jeudi 5 septembre 2019

Porn on the beach


La moumoutte passe dans tous tes plis. Le soleil au-dessus de la tête, tu regardes le rectangle vert comme si c'était un gazon artificiel.
Tu aimes bien le gazon.
Tu ne te poses pas la question de savoir pourquoi le grand lit est installé sur la plage, ni pourquoi d'ailleurs le canapé et les coussins le sont aussi.
Tu profites juste du moelleux de l'époque joyeuse.
Tu profites.
Tu jouis du design et tu te demandes souvent si les créateurs de ce mobilier pour Plastycuir ont pensé à l'usage intime de celui-ci.
Tu te rappelles cet article :
http://archipostalecarte.blogspot.com/2018/08/very-hard-design.html

Plastycuir ça sonne aussi comme Plastic Queer. Tu n'oses plus dire ton genre. Tu es troublé, troublée.
Qu'importe...
Les orteils en appui sur la plage laissent aussi la sable pénétrer les interstices. Le vent soulève tes cheveux. Ça sent trop la menthe sous les bras.
Tu sais que le lit est nommé par la société Plastycuir le lit contemporain "Emmanuelle". Tu te doutes de quelle Emmanuelle il s'agit même si celle-ci aimait mieux le rotin et le flou.
Ici, le photographe a bien réglé la netteté. On voit même la trame du velours. Peut-on faire mieux que ça en photographie ?
La pornographie serait-elle là dans un trop plein de netteté, trop plein qu'il faudrait lâcher ?
Mais qui a tenu le manche du râteau sur cette plage ? Qui a ainsi ratissé le sol avec le soin du Ryoan-Ji ? Et dans le champ de fleurs du Salon "Régine" qui a cueilli ces fleurs ?


Régine, la Reine du Disco à la française, whisky tiède pour petits patrons de Province, savait-elle que ce salon portait son nom ? As-tu prononcé son nom pour tomber dans son imaginaire ?
Salon Régine... Comme pour un salon de coiffure à Argentan, Laval, Le Puy-en-Velay.
Le charme usé d'un intérieur d'Opel Commodore d'occasion.


Dans les coussins de la "Ligne Armoric" tu te prends pour un hippie chic, pour une architecte de Superstudio. Tu croies que la nature doit recevoir le meuble à ciel ouvert. L'esprit du lieu c'est d'abord, n'est-ce pas,  comme un campement technologique. La nudité contre le nylon, la main dans les plis, l'avenir radieux d'un poste à transistor bouffant des piles en hurlant Turn, Turn, Turn de The Byrds. Mais a-t-on besoin d'architecture quand on baise à l'air libre, le ciel comme plafond, le sable comme moquette ?
Finalement entre Hippie chic et Porno chic, il y a bien chic en commun et quelques corps alanguis.
Tu te rhabilleras devant le hayon ouvert de la voiture, sur le parking, sans honte, sans te presser. On est en 1975 après tout. Du sable tombera sous la pédale de frein. Tu laisseras alors derrière toi le mobilier de Plastycuir.
La mer a monté. Ton désir est retombé. On appelle cela le ressac.

Trois cartes postales éditées par la société Plastycuir de St Herblain, éditions du Gabier par Artaud. Pas de date.

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