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samedi 10 février 2018

Marcel Lods, actualités bonnes et tristes

Ici, depuis longtemps, j'aime évoquer Marcel Lods. Évidemment il est très présent dans ma région, autour de Rouen et à Elbeuf. Son actualité régionale c'est ainsi la destruction honteuse de ses immeubles dans les Hauts-de-Rouen. Personne n'a bronché, surtout pas les responsables du Patrimoine en Région Normandie ou à la Mairie de Rouen.
Je reçois une annonce pour une exposition au MUS à Suresnes où Marcel Lods est associé à Eugène Beaudouin, je vous communique en fin d'article les informations, il y a aussi un cycle de conférences. C'est une bonne nouvelle et il me faudra trouver le temps de venir la voir. Allez-y !
Vous savez aussi que Marcel Lods et Eugène Beaudouin sont menacés à Clichy au travers d'un projet réalisé par Rudy Ricciotti. La Maison du Peuple, qui si le projet voit le jour, ne sera plus rien qu'un socle pour une tour dont je vous laisse juge de la qualité signalétique, pour les qualités architecturales respectueuses, on repassera... Ou pas. Dommage de la part d'un si bon architecte et surtout dommage pour ce chef-d'œuvre bafoué et écrasé. La Maison du Peuple devrait être littéralement intouchable. Oui, intouchable et cela veut dire que l'on ne peut pas lui accoler quoi que ce soit qui fasse rupture avec son environnement urbain. Les échelles, ça se respecte tout autant que la construction, Monsieur l'architecte.
Je vous offre une carte postale inédite de ce chef-d'œuvre :


On notera que l'éditeur Marco nomme la Maison du Peuple et les Halles. La carte postale reste difficile à dater mais je la crois du début des années cinquante. On y voit bien à droite la Maison du Peuple et sa façade superbe venir contraster avec la rue. On remarque que l'éditeur ne lui donne pas toute la place mais laisse la ville et sa rue jouer avec elle. La Maison du Peuple est chez elle en quelque sorte. Ciel blanchi, lumière venant de la gauche. Nous sommes à hauteur de piéton, la vraie place. Allez rigoler en regardant la vidéo du groupe Duval. Vous remarquerez que rien ne signale le contact entre la construction de Monsieur Ricciotti et la Maison du Peuple. Et pour cause... Et surtout, il faudra un jour faire une parodie de ce genre de machin communicationnel où les dessinateurs nous mettent des chaises de Jean Prouvé dans le décor en garantie de leur attention et de leur appartenance au club des modernistes convertis de justesse. Allez ! Mets-moi du Prouvé ! Comme un certain ancien ministre, demandait qu'on lui mette du blancos, du White sur les images du marché pour faire cosmopolite. Et la fenêtre s'ouvre sur la ville de Clichy, le vent fait tourner les pages du catalogue et au loin, à l'horizon ensoleillé sur une musique attendrie, la tour de spaghettis s'élève, majestueuse, forcément majestueuse ! Pouf, pouf, pouf !
Non ? Franchement, les gars... C'est une blague ? Et le Centre Pompidou cautionne ?


Même type de communication, belle image, belle image :




Mais l'autre actualité sur Marcel Lods qui, peut-être est un peu loin, peut-être est un peu trop proche, est l'édition d'un superbe et très touchant ouvrage sur Drancy.





Il est inutile de dire combien ce lieu est douloureux, combien pour un architecte qu'une histoire aussi difficile puisse entacher son œuvre est une chose pénible et injuste. Drancy c'est une architecture, belle, puissante, généreuse à l'idée de loger, d'habiter. Mais c'est aussi un camp de concentration, un camp de départ pour la mort, une ignominie dont, bien évidemment, il faudra toujours, toujours dégager l'architecte de cette responsabilité. Trop de petits redresseurs de tort de l'architecture moderne ont sauté sur le dos de Marcel Lods pour accuser son architecture à Drancy, comme si, intrinsèquement, elle était prédestinée à se transformer ainsi. Cette thèse est ridicule, elle est pourtant partagée, on la trouve par exemple, dans le malgré tout excellent ouvrage de François Maspero Les passagers du Roissy-Express, avec une mauvaise foi déconcertante. (voir pages 174 à 180)
C'est pour cette raison qu'il est toujours bien d'entendre les témoignages de ceux qui ont vécu cette douloureuse expérience et ce livre vient à point.
Ce livre est plus que poignant et Georges Horan-Koiransky nous donne l'exacte mesure de ce qui s'est joué ici, dans les immeubles de Marcel Lods. L'édition de ce témoignage dessiné et écrit est d'une grande tenue éditoriale. Texte explicatif qui remet en place l'ouvrage et l'auteur dans son époque, fac-similé du livre original, qualité d'impression, choix des typos et des papiers, tout est superbement tenu. Pierre Gaudin et Aude Garnier pour Creaphis éditions ont fait un travail vraiment remarquable. Il est donc aisé d'entrer avec Georges Horan-Koiransky dans son enfer. Il est aisé de saisir le drame, de le sentir palpiter, d'avoir même du mal à retenir l'émotion car la force de l'auteur c'est son dessin, fort, noir, solide et sans concession à ce qui se déroule là. Aucune mièvrerie doloriste mais l'œil et la main au service de ceux qui subissent, au service surtout de leur mémoire. Ce livre est un monument, un choc.




