lundi 24 juin 2019

Jean Prouvé en banque, Menace imminente !



Dernière minute ! Urgence patrimoine ! Risque imminent !
Je reçois une alerte de Caroline Bauer m'informant que ce bâtiment ayant pourtant reçu le Label Partimoine du XXème Siècle est menacé de destruction par la société CIC l'actuel propriétaire aveugle, semble-t-il, à cet héritage de premier ordre ! Sont-ils conscients de la responsabilité qui serait la leur en éradiquant ainsi l'une des plus belles réalisations de l'architecture du tertiaire en France ? Pourquoi donc cette construction n'est-elle pas protégée et inscrite d'office à la liste des Monuments Historiques quand on sait l'importance de Jean Prouvé en France et surtout à Nancy ?

https://www.academia.edu/36784234/Ancien_si%C3%A8ge_de_la_soci%C3%A9t%C3%A9_nanc%C3%A9ienne_de_cr%C3%A9dit_industriel_S.N.C.I._._Agence_Andr%C3%A9-Prouv%C3%A9_Laxou_1971-1973?fbclid=IwAR3Rk_bGGsyAarGz5B1txJ284cZ-ZglVYLsjf4ZyFOTxBAW0IdZcHJ6NXR4



Peu de cartes postales auront attendu aussi patiemment d'être publiées sur ce blog. Je mène l'enquête sur celle-ci depuis deux ans. Vous savez que je chante souvent ici ma mémoire visuelle et j'étais persuadé, lorsque j'ai acheté cette carte postale, d'avoir lu un article sur ce bâtiment. Il faut dire que mon intuition avait aussi glissé sur les panneaux de façade métalliques et que la localisation à Nancy Laxou affirmait encore plus la possibilité d'un travail de Jean Prouvé.
J'avais cru voir dans ces publicités des panneaux Matra 2 la solution à mon énigme mais rien ne venait franchement me donner raison.
Et puis, mercredi, las de n'avoir pas de réponse, j'ai repris les recherches. J'ai mis un temps fou d'abord à localiser sur Google la Société Nancéienne et Varin-Bernier mais l'acronyme me permit à la fois de la localiser et miracle ! de trouver cet article qui solutionne tout à lui tout seul ! Article publié en 2012 ! Comment ne l'ai-je pas trouvé plus tôt ?....
Merci ! Merci !
L'article nous donne Jean-Luc André comme architecte et donc bien Jean Prouvé pour la réalisation des panneaux de cette façade. Disons-le tout net : on adore ce bâtiment ! Le plan en 19 hexagones, la tour de béton, tout cela relève d'une très grande architecture du tertiaire en France, architecture si mal aimée...









Une fois encore l'association d'un plan radical et affichant dans sa forme d'alvéoles de ruche, un désir possible d'extension associé à une légèreté presque fragile d'un module de façade répété et offrant une peau de métal gainant cette forme, tout cela donne une architecture belle, intelligente et surtout parfaitement en accord à la fois avec l'image de l'entreprise et sa fonction programmatique. Oui. Une merveille. On regrettera de ne pas avoir plus d'informations sur : "Pour la conception des façades, il s'est tourné vers Jean Prouvé. Ce dernier a fait appel à une entreprise spécialisée du Nord qui réalise notamment des bardages métal pour le métro et les trains. Les fenêtres rectangulaires aux angles en arrondis ressemblent d'ailleurs à celles que l'on trouve communément sur les wagons de chemin de fer."
Quelle est donc cette mystérieuse entreprise spécialisée dans le Nord ? Est-ce que ce type de panneau fut utilisé ailleurs par Jean Prouvé ?

