samedi 22 mars 2014

Léa Luxembourg

Sous la pyramide du Louvre avec votre  smart-phone, vous auriez réservé un co-voiturage vers le Luxembourg au départ de la Porte de Bagnolet.
Dans une Clio hors d'âge, vous auriez posé votre sac et salué gentiment le jeune couple un peu punk, un peu jeune, un peu allemand qui ferait la route avec vous.
Vous auriez mis votre casque sur vos oreilles après les politesses d'usage et tout en surveillant mi confiante mi inquiète la conduite de la conductrice, vous auriez plongé dans un album un peu ancien de Perfume Genius. Vous auriez vérifié trois fois que votre hôtel était bien réservé, que oui, ce code est bien celui d'une réservation puis en lisant votre courriel, vous auriez relu ce message d'un ami de Facebook que vous n'avez jamais vu mais qui vous conseillait d'aller au MuDam, ce beau musée dessiné par l'architecte Peï.
La route aurait défilé tranquillement, seulement rythmée par les arrêts cigarettes de vos compagnons de voyage. Vous auriez ri toute seule en regardant les cartes postales* vendues dans les stations-service et quelque chose dans le flot automobile, dans sa densité serait venu vous dire que vous vous approchiez de votre destination.
La conductrice vous demanderait trois fois si vous ne préféreriez pas aller d'abord à votre hôtel, mais non, vous auriez voulu qu'on vous dépose au MuDam si, évidemment cela ne dérangait pas trop, et que, finalement c'était bien la destination de votre co-voiturage.
Vous auriez alors regardé la voiture partir, votre sac sur vos pieds en ne sachant que faire de ce croisement de vie. C'est pour tout le monde ainsi.
Il serait déjà 12h30 et vous auriez faim. Ici, vous aurait dit votre ami, il faut manger dans le musée. Alors d'un pas alerte, joyeuse et rafraîchie par un vent printanier et étranger à vos habitudes, vous seriez enfin entrée dans le Mudam.







L'accueil serait charmant, professionnel, attentif comme on sait l'être en Suisse, en Allemagne et donc au Luxembourg. On vous prierait de laisser votre sac et, un peu maladroitement, vous vous seriez dirigée vers le restaurant en tenant mal tous les câbles de votre smart-phone et de votre appareil photo.
Là, vous auriez été fortement impressionnée d'abord par la sensation d'un luxe inouï mais retenu comme on sait le faire en Suisse, en Allemagne et donc au Luxembourg. Rien de trop, juste de beaux matériaux parfaitement mis en valeur par un dessin certes grandiloquent mais totalement classique et qui laisse aux œuvres toutes leur place.



Mais d'abord s'asseoir sous le design des Bouroullec, commander une salade absolument délicieuse et une sorte de dessert au café que le jeune serveur vous prierait par politesse, comme on le fait chez soi, et seulement si vous le désiriez d'aller consommer au salon. Le Soleil ferait d'étranges formes sur le sol et le fauteuil des frères Bouroullec ferait merveille pour ce moment de détente.



Il vous faudrait alors aller à la rencontre des œuvres et de l'architecture de Monsieur Peï et votre esprit ferait immanquablement cet aller-et-retour avec le Louvre, comparant les deux architectures.
Et le soleil tournerait autour de l'architecture, vous indiquant qu'il serait temps maintenant de sortir. Un visiteur aurait engagé avec vous une conversation, il serait un des contre-bassistes de la Philharmonie juste à côté. Vous voyant passionnée par l'architecture, il vous aurait indiqué que cette autre merveille est de Monsieur Christian de Portzamparc.



Vous auriez alors désiré y écouter un concert et le contre-bassiste rejoint par sa petite fille de 4 ans et sa femme vous aurait proposé gentiment de venir au concert de ce soir, il aurait une place certes pas très bien placée mais libre suite à un désistement familial.
Vous auriez passé votre première soirée au Luxembourg en écoutant Debussy.
Vous auriez aimé le Luxembourg.
Vous auriez toujours, depuis ce jour, envie d'y revenir.
Et, chaque année depuis, vous envoyez à Émilie, la petite fille du contre-bassiste une carte à Noël.
Petite fille qui vous aurait alors surnommé Léa Luxembourg.



