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vendredi 28 février 2020

Flaine, une excuse et un coupable

Parfois, on enrage.
On enrage contre le photographe de carte postale de n'avoir pas compris qu'il aurait pu faire le parfait cliché pour ce blog en se déplaçant un peu, en cadrant autrement. On dirait qu'il fait exprès de venir à proximité mais ne voit pas, ne comprend pas qu'il passe à côté de la parfaite carte postale.
Regardons :


Vous me demanderez de quoi je me plains en regardant cette carte postale. Le photographe resté anonyme cadre à la fois la neige, la montagne, le bâtiment de ce forum de Flaine et en plus il l'anime par les jeux des enfants et des beaux drapeaux qui ouvrent le premier plan. Alors ? Alors quoi ?
Mais voyons, vous ne voyez pas ?
Là, à gauche, dans l'ombre sombre des sapins ?


Vous ne voyez pas que la chapelle de Flaine, dessinée par Marcel Breuer est à peine visible ? Nous aurions tellement aimé la voir en plein cadre, regardée vraiment. Mais ne jetons pas la pierre à ce photographe. Il fait son métier et il nous permet finalement de regarder un espace désiré par Breuer, celui du Forum et cette chapelle, un peu oubliée est en fait à sa place, non pas comme la star de Flaine mais comme un élément parmi d'autres, comme le ciel, la neige, et ce vide qui circule entre le construit.
Enfin, je me rassure en pensant cela et si un jour, je tombe sur une carte postale ayant, cadrée seule, cette chapelle, il se pourrait bien que j'oublie celle-ci. Il est toujours difficile de rendre compte de l'architecture car elle n'est pas faite que d'objets saisis dans leur unicité. Elle est aussi faite des espaces entre ces objets. Et on pourrait bien croire que là, dans ce simple carton imprimé, le photographe des éditions Iris nous en dit bien plus sur la gestion spatiale de Flaine et donc sur le travail de Marcel Breuer que s'il avait isolé l'une de ses constructions.
Comme nous la voyons mal cette chapelle, il nous est difficile d'en chanter sa beauté, ses formes. On devine à peine ses trois volumes dont le campanile central qui semble avoir écrasé les deux autres volumes.
D'ailleurs on pourrait facilement ranger cette architecture dans la classe des monolithes offrant une esthétique qui se refuse à se dévoiler et faire comprendre son plan, ne donnant à voir que des faces sombres, percées comme au hasard dont la rudesse, les angles, la couleur voudraient agir comme un bloc fendu un peu raide : l'onirisme brutaliste de la masse. Reste cette étrange impression de poids lourd posé au centre ayant appuyé trop fort sur les deux autres volumes.  Je ne ne sais pas trop quoi penser de cet expressionnisme un peu trop revendiqué. Mais je ne peux juger. Et savez-vous pourquoi ? Parce que le photographe des éditions Iris n'a pas voulu mieux cadrer. Il faut bien, que voulez-vous, que je me trouve à la fois une excuse et un coupable.
Pour mieux voir cette Chapelle de Marcel Breuer et même en lire ses plans, je vous conseille ce site très complet :
https://patrimoine.auvergnerhonealpes.fr/dossier/chapelle-oecumenique-de-flaine/2a9bca50-d680-4332-a631-7254f5def43a 
Pour une belle lisibilité des formes, je vous conseille la page du Centre Pompidou consacrée à la maquette de cette chapelle :
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/crXLqb/rAbMeyK 
Pour revoir Flaine sur ce blog :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=flaine 
Pour revoir Marcel Breuer sur ce site :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/Marcel%20Breuer
Pour revoir ailleurs les très beaux jeux ici perdus dans la neige :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/12/a-trappes-volumes.html

