mardi 13 septembre 2016

Le Corbusier en carton

Pouvoir associer en une seule carte postale beaucoup des thématiques que nous abordons ici est toujours une joie.
Architecture Moderne + le Corbusier + maquette + carte postale + logements + Pessac =



Oui.
Il s'agit bien pour moi d'une vraie découverte que l'existence d'une telle maquette mais aussi de sa publication en carte postale !
L'éditeur est Elcé, autrement dit L. Chatagneau, l'un des grands éditeurs de Royan. Monsieur Chatagneau nous donne au verso les informations suivantes : Pessac, "les Quartiers Modernes Frugès" édifiés par Le Corbusier-1926. Maquette exécutée par Henry Frugès.
Si on n'est pas comme moi un spécialiste de l'histoire de cette cité, on sursaute d'emblée au fait que cette maquette fur réalisée par le promoteur de cette célèbre cité de Le Corbusier. Comme l'éditeur ne date pas la réalisation de cette maquette, on peut facilement se poser les questions de son origine et de son utilisation. Maquette promotionnelle pour vendre les appartements, maquette réalisée après cette construction pour en venter l'architecture, maquette d'amoureux de Le Corbusier prêt à donner de son temps pour faire comprendre par cet objet l'importance du lieu ? Cette maquette dont on ne sait pas si elle voyageait ou si elle était présente en permanence sur le lieu même reste donc depuis cette carte postale un rien mystérieuse, tout comme d'ailleurs le désir de sa diffusion en carte postale ce qui signifie tout de même un marché et des visites pour cet objet.
Heureusement, on a l'Internet ! Il suffit de deux clics pour trouver la réponse :
http://lamachineahabiter.com/maquette-fruges/
La vidéo n'a pas de son, je trouve cela étrange.
En tout cas, on comprend de suite cette maquette et sa raison d'être et c'est bien d'avoir ainsi une réponse. Toute cette énergie et cette passion à faire ainsi dans le menu détail un tel objet pour chanter l'importance de ce site dans l'œuvre de Le Corbusier sont incroyables. Reste tout de même une interrogation sur l'usage à la fois de la maquette et de cette carte postale. Il ne fait aucun doute qu'ici l'édition a comme rôle de diffuser au mieux le travail de l'architecte en offrant en quelque sorte une vue aérienne aisée, nous connaissons ce phénomène avec les cartes postales des maquettes de Royan par exemple. Bien entendu, ici, la maquette étant construite bien après la construction du quartier, elle n'a pas du tout le même rôle. Elle permet dans le cadre d'une visite d'architecture, visite donc déjà patrimonialisée de mieux saisir l'ensemble immobilier. La maquette, comme la carte postale ont donc une valeur d'abord didactique. Fabriquer une telle maquette sans autre but que de partager le travail de Le Corbusier dit bien aussi l'ampleur de l'attachement au quartier, du désir d'en donner à voir ses spécificités, d'en défendre ses atouts. C'est un acte d'amour. Mais lors de notre visite du quartier en 2007, je ne me souviens pas d'avoir eu une telle opportunité. Comment donc cette maquette fut et est donnée à voir au public ? Comment dans la visite de l'amateur d'architecture, cet objet fut donc visible dans le parcours ? Existe-il d'autres cartes postales de ce quartier ayant eu, elles aussi, le désir de partager la construction de Le Corbusier ? Y-a-t-il eu une maquette réalisée à l'époque et aujourd'hui disparue, disparition qui pourrait être le moteur de cette restitution ? On sait également que, en 1967, date de fabrication de cette maquette, l'état de la Cité Frugès était bien altéré. La maquette devait donc bien avoir un rôle de renaissance, de pureté, de retour à une forme idéale au delà des modifications et des transformations du temps par les habitants. Un rêve à revoir, une utopie à rebours.







 C'est aussi cela que diffuse la carte postale. Je ne sais pas si l'éditeur Elcé (Chatagneau) décida seul de cette édition ou s'il fut appelé pour la réaliser. Le marché de ce genre étant très très serré, je pense à une commande. Je n'ai pas rencontré encore dans mes recherches de cartes postales d'époque de ce quartier. Pourtant, vu l'ampleur et l'originalité de ce quartier, vu le nombre des habitants et donc des clients potentiels, il est possible de penser qu'il y a bien eu, même à très petit nombre, une édition d'époque de cartes postales de ce quartier.
La patience nous fera trouver un jour l'objet de notre désir. Peut-être que cela se fera sous la forme d'une carte postale de maquette ! Et si nous ne trouvions pas, nous pourrions bien aussi nous amuser à la produire.
Je vous propose de voir sur le site de l'INA, le court mais émouvant film sur Pessac. On y voit Henry Frugès, en train...de peindre sa maquette ! On voit aussi que nous sommes, comme pour la carte postale en 1967 et que la question du classement de la Cité Frugès est au cœur du reportage. Cela appuie bien l'idée d'une production de la maquette et de la carte postale comme moyen de médiatiser cette histoire et cette demande de classement. C'est, en tout cas, très touchant.
Pour lire la vidéo, cliquez sur l'image :



Je vous donne également l'article de Dominique Amouroux dans le guide d'architecture contemporaine en France. Une fois de plus, Dominique Amouroux (et déjà à l'époque) pose les bonnes questions. Malheureusement, aujourd'hui encore, ces questions n'ont pas trouvé de réponse. Pire même, je crois que vues les politiques patrimoniales nationales et l'absence totale d'éducation à l'architecture par les deux ministères concernés, la situation est bien plus grave. Et ce n'est pas un week-end des Journées Européennes du Patrimoine qui changera quelque chose. Je vous signale tout de même que Dominique Amouroux nous propose pour ce week-end une visite de la Maison  Wogenscky-Marta Pan à Saint-Rémy-les-Chevreuse. Voir en haut de cette page.











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