Décidément, en ce moment, Nancy et les murs-rideaux sont à l'honneur !
Revenons à la carte postale.
D'abord, une fois encore, le fait qu'un tel édifice ait pu avoir droit à une carte postale reste aujourd'hui assez étonnant. Il s'agit bien d'un mode de communication car l'éditeur est Integral Publicité à Nancy. Sans doute, une carte postale offerte aux clients pour envoyer une image moderne de la Société Nancéienne et Varin-Bernier. On notera le nom du ou de la photographe : MAD. Aucune date ni aucune mention des architectes Jean-Luc André ou de Jean Prouvé.
Le choix d'une image nocturne est aussi original. Manière de faire percevoir l'intérieur ? Manière d'adoucir un rien cette modernité en offrant une vision fantastique ou simplement, en jouant avec l'enseigne lumineuse, manière de faire passer en avant le logo et le nom de la société ? Certainement.
Mais voyez-vous, une fois encore la carte postale a su enregistrer une belle architecture, sans doute un peu oubliée et pourtant extrêmement puissante et importante. Ne reste qu'à souhaiter que les conservateurs du Patrimoine fassent le travail d'inventaire et que cet exemple soit protégé.
Allez ! Soyons optimistes !
Je remercie vivement Céline Lutz et Catherine Ruth qui nous ont donné l'occasion de lire le témoignage de l'architecte. Vous voyez, moi, je nomme mes sources...
On reviendra bientôt sur Jean Prouvé et la publicité.







lundi 10 juin 2019

SoS Helvète Brutalisme

Dans la masse des cartes postales, j'aime toujours que mon œil guide mes mains.
Le paquet de cartes postales coincé contre le ventre, les doigts font défiler les centaines d'images et soudain, presque sans moi, tout s'arrête sur une carte postale.
Le signal cérébral, la connectique des neurones, en une fraction de seconde, ont allumé un point de mon cerveau qui a stoppé le défilement.
L'image :



Dans le coin en bas à droite de cette carte postale en multi-vues, je devine un possible bâtiment brutaliste. Les formes et le dessin bien marqués, le béton brut s'opposant au bois des ouvertures généreuses, tous ces indices me font immédiatement mettre de côté cette carte postale.
Une fois à la maison, il faut chercher.
Je trouve assez vite cette belle page sur ce très utile et beau site : SOSBrutalism
http://www.sosbrutalism.org/cms/15891489
Je ne vais donc pas en paraphraser l'article pour faire semblant d'être un défricheur comme le font si souvent les petits malins du copier-coller.
Je vais faire ce que je dois, remercier SoS Brutalism de m'aider dans mes recherches et surtout de me donner l'occasion d'évoquer le très beau travail des architectes Paul Morisod, Jean Kyburz, Edouard Furrer pour ce centre de vacances à Fiesch.
On remerciera aussi Rud. Suter pour cette carte postale qui m'a permis de connaître ce travail absolument superbe.
Alors je n'ai pas pu rester sur ce petit détail et j'ai cherché, cherché, d'autres cartes postales pour faire un bel article car cet ensemble le mérite.
Première prise :


Le noir et blanc sert merveilleusement cette architecture du centre de vacances de Feisch. Ici, l'éditeur et photographe Mengis nous propose de laisser les ombres monter à l'assaut du béton brut. On perçoit mieux le très beaux jeu des volumes et l'alternance entre horizontales et verticales des ouvertures. On devine aussi des passages sous la construction ce qui devait, en hiver, permettre une circulation à l'abri de la neige.
Deuxième prise :


Nous nous éloignons un peu et cela nous laisse l'occasion de voir arriver à droite la piscine qui est massivement constituée de colonnes brutes recevant leur poussée. Il semble que nous soyons sur le toit végétalisé de l'une des barres du centre de vacances pour ce point de vue que nous devons toujours au photographe Mengis. La minéralité se plie parfaitement à la forêt. La carte fut expédiée en 1967.
Troisième prise :


Parfaite carte postale pour sentir le béton brut, pour comprendre comment les constructions sont étalées sur la pente et comment le dessin géométrique répond à la nature qui l'entoure. Un vrai beau lieu du béton.
Quatrième prise :