Vous savez comme j'aime Fillod et nous avons déjà eu la chance d'en voir à Flaine une belle implantation. Je vous donne donc cette nouvelle carte postales signée Cluses-Photo qui reprend le point de vue. La carte est intéressante car l'éditeur informe au dos son image de la sorte : Hébergement ouvriers de FLAINE. 
Il ne fait aucun doute que cette carte postale s'adresse surtout à eux, les ouvriers, heureux d'ainsi pouvoir montrer leur condition de logement pendant ce chantier.
On aime les camions qui circulent mais aussi les premiers plans où la nature semble chamboulée, racines, branches, cailloux sont à la renverse.
Nous aurions aimé trouver au verso une correspondance pour nous raconter les conditions de travail sur ce chantier...
Pour revoir Fillod sur ce blog :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=fillod 



lundi 3 août 2015

Flaine Fillod contre Breuer

Nous avons aimé ce type de construction que sont les baraquements Fillod il y a peu.
Nous allons voir comment ce type peut dans un paysage faire architecture :



Nous sommes à Flaine, au refuge des Gérats sur le flan de la montagne ici très rocailleuse. On y voit donc une succession incroyable des bâtiments de Fernand Fillod posés tous dans le même sens, s'opposant à la pente et offrant des couleurs différentes. Puis, un peu en retrait, une autre construction du même constructeur mais d'une volumétrie plus imposante encore est posée sur un socle qui semble de béton.
Il faut le dire de suite, je trouve cette installation superbe !
J'aime la très grande longueur des Fillod qui s'étirent sur la pente, comment ils sont concentrés en emmarchement, comment leurs couleurs s'opposent avec vigueur au paysage. Ne me demandez pas quel rôle ils devaient jouer, à qui ils étaient adressés, le nom de refuge me semble un rien usurpé pour l'usage habituel de ce mot. Mais... je ne sais pas... Est-ce un lieu d'hébergement pour les ouvriers du chantier de Flaine ?



On remarque qu'ils sont tous posés sur une estrade de béton qui parfois élève la construction au point que la porte de sortie de secours est trop haute pour l'emprunter l'été, l'hiver, la neige doit offrir une marche acceptable. Les couleurs ont sûrement aussi un rôle de reconnaissance et peut-être d'attribution en affichant ainsi les spécificités de ce qu'elles désignent ou permettent simplement de se repérer.
"untel est dans le rouge, toi, tu dors dans le gris."
On imagine peut-être à tort que l'été ils devaient devenir des fours et l'hiver... des frigos ! Comment étaient-ils aménagés pour soutenir les amplitudes thermiques de la montagne ?
Mais que cet ensemble est beau, offrant une solidité, une fermeté et une radicalité sans fard face au paysage. Comment ne pas être sensible à la lecture de leur état éphémère qui ajoute encore, face à leur nombre et à leur taille, un contraste saisissant ? Il y a là un atterrissage implacable comme une station spatiale montée rapidement sur la surface lunaire ou martienne. J'imagine aussi le ballet des camions apportant les éléments métalliques, le montage rapide, le surgissement soudain d'un village de tôle sur les flans libres de la montagne. J'imagine aussi, comment chacun, dans ces espaces égaux, devait personnaliser son lieu, son "baraquement" et que certains devaient préférer être dans celui au bord de la route ou d'autres, au contraire, préférer être tout en haut, ouvrant la fenêtre sur la prairie. Et comment la neige généreuse ne devait laisser déborder de sa blancheur que la couleur en traits francs des bâtiments.
Tout cela, je crois, a disparu.
La carte postale nous permet donc de tenir dans le paysage le surgissement d'une petite communauté abritée dans un village de tôle. Marcel Breuer l'a-t-il lui aussi aimé et utilisé ?
Remercions les éditions Cellard d'y avoir vu un moment architectural nécessaire à diffuser, à préserver.


























Dernière minute !
Grâce à Vincent Juriens, un lecteur attentif, je reçois un très beau lien vers un document édité par le CAUE 74 sur la création de Flaine par Marcel Breuer. On peut y trouver la réponse à mes questions et surtout toute l'histoire passionnante de Flaine. Merci donc au CAUE 74 et surtout à Vincent pour cette information.