Les chapitres sur les enfants sont à peine lisibles tellement c'est dur. On oublie bien entendu ce débat sur la culpabilité de l'architecture car ce serait bien obscène que de vouloir se réfugier dans cette question. Le drame est ailleurs, dans les espaces maintenus sous les autorités des gendarmes français dont le rôle est pour le moins, si on en croit l'auteur, plus que douteux. Car exercer une violence c'est tenir son espace et accepter de jouer ce jeu est bien une ignominie historique.
Il est donc temps de diffuser ce livre le plus largement possible, de montrer comment tout lieu peut basculer en enfer.
Achetez-le et faites-le lire.
Achetez-le chez un libraire indépendant.

Quelques images :






Pour terminer, voici une carte postale de ces mêmes gratte-ciel de Marcel Lods à Drancy :


La carte postale est une édition ALFA, sans doute d'après-guerre vu son mode éditorial. L'architecte n'est pas nommé mais l'éditeur reprend bien ce terme de gratte-ciel qui doit, à lui seul, raconter son ambition et sa modernité. La correspondante au verso de la carte postale ne fait pas écho au drame qui s'est joué là, elle raconte sa vie, celle des enfants, de la Marraine, de Mémé. Il ne reste plus que le spectacle superbe de ces tours dans leur ciel comme si le silence tombé sur l'image devait recouvrir aussi la mémoire. L'architecture malgré tout tente encore de tenir debout.
Est-ce raisonnable ? Que faire de cette distance, de ce doute ?
Vivre ?

Pour voir ou revoir les articles sur Marcel Lods :
http://archipostcard.blogspot.fr/search/label/Marcel%20Lods
ou
http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=lods 
Sur le projet de Monsieur Ricciotti :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2017/11/rudy-les-spaghetti-sont-servie-et-la.html

Toutes les infos sur l'exposition au Mus ici :
http://www.suresnes-tourisme.com/expo-mus-architectes-davant-garde.html



mardi 15 septembre 2020

C'est la zone, Marcel !

 Il est toujours bien de faire une petite promenade en se déplaçant d'image en image, en ne sentant comme air frais que celui de sa chambre, ordinateur sur les genoux, certain de n'avoir pas à décider par où il faudrait passer. Parfois c'est le photographe des éditions de cartes postales qu'il faut suivre tranquillement.

Nous ferons cette petite fugue dans la Zone Verte de Sotteville-lès-Rouen, grande machine urbaine et architecturale de Marcel Lods, l'une des plus belles de France.


On se mettra d'abord d'emblée au bas d'une tour, l'immeuble Touraine, véritable déclaration d'amour à la préfabrication dont tout le jeu plastique tient dans l'application rigoureuse d'une économie et d'une intelligence. Comment ne pas tomber sous le charme d'une modénature aussi parfaite ? J'aime même les froissements et les plis de cette carte postale Combier qui viennent contredire la rigueur de l'ensemble. Le redressement des verticales par le photographe fait tenir la Tour debout, fermement sur son sol, comme isolée dans sa prétention moderne alors que...



on la retrouve ici articulée avec une barre qui traverse son champ de vision. Remarquez comme, depuis  ce point de vue, la Tour Touraine semble bien moins haute, plus tassée dans ses proportions. La carte postale Estel est bien plus précise que la Combier. Elle nous donne le nom des barres au fond de l'image, barre Gascogne, barre Dauphiné (au loin), elle nous donne aussi le nom des architectes : Marcel Lods, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, Monsieur Alexandre, architecte D.P.L.G, Monsieur Yvelin  architecte A.P.

Sur cette exemplaire Michèle fait le geste idéal : elle place avec une flèche au stylo-bille son appartement qu'elle entoure aussi d'un trait bleu. Voilà la fonction parfaite de la carte postale bien respectée par Michèle. Être dans le Monde, y trouver sa place dans la grille de la Modernité. Elle ne s'en plaint pas, elle donne la chance à Mauricette de comprendre l'espace de sa vie. Parfait, je vous dis.



Il faut rencontrer aussi l'espace libéré par la densité. Il faut se rendre Place de la Liberté, sous l'ombre d'un conifère. Le photographe de chez Combier comprend bien qu'il est difficile de faire image avec un vide urbain. C'est pour cela qu'il encadre l'image des branches solides de l'arbre donnant l'impression que la ville  surgit toujours au fond d'une clairière quand bien même celle-ci serait un espace urbain. L'air circule et au fond on retrouve nos constructions. C'est dans cet espace que j'ai rencontré Simon Boudvin et ses étudiants, il y a peu. Mais à gauche, surgit l'immeuble Garibaldi l'un des plus beaux de France, l'une des plus belles réussites de Marcel Lods. Implacable de poésie. Il ne faudra pas que l'écologie et les politiques de pseudo-requalification viennent épaissir ces merveilles. Il faut immédiatement les classer, les protéger, interdire toutes interventions qui en troubleraient l'écriture. N'y touchez pas. N'Y TOUCHEZ PAS.



Pour voir ou revoir Marcel Lods :http://archipostcard.blogspot.com/2012/11/territoire-marcel-lods.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/08/au-petit-matin.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/02/marcel-lods-actualites-bonnes-et-tristes.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-juste.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-juste.html etc..........

dimanche 30 juin 2024

Le cercle de l'anarchie en ce jour

 Aux Emmaüs, j'achète un petit lot de cartes postales, heureux de voir que, enfin, les Emmaüs se décident à remettre en vente des cartes après des années de bouderie ou de ventes dites exceptionnelles qui n'avaient d'exceptionnelles que l'inflation absolument ridicule  des prix...


