samedi 21 janvier 2017

Poser des meubles chez Corbu



Nous poursuivons la visite des appartements de la Cité Radieuse à Marseille de Le Corbusier, nous continuons de nous étonner du mobilier, des espaces, des décors qui l'animent et en font un lieu habité et non rêvé.
Enfin ! Plus d'utopie !
Cette carte postale appartient bien à la série éditée par Ryner, Société Édition de France. Nous n'aurons pas de nom de photographe, ni même de l'habitant mais la carte postale est tamponnée par Voyagence comme beaucoup d'autres vues sur ce blog.
La carte postale n'est pas datée ni expédiée.
Mais reconnaissez-vous cet espace ?
Pour ma part, ce sont les arums qui m'ont rappelé immédiatement que j'étais déjà venu là :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/10/meubles-immeuble-le-corbusier.html 



Étant donné ce bouquet, il est évident que ces clichés d'intérieur de la Cité Radieuse en vue d'une production de cartes postales ont tous été réalisés dans le même temps. Cela explique sans doute ce mélange d'images composées, rangées et l'intimité qui malgré cela s'affiche tranquillement dans de menus détails qui prouvent qu'il ne s'agit pas d'un appartement-témoin mais bien d'un lieu de vie. Dès que j'ai reconnu le lieu grâce aux fleurs, j'en ai retrouvé aussi ce sentiment d'un mobilier un peu lourd, un peu bourgeois, un rien épais et massif encore pris dans un Art Déco finissant où marqueterie et bois précieux s'associent dans des formes parfois modernes (la petite console) parfois très classiques comme les chaises ou le monumental bahut à droite. Je crois que seule la céramique posée sur ce bahut lui donne son caractère très cinquante un peu comme celui de Dubroc dont Madame Arpel est si fière.

 


 

 



On s'amusera des flambeaux, des appliques sur le mur, vraiment difficiles pour moi à aimer. Le coffrage décoré de l'escalier nous permet de bien reconnaître l'intérieur d'un appartement de la Cité Radieuse... Est-ce que, comme moi, vous avez mis du temps à comprendre ce détail ? Regardez :



Je ne comprenais pas cette percée dans la cloison.
Puis... j'ai compris qu'il s'agissait simplement d'un immense miroir ! Malheureusement celui-ci ne nous donne pas à voir le photographe comme dans cet exemple. Par contre, il est touchant de pouvoir lire dans la succession de ces deux points de vue sur le même salon, les déplacements du photographe, d'imaginer son corps dans cet espace, son désir d'en prendre en champ et contre-champ les volumes. Il ne fait aucun doute que le miroir offrait aussi une lumière minimum qui manque un peu, la photographie est un rien sombre, tenue dans une valeur continue d'un gris sourd que seuls les éclats du reflet et de l'ouverture très loin au fond animent un peu. Le miroir a-t-il eu comme fonction un désir des habitants de multiplier la lumière voire même d'agrandir l'appartement ?
J'imagine (et je m'en excuse) le photographe et la Maîtresse de maison, arrangeant ici un vase, déplaçant ici une chaise et se mettant tous deux derrière l'appareil photographique pendant la pose, le chien dormant derrière eux. J'imagine le mari parti en courses, ayant acheté sur les conseils de sa femme, un bouquet d'arums pour mettre dans le vase de Baccarat acheté l'année dernière lors de la visite de la ville. Tout devant tenir dans le cadre, à la fois les espaces de l'architecture et les joies de l'habitation.
Combien de temps les habitants de cet appartement ont pu envoyer en cartes postales leur appartement ? Comment les autres habitants s'amusaient-ils de pouvoir voir les aménagements de leurs voisins ? Pourquoi c'est cet appartement qui fut choisi et donc est devenu une sorte de modèle ? Quelle conversation, quelle rencontre, quelle intimité ont permis au photographe de venir là au lieu d'aller dans l'appartement du dessus ou à côté ? Je ne le sais pas. Reste que pour l'instant, dans ma collection de cartes postales, il n'existe pas d'autre exemple de logements des Trente Glorieuses ayant eu l'opportunité de montrer ainsi son Art d'habiter. L'exception de la Cité Radieuse est donc appuyée ici par ce désir d'en partager à la fois l'image mais aussi le programme. On s'aperçoit donc que sa Modernité, sa fable, sont en quelque sorte, et c'est heureux, interprétées toujours librement par ceux qui y circulent, s'y assoient, s'y couchent, y rangent la vaisselle.
On habite là, il n'y a pas de doute.

Pour revoir les autres articles sur le mobilier des Cité Radieuses :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html
 

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