"En 1961, le premier site habité de Flaine est donc un ensemble de constructions modulaires situé à proximité des chalets de Balachat où se trouve une source. Il offre une cinquantaine de lits, un réfectoire abrité sous une grande tente et une cantine roulante acheminée avec beaucoup de difficultés sur une route qui n’est encore qu’une piste. Pour des raisons de sécurité, on installe une ligne téléphonique reliée aux Carroz.

Puis sont bâtis de nouveaux logements permanents au lieu-dit les Gérats, situé en bordure de la future route qui montera au chantier côté Flaine. La construction en est confiée à Denys Pradelle. Les huit bâtiments sont composés d’éléments préfabriqués en métal. Sept d’entre eux sont destinés au logement proprement dit, offrant une capacité totale de 350 lits. Le huitième bâtiment abrite le Club, un lieu collectif comprenant une cuisine, un office, un restaurant, un bar et une salle de détente. Cet ensemble fonctionne pendant dix ans et c’est là que sont accueillis les premiers skieurs lors de la mise en service du téléphérique des Platières à Noël 1967. Aujourd’hui démoli, il a été remplacé depuis par le Hameau de Flaine."

dimanche 8 janvier 2017

Je Flaine, tu Flaines, nous flainons

Souvent, les livres d'architecture, pour évoquer le travail de Marcel Breuer à Flaine, nous montrent ce point de vue :



Il est aisé de comprendre pourquoi.
Le porte-à-faux d'un bâtiment ainsi suspendu dans le vide offre tout ce dont la modernité a besoin pour chanter sa force et sa radicalité. Ainsi, ne semblant pas tenir compte de la tectonique, la construction de Marcel Breuer donne une image de puissance, d'affirmation, de radicalité de l'architecte, pliant le paysage à son architecture.
Même pas peur !
En quelque sorte...
De plus, ici s'affirment aussi les forces du génie civil démontrant que le moment de la construction rejoint celui de la technique, lançant dans le canyon, la station de sport comme on lance la pile d'un pont pour traverser un gouffre. Le geste est superbe et offre la dynamique du plongeon.
Pourtant le travail de Marcel Breuer à Flaine ne peut pas être réduit à cette seule image, ébouriffante certes mais peu encline à révéler le travail de ce génie.
Les cartes postales, finalement dans leur âpreté à dire le monde, nous en offrent une image bien plus convaincante, tentant du moins, de mieux raconter l'ensemble de la station de Flaine.
Reprenons cette carte postale :



Cette carte postale en vues multiples nous montre donc ce moment spectaculaire mais aussi d'abord la neige et ses activités reléguant l'architecture au minimum. C'est bien une forme de contraste entre l'attendu du sport d'hiver et le spectaculaire de l'architecture qui est invoquée ici.
On notera que l'éditeur Cellard ne nomme pas l'architecte et que le témoignage de la correspondante est confondant, racontant son entorse au genou après trois jours de ski... mais ne parle pas des constructions dans lesquelles elle évolue... Rien à dire donc de cette modernité.
Et avec cette autre carte postale ?



Toujours par l'éditeur Cellard, nous voici installé comme un vrai skieur au pied de la construction. L'éditeur et le photographe semblent vouloir nous montrer à la fois le côté très pratique de la station et l'ensemble de ses services tout en cadrant la montagne, objet même de la venue ici. On voit parfaitement le dessin des grands modules préfabriqués de béton très blanc, la manière dont ils forment une protection pour le piéton et donnent tout le loisir de se réchauffer au soleil.





En fait, je dois l'avouer, c'est exactement ce que j'ai toujours détesté des joies de la montagne. Humidité, soleil moite, joie obligatoire et forcément à ski, conversations des voisins sur l'état des pistes, odeur de vin chaud de mauvaise qualité et sportivité familiale...
Je connais mal, sans doute, la montagne l'hiver et préfère les stations l'été quand elles sont pleines de vieux retraités dynamiques en chaussures de marche Décathlon venant surprendre sur le GR les marmottes boudeuses ou cherchant, guide Nature et Découvertes en main, la flore alpine qu'ils piétinent depuis des heures...



