samedi 16 novembre 2019

On va pas s'emmerder avec ça

L'un des grands problèmes de la France c'est son manque de culture de la réhabilitation.
Il semble qu'aujourd'hui s'y ajoutent également le prétexte énergétique et écologique et bien entendu, l'amiante.
On imagine facilement que, en réunion de décision du Conseil Départemental de la Sarthe, devant le travail à faire pour maintenir une construction et imaginer son ré-emploi (ce qui serait tout de même en terme écologique la meilleure solution) la dernière parole soit bien :

on va pas s'emmerder avec ça.

Le ça étant une construction à laquelle on ne reconnaît aucune valeur patrimoniale ni architecturale, qui passe de l'utilité de sa fonction à celle de verrue urbaine en un claquement de doigt. Si la pauvre construction n'a pas en plus le mérite d'être un machin mémoriel ou même signé d'une quelconque personnalité architecturale (et même ça aujourd'hui...) la voilà vite devenue encombrante. C'est bien cet état de la pensée fainéante qui est visible pendant la démolition du bâtiment administratif du Mans. On a l'habitude au Mans où l'éradication du Patrimoine Moderne est devenue un sport à haute vitesse.
Dans le froid d'un vendredi d'automne, nous décidons sous la lumière très matinale d'aller voir la mort de ce bâtiment dont les qualités architecturales étaient pourtant évidentes et dont une belle et judicieuse réhabilitation aurait pu être orchestrée.
Mais,

on va pas s'emmerder avec ça.

Ce qui est savoureux c'est que ce bâtiment avait dans ses fondations des bunkers qui, eux, judicieux retournement de l'histoire, sont devenus un Patrimoine à sauver. On voit donc un bâtiment civil tomber en prenant des précautions amourachées pour les deux bunkers nazis qu'il cachait et qui, maintenant, reviennent au grand jour du Patrimoine Manceau...
Ce n'est pas moi qui risque de me plaindre du sauvetage de ces deux bunkers.
Comment est-ce possible que ce bâtiment administratif sous les fenêtres même du CAUE de la Sarthe n'ait pas connu un meilleur sort ?
Pourquoi donc en France les organismes publics, propriétaires de ces constructions ont d'abord intégré, avant même celle du Patrimoine, les si pratiques urgences écologiques devenues des prétextes à ne rien penser ?
Pourquoi, dans une ville si pauvre en constructions modernes et contemporaines n'aime-t-on pas cette école architecturale et son style, sa grande rigueur architectonique ?
La défiguration en cours du central téléphonique toujours au Mans en est une autre preuve.
On remercie le Conseil Départemental de la Sarthe d'améliorer notre cadre de vie... La vache, faut oser...
Et j'imagine bien les décideurs, heureux de venir en troupeau, casque sur la tête, admirer cette amélioration, se félicitant d'avoir ce pouvoir.
Il existe pourtant, ailleurs, dans d'autres pays (Suisse, Allemagne et surtout Hollande) de vraies traditions de la réhabilitation subtiles et efficaces ? N'y-a-t-il pas en France d'enseignement en architecture de cette possibilité qui laisse place à la mémoire et aussi à l'imagination ?
J'oserai donc conseiller au Conseil Départemental de la Sarthe d'organiser avec le CAUE 72 une visite guidée de ces réhabilitations.

Of course, le Mans, on va pas s'emmerder avec ça (aussi)

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/07/le-mans-est-open-lhorreur-architecturale.html
Alors voilà :









































Voici donc deux cartes postales qui maintenant, de fait, deviennent des archives. Je vous laisse savourer la grande plasticité de cette construction et la beauté de ses auvents de béton. Rigueur, âpreté même étaient au rendez-vous d'un dessin sobre et incroyablement tendu que la matière de son épiderme accentuait encore.
Les deux cartes postales sont des éditions Jipé dont les photographies sont de Georget-Dolbeau. Aucun nom d'architecte n'est donné.




Aucun commentaire:

Publier un commentaire