Dans ce lot, je suis immédiatement intéressé par cette carte postale du Bar-Tabac le chien qui fume à Elbeuf que je connais bien. Ce qui me séduit c'est bien, comme souvent, le moment presque palpable, tremblant de la reconnaissance. En effet, le surgissement en image d'un lieu dans nos mains, de sa représentation en un instant figé et dans un temps disparu reste l'un des mystères de notre joie. Je fais semblant alors de penser que ma joie vient de mon gout pour l'architecture et ici celle de la reconstruction d'Elbeuf assurée par François Herr et Marcel Lods, architectes. D'ailleurs si l'on regarde la carte postale, j'y retrouve bien ce vocabulaire de la reconstruction avec les plaques de béton préfabriquées jointées et les superbes cadres de fenêtres et de vitrines très ourlés qui viennent en sailli des plaques be béton. C'est bien-là le vocabulaire de la préfabrication de ma ville, celui qui m'habitua enfant à cette qualité de la reconstruction. Ce qui m'étonne sur cette carte postale c'est l'état de crasse et de saleté des murs alors même que le bâtiment, au moment de la prise de vue n'est pas si vieux. Mais l'atmosphère encore très largement industrielle d'Elbeuf à cette époque et les chauffages au charbon ont fait vieillir sans doute prématurément les bétons donnant à l'image une allure un peu triste. La carotte, enseigne d'un vendeur de tabac, est elle aussi bien abimée...

La couleur et la joie de cette image viennent de la présence des clients et des chaises en plastiques colorées si année 60. Mais un détail fait résonner cette image avec notre journée : le graffiti du sigle de l'anarchie si proprement fait, d'une netteté que je trouve éclairante. On imagine la colère du propriétaire du bar, on imagine aussi le mouvement du bras parfaitement déroulé pour faire un si beau cercle ! Bravo !


Tous les elbeuviens ont un souvenir de ce bar. Nous y allions acheter des cartouches de Gauloise pour notre père. Cette carte postale des éditions Kettler me touche donc tout particulièrement. Je suis chez moi. Malheureusement, tout ce qui en faisait sa particularité architecturale a disparu sous une vitrine banale ayant ruiné la belle articulation de l'angle entre la rue des Martyrs et la rue de Roanne, rue dans laquelle j'habitais enfant.


Dans le même lot, je trouve une belle carte postale du Ciné-Théâtre (le cinéma) d'Elbeuf, cinéma si important pour moi. Il fut bien dessiné par Marcel Lods mais aujourd'hui il a était agrandi avec peu de subtilité sur le devant, c'est à dire que ça a flingué la belle gestion de la transparence de l'entrée qui faisait de l'attente des spectateurs un spectacle à part entière...Comme chez Tati. La boite de verre et de métal si légère n'existe plus...Mais le cinéma a résisté à la vague des grands cinémas de zone commerciale. C'est déjà ça.

Pour revoir Marcel Lods sur ce blog :

https://archipostcard.blogspot.com/2012/11/territoire-marcel-lods.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=Lods

Pour revoir Elbeuf :

https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=elbeuf

mardi 15 avril 2025

La main de Fatima El Khili risque d'être bien lourde pour Marcel Lods à Rouen

En France, il y a donc un club très fermé d'élus qui rêvent de devenir des stars par la destruction ou l'éradication de Monuments Historiques. Faire du bruit autour serait leur manière d'accéder à un certain statut social, d'être repérés en quelque sorte. Fontainebleau, Clichy, Grand Quevilly, Nanterre...Et maintenant Rouen.

On sait que les Lods de Rouen, aussi appelés "verre et acier" n'ont jamais été compris par les bourgeois rouennais. Voici, alors même que les derniers exemplaires sont protégés au titre des Monuments Historiques qu'il y a donc des personnalités de la petite bourgeoisie locale assez courageuses pour se croire plus aptes à juger de leur importance historique. Sans doute une manière de venger sa classe comme dirait Annie Ernaux.

En l'occurence, on sait qui se croit ainsi investi de ce pouvoir de jugement historique : Madame Fatima El  Khili.

C'est cette dame, rappelez-vous en, la veste verte c'est pour faire écolo-responsable et qu'on la reconnaisse dans la rue, genre méthode Tondelier (puissance de la sémiologie, Barthes aurait adoré) :



Tout le monde sait comment cette personnalité est une spécialiste de l'Architecture Moderne, comment elle est une grande connaisseuse des enjeux patrimoniaux. On le sait. Remarquez que l'on n'attend plus grand chose de la politique écolo-socialiste de la Ville de Rouen en matière de Culture. Allez faire un tour dans la cour de l'Aitre St Maclou pour vous rendre compte de comment un cimetière chargé d'histoire est devenu un petit centre commercial sans âme pour artisans potiers babacool, ce qui est un comble pour un ancien cimetière et une ancienne école d'Art. Regardez comment la Ville de Rouen a laissé le Palais des Consuls être totalement dans les mains de la grande Hôtellerie qui en a fait... 