*

Par ordre d'apparition :
carte postale des éditions du MuDam, Peï Architect Design, Photo : Christian Aschman
carte postale des éditions du MuDam, Peï Architect Design, Photo : Rémi Villaggi
carte postale des éditions du MuDam, Peï Architect Design, Photo : Christian Aschman
idem
carte postale des éditions Gropalux, Luxembourg
carte postale des éditions du MuDam, Peï Architect Design, Photo : Christian Aschman
carte postale des éditions Messageries du Livre, S.A.R. le Grand Duc Héritier, Guillaume de Luxembourg, Photo : Thierry Martin.

vendredi 21 mars 2014

Les appuis, les forces, les équilibres, les enfants, l'architecture

Je m'amuse ou, devrais-je dire, mes yeux s'amusent.
Il arrive ainsi que parfois deux images semblent dire la même chose avec pourtant des éléments très différents.
Aujourd'hui alors que je trie mes cartes postales, deux d'entre elles se regroupent, s'acoquinent. Je vous les donne telles quelles :




La première est une carte postale de Düsseldorf malheureusement sans nom de photographe ni même d'éditeur qui ne nous donne que l'expression :  Radchläger auf der "Kö"
C'est en fait une tradition locale qui veut que les enfants pour obtenir un sou fassent ainsi la roue et c'est devenu une sorte d'emblème de la ville de Düsseldorf !
D'ailleurs la correspondante écrit au verso de sa carte que c'est là une sorte de parallèle avec les poulbots de Paris.
Mais quelle image non ?
Pris à leur hauteur et saisis dans les trois phases de la roue, les garçonnets forment une figure d'équilibre et de force qui me fait penser à l'architecture. Ai-je tort ?
Il faut aussi dire que, comme pour l'architecture, je jalouse toujours ce que je suis incapable de faire ! Et la roue en fait partie !
Alors l'architecture ?
Il s'agit de l'incroyable église catholique Saint-Albert à Saarbrücke ( St Albertus Magnus) dessinée et construite par un père et son fils architectes tous deux, Dominikus et Gottfried Böhm. Oui !
Et ce sont sans doute les arcs-boutants jaillissant de la coupole qui forment à leur tour une figure de la dispersion des forces qui me firent la rapprocher de ces bras et de ces mains posés sur le sol et recevant le poids des corps des enfants.
Je sais, c'est curieux mais c'est une histoire de squelette, interne pour les uns, externe pour l'autre. Je ne peux vraiment rien faire contre cette expérience de rapprochements formels et symboliques qui surgissent en moins de temps qu'il n'en faut aux gamins pour faire la roue ! Je crois aussi que l'origine allemande des deux cartes postales aide à ce rapprochement !
On prendra le temps de regarder un peu la très belle église St-Patrick qui réussit l'exploit de montrer son principe de construction sans l'éteindre en laissant les arcs en partie dans le vide. Les architectes affichent ainsi la structure, en font l'événement de l'architecture tout en conservant à la fois sa gracilité et même une forme de fragilité.
On retrouve un peu ce que nous avions évoqué ici avec la halle des sports de Brême et son esthétique expressionniste des forces structurelles, celles du gothique ou... du Centre Pompidou.
Les enfants de la carte postale doivent maintenant avoir soixante ans. J'espère pour eux qu'ils font toujours la roue ou que leurs petits enfants la font pour eux.
Nous retrouverons bientôt les Böhm sur ce blog. Avis aux fidèles lecteurs.





jeudi 20 mars 2014

Panorama-sur-plinthe

Gilles regardait maintenant la vue depuis cette fenêtre et il voyait les automobiles en bas, tournant sur la Place Clémenceau de Pau, comme ses Norev dans sa chambre.
Au début ce fut difficile de quitter Pantin, il avait surtout peur d'être séparé de Momo, mais quand son père lui apprit que Momo et sa mère les accompagneraient dans cette nouvelle vie, Gilles trouva l'aventure attrayante !
Il continuait encore et encore à interroger le monde et son surnom de Monsieur Pourquoi lui allait toujours bien.
"Pourquoi qu'on déménage ?"
"Pourquoi que Momo il vient finalement ?"
"Pourquoi Pau que c'est écrit avec une faute d'orthographe ?"
Jean-Michel, son père, répondait à tout. Il venait enfin d'obtenir ce poste d'ingénieur dans le B.T.P et il devait suivre les chantiers. Le jeune ménage avait donc décidé de revenir finalement dans sa région d'origine et comme il y avait du travail et de l'argent, on emmena Mohamed et sa mère, qui trouva également à Pau une place de vendeuse dans une boutique de chaussures.