Perspective sur les bâtiments prise là encore depuis le toit d'un autre. J'aime comment l'ombre en bas dessine un triangle qui pointe sur un duo assis au sol.
Cinquième prise :


Comme c'est beau ! La neige permet de mieux lire l'incroyable dessin de l'ensemble et sa manière de se joindre au paysage. Il s'agit cette fois d'une édition H. Meier expédiée en 1968.
Donc, si vous avez la chance d'aller en Suisse dans cette région, certainement qu'il est impérieux si vous aimez le Brutalisme d'aller vous perdre entre les sapins et le béton brut de décoffrage du centre sportif de Feisch. En attendant un petit tour sur SoS Brutalism vous permettra grâce aux superbes photographies de Mira Heiser de vous y promener tranquillement.

dimanche 9 juin 2019

Dionis du Séjour

Il est toujours facile de croire que les architectes cherchent leurs formes dans d'autres objets que l'architecture elle-même. On sait comment d'ailleurs certaines de ces architectures dans le langage commun se trouvent des petits noms : Volcan, pot de yaourt, Tournesol, soucoupe volante etc...
Alors, est-ce que pour cette maquette de la future église Notre-Dame de la Salette à Paris, les architectes Henri Colboc et Jean Dionis du Séjour auraient posé sur la table une râpe à légumes Moulinex ou un presse-agrume Seb ?
Avouez qu'il est aisé de confondre.


Mais si on a bien le droit de s'amuser un peu, on doit tout aussi vite être saisi par la beauté de cette forme bien plus complexe et audacieuse qu'il n'y paraît. On doit aussi être saisi par la photographie très contrastée mais restée anonyme qui sait dramatiser cette maquette, la faisant surgir d'une nuit tombée durement, offrant alors soudain, sur le bâti, toute la lumière franche d'un projecteur quasi-divin.
On notera que cette carte postale de souscription porte bien la mention aidez-nous à construire, vocation donc pécuniaire de cette carte postale, existant sans doute à la fois en amont de sa construction et sans doute aussi un peu en aval, mais que, précisément, le maquettiste de cette architecture, tout comme le photographe de cette image restent tous deux dans l'ombre.
Qu'est devenue cette maquette ?
À quelle moment, poussée ici, rangée au fond de la sacristie, dans un grenier quelconque a-t-elle perdu sa fonction de projection du désir de construire ?
Je ne sais pas.
Ce que je sais c'est que l'église Notre-Dame de la Salette a été construite, que vous pouvez la voir ici ou vous y rendre. C'est dimanche après tout.
https://archipostcard.blogspot.com/2011/06/maismais-quest-ce-que-cest.html
Cela prouve-t-il que des milliers de cartes postales achetées et envoyées ont permis d'obtenir assez d'argent pour la construire ? J'en doute.
Qu'importe !
L'élan de l'appel aux dons aura permis de construire mais aussi de préserver ce moment de l'architecture où quelques morceaux de bois bien taillés, un peu de plâtre et de peinture construisent sur une table ce rêve d'église, cette belle image, cet incroyable document.





