mercredi 19 septembre 2018

Paul Virilio le temps corporel

Nous sommes nombreux, amateurs d'architectures brutales (et donc tendres), à regretter  la disparition de Paul Virilio.
Il fut pour moi qui eut la chance de connaître un peu Claude Parent, l'autre, celui qui est là, comme une ombre que je n'ai pas eu l'occasion de connaître.
Dans mon combat pour Sens et son centre commercial, dans celui toujours engagé pour Ris-Orangis (on n'oublie pas s'il vous plaît) la présence de Paul Virilio était un socle. Non pas qu'il fut le complice de Monsieur Parent pour ces deux architectures mais simplement parce qu'il était à l'origine de mon intérêt pour ce travail architectural.
Banlay en est l'expression, Bunker Archéologie, l'annonciation.
Mais surtout, ce qui me semble important dans ce duo c'est l'importance du corps comme médium de l'architecture. Pieds, appuis, colonne vertébrale, cou penché, et surtout le regard et la puissance sensuelle de l'œil sont au centre de cette nécessité à vivre le réel qui passe souvent par l'architecture c'est à dire par donner une forme à son déplacement.
Une architecture principe, une fonction oblique.
D'où aussi sans doute, la crainte (tremblement) de sa disparition au profit d'outils prenant cette place, faisant écran : le média.
C'est en cela que Bunker Archéologie fut pour moi un seuil. C'est la force des inventeurs de voir et dire que ce qui est vu comme interdit est désirable. La violence de l'attaque, l'éclatement des masses, la vitesse de l'assaut nécessitent des refuges. Paul Virilio fera donc avec Monsieur Parent de l'architecture.
Dans la masse de ma collection d'images (ça lui va bien masse des images), j'en possède une qui m'est essentielle :


Cette photographie nous montre un homme regardant l'accrochage de l'exposition Bunker Archéologie au Musée des arts Décoratifs en 1975.
Ce qui me trouble toujours dans cette photographie c'est la ressemblance (ou ma projection...) du visiteur avec Roland Topor. J'aime croire qu'il s'agit là du dessinateur si important pour moi visitant cette déclaration d'amour. Mais ce que nous regardons aussi, bien entendu, c'est la taille des tirages photographiques donnant toute la chance de toucher de l'œil les épidermes des bunkers.




Il faudra retrouver les clichés de cette exposition, il faudra refaire cette exposition. Il semble qu'aujourd'hui les bunkers retrouvent une grâce patrimoniale quand ils n'ont pas le malheur de voir les égos des tristes street-artistes les encombrer de leurs peinturlures libérales.
Voir, sentir, tout ce qui est du domaine sérieux de la sensualité en architecture, je l'ai appris en grande partie en vous lisant, Monsieur.
J'ai remis mon corps au milieu du béton, au milieu des lumières, interrogeant toujours le seuil et le désamour possible pour des constructions, les chargeant alors non pas d'une nostalgie inutile mais bien d'une vitalité première, primale même, celle des sens.
Pour cela, pour le reste, pour le travail, pour les remises en question, merci Monsieur Virilio.
Permettez-moi de vous dédier cette carte postale, simple objet populaire, banale, facile, accessible.
Elle place un photographe à l'intérieur d'un bunker. Il cadre la vue depuis le tir. Il traduit les deux peurs.
Entre l'horizon, le bleu du ciel et de la mer, le dessin griffonné des barbelés sur la vue. Au-dessus, le noir du bunker, en dessous, son béton.
Voir avec (par) vous, me manquera.

Je vous conseille :
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/paul-virilio-penseur-de-la-vitesse































Carte postale des éditions ED, photographe J-J. Dubray.

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