La Ville de Rouen en ce sens est bien écolo-socialiste c'est à dire qu'elle fait semblant. Et ce que Madame Fatima El Khili appelle une verrue (c'est pas bien d'attaquer le physique) est juste l'un des plus beaux et rares exemples d'architecture métallique et préfabriquée de France, certes, architecture qui a tendance à prendre feu facilement quand elle dérange les plans des aménageurs de territoire et promoteurs immobiliers...oups...oh...mince...trop tard...quel hasard...on voulait justement s'en débarrasser...vraiment...c'est ballot...

Pendant des années, les "Verre et Acier" ont marqués l'histoire d'un aménagement humaniste et moderne de la Ville de Rouen. Pendant des années, ils ont participé à l'Histoire de l'Architecture, au point donc qu'une commission des Monuments Historique avait cru bon de les protéger comme un exemple à maintenir sous les yeux des français. Mais voilà, Madame Fatima El Khili elle, elle sait, elle est une personne qui a du pouvoir, qui veut exister politiquement en étant celle qui aura pris la responsabilité de détruire du Patrimoine Rouennais, rien moins qu'un Monument Historique ! Faut en vouloir en terme d'ambition personnelle, le matin, se lever et pointer du doigt ainsi un coupable. Ne rien avoir à faire d'autre ?

Et rassurez vous, Fatima El Khili, les cathédrales brulent aussi. Voulez-vous aussi, au nom de la sécurité, les détruire toutes ? Les cathédrales ? Vous voyez ce que c'est, les cathédrales, y en a une à Rouen qui d'ailleurs a pris feu il y a peu.

Nous espérons donc que les autorités patrimoniales de la Région Normandie auront le même courage que pour le classement en s'opposant le plus rapidement possible à ce désir fou et ridicule qui disqualifie de fait ceux qui y pensent. Déclasser un Monument Historique voilà donc la ligne de l'écolo-socialisme à la rouennaise. Le maire a les dents longues on le sait, ses conseillères municipales ont les mains lourdes et les idées courtes. Tout est donc avec l'écolo-socialisme rouennais une question de longueur, de longueur de point de vue.

Et Madame El Khili qui disqualifie donc la parole des spécialistes du Patrimoine nous dira en quoi son "opinion" vaut jugement et de qui ou de quoi elle croit en avoir l'autorité. Vous verrez, elle nous répondra "mandat électoral", un truc démagogique comme ça. Il faut dire que pour fabriquer de telles verrues, il faut un peu d'intelligence conceptuelle et ça ça ne se trouve pas au fond d'une urne apparemment. Il s'agit bien de sa part et de celle de son équipe d'une attaque culturelle et politique, de rien d'autre.

L'écologie en actes à Rouen c'est donc détruire des Monuments Historiques ! Bravo Madame !


Pour revoir Marcel Lods sur ce blog et défendre l'héritage colossal qu'il a laissé dans l'agglomération de Rouen : 

https://archipostcard.blogspot.com/2012/11/territoire-marcel-lods.html








dimanche 11 août 2019

Au petit matin

Ce matin ne nous a pas déçu.
Ce vide-grenier de Criquebeuf a tenu mieux ses promesses que le dernier, bien moins riche.
J'ai ramassé 49 cartes postales que je ne vous montrerai pas toutes car certaines n'appartiennent pas au domaine de ce blog. Mission en Nouvelle Calédonie ou ruines de la Première Guerre Mondiale ont peu à voir avec notre domaine mais sont tout de même bien surprenantes.
Je vous propose une toute petite sélection, comme ça, au hasard des achats sans grande cohérence donc mais cela donne l'occasion de voir comment c'est bien le collectionneur qui établit ses domaines et sa ligne de conduite.
Alors ? On regarde ?


En 1966, Nelly écrit à un camarade anonyme. Elle choisit les plus beaux bâtiments de l'Agglomération rouennaise, les immeubles Champagne et Bourgogne de Sotteville-lès-Rouen. Elle choisit une carte postale des éditions Estel qui nous informe bien pour ce qui est des architectes.
Au verso figurent donc le grand Marcel Lods comme architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, Monsieur Alexandre, architecte à Rouen, Monsieur Busse, architecte à Paris et enfin Monsieur Yvelin, architecte à Sotteville-lès-Rouen ! Ouf !
Sur ce blog nous aimons beaucoup Marcel Lods pourtant si mal considéré dans l'une des régions où il a pourtant fait beaucoup de choses extraordinaires aujourd'hui passées sous les pelleteuses de la honte (Hauts de Rouen) ou de la défiguration (Elbeuf)...
Partons pour Goussainville :


Voilà encore un bel exemple qui prouve que les éditeurs de cartes postales ont fait un vrai travail d'inventaire et de documentation ! Nous sommes dans le Centre Commercial des "Grandes Bornes" dans un espace qui est très représentatif de ce type de lieu. Une petite galerie marchande couverte aux abords d'immeubles. Les gros rochers posés dans un esprit que l'on dira  japonisant (oui... je sais...) font la joie des enfants. Ces rochers ? D'où viennent-ils ? Comment furent-ils disposés ? On note qu'à l'époque on laisse des nourrissons seuls dans leur poussette à l'extérieur des boutiques !
Tout se veut moderne, pratique, ouvert et bien entendu sans voiture.
L'éditeur de ce beau document est Combier qui nomme l'architecte, Monsieur Lechauguette. La carte postale fut expédiée en 1971.
Comme nous sommes dimanche, jour du seigneur :