Gilles surveillait toutes les DS Citroën qui se garaient en bas, surtout les bleues glacier, la couleur de celle de son père. Il attendait son retour avec Mohamed. Chaque fois, Jean-Michel revenait de ses déplacements avec une nouvelle Norev pour chacun des garçons et une carte postale représentant son chantier s'il y en avait et Momo et Gilles s'en servaient comme décor pour un diorama étrange et malhabile qui courait punaisé sur la plinthe de la chambre et se poursuivait sur l'armoire de bois blanc et même la porte !
Il y avait là, ajustées au mieux pour tenir le paysage imaginaire, des cartes postales de l'Hôtel Ruspina de Monastir en Tunisie, La Place Gramsci à Mantoue et Gilles se fit expliquer pourquoi il est écrit Mantova au dos et pas Mantoue, une carte postale de Hanovre dont Gilles trouvait amusant que le R soit mal placé sur la carte pour former HannovER,



mais il aimait surtout la belle Coccinelle "voquevagzen", une carte de la piscine de Mantes-la-Jolie avec son pont dont Gilles était si fier car c'était bien Jean-Michel qui avait surveillé la qualité du béton, une carte de Mourenx et son panaro...anapora...pamarona...Pa no ra ma ! Reprenait sa mère ! Gilles avait été déçu par le noir et blanc mais Momo avait eu l'idée d'y mettre de la peinture plus tard.
Enfin, les deux cartes postales qui faisaient le plus rêver les deux garçons étaient celles de l'Atomium de Bruxelles que leur père avait visité avec la délégation française de son entreprise. Jean-Michel avait ramené deux cartes, une pour chacun des garçons qui parlaient de l'atome comme de vrais petits spécialistes et jouaient aux grands scientifiques en mêlant dans leur conversation tous les mots compliqués qu'ils connaissaient et en inventaient même !
"après l'explosion des protons supertotal, y aurait un flou objectif qui souderait les bétons dans la couche interstellaire"
disait Gilles.
"et que même les cosmonautes en métalite y pourraient y prendre leur laser pour tourner autour de la planète orbitale atomique."
reprenait Mohamed.
On riait et surtout, tout le monde s'impatientait du futur voyage car, Jean-Michel l'avait promis, ils iraient tous, dans la DS bleue glacier voir l'Atomium l'été prochain.

Un grand merci à Laurent Patart qui nous a permis de raconter cette belle histoire grâce à sa donation généreuse ! Merci !


 Pau, Place Clémenceau, éditions REX.


Hôtel Ruspina, Monastir, Tunisie, éditions Société Carthage.


Mantova, Place Gramsci, éditions Cartoleria Rossi


Hanovre, éditions Hans Andres Verlag


Mantes-la-Jolie, la Seine et la Piscine, éditions Combier.



Mourenx, panorama que l'on découvre de la ville en haut du château d'eau, éditions Vincent.


Atomium, Bruxelles, éditions SOMINEX :




mercredi 19 mars 2014

La femme et Pantin


Jocelyne tenait fermement dans sa main droite celle de Gilles et de l'autre poussait une poussette dans laquelle était installé Mohamed. Gilles était son fils, Mohamed, un petit garçon qu'elle gardait pour gagner un peu de sous mais surtout pour occuper ses journées.
Il fallait faire vite car Madame Ormont directrice de la nouvelle crèche qui ouvrait à 8 heures n'aimait pas les retardataires et le faisait gentiment mais fermement remarquer aux mères qui arrivaient.
Et Gilles qui ne se tenait pas tranquille ! Tiraillant de droite et de gauche, voulant ici ramasser un caillou, là discuter avec un chat malingre de passage ou encore tentant de ne poser ses pieds que sur les bouches d'égout en fonte pour avancer !
Mais Jocelyne riait avec lui tout en le grondant gentiment et même le petit Mohamed de ses 3 ans semblait rire de cette confusion matinale s'amusant surtout des soubresauts de la poussette produits par toute cette agitation !
Enfin, le trio amusé arriva devant la nouvelle et moderne crèche dont la cheminée tortillée laissait toujours interrogatif le petit Gilles que ses parents avait surnommé Monsieur Pourquoi.
"Dis, Maman pourquoi la cheminée elle se tortille ?"
"Dis, pourquoi le trottoir il a pas de goudron ?"
"Pourquoi Mohamed il vit pas avec son papa ?"
"Pourquoi Papa il achète pas la nouvelle Rono rouge comme celle-là ?"
"Pourquoi Claude François il est mort avec une ampoule ?"
"Pourquoi qu'on y habite pas avec Pépé à Royan ?"