La carte postale nous permet aussi d'apprécier le choix des chaises en plastique hideuses, le désir marchand de prendre sa part du budget familial, la joie des raclettes au fromage pasteurisé ou les spécialités régionales comme les si fameux spaghettis bolognaise(s)... Je reste chez moi et je regarde l'architecture. Désolé.
Dans le numéro Architecture d'Aujourd'hui de 1962/1963,  on trouve un article qui raconte la station à venir. On notera que l'on nous raconte bien comment l'ensemble fut préfabriqué mais aussi permet de relativiser en quelque sorte le rôle de Marcel Breuer en donnant une liste incroyable de collaborateurs sans doute un peu écrasés par le nom du grand architecte. On notera aussi, et là on reste perplexe devant l'usage de ce terme sur ce type de production, le désir d'"intégration".
Car, si pour moi, cet ensemble possède une qualité c'est bien plus celle du contraste assumé que d'une forme de disparition de l'ensemble. Je crois que la force de cette architecture n'est pas dans sa volonté de se fondre (oui) mais bien de résister à la puissance inégalable de la roche. Marcel Breuer fabrique là des rochers imprenables, solides, victorieux, suspendus au-dessus du vide. Ses rochers sont affirmés et même d'une certaine manière s'imposent. Peut-être est-ce dans cette énergie qu'il faut comprendre l'idée d'intégration qui, aujourd'hui a pris un tout autre sens.



  








Mais regardons maintenant cette autre carte postale :



Oui ! Comme vous êtes des fidèles, vous avez reconnu ça !
Et vous ne trouvez pas marrant de voir que nos éditeurs et photographes de cartes postales nous proposent pour ce Refuge des Gérats, tout en bâtiments Fillod, une vue d'été et une vue d'hiver ! On notera que le photographe se recule un peu pour ce cliché par rapport à la carte postale déjà montrée. Mais l'explication vient qu'il ne s'agit pas du même éditeur, ici, c'est CAP qui s'y colle (de montagne bien sûr...)



Vous remarquerez aussi que je ne boude pas les cartes postales sur lesquelles les correspondants font quelques interventions. Ici, au stylo-bille est inscrit avec deux flèches la planète blanche ! Au dos, le correspondant a aussi noté les prix des séjours que je vous épargne.

Actualité !
Nous avons la chance que France Culture nous offre une émission sur Marcel Breuer, émission dans laquelle interviennent deux amis importants pour ce blog, rien moins que Dominique Amouroux et Bénédicte Chaljub !

http://archipostcard.blogspot.fr/search?q=chaljub
http://archipostcard.blogspot.fr/search/label/dans%20le%20guide

Pour revoir les articles sur Flaine :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/08/flaine-fillod-contre-breuer.html
Pour revoir des articles sur Marcel Breuer :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=Breuer
http://archipostcard.blogspot.fr/search?q=Breuer

dimanche 10 septembre 2023

Rien qu'un petit morceau de Flaine

Vous allez sans doute me trouver tatillon ou obsédé au choix.
Vous aurez sans doute raison mais, que voulez-vous, rien ne m'amuse plus que ce genre de détail, ce ça d'une image, comment finalement je me place dans celle-ci. Choisir un angle, un point. C'est comme ça que j'aborde mon rapport à l'architecture et sa représentation. Vous devriez le savoir maintenant, vous avez l'habitude.
Alors quoi ? Vous ne voyez pas comme moi la chose essentielle et même incroyable de cette carte postale de de l'UCPA de Flaine ? Vous ne voyez pas ?




La neige ? Non pas vraiment quoiqu'elle participe sans doute à la présence de ce détail. 
Les planches du chantier ? Oui, ce pourrait être ça et c'est une piste. Cela veut déjà dire que le bâtiment est en cours de finition et que le ménage du chantier n'a pas encore été fait, que cette neige, justement, camoufle de son blanc manteau. Alors ?
Oui...
Vous le voyez le module de fenêtre en béton préfabriqué qui traine dans la neige ?