Alors ? Savez-vous où vous êtes ?
Difficile non ?
Il s'agit de l'église de Kaleva, (Kalevan Kirkko) et nous sommes donc en Finlande ! Rare que nous évoquions ce pays sur ce blog ! La carte postale nous montre un bâtiment qui, sans son minuscule et sculptural campanile pourrait passer pour bien autre chose qu'une église !
Ce qui retient l'attention c'est l'impression que le bâtiment est très fermé sur l'extérieur, très tassé. On trouve facilement plein de documentations sur cette superbe église sur l'internet.
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_de_Kaleva
L'éditeur et photographe Juhani Reikkola ne nous donne pas d'information supplémentaire...
Il s'agit pourtant d'une construction spectaculaire !
Pour finir avec les cartes de ce matin :





































Ce beau Christ en croix nous vient d'un lieu bien normand que nous aimons bien sur ce blog, l'église de Foucarmont dessinée par l'architecte Zavaroni en 1964. Le Grand Prix de Rome a choisi M. Hesse pour décorer son église et réaliser ce Christ de l'autel. La photographie de cette carte postale est Jean Hames qui a donc publié sa carte postale avec une faute sur le nom de l'architecte lui ajoutant un N de trop.
Allez revoir l'église ici :
http://archipostcard.blogspot.com/2010/04/une-eglise-moderne-foucarmont.html

Mais comme il arrive aussi que la chasse aux cartes postales nous permette de trouver d'autre choses, je vous montre les trois belles chaises pliantes Plia de Giancarlo Piretti chinées ce même matin pour moins cher que le prix de mes 49 cartes postales... Tout arrive à qui se lève tôt...



dimanche 8 septembre 2013

Afrique Moderne

Un peu de l'Afrique :


















Nous sommes à Ouagadougou devant une mystérieuse construction dont seul le titre peut nous permettre depuis ce point de vue de saisir l'utilité : le marché.
On sent pourtant déjà une modernité bien marquée dont la blancheur est comme une signature de ce type de construction française en Afrique. On devine dans le fond les piliers porteurs, on devine au premier plan une sorte de grand mur éventé et strié qui s'oppose comme un écran à la vie des habitants se posant devant.



C'est d'ailleurs assez curieux de voir ainsi les petits marchands assis devant et non dessous le marché couvert ! N'est-il pas ouvert ? N'ont-ils pas le droit de vendre à l'intérieur ? N'est-il pas adéquat au type de commerce de ces petits marchands ? Préfère-t-on finalement l'ombre de l'arbre à celle du béton tout neuf ? On dirait qu'ils attendent l'ouverture...
Mais ce que nous apprend cette très belle carte postale Estelle offerte par Clément Cividino (merci !), c'est que ce beau marché moderne est de l'un des architectes que nous aimons sur ce blog : Marcel Lods.
On trouve sur ce site toutes les informations concernant cette belle construction française :
http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_LODS/inventaire?cid=objet-17519
Marcel Lods est associé à Jacques Beuffé et Rémy le Caisne. L'ensemble daterait de 1955, 1956.
Un peu de Maroc :

éditions Komaroc S.A.

éditions et photographie de ITTAH, Casablanca.

Nous voici de retour à Casablanca, place Mohamed V si triste et loin de cette belle image aujourd'hui. D'ailleurs sur la première carte postale on devine déjà que le très beau dôme du fabuleux Zevaco est déjà abimé et pas entretenu.



Par contre, on devine très bien le très beau travail des volumes et des circulations de l'architecte qui faisait de Casablanca une merveille moderniste aujourd'hui un peu éteinte attendant sans doute l'énergie de croire à ce patrimoine moderne et puissant qui est une fierté marocaine à juste raison.
Quelle allure !
On en profite pour signaler la belle action de Casamémoire qui fait un travail remarquable de signalement, de soutien et de diffusion pour ce Patrimoine Moderne de Casablanca et du Maroc.
Bravo !
Allez sur le site de Casamémoire ici !

mercredi 8 novembre 2017

Rudy, les spaghettis sont servis et la soupe aussi

20 Novembre 2019 :
le projet semble abandonné. Ouf...Que cela serve aussi de modèle de lutte et de colère, qu'enfin on respecte cette Architecture et ce Patrimoine.
Désolé Rudy, tu trouveras bien un ailleurs plus proche de tes hargnes.
 

Je vous donne à lire ci-dessous une lettre ouverte à Rudy Ricciotti.
Il est clair maintenant que la Région Ile-de-France, que ses institutions patrimoniales qui la représentent, que la politique du Grand Paris, osent tout, c'est à ça d'ailleurs qu'on les reconnaît. Chemetov et Prouvé à Saint-Ouen, Émile Aillaud à Nanterre, Jacques Kalisz à Nanterre, Tour Montparnasse, Claude Parent et Paul Virilio à Vélizy-Villacoublay, Esquillan à Fontainebleau et maintenant Maison du Peuple à Clichy de Beaudouin, Prouvé, Bodiansky et Lods... Le bilan des attaques contre le patrimoine moderne et contemporain devient lourd, très lourd, honteux. À qui le tour ? Le Musée des Arts et Traditions Populaires de Dubuisson peut-être...



