samedi 15 août 2026
Pierre Jeanneret à Chandigarh et finalement chez Noz
vendredi 14 août 2026
Un Sextant familial par le Corbusier
J'aurais pu faire semblant et voir ceux ou celles parmi vous qui sont assez fidèles à ce blog pour me dire dans un message personnel que j'avais déjà publié cette carte postale. Mais s'il est vrai que je ne publie que rarement la même carte postale (ou alors par erreur ce qui sur vingt ans, est bien normal) il ne faut pas se priver trop tôt de cette chance surtout quand, d'une certaine manière, la publication d'un doublon pourrait prouver la diffusion plus généreuse de cette carte postale, une rareté moindre donc.
Dans la collection de cartes postales sur Le Corbusier, certaines ne furent croisées qu'une seule fois et restent des exceptions bien appréciées de mon sentiment de collectionneur. Alors, lorsque, pendant longtemps une carte qui semblait très isolée trouve son double, on reste toujours interloqués.
Voilà :
Cette carte postale de la Villa Le Sextant vous la reconnaitrez. Mais elle soulève beaucoup de questions et apporte peu de réponses. D'abord donc son existence démontre que cette carte postale de la Villa Le Sextant fut plus diffusée que ce que nous pourrions le penser. La rencontrer deux fois dans l'immense hasard des recherches montre bien que cette diffusion fut assez généreuse. (Pas non plus en exagérant trop...)
On remarque qu'il s'agit exactement de la même, qu'il n'y a aucune différence entre les deux exemplaires. Qu'aucune des deux, dans leur édition ou dans la correspondance, ne nomme Le Corbusier comme architecte ! Comme si cela aller de soi...On sait bien comment Corbu suivait toutes les images de sa production, on reste donc étonnés que celle-ci lui soit passée à côté. Le nom du photographe restera aussi anonyme une fois encore. Mais si la première fut expédiée en 1948 ce qui peut sembler assez proche de la construction de la Villa le Sextant (ou de sa reconstruction d'après-guerre) on s'étonne que la seconde fut expédiée (cachet de la Poste faisant foi) en...1974 ! Quoi ? 1974 !
Comment diable cette carte postale a-t-elle pu ainsi se maintenir jusqu'à cette époque et dans quel cadre ? On imagine mal cette carte postale perdue sur les tourniquets des Mathes jusqu'à cette date ? Disponible aux touristes ne sachant sans doute rien de l'importance de cette Villa dans l'Histoire de l'Architecture ? Peut-on l'imaginer trainant dans un tiroir de quelqu'un ou quelqu'une concerné directement par cette Villa le Sextant et utilisant un reste de cartes pour, de temps en temps, en envoyer à des amis ? À la famille ?
Car qui donc a bien pu mandater un photographe et un éditeur (sans autorisation de Corbu) pour faire ainsi une carte postale et qui pour soutenir l'idée que sa diffusion serait un atout touristique ou familiale ? Qui ?
Peut-être que la famille étant encore en possession des lieux, au vu par exemple des plantations sur la parcelle, pourrait nous dire déjà la période. Avant-guerre ? Juste après ? Une édition en hélio ne peut pas avoir été éditée trop tard.
Le hasard veut aussi que, sur les conseils de la famille propriétaire des lieux, je viens de terminer la lecture de l'excellent ouvrage consacré à cette Villa Le Sextant pour en préparer la visite avec mes étudiants en septembre.
dimanche 14 décembre 2025
Chandigarh to Ronchamp by air mail
J'achète une carte postale de Chandigarh et je m'aperçois assez rapidement qu'il ne s'agit pas d'une édition mais d'une carte-photo. Il s'agit donc d'un tirage d'un particulier transformé en objet postal. La carte postale ainsi créée est plus petite qu'un format habituel et nous propose une très belle vue de Chandigarh, assez douce, un peu flou mais touchante par sa simplicité. On y devine l'échelle immense du bâtiment. Dans ma collection, les cartes postales de Chandigarh sont très rares. Il faut dire que les voyageurs vers cette contrée devaient être bien peu nombreux...Alors quand une carte postale m'arrive de Chandigarh dans les mains, je me réjouis immédiatement.
Mais cette carte postale a une autre particularité bien amusante. Elle fut expédiée par Jean Petit qui n'est rien moins que l'un des éditeurs de Le Corbusier et notamment du très beau livre sur Ronchamp. Elle est adressée à Alfred Canet à Ronchamp qui n'est rien d'autre lui que le Secrétaire de la Société Immobilière de Notre-Dame-du Haut ! Comment faire plus corbuséen ? Ne manque que la signature de l'Architecte pour que cet envoi soit complet !
Il est très rare que les cartes postales à ce point parlent de relations directes entre l'image envoyée et les expéditeurs ou receveurs. C'est donc émouvant de voir un exemple d'une carte postale qui plus est est une carte-photo.
La carte fut expédiée le 11 mars 1963, du vivant de Corbu. Un must de ma collection donc...ne soyez pas jaloux, je vous la partage.
