lundi 25 novembre 2019

Bassin d'emploi

Si je devais résumer en une image mon vrai désir, cette image ressemblerait à ça :



Car, croyez-le ou non, la seule chose que l'architecture même la plus mauvaise pourra m'offrir de mieux c'est de l'eau chaude dans laquelle je puisse nager et me baigner.
Même la plus mauvaise piscine, même la crique la plus difficile d'accès, même la plage la plus bondée, même la rivière la plus douteuse seront toujours pour moi l'occasion de vivre ce moment parfait où je flotte, je nage, je m'ébroue (j'adore ce verbe).
Alors lorsque le photographe de chez Combier a enfilé son slip de bain et empoigné son appareil spécial prises de vues aquatiques pour plonger dans ce bassin de la piscine de Vittel, il ne savait pas à quel point il me rendrait heureux de me croire là avec ses trois amis ayant accepté de plonger ensemble et de nager vers lui.
Oh, ne cherchez pas l'intérêt architectural de ce genre de prise de vue !
Non.
Mais sentez-vous comme moi la joie de voir les lignes en carrelage du bassin se perdre dans le flou des bulles ?
Même si aujourd'hui avoir droit ainsi à un grand bassin pour seulement quatre nageurs est devenu rare, je me laisse porter par l'eau tiède de mon imaginaire qui va de David Hockney à Jimmy Somerville.
Car l'eau offre toujours sa portabilité désirante.
Mais au fait, pourquoi avoir réalisé à Vittel cette prise de vue sous-marine d'une piscine ? Pourquoi donc cette rareté ? Car, à ma connaissance, ce genre de cartes postales de piscine est rare, nous sommes plus habitués à voir les as du plongeon prendre la pause ou bien l'élan...
Avait-il prémédité son cliché ? Avait-il invité des amis ? Était-il question de promouvoir la grandeur sereine de ce bassin de Vittel ?
Une fois encore, tenus à jamais dans cette photographie, ces deux hommes et cette jeune femme ont-ils eu plaisir à envoyer partout, à tout le monde, leur image d'eux suspendus ainsi ? Je ne me lasse pas de la sensualité du dos du jeune homme de droite. (dans tous les sens de cette phrase)
Mais après le bain, les trois complices du photographe vont-ils travailler là ?


Dans l'usine d'embouteillage de Vittel, l'eau prend alors une autre forme, d'autres chemins dont la griffe des rails indique la multitude. Dispersion fragmentée d'une nappe phréatique.
Est-ce le même photographe de chez Combier qui a assuré la prise de vue depuis le ciel et celle sous-marine ?
Au dos, l'éditeur Combier nous indique que cette usine d'embouteillage est la plus importante d'Europe et qu'elle peut embouteiller 3 000 000 de bouteilles par jour...
Je me souviens l'avoir visitée adolescent et je me souviens des dames qui passaient des heures à regarder fixement les bouchons pour expulser sur le sol, d'un geste, les bouteilles présentant un défaut.
J'avais eu, jeune adolescent, une peine immédiate pour ces femmes immobiles, peine mêlée de jubilation à voir soudain, sans remords, la bouteille être éjectée. Le travail à la chaîne, même quand c'est pour de l'eau minérale et de la limonade reste une violence.
Mes parents, sans aucun doute, fabriquaient là la résistance à un monde, le leur, le nôtre, le mien.
Alors, la piscine disponible et son eau tiède lavent tout, parfois, je crois.
Laissez-moi le croire.
Plongeon.
Plouf !

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