Salut Rudy !
Je vais te tutoyer car tu es de ceux qui ont toujours fait de leur gouaille un signe de reconnaissance, comme si les tonalités de ta langue si chantante et fleurie et sans compromis devaient pouvoir immédiatement nous permettre de comprendre la franchise de ton architecture et de ta pensée, comme si cette voix, ta voix était l'occasion d'une complicité dont j'ose me saisir ici.
Dans cette vidéo, Rudy, tu affirmes avec une fierté non feinte qu'un architecte ça doit être un casse-couille, je crois que tu remplis bien ton programme.


Car vois-tu, lorsque pendant toute une carrière on joue l'outsider de service, celui qui empêche de tourner en rond, le grand pourfendeur de la pensée commune et le mec proche de la réalité du terrain et des connaissances des métiers, il est étonnant de voir soudain un travail qui écrase justement ceux qui, dans l'histoire de leur Art, furent les pionniers de cette brutalité chantante et de cet hommage aux gens : la Maison du Peuple de Clichy.
Non mais franchement Rudy... Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi cette tour de spaghettis qui va se dresser dans le ciel comme une corde enchantée par un magicien hindou et qui réduit le chef-d'œuvre de Prouvé, Lods, Bodiansky et Beaudouin à un plat de cantine en aluminium ?

Ce n'est pas à ta hauteur, c'est ça le pire. Pas à ta hauteur.

Mais vous, (je reprends le vouvoiement toujours lorsque je suis en colère), mais Monsieur Ricciotti franchement, là, vous rigolez ? Non ? Allez... C'est une blague ? Vous allez annoncer demain que vous y renoncez à ce projet et que c'était là un exercice pour montrer à tout le petit monde de l'architecture à quel point la gestion du Patrimoine Architectural du XXème siècle est méprisé en France ? 
Car sinon, tout ce que vous étiez jusque là, tout ce que vous avez porté de colères, d'intransigeance, de force et de respect à ceux qui bâtissent devient vain, inutile.
Quand on fait finalement de ses colères, de sa révolte, une image de marque, un objet de communication, un slogan à la Seguela pour servir un plat de promoteurs, on devient quoi ? 
Comment appelez-vous cela ?
Alors vous me direz que vous êtes donc bien un casse-couille pour tous ceux qui comme moi défendent le respect du Patrimoine et que vous méprisez ce combat car, sans doute, nous sommes, nous, croyez-vous, dans l'histoire et vous dans l'avenir... Que l'Histoire de la Modernité doit être réécrite, que son respect est inutile, voir ringard.
Vous avez sans doute raison Monsieur Ricciotti, mais entre l'histoire d'une gauche populaire de Clichy et de sa Maison du Peuple et l'avenir du Grand Paris des Promoteurs soutenu par une politique fourvoyée de personnalités décadentes à leur propres idéaux, je préfère le passé. 
Et je parie, oui, je parie que vous aussi Monsieur Ricciotti finalement. 
Rien dans votre projet architectural, rien ne rend hommage à cet optimisme, à cette architecture, à ces combats sociaux. Et surtout rien ne rend ici hommage à votre propre travail. Vous vous servez de ce passé comme d'un symbole, un signe qui vient marketer votre tour. Et l'absence de cette belle franchise qui était la vôtre est le signe de ce ratage. En fait, cette tour, elle débande, triste après sa petite mort érectile.
C'est certain que vous me rétorquerez que vous ne vouliez pas rendre hommage, que vous pensez que l'hommage aux aînés est une servilité. Que ce que porte cette Maison du Peuple d'idéologies d'émancipations sociales doit être réduit au silence simple de sa structure, comme un squelette vidé de sa chair. 
Mais le blanc de votre tour, ce blanc comme une boutique Macintosh de province, son élan amolli par sa façade serpentine, le contact entre l'existant, tout y est déjà épuisé surtout par son bio-design des années 90 que même Audi a abandonné il y a longtemps. Ce n'est pas du Maniérisme, c'est maniéré, c'est nouille comme on disait des mauvais suiveurs de Guimard.  Pourquoi avez-vous perdu votre puissance, votre force, votre courage ? Pourquoi la rage Ricciotti a disparu ? Pourquoi votre belle et nécessaire radicalité poétique a laissé la place à cette ascension racoleuse de spaghettis ? Quel mauvais, très mauvais dessin... Vraiment pas à votre niveau.
Mais le pire c'est l'ensemble des complicités à cette attaque patrimoniale. Le pire c'est cette caution. Le pire c'est le fourvoiement des Institutions Culturelles logotypées dans les arguments (publicitaires) des promoteurs. Ils ont instrumentalisé votre hargne pour en faire l'argument de leur probité. Le pire c'est ça, cette communication qui prend la place de la pensée, qui fait semblant, cette novlangue, outil magique pour faire passer l'indigestion de ce plat de spaghettis. Quand l'architecture devient communication, quand on illustre des concepts communicationnels par une construction, on ne fait pas de l'architecture. On fait un produit. 

Et, venant de vous Monsieur, de vous, après tout ce que vous avez porté, que j'ai tant aimé, tant admiré, et même tant diffusé auprès de mes étudiants comme modèle de résistance à ce monde boursouflé, c'est là le signe infamant qu'ils ont gagné et que nous avons perdu. Je vous inclus dans ce Nous.
Vous avez inventé ici le totem de ce retournement idéologique. Nous aurions préféré un beau majeur dressé dans le ciel de Clichy, doigt plus digne de l'héritage du Progrès Social.
Tu as raison Rudy, un architecte ça casse les couilles et on a le droit de changer après tout et nous, vois-tu, nous avons le droit au désamour.