Monolithe abandonné à son sort, qui n'a pas trouvé sa place dans la façade, qui n'a pas réussi à s'y joindre...Vous seriez nombreux aujourd'hui à vouloir le récupérer non ? Comme une sculpture posée dans un jardin, morceau de dessin superbe. Qu'est-il devenu ce morceau d'architecture ? 
Ce module raconte bien aussi comment l'architecture de béton préfabriquée pouvait s'exprimer presque avant son montage : blocs les uns sur et dans les autres, rationalité parfaite du jeu de construction de l'Architecture Moderne. La neige fondue, dans la boue printanière, le bloc ici presque essentiel à l'image devait sembler bien moins intéressant, comme un gros rocher encombrant : simplement un déchet. Alors que là, dans l'odeur toute neuve du béton de scellage, là dans l'air clinquant d'un hiver en montagne, ce monolithe superbe me touche. On notera que l'image à trois registres : la neige, le bâtiment, la montagne. Tout s'accorde dans une débauche de relations ou d'oppositions de matières, de couleurs, de lignes. Les plus audacieux parleront d'intégration, je dirai simplement un accord. Le photographe de cette carte postale veut rester anonyme et les éditions des Alpes ne nous disent rien de cette leçon de photographie. 
Sur le verso, la correspondance est amusante et j'aime qu'on nous signale que l'UCPA aurait été construite sur le couloir d'avalanche ! 
"Ah ! Vraiment ces architectes !" semble vouloir dire le correspondant.
L'architecte justement n'est pas nommé.
Par contre :



Sur cette carte postale Combier, l'architecte est bien nommé : Marcel Breuer bien entendu. J'aime bien cette carte car, pour une fois, on voit le dos du bâtiment si souvent représenté par son autre façade. On comprend aussi comment les bâtiments sont alignés. J'aime beaucoup le parfait point rouge du pull-over du skieur, un peu comme le célèbre pull-rouge des cartes postales de John Hinde. Est-il vraiment là par hasard ?

Pour apprendre l'histoire de Flaine, je vous conseille cette vidéo :



dimanche 5 octobre 2025

L' antiquaire, Fillod et un mystère


Nous n'en saurons pas beaucoup plus.
Je veux dire qu'il faudra se contenter de l'image sur cette carte postale promotionnelle de la société Fillod pour gouter un peu de cette villa qui ne dit même pas d'ailleurs si elle est bien que de métal.
On dirait une petite maison Art Déco de Province ou de la banlieue parisienne. Sa modernité tient surtout dans son toit plat, les motifs le long des murs et sa pergola rentrée dans la façade. Pour le reste...On restera  suspendus aux informations du verso qui nous donnent le nom d'un architecte rouennais : Marcel Genet.
Mystère...
Difficile aussi de la localiser sur cette image mais il y a fort à parier qu'elle n'existe plus ou que la photographie fut prise lors d'un salon ou d'une foire et qu'elle fut démontée. On dirait bien, en effet, un édifice promotionnel pour prouver la validité de la société Fillod. D'ailleurs quel est l'étrange volume à la gauche de l'image ?


