dimanche 8 août 2021

Le génie des lieux est celui des images

Pourquoi donc, soudain, l'œil rapide et piqueur saisit d'emblée qu'il se passe quelque chose ? Pourquoi naît immédiatement un sentiment amoureux depuis une image ? Il arrive aussi, à des années de distance que ce sentiment naisse pareillement depuis des images découvertes dans des lieux éloignés et que la mémoire seule parvienne à établir la connection nécessaire. L'une, trouvée et achetée (il y a au moins quinze ans)  est perdue dans un classeur attendant son classement, l'autre achetée la semaine dernière et faisant étrangement sonner un souvenir vague mais persistant. Délesté de mes vingt centimes, la carte arrivera au domicile et, miraculeusement, la mémoire faisant le travail, retrouvera l'autre qui attendait. Et pourquoi une photographie, muette, vide, sans aucun référent à ce que nous sommes fait vibrer notre désir d'espace, la compréhension soudaine et profonde que vous avons besoin de cette image ou, mieux, que nous nous y projetons avec familiarité, nécessité, complicité et surtout un sentiment profond de tranquillité retrouvée ?

Trois lettres : Urt.
Ce mot court et sautillant sera bien ce que ma mémoire fera sonner, c'est par lui, Urt, que ma mémoire aura tapé. Urt.

Commençons par la nouvelle arrivée :



Nous sommes donc à Urt, dans l'Abbaye de Belloc par une édition Combier. J'aime tout dans cette image, tout. D'abord ma solitude que je projette dans ce vide, solitude que le cercle des bancs rend un rien centrifuge. Et ce vide c'est alors aussi une traduction du silence. Écoutez. Vous entendez ? 
L'image est chaleureuse aussi par ses tonalités dorées, brunes, chaudes. La lumière semble venir entre les poutres blanchies d'une architecture d'une grande simplicité qui n'a comme objet que de produire justement ce sentiment de tranquillité. Il ne faut pas ici que l'esprit soit perdu dans des extravagances d'architecte, il ne faut pas admirer autre chose que la chance d'être là. Même le mobilier religieux célèbre cet effacement et cette simplicité. La constellation des spots électriques au plafond est bien céleste. Je peux fixer cette carte postale pendant des minutes entières, sans vous, reposé. On notera que le travail du photographe est parfait, que tout est là. Rien n'est brûlé par le temps de pose. Et le Christ lui-même ressemble davantage à un nœud de branches, à un sarment de vigne nouée qu'à un martyr ensanglanté. Il ne fait pas peur en quelque sorte.

Et puis, ils arrivent :



Un autre lieu de cette Abbaye de Belloc toujours à Urt. Le lieu, cette fois organisé sur l'angle droit, s'habille des robes des moines. Tous les tons s'accordent là aussi et si le silence est rompu ce n'est que par la parole organisée. Massivité du mobilier, massivité des sublimes suspensions ressemblant à une installation minimaliste américaine, tout est ici mis en place et surtout mis en scène pour que la fonction de concentration sur le Livre et sa parole ait lieu. Tout passe aussi par une égalité des corps dont, pourtant, je ne peux m'empêcher de remarquer la plus grande jeunesse de ceux du premier plan. Et des livres attendent aussi sous les bancs. Je me sens à ma place, accueilli, sans que je me doive à quelque chose d'autre qu'être là, parmi les autres. Parmi, c'est déjà bien.
Il m'aura fallu un certain temps pour trouver le nom de l'architecte de cet ensemble religieux, il devrait s'agir de Henri Duverdier. Ma quête n'a trouvé sa solution que par un méthode peu orthodoxe dont je vous économiserai la réalité peu glorieuse. Et donc, j'en suis peu certain mais Henri Duverdier aurait commis aussi une église à Issy-les-Moulineaux, église qui fera un jour l'objet d'un article ici. Elle est si discrète, simple. Elle saura, elle aussi, attendre un peu. Que pourrions-nous donc dire du travail architectural de Henri Duverdier ? Et le devons-nous ? Quand nous aurons usé du vocabulaire technique des solutions architecturales ou de celui poétique du sentiment spatial, nous aurons déjà trop parlé et surtout rien défini. Car il faut se rappeler que, même si je ne suis jamais allé à Urt pour voir vraiment, je suis certain d'y avoir vécu quelque chose. Et ce n'est pas justement une licence poétique que de le dire, ce n'est pas un truc d'écriture, c'est une réalité. J'ai vécu ni dedans ni devant ces images, j'ai vécu avec elles. 
Être parmi les autres avec des images, c'est aussi de l'architecture.

2 commentaires:

  1. Henri DUVERDIER (1917-2006), architecte à Bayonne. 1955 ISSY LES MOULINEAUX Notre Dame des Pauvres avec Jean-Blaise LOMBARD. 1958 BIDART chapelle de l'hôpital. 1961 ANGLET Sainte Bernadette. 1966-1969 URT, église conventuelle abbaye Notre Dame du Belloc, avec P.E. BTY

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