Et Jocelyne tentait de répondre à tout parce qu'elle avait lu dans le dernier Marie-Claire qu'il faut répondre aux enfants et que, quand on ne sait pas, il faut aussi leur dire et essayer avec eux de comprendre tout en gardant l'imaginaire possible.
Jocelyne, elle croyait aux nouveaux moyens éducatifs, elle croyait que Madame Dolto pouvait l'aider depuis qu'elle l'avait entendue à la radio.
Jocelyne laissa donc le petit Mohamed à Madame Ormont en le serrant une fois encore avant de partir, elle aimait croire que cette pression des deux corps dirait à Mohamed qu'il n'était pas seul, qu'il avait de l'amour, qu'il avait un frère qui s'appelle Gilles. Elle tentait toujours en laissant Mohamed ainsi, lui faire comprendre qu'elle ne remplaçait pas sa maman mais qu'elle ajoutait de l'amour à l'amour.
Mohamed souriait toujours le matin.
Et Gilles lui laissant à son tour comme guise d'au revoir un essuyage du front, savait qu'il retrouverait Momo ce soir au goûter.
"Pourquoi qu'on doit y laisser Momo à la crèche ?"
"Pourquoi que ça s'appelle la crèche comme celle de Noël ?"
"Pourquoi qu'il y a des échelles aux balcons des tours ?"
"Mais oui, Gilles, tu as raison, pourquoi ?"
Jocelyne n'avait jamais remarqué ce détail sur le haut des belles tours.
"Mais je ne sais pas mon grand, qu'est-ce que tu crois ?"
"Ba, vu que les tours sont bleues, que le ciel est bleu, c'est pour que les gens y s'y montent dans le ciel pour voir si Momo à la crèche y l'est heureux ?"
"Oui, Gilles, tu as sans doute trouvé la réponse. On demandera à Momo ce soir s'il nous a vus du ciel."
Un caillou roula dans les pieds de Gilles, Jocelyne repensa au beau manteau vert pomme vu dans le catalogue La Redoute. Certes, il était un peu cher mais en vrai drap de laine, il fera plusieurs saisons et ce vert ira très bien avec le bleu du ciel.






Et pour des réponses moins fictives sur l'architecture de Monsieur Aillaud à Pantin, toujours notre guide d'architecture contemporaine en France de Monsieur Dominique Amouroux :










mardi 18 mars 2014

Constat : contre ou contraste ?

Deux cartes postales de deux lieux, deux architectures bien différentes (!) mais qui sont cadrées sans aucun doute pour exprimer un contraste fort et surprenant entre cette modernité et l'ancien monde. On pourra aussi moquer de manière égale la modernité... et l'ancien monde !
Très dur ...



Chez Lyna, grand éditeur de cartes postales de banlieue, C'est le génial Ralf Walter qui cadre à Colombes la Mairie et la Résidence Marie Curie. Il place au fond de la photographie la Pagode qui grimpe en fermant radicalement la vue et qui monte jusqu'à presque fermer le ciel ! Non, Ralf Walter ne fait pas semblant de ne pas voir mais joue parfaitement son rôle de piéton et place dans son image la ville ancienne et officielle, la Résidence (le nouveau monde) et la verdure chatoyante car il sait ce que son image doit comporter, comment elle doit se comporter. Les Marronniers en fleur devant une mairie, rien de plus républicain !





