxième carte postale c'est bien que le photographe a cadré un peu du rebord de la fenêtre et que l'éditeur a laissé celle-ci sur le tirage. J'aime toujours autant le cadre qui se raconte, le point de vue qui se solidifie sur le rebord du bâtiment, racontant la projection du photographe vers le dehors depuis le dedans. On voit aussi comment la perspective vers la ville ancienne est maintenue, comment le regard passe, comment les barres indiquent le chemin.

Combien de temps encore l'écologie, la démagogie, l'absence de regard sur ce Patrimoine va en permettre l'éradication, la défiguration ? Combien de temps encore avant qu'il ne reste rien de cette histoire que quelques cartes postales dans les archives départementales ou privées ?

Dépêchez-vous de faire ce livre sur les presque Cités Radieuses. Il y a des chances pour que ce soit finalement un presque livre.








 

 


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