En tout cas, il est amusant pour moi que l'architecte soit de Rouen...Qu'a-t-il laissé comme trace dans ma région ? Je n'en sais rien. On trouve bien ce modèle de maison métallique Fillod sur cet excellent site :
Cela appuie la thèse d'un architecte d'opération qui servirait de relais commercial à l'exploitation par Fillod de son invention. En tout cas, une fois encore sur ce blog, nous sommes heureux de parler de cette société et des édifices qu'elle a produit.
Bien entendu, l'actualité autour de Fillod est aujourd'hui largement faite de l'admirable restauration et mise en lumière du pavillon tropical Fillod. Cette restauration exemplaire que l'on doit à l'ami Clément Cividino et toute son équipe est la preuve qu'il faut parfois réécrire un peu l'histoire de l'architecture trop vite réduite à quelques icônes (Jean Prouvé) alors que les échanges, les conceptions, les inventions furent bien plus vastes. Alors il faut absolument remercier ici Clément Cividino qui, une fois encore, et avec quelle maestria, nous redonne à voir ce bâtiment incroyable. L'écho de cette redécouverte et le grand boum qu'elle fait dans le petit milieu des antiquaires du XXème prouve la place que prend maintenant Clément Cividino et comment, avec son travail acharné et son équipe d'enfer, il sait nous donner les joies de ses propres découvertes.

Soyons certains que Clément va partir à la recherche de l'une de ces maisons et que nous aurons la surprise bientôt d'en visiter une...Clin d'oeil appuyé l'ami...

Merci Clément.
Merci Fillod.
Pour voir son travail :

Pour revoir Fillod sur ce blog :


mardi 10 mai 2022

Est-ce que les galeristes pourraient faire flamber le prix des abris Martin ?

Parfois les étoiles s'alignent bien dans le monde du collectionneur de cartes postales. Parfois même, on pourrait croire qu'il n'y a pas de hasard.
Mon frère Christophe m'apporte un lot de vieux journaux Paris-Normandie dans lesquels je m'amuse d'une publicité pour des abris préfabriqués Martin dont l'argumentaire pourrait coller parfaitement aux maisons de Jean Prouvé. Je m'amuse aussi que l'histoire de l'architecture de ce genre de construction soit ainsi écrasée par le génial Prouvé, oubliant que d'autres constructeurs ont eux aussi participé à cette école, celle du bâti léger, mobile, métallique, économique. Je m'amuse souvent de la déception des amateurs devant l'échec chronique de Prouvé à vendre ses inventions alors que pléthore d'autres constructeurs semblent avoir mené à bien la commercialisation et la diffusion de leur invention dans une France des Trente Glorieuses pourtant amène à ce genre d'invention.
Retournez ici pour voir des exemples de réussite commerciale :

Voilà donc que quelques jours après la découverte de cette publicité pour les abris Martin, je tombe sur cette carte postale dans un lot de plus de 200 cartes sur l'architecture achetées à Rougemontiers.
Comme un signe du ciel !



Il s'agit là encore d'une carte promotionnelle. Vous avez compris que je les aime bien en ce moment, ces cartes postales un rien étranges servant de cartes de visites ou publicitaires pour un produit ou un programme architectural.
Mais avouez que c'est touchant. D'abord, avant même de retourner la carte sur le vide-grenier, j'ai aimé l'aspect très brillant et métallique de cette petite maisonnette toute de tôles recouverte. Le dessin des fenêtres est aussi assez curieux et on s'interroge sur la porte poussée ainsi au bord. On comprend en fait qu'elle profite du montant de la structure pour se poser là.
Oh, je ne ferai pas semblant d'être un découvreur d'œuvres géniales oubliées de la Grande Histoire de l'architecture ! Non. Ici, le génie, s'il y en a, c'est d'abord le pragmatisme édifié en absolu. Faire simple, rapide, facile et économique en ayant compris que l'essentiel pour le client c'est que, au mieux, toutes ces qualités, ne gâchent pas une image de maison. Il faut que cela reste charmant, reconnaissable comme une architecture utile. Pas d'excentricité ici remarquable, pas de désir de révolutionner l'Art de l'Habiter mais tout de même une certaine intelligence du modulaire et de la simplicité. 
Tout cela est chanté au verso de la carte postale de cet abri de Week-end !
Week-end ça suffira comme terme de Modernité !