Équilibre subtil visible seulement de ceux qui ne croient pas avoir affaire à un simple cliché photographique, un contrepoint bleu dans le bas à gauche, cette femme et son sac plastique, vient dynamiser la photographie. Une merveille de la carte postale de cette période, sans doute par son objet et son cadrage l'une des plus belles cartes postales de Ralf Walter chez Lyna.
Mais il reste difficile sans doute de savoir ce que Ralf Walter pense de cette image urbaine. Si on regarde la localisation de cette Résidence Marie Curie on comprend qu'il est difficile de cadrer autrement, que ce contraste est déjà un désir d'image de la part du ou des architectes dont je ne sais rien. Pourtant, il aurait été aisé sans doute en s'approchant plus, de réserver le cadre uniquement à l'immeuble moderne ou, au contraire, en tournant vers la gauche de donner à voir surtout la mairie de Colombes. Non, il ne fait aucun doute que le photographe joue avec les deux architectures, il sait qu'il dit quelque chose de la monstruosité joyeuse de cette Pagode qui vient gloutonnement avaler le point de fuite !
Ralf Walter est un photographe, ne vous en déplaise, il n'est pas une inconscience photographique et mécanique.
Dans le Gard :



Cette carte postale est bien un programme d'images.
Nous sommes à Bagnols-sur-Cèze dont nous savons sur ce blog l'importance pour l'architecture contemporaine mais nous y sommes d'une bien drôle de manière ! Le photographe L. P. Badet qui signe ce cliché dans la série " Paris-Photo" nous montre l'enchevêtrement des tuiles comme des vagues déchiquetées d'un grand romantisme régionaliste venant s'épuiser sur l'horizon de la ville nouvelle et de ces tours prises dans une petite brume adoucissante...
Hum...
Que penser ?
On aurait vite fait aujourd'hui d'y voir une image régressive sur le temps jadis et la beauté perdue de notre vieille France... Oui, vite fait...
Le titre de la carte postale nous dit : "Vieux toits et cités neuves".
Cela reste dans une neutralité relative même si dans le terme vieux, il n'y a rien de particulièrement tendre. C'est bien ce qu'on voit car l'état des couvertures est vraiment dégradé. La ruine de l'ancien monde face au nouveau moderne ? Mais ce monde est bien loin pour le juger meilleur. On pourrait parler d'une carte postale d'équilibre. D'abord, et c'est prosaïque, celui du photographe juché sur les tuiles branlantes ! Puis, celui d'un regard possible ne remettant rien en cause, ni le monde perdu, ni le monde nouveau, mais jouant simplement d'un contraste expressif et aussi, finalement, objectif. La composition ne propose pas de ruptures si franches que cela et la cité neuve arrive doucement, presque, oui, discrètement dans un sfumato délicat du début de journée. Même le ton général, la colorimétrie de l'ensemble associent l'un et l'autre.
Alors ?
"C'est ainsi."
C'est bien la seule chose que l'on pourrait entendre sortir de ce type d'image, le photographe et l'éditeur ne voulant sans doute ni se priver des amateurs de vieilles bâtisses, ni des habitants de la cité neuve, en émettant quelque jugement que ce soit.
Ils proposent "une vue" construite sans doute surtout par sa lumière mettant sur cette image un filtre qui fusionne doucement les deux aspects de la ville.
Bien plus qu'un jugement, c'est le constat d'un contraste.
C'est une jubilation atmosphérique.
C'est, oui, une photo-graphie.





lundi 17 mars 2014

Oran, blanche et bleue, pastel

Nous aimons beaucoup parler de l'architecture de l'Afrique du Nord qui a su porter la modernité avec panache. Et si nous avons déjà évoqué Casablanca ou Alger, je vous propose un petit tour à Oran aujourd'hui.
Commençons :



Une belle vue en photographie véritable bien colorisée ! Toujours amusant de voir le noir et blanc qui tente ainsi à coup de pochoir de donner à voir le ciel bleu, les arbres verts et les constructions rose sable...
On aime ici l'alignement solide de constructions alliant une communauté stylistique et un jeu de différences comme les hauteurs, les façades mais cherchant toutes à s'ouvrir au maximum sur l'extérieur dans une blancheur parfaite. On aimera aussi que cette densité se pose sur une corniche, à ras bord de la route. L'éditeur Alexandre Sirecky ne nous donne pas de précision sur ces architectures mais il ne fait pas de doute que l'ensemble est né dans la même période.
Même sentiment :



J'aime beaucoup la sensation de vide de cette carte postale C.A.P qui nous montre la place Lyautey comme écrasée de chaleur et vidée de ses habitants.
J'aime comment les tons pastel glissent un peu au hasard sur les façades géométriques absolument superbes de dureté minérale moderniste, un Art Déco plus qu'épuré, presque éteint. Et la lumière, doucement, à l'arrière des immeubles, monte et abaisse la puissance du bleu. Comme une langueur, un abandon...