Et...depuis Ronchamp, peut-être que Alfred Canet a pu renvoyer cette carte postale à Louis Petit :
Cette très belle carte Janin nous montre...nous montre quoi en fait ? Le chemin qui mène à La Chapelle bien plus que La Chapelle de Ronchamp elle-même ! Et la neige qui s'y pose. On aime ainsi voir la belle polychromie sur la façade du refuge jouer avec le bleu du ciel, on aime les dessins des branches nues venir chatouiller les courbes de La Chapelle. On aime ce "moment" où, pas encore sous la puissance de l'Architecture, celle-ci se donne à voir d'un peu loin, doucement, comme une promesse au bout du chemin creux, dans la fraicheur lumineuse d'un matin d'hiver.
Nous ne bouderons pas cette joie.
mardi 17 septembre 2024
Linkedin et Ronchamp : étonnements et réalité
Sur mon fil d'actualités du célèbre site Linkedin, je vois un article de Rafael-Florian Helfenstein consacré à la restauration de La Chapelle de Ronchamp et qui s'étonne que celle-ci ne soit pas que de béton mais qu'elle est aussi en grande partie faite de pierres. Il a bien raison mais c'est cet étonnement qui m'étonne un peu.
dimanche 18 août 2024
Vous auriez des assiettes moches ?*
vendredi 9 août 2024
Corbusier ? Ronchamp ? What the fuck ?!
Nous croyons toujours avoir fait le tour d'une certaine analyse possible des images. Et puis, au fond, finalement, cette analyse a l'air peu utile puisque aujourd'hui l'accumulation des images suffirait à construire une oeuvre, une idée et pire une critique.
L'Instagramabilité des images (ce mot entrera dans le Robert bientôt) est même le seul et dernier acte de critique en architecture, art qui a pris le pli de cette révélation unique. L'immonde tour Alta (Altra raté) au Havre en est l'exemple. Il y en a des milliers comme celle-là mais celle-là, faut l'avouer elle est comac.
On pense peu les espaces, on écrit plus de poésie sur leurs articulations avec le monde et l'analyse reste maintenant en retrait, l'important étant de faire signe. Avant on aurait dit : faire semblant.
L'architecture d'aujourd'hui (oui...) fait-elle semblant de faire architecture au profit des images ? Elle imprime sur les rétines ébahies des effets parfois d'ailleurs réussis qui doivent marquer les esprits par la puissance attendu d'un étonnement. En anglais on dirait : what the fuck ?!
Alors quand un exemple devenu historique (et presque fautif) se joue justement de sa propre image, on espère toujours que cela remettra les pendules à l'heure. Ronchamp fut bien la surprise attendue réglant d'un coup les questions et principes de la Modernité*. Un suicide de l'ordre durement établi en quelque sorte, une tumeur bubonique qui est d'ailleurs volontairement imphotographiable, je veux dire que, d'un seul point de vue unique, on ne peut en rendre compte.
"J'ai vécu le coup de Ronchamp." Claude Parent.
Il était malin (pas agent du Mal) le Corbusier. Alors ce que très vite la culture critique de l'architecture appela le caillou a du être dans l'obligation pour en évoquer sa mouvance de multiplier les points de vue et cela pour le pèlerin fatigué comme pour le critique ou l'architecte informé. Ici, pas de jaloux, tout le monde est à la même enseigne de cette impossibilité : représenter.
En voici une petite suite :
Je commence avec une vue parfaitement abstraite, abstraction bien volontairement considérée par Corbu, ici magnifiée par un photographe resté anonyme. Charles Bueb ?
On note comme la composition est implacable et ne laisse aucune chance au regardeur de saisir de quoi il retourne. Un grand pan de crépi blanc occupe la moitié de l'image et l'autre est composé de formes et de contrastes dont il est impossible pour quelqu'un qui ne serait pas venu là de comprendre leur logique. Cette effet de formes perdues, comme jetées au hasard hardi d'une composition ne peut être l'objet que d'un photographe ayant compris le désir de l'architecte de former un cirque des tensions, une idée de la ruine, un morcellement des espaces. C'est un photographe (j'a envie de dire et d'écrire) corbuséen, voué à la tache de rendre les honneurs d'une architecture de chaos et de sensations. Une photogénie bien calculée. Il faut d'avance en aimer cette abstraction, faire comme si Corbu était là pour nous guider les yeux sur des compositions concrètes et fabriquées pour faire justement des images. Il faut donc une sensibilité convaincue d'avance pour comprendre l'utilité d'un tel cadrage. Mais, bien entendu, ce qui nous saute au yeux c'est ce putain de crépi. Pourquoi donc nous coller le visage contre cette surface grumeleuse, volontairement sauvage, racoleuse, paysanne ? Pourquoi donc le noir et blanc sert-il ici à jouer ainsi des états de surfaces entre le lisse et le rugueux fabriquant les masses, les séparant par leur tonalité de gris. Du blanc ? D'accord ! Mais seulement si vous en supportez sa matière, son grain. On dit aussi le grain en photographie. Quelle autre architecture fut ainsi photographiée de si près, la tête dedans ? Quel est ce message radical ?
Sur cette autre carte postale, toujours sans photographe, on note que celui-ci a réussi avec une Chapelle toute de courbes d'en déterminer un angle droit qui s'enfonce dans le ciel : un coin.