Sinon ? Ça va ?

Pour en savoir plus sur ce projet allez là :
http://www.leparisien.fr/clichy-92110/maison-du-peuple-le-pcf-de-clichy-oppose-aux-appartements-de-luxe-05-11-2017-7374381.php 
Allez ici et lisez bien les arguments de communications. C'est hilarant puis affligeant. Où apprennent-ils à rédiger de tels textes ?

http://www.groupeduval.com/projet-maison-peuple-de-clichy-garenne/ 

J'ajoute aujourd'hui l'excellent article de Bernard Toulier :
http://www.sppef.fr/2018/04/16/la-maison-du-peuple-de-clichy-un-monument-historique-bafoue/


mardi 25 août 2026

Jean Dubuisson, discipline poétique

 Je commence toujours comme ça : je dis ce que je vois et ma surprise à le voir.
Voir n'est pas un crime, les images ne nous trompent pas tant que cela.
J'ai toujours eu, d'abord et avant tout, confiance en elles.



Alors devant ce petit lot de cartes postales de la Z.U.P (n'ayez pas peur, ça va bien se passer) de Borny à Metz, je me demande pourquoi donc toutes ces vues sont des vues aériennes ? Qu'avaient donc compris, éditeurs et photographes, de cette architecture pour qu'il faille exiger qu'elles soient perçues depuis l'avion ? On sait comment Marcel Lods (si mal aimé encore, surtout à Rouen) était un aviateur qui aimait prouver l'efficacité de son architecture par quelques vues aériennes de son oeuvre. ici, ce n'est pourtant Marcel Lods qui régale mais Jean Dubuisson, oui le grand, l'implacable Jean Dubuisson que nous aimons tant sur ce blog.
Alors ? Que voit-on ? Que sommes-nous sensés comprendre de cette Z.U.P qu'une vue depuis le sol ne dirait pas ? 
Que veut dire Françoise qui envoie cette carte postale en 1976 à son correspondant allemand à Berlin ? 
Sans aucun doute l'échelle. 
Car ce que cette édition Fink nous montre c'est l'immensité de cette cité et son installation dans la plaine qui s'étend si loin. On y voit la magnifique disposition des barres infinies contre-carrées par des tours. On y voit bien là comment l'urbanisme moderne dans un pays comme le nôtre qui adore les villes fortifiées et les Bastides a su réécrire cette histoire d'une architecture dont l'infini de ses répétition, l'accord parfait avec l'horizon bas d'une plaine, le désir de faire beau, dans un ordre si français (entre Le Nôtre et Corbu) font un (grand) ensemble d'une beauté et d'une audace radicale qui coupent le souffle, comme le feront les Hauts du Lièvre par exemple ou le Havre de Perret. C'est d'une telle beauté cette écriture ample, autorisée, programmée qui donne à voir ainsi une discipline non pas autoritaire mais poétique. Oui, c'est ça : une discipline poétique.
"Ici, on se trouve bien." Voilà comment Françoise écrit son rapport à cette architecture. A-t-elle vu que la carte postale nous montre sa Z.U.P encore en chantier ?


Et Josée ? Qu'a-t-elle voulu dire à Catherine en choisissant cette autre vue aérienne des éditions Combier ?
Rien finalement qui nous concerne. Sa vie. Elle a fait une minuscule croix pour indiquer où son frangin habite. Il m'a fallu lire la correspondance pour m'en apercevoir. Discrétion de la projection dans l'espace de Dubuisson. Là encore, l'avion est haut pour prendre presque dans sa globalité la Z.U.P de Borny en travaux. La carte fut expédiée en 1973. 




Et les deux cartes que voici nous montrent la greffe des petits plots de béton posés comme des micro-processeurs sur le terrain un peu loin de l'ordre de Dubuisson. Et qui se plaindra de l'espace entre ? Qui se plaindra de la lumière et de l'air passant au travers ? Qui rira des projections visuelles depuis les étages ? Avoir la chance d'avoir à voir du lointain, de l'horizon.
Et le Docteur qui écrit à Joseph qu'il a fait une "belle promenade à Metz", il choisit au Tabac Simonot, sur le tourniquet des cartes postales cette vue aérienne une fois encore de chez Fink. Cette vue-ci, celle-là, pas une autre.



Et sur cette vue multiples de Metz Borny, mini-guide des beautés de la ville et du quartier, la correspondante a aussi fait une croix. Se situer dans toutes ces images est en effet nécessaire. Et rien pour critiquer la ville, pas un mot pour dire du mal de cette Z.U.P. 
Voilà donc des représentations d'architecture qui en montrent son déploiement, son ampleur. Il y a certainement quelque part des cartes postales de ce même lieu prises depuis le sol ou même depuis une tour vers une autre. Mais comment ne pas être certain que la conception d'un tel espace ne peut que bien se montrer ainsi ? Oh non...pas la hauteur d'une quelconque puissance...d'une surveillance panoptique des rabâcheurs de Foucault. Non la hauteur pour montrer que l'angle droit n'a jamais interdit la lumière du soleil, le bleu du ciel, l'espace du sol retrouvé entre les construction, la liberté de courir et de faire courir l'oeil vers les infinis des lignes parallèles.
Et si je vous leurrais ?