On pourra rire en remplaçant Martin par Prouvé et voir que tout semble bien fonctionner ! Sans doute que l'argument "les moins chers de France" par contre, n'aurait pas pu être accolé aux maisons de Prouvé.
Vous me direz avec raison qu'il ne s'agit pas tellement dans leur échelle des mêmes constructions. Oui, sans doute.
Une autre chose me plaît dans les abris Martin c'est qu'ils étaient fabriqués à Chatelaillon ! Ah... la Charente Maritime est donc bien une terre de modernité architecturale !
Il faudra donc aux galeries de Design se ruer dans ce département pour avoir la chance de récupérer, perdu au fond d'un jardin, l'un des exemples les plus efficaces de cette histoire de l'architecture du préfabriqué. Je ne suis pas certain qu'en Normandie il en reste beaucoup.
Bonne chance Clément !
Pour info, la société Martin existe toujours et toujours à Chatelaillon ! 
Comme quoi, on pourrait attendre la même chose des Maisons Prouvé. Aurait-il manqué, notre quincailler de génie, la nécessité de diffusion et de publicité de son travail ?





dimanche 29 septembre 2019

Expressionisme de bois sur neige

Entre le brutalisme de Flaine et l'expressionnisme d'Avoriaz, mon cœur a toujours balancé. Et puis, rapidement, je me suis promis d'aimer les deux.
Aujourd'hui ce sera Avoriaz.
Tout est déjà dit et bien dit sur cet ensemble absolument remarquable dans son échelle, ses formes et son utilisation du bois ajoutant un signe régionaliste sans être tombé dans les errements actuels du chalet post-moderne.
Nous commencerons donc notre promenade réfrigérante avec cette carte postale des éditions SFP (Savoie Film Production) dont la photographie semble être de Robert Pellet. On notera le choix de nous montrer les Dromonts et le Séquoia de près, enneigés.


Mais depuis quelle résidence le photographe fait-il ce paysage ?
L'image donne toute sa chance à toutes les nuances du blanc de la neige en laissant le bois réchauffer l'ensemble par des teintes orangées voire presque roses. L'image souligne parfaitement le désir d'intégration au paysage par les pentes des toits et des bâtiments qui reçoivent la neige comme pour la distribuer à l'identique des pentes des sommets à l'arrière-plan. Le rouge des personnages nous donnant l'échelle. Un très beau cliché donc.


Pour Combier éditeur, il est toujours bien de faire un beau plan d'avion pour comprendre l'éparpillement des constructions. Quatre tours font comme un immense portail à la montée vers la coulée des bâtiments plus haut, serpentant sur la pente. On note la ligne droite du téléphérique passant au travers et s'opposant aux courbes des bâtiments.
Même ainsi, d'un peu haut, on devine bien la grande originalité de cet ensemble et son ampleur pourtant pas écrasante face au paysage.


Voilà un désir d'image !
Saisie de nuit, la station semble briller de mille feux ! C'est encore Robert Pellet qui signe cette photographie un rien étrange que l'éditeur qualifie lui-même de fantastique ! On note d'ailleurs que sa signature apparaît sur la photographie en bas à droite, ce qui signifie bien le désir de faire œuvre.
Reste qu'il nous est difficile depuis cette image de lire l'architecture mais qu'importe, puisque cette forme onirique est aussi un beau regard sur l'architecture et la preuve de l'attention du photographe à son paysage et à son désir, dans la pléthorique production de cartes postales d'Avoriaz, de faire une image originale. La carte fut expédiée en 1984.
Pour finir, une vraie carte postale proposant un vrai expressionnisme tortueux :




































L'éditeur SECA nous dit qu'il s'agit du clocher d'Avoriaz qui appartient à un ensemble de services d'accueil de la station.
Le moins que l'on puisse dire c'est que son dessin biscornu est comme un décor de Murnau ou une gravure de Schmidt-Rottluff ! Sans doute que le refus de l'angle droit ou des lignes parallèles est un manifeste anti-moderne.
On notera qu'aucune de ces cartes postales ne nomment les architectes de ces constructions. Faisons-le pour elles avec l'aide de notre guide d'architecture contemporaine en France et remercions Dominique Amouroux de son aide :