jeudi 26 décembre 2019

Bauhaus Old Wave





































Je suis en train de me farcir les clips du groupe Bauhaus pour essayer de comprendre pourquoi (Diable) ont-ils choisi de se faire photographier au Barbican Center de Londres.
Je sais qu'immédiatement mes amitiés de 30 ans, très au fait de l'histoire du Roquennerolle vont me tomber dessus car, si je feins d'ignorer qui sont les Bauhaus, j'avoue n'avoir jamais beaucoup goûté leur musique ni même d'ailleurs leur genre.

Alors je vois (et j'entends) des caves sombres éclairées violemment, des mines tristes et muettes, des flaques d'eau troublées par des berlines perdues dans les bas-fonds urbains, des femmes en costume raidissant qui sont engoncées dans des dentelles sexy, serrant bien fort les poignées en cuir de la dite-limousine. Si vous ne saisissez pas immédiatement l'allusion sexuelle... et la psychologie torturée des chanteurs...
Bon.
Ils sont beaux, Bauhaus. Non, vraiment. Superbes. Et ce look si marqué fait par des punks ayant retrouvé le costume de mariage de leur père est intéressant. L'hommage au Bauhaus doit se tenir là, dans une sophistication déguisée, une histoire oubliée et à ré-écrire par un savant mélange des influences. Un chic embrumé d'Expressionnisme aux yeux noircis de khôl. Il faut dire qu'ils ont fait des études dans une école d'art.
Tout leur est donc pardonné...

J'ai donc loupé quelque chose vers mes 13 ou 14 ans, à moins que, lucide déjà des seuls effets cosmétiques, j'avais renoncé à cette noirceur fabriquée pour en aimer une autre, plus, disons... personnelle.
Nicolas Sirkis ? Non, je rigole.

Mais revenons à ce désir du Barbican. Y venir avec un photographe qui se trouve être Fin Costello c'est bien raconter quelque chose d'une proximité au genre architectural. N'oublions pas que nous sommes au début des années 80 et que le regard aujourd'hui mainstream sur le Brutalisme n'était sans doute pas autant à la fête et à l'hommage à ce style. On pourrait donc saluer Bauhaus d'avoir eu une vision, une sorte de prémonition qui font qu'aujourd'hui on ne peut que saluer leur présence en ces lieux et leur sens de l'avenir.
Fin Costello choisit un espace ouvert ou la perspective du vide de la dalle accentue bien l'effet inquiétant et démesuré. Le groupe pose assez serré, sauf celui qui doit être le leader, Peter Murphy, qui vient devant l'appareil, tête baissée, regard durci, comme pour nous prévenir que, attention, là, c'est du sérieux, on ne rigole pas. Mais mon œil se laisse tenter par le blond David J. aux chaussures noires et lunettes de soleil.  Je ne sais pas pourquoi.





































Derrière, en noir et blanc, le Barbican se donne en spectacle, un spectacle assez vide comme si nous étions seuls avec Bauhaus. Mais je n'ai rien dit de cette édition. Il s'agit d'une carte postale éditée par "Humour à la Carte" qui ne donne aucune date ni aucun nom de photographe ! Je me souviens qu'à une époque on pouvait, en effet, facilement trouver des cartes postales de ce genre montrant les musiciens, les vedettes, les groupes ou les acteurs de cinéma. Cela a bien disparu me semble-t-il. Je m'étonne tout de même d'aussi peu d'informations éditoriales et seul le numéro de téléphone de l'éditeur est donné. Je découvre aussi que cette photographie imprimée ici en noir et blanc est bien à l'origine un cliché en couleur dont le bleu prédomine vraiment. Fin Costello a-t-il autorisé cette transformation qui engendre une plus grande dramatisation de l'image ? Le bleu originel était pourtant somptueux de froideur.
Il nous faudrait un témoin direct de cette séance de pose pour savoir quels furent les enjeux d'image du groupe et ce qui appartenait au désir du photographe. Qui décida de ce lieu devenu mythique ?
On trouve facilement d'autres clichés produits le même jour sur cette dalle du Barbican. L'édition d'une telle carte postale prouve aussi que le groupe fut reconnu, ayant atteint un certain degré de reconnaissance et même une Fan Attitude pouvant créer un marché pour ce genre d'objet. Ils n'étaient donc pas si Underground que ça les corbeaux chics de Bauhaus puisque disponibles sur des tourniquets que j'imagine surtout parisiens.
Mais bien entendu, difficile de savoir ce que le nom de Bauhaus collé contre cette architecture brutaliste a pu soulever de doutes, d'indignations ou d'admiration. Est-ce là la preuve de l'épuisement et du ratage de la Modernité architecturale s'achevant dans les monstres du brutalisme ? Est-ce, au contraire, une affirmation de filiation, admirative et sereine ?
Il devait ce Barbican agir à l'époque encore comme un échec urbain, un gigantisme désuet, une terreur. Un décor parfait pour un film de science-fiction totalitaire, un Kubrick du Top 50. Après tout, à la même époque, James Bond visite bien le centre Pompidou comme s'il s'agissait du bureau d'une entreprise. La question qui me reste sans réponse est bien celle de la distance historique que le groupe Bauhaus pouvait bien construire avec ce lieu. Admiration un peu décalée pour faire artiste ? Véritable engouement ?
Attitude punk affirmant la beauté là où l'indignation habituelle règne ?
Sans doute.
La vague bien que froide est retombée.
On envie Bauhaus de sa lucidité.
Et moi, je me régale tout de même :







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