Avouez que vous y avez cru ? Que vous avez cru que vous étiez encore à Borny ? Pourtant cette carte postale Combier qui a servi à répondre à un jeu nous montre une autre belle réalisation de Jean Dubuisson, cette fois à Lapalud dans le Vaucluse. Là encore on retrouve cette écriture, cette manière de faire des redents, d'ouvrir des espaces. On regrettera que l'écriture de Jean Dubuisson fut massacrée par un ravalement jaune pisse déshonorant. Espérons qu'un jour cette poétique retrouve son verbe.
Maintenant il faut que je range tout ça. Il me faut de l'ordre et assi un peu de discipline.
Vive Jean Dubuisson !

samedi 30 juin 2018

Les Grandes Terres habitées

Je me plains souvent que les correspondants n'évoquent que peu les architectures qu'ils choisissent d'envoyer en carte postale. Comme si la photographie faisait à elle seule l'argumentaire de ses qualités bonnes ou mauvaises. Alors, quand par chance, (rappelez-vous ici la Cité Radieuse) la correspondante écrit un commentaire sur ses cartes postales, on en profite. D'abord, je vous donne les rectos comme à notre habitude :



Ce lieu de la critique architecturale est donc l'ensemble des Grandes Terres à Marly-le-Roi, très bel ensemble des architectes Marcel Lods et Jean-Jacques Honegger. Je vous laisse lire ce très complet dossier qui vous racontera l'histoire, les particularités techniques de ce remarquable ensemble. Je ne pourrais faire mieux et plus concis :

http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Architecture/Publications-et-audiovisuel/Publications/Les-Grandes-Terres-a-Marly-le-Roi

Je vais bien entendu vous transcrire le texte de cette correspondante qui s'étale sur deux cartes postales qui furent donc envoyées ensemble sous enveloppe dans un désir évident de faire le tour de la question de son logement. On note aussi que la date d'envoi est 1978, ce qui est bien tard après la construction, ce qui relativise aussi la sensation de Modernité de sa réception.
Lisons :
8/11/78
J'ai trouvé ces 2 cartes dans un tabac qui donneront une meilleure idée de notre cour. Nous avons "droit" à 3 fenêtres et un balcon, chaque fenêtre représentant la largeur des pièces, soit 2M45 pour les chambres et 1M80 pour la cuisine. Le séjour est plus grand, puisque la cloison d'une chambre a été abattue, ce qui est bien dommage car je suis ainsi obligée de mettre mon séchoir à linge dans le séjour, n'ayant pas de place dans la cuisine. Et j'aurai aimé avoir un petit coin pour moi.
Ce qui compense la petite surface, ce sont les arbres devant les immeubles. Il y a un gros marronnier devant la cuisine et l'on voit les arbres d'une allée devant la grande pièce. De plus, c'est évidemment plus calme, la rue passant de l'autre côté de l'immeuble. Nous habitons l'immeuble "jaune" en bas à gauche, côté jardins. Vous voyez au milieu les tennis et le carré, le centre commercial. De l'autre côté du parking se trouve la station de bus pour le lycée. Bonne rentrée. Bons baisers. CH. 

Alors ? Ce qui me frappe d'abord c'est le ton mi-enjoué, mi-troublé. On note par exemple l'utilisation des guillemets pour le droit à 3 fenêtres, on pourrait en déduire une ironie. Dans le désir de donner précisément les dimensions, on note aussi comme un regret d'une petitesse des lieux, ce que la cloison supprimée confirmerait. On comprend que ce sont les habitants précédents qui ont dû la faire sauter car la correspondante trouve cela dommage. Il était donc possible de la faire sauter cette cloison, pour gagner de la place pour un séjour. On aime bien entendu comment la correspondante évoque la place prépondérante du jardin et de la construction de la vue sur le paysage, vécues comme une prolongation de l'appartement, une chance de projection vers l'extérieur. J'aime aussi que la correspondante, pour identifier son immeuble, utilise la couleur jaune des stores en tissu. Je le redis une fois encore : qui nous fera une étude des stores textiles dans l'architecture moderniste ?

























Les cartes postales trouvées au Tabac du coin sont de Lyna éditeur pour Abeille-Cartes. Aucun nom d'architecte ou de photographe. Je pense que ces cartes sont bien plus anciennes que 1978, elles ont donc traîné sur le tourniquet du Tabac, ce qui explique l'étonnement et le désir de le préciser en évoquant la trouvaille... J'aime que le texte commence par notre cour, ce qui ramène l'immeuble à une habitation plus traditionnelle, celle d'un immeuble urbain. On devine aussi un désir d'appropriation de cet espace, celui du devant l'immeuble, comme un vrai territoire revendiqué.
Voilà en tout cas qui nous permet de vivre un peu mieux l'architecture au travers d'un témoignage direct. Il est heureux que ces deux cartes postales aient pu rester ensemble...
Je suis certain que Marcel Lods aurait particulièrement aimé celle vue du ciel, lui qui aimait prendre des clichés de ses architectures depuis des avions ! Il aurait pu insister sur la parfaite composition de son plan, de son paysage. On note aussi sur ce cliché aérien la belle église dont on reparlera bientôt.

Sur Marly-le-Roi, on peut aussi aller revoir cet article :
http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/04/sur-des-tabourets-de-madame-perriand.html 

Je vous donne également l'article paru dans l'Architecture d'Aujourd'hui de 1957 :