dimanche 8 janvier 2017

Je Flaine, tu Flaines, nous flainons

Souvent, les livres d'architecture, pour évoquer le travail de Marcel Breuer à Flaine, nous montrent ce point de vue :



Il est aisé de comprendre pourquoi.
Le porte-à-faux d'un bâtiment ainsi suspendu dans le vide offre tout ce dont la modernité a besoin pour chanter sa force et sa radicalité. Ainsi, ne semblant pas tenir compte de la tectonique, la construction de Marcel Breuer donne une image de puissance, d'affirmation, de radicalité de l'architecte, pliant le paysage à son architecture.
Même pas peur !
En quelque sorte...
De plus, ici s'affirment aussi les forces du génie civil démontrant que le moment de la construction rejoint celui de la technique, lançant dans le canyon, la station de sport comme on lance la pile d'un pont pour traverser un gouffre. Le geste est superbe et offre la dynamique du plongeon.
Pourtant le travail de Marcel Breuer à Flaine ne peut pas être réduit à cette seule image, ébouriffante certes mais peu encline à révéler le travail de ce génie.
Les cartes postales, finalement dans leur âpreté à dire le monde, nous en offrent une image bien plus convaincante, tentant du moins, de mieux raconter l'ensemble de la station de Flaine.
Reprenons cette carte postale :



Cette carte postale en vues multiples nous montre donc ce moment spectaculaire mais aussi d'abord la neige et ses activités reléguant l'architecture au minimum. C'est bien une forme de contraste entre l'attendu du sport d'hiver et le spectaculaire de l'architecture qui est invoquée ici.
On notera que l'éditeur Cellard ne nomme pas l'architecte et que le témoignage de la correspondante est confondant, racontant son entorse au genou après trois jours de ski... mais ne parle pas des constructions dans lesquelles elle évolue... Rien à dire donc de cette modernité.
Et avec cette autre carte postale ?



Toujours par l'éditeur Cellard, nous voici installé comme un vrai skieur au pied de la construction. L'éditeur et le photographe semblent vouloir nous montrer à la fois le côté très pratique de la station et l'ensemble de ses services tout en cadrant la montagne, objet même de la venue ici. On voit parfaitement le dessin des grands modules préfabriqués de béton très blanc, la manière dont ils forment une protection pour le piéton et donnent tout le loisir de se réchauffer au soleil.





En fait, je dois l'avouer, c'est exactement ce que j'ai toujours détesté des joies de la montagne. Humidité, soleil moite, joie obligatoire et forcément à ski, conversations des voisins sur l'état des pistes, odeur de vin chaud de mauvaise qualité et sportivité familiale...
Je connais mal, sans doute, la montagne l'hiver et préfère les stations l'été quand elles sont pleines de vieux retraités dynamiques en chaussures de marche Décathlon venant surprendre sur le GR les marmottes boudeuses ou cherchant, guide Nature et Découvertes en main, la flore alpine qu'ils piétinent depuis des heures...



La carte postale nous permet aussi d'apprécier le choix des chaises en plastique hideuses, le désir marchand de prendre sa part du budget familial, la joie des raclettes au fromage pasteurisé ou les spécialités régionales comme les si fameux spaghettis bolognaise(s)... Je reste chez moi et je regarde l'architecture. Désolé.
Dans le numéro Architecture d'Aujourd'hui de 1962/1963,  on trouve un article qui raconte la station à venir. On notera que l'on nous raconte bien comment l'ensemble fut préfabriqué mais aussi permet de relativiser en quelque sorte le rôle de Marcel Breuer en donnant une liste incroyable de collaborateurs sans doute un peu écrasés par le nom du grand architecte. On notera aussi, et là on reste perplexe devant l'usage de ce terme sur ce type de production, le désir d'"intégration".
Car, si pour moi, cet ensemble possède une qualité c'est bien plus celle du contraste assumé que d'une forme de disparition de l'ensemble. Je crois que la force de cette architecture n'est pas dans sa volonté de se fondre (oui) mais bien de résister à la puissance inégalable de la roche. Marcel Breuer fabrique là des rochers imprenables, solides, victorieux, suspendus au-dessus du vide. Ses rochers sont affirmés et même d'une certaine manière s'imposent. Peut-être est-ce dans cette énergie qu'il faut comprendre l'idée d'intégration qui, aujourd'hui a pris un tout autre sens.



  








Mais regardons maintenant cette autre carte postale :



Oui ! Comme vous êtes des fidèles, vous avez reconnu ça !
Et vous ne trouvez pas marrant de voir que nos éditeurs et photographes de cartes postales nous proposent pour ce Refuge des Gérats, tout en bâtiments Fillod, une vue d'été et une vue d'hiver ! On notera que le photographe se recule un peu pour ce cliché par rapport à la carte postale déjà montrée. Mais l'explication vient qu'il ne s'agit pas du même éditeur, ici, c'est CAP qui s'y colle (de montagne bien sûr...)



Vous remarquerez aussi que je ne boude pas les cartes postales sur lesquelles les correspondants font quelques interventions. Ici, au stylo-bille est inscrit avec deux flèches la planète blanche ! Au dos, le correspondant a aussi noté les prix des séjours que je vous épargne.

Actualité !
Nous avons la chance que France Culture nous offre une émission sur Marcel Breuer, émission dans laquelle interviennent deux amis importants pour ce blog, rien moins que Dominique Amouroux et Bénédicte Chaljub !

http://archipostcard.blogspot.fr/search?q=chaljub
http://archipostcard.blogspot.fr/search/label/dans%20le%20guide

Pour revoir les articles sur Flaine :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/08/flaine-fillod-contre-breuer.html
Pour revoir des articles sur Marcel Breuer :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=Breuer
http://archipostcard.blogspot.fr/search?q=Breuer

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