Depuis la hauteur :



Cette carte postale toujours chez C.A.P nous montre un vrai moment étrange de la ville d'Oran ! Des parcelles vides semblent attendre leur construction devant le Collège Moderne de Jeunes Filles dont l'éditeur nous donne le nom de l'architecte : Mr Blancard de Lery.
Mais ce qui fait, si j'ose dire, le spectacle de ce point de vue, c'est l'isolement étonnant du petit immeuble qui dresse ses huit étages un peu seul ! On sent pourtant que le grand pignon vide pourrait bien embrasser une future construction. Pourtant la vue satellite actuelle, nous prouve que non ! Mais il est beau ce petit immeuble et sa façade est bien elle aussi marquée par ce style Art Déco économique ! Regardez comment ce qui doit être l'escalier vient marquer la façade en formant une demi-colonne et comment le traitement du toit en décrochements successifs allège et prononce l'élancement !
C'est touchant non ?
Nous aimerons poursuivre notre promenade dans Oran et dès que les cartes postales nous le permettront, nous irons à sa rencontre.



dimanche 16 mars 2014

Gradins de Andrault-Parat à Henri Prouvé

Comme je ne peux aller nulle part, je décide de visiter l'architecture depuis mes cartons 10x15 cm et depuis ma Google Car personnelle... enfin presque !
Où allons-nous ?



Nous allons voir deux modes différents de constructions d'habitats pour deux échelles et deux motivations différentes. D'abord l'une des tentatives et des réussites françaises de semi-collectifs les plus abouties, celles des gradins-jardins de messieurs Andrault et Parat que les cartes postales nous ont déjà donné à voir. Cette fois c'est à Meyzieu dont la visite en satellite nous montre un étalement pavillonnaire exemplaire... de ce qu'il est temps de stopper !



La carte postale des éditions Cellard nous le montre également et le petit lotissement de gradins-jardins tente bien de maintenir cette flaque urbaine un peu au loin. Une expérience politique de cette cité à lutter contre ce problème ?
En tout cas, les qualités de l'architecture de Messieurs Andrault et Parat restent pertinentes encore aujourd'hui. Et on aime régulièrement en trouver dans le paysage, ayant, il est vrai, pour leur entretien, des fortunes diverses ! Ici, la visite virtuelle révèle une cité gradins-jardins en bon état dont les jardinières semblent pourtant un peu vides. Le vide de l'hiver ?










Et en ville ?



C'est à Nancy, terre de la famille Prouvé, que nous pouvons voir cette résidence du Clos de Médreville, architecture que la carte postale des éditions Estel attribue à S.A. d'architecture, Henri Prouvé et Fils. Si nous aimons Jean Prouvé (comme il se doit semble-t-il) nous n'oublions pas sur ce blog, le jeune frère de Jean Prouvé, Henri !
Il vous suffit de retourner ici pour voir de nombreuses et convaincantes architectures de Henri Prouvé et notamment la très très belle église de Vandoeuvre-lès-Nancy.
Mais ici, c'est un programme bien différent proposant dans un plan ultra-classique une construction en U formant un parc. L'étagement en gradins vers le centre, puis l'érection d'une tour centrale offrent bien là une image un rien stricte et française que la belle rigueur régulière du traitement de la façade accuse encore. C'est sérieux dans le dessin, certainement une manière de repousser sur les bords de la parcelle une forte densité qui permettra au programme de dégager tout de même ce beau parc. Ainsi loin d'un face-à-face gênant, les appartements offrent tous (?) une vue sur le silence urbain d'un jardin qui, sans doute, je trouve, reste assez pauvre dans sa proposition, du moins sur cette carte postale, avec ces cheminements dont on ne sait s'ils sont dus aux déplacements naturels des utilisateurs ou à un coup de crayon tentant l'imitation d'une souplesse d'usage.
Qu'importe ! Si nous prenons notre automobile surmontée d'une caméra, on trouve bien la jeunesse assise le cul sur l'herbe et c'est bien ce qui compte. Pour ce qui est d'une analyse de cette architecture, il  reste difficile depuis cette image et sans autre document de la poursuivre.



Mais je fais confiance à ce nom de Prouvé, je fais confiance à ce prénom d'Henri.
On conclura en disant que même quand elle ne donne pas à voir l'architecture dans son détail, la carte postale reste un excellent point de départ pour une analyse de son implantation dans l'espace urbain et le paysage.