dimanche 2 juin 2019

Les épines de béton



Il y a une vraie indifférence à cette - pourtant spectaculaire - carte postale et à ce qu'elle représente.
Je veux dire que, même devant un tel choix, la correspondante ne fait nullement allusion à cette photographie ni à son architecture dans le texte qu'elle écrit au verso de cette carte postale des éditions Colombo.
Comment est-ce possible ?
D'abord il y a bien évidemment le lieu, Brasilia, qui pourrait à lui seul être l'occasion d'un étonnement, d'une surprise car, à cette époque, il n'était tout de même pas si fréquent de s'y rendre. Léa n'en dit rien, ni de comment ou pourquoi elle s'y trouve.
Puis, il y a l'architecture, la Cathédrale de Brasilia dessinée par Niemeyer devenue une sorte d'icône du renouveau de l'Architecture Sacrée du XXème siècle. Comment est-ce là aussi possible de rester muette devant un tel chef-d'œuvre ?
Enfin, il y a le moment même du cliché. Une vue aérienne du chantier montrant la Cathédrale en construction et laissant apparaître sa structure si belle et si symbolique : une couronne d'épines de béton.
Comment ne rien dire des fondations encore visibles ? Comment ne rien dire des bois de coffrage tous éparpillés ou rangés à gauche de la photographie ? Comment ne rien dire de l'ombre de l'avion visible sur le sol ? Comment ne pas aimer que les hommes, en bas, observent le passage de cet avion ? Comment ne pas commenter la croix blanche toute seule, plantée là, sans doute au début du chantier pour en signaler le caractère sacré ?
Comment ne pas s'interroger sur le petit groupe d'hommes en cercle qui visite le chantier ? Et partout, la terre retournée, fraîche, libre, poussiéreuse aussi.
Léa a donc choisi cette carte postale mais a cru bon de croire que cette image serait assez bavarde à son objet, que rien ne méritait un commentaire tant la montée au ciel d'une couronne d'épines de béton encore frais pouvait à elle seule dire toute la compassion nécessaire.
Peut-être que finalement ce n'est pas de l'indifférence mais la conscience totale que l'image (et donc la photographie) ici n'est pas un mensonge mais une parole ouverte, la réalité, voire même une vérité.









































vendredi 31 mai 2019

Abstract India

Il n'y a pas que Royan dans la vie.
Il y a aussi ça :


J'ai reconnu immédiatement ce bâtiment et si j'ose, en même temps, cette image. La carte postale nous dit sur son recto ce que nous voulons savoir mais pas tout ce que nous voudrions savoir. Nous sommes donc à Bombay devant le Stanvac Buiding qui aujourd'hui porte le nom de Exxon.
Mais elle ne nous donne pas grand chose d'autre. Pas de nom d'architecte, de photographe et même pas d'éditeur puisque la seule information du verso est la marque du papier photo : Labalphot.
Il s'agit donc d'une carte-photo éditée sur place d'une manière très indienne certainement, c'est-à-dire limitant au mieux le projet éditorial.
Mais nous regrettons vivement, devant un tel travail photographique (et architectural) que ce document reste ainsi anonyme !
Car il ne fait aucun doute que nous sommes devant une surprenante réalité.
L'abstraction presque totale de ce bâtiment est bien accentuée par la photographie. La question qui reste suspendue est bien d'une architecture constituée pour produire cette abstraction, ce désir de ne donner à voir dans sa façade et même ici dans son apparition iconique qu'une succession de rythmes, le chant sidérant d'un cinétisme figé dans l'image.
Pourtant la raison même de ce cinétisme est une répétition tyrannique et joyeuse de brise-soleil agissant comme un épiderme filtrant la lumière, un écran total en quelque sorte.
Marcher devant, longer ce bâtiment doit produire un effet optique assez spectaculaire en faisant bouger les creux et les pleins, imposant une fête superbe.
Est-ce que Chauncey Riley et Baqeer Shirazi qui en seraient les architectes n'ont pensé qu'aux images de leur futur bâtiment pour en décider aussi fermement sa radicalité ? Leurs avait-on demandé ainsi de pousser la valeur iconique de ce dessin pour que la construction atteigne un statut de monument, de curiosité et donc de pittoresque qui lui valut cette carte postale, véritable promotion de son originalité et de son étrangeté ?
La Modernité a toujours aimé ce jeu entre réalité effective du programme et le désir de crier sa modernité et donc son image comme si être moderne passait forcément (en force donc) par l'image étonnante, la surprise, le jeu, voire l'abstraction. On pourrait même dire une incompréhension de ce qu'il est réellement architecturalement parlant.
I am a Monument, comme dit l'autre.
Mais les beaux nuages passent au-dessus. Le noir et blanc adouci de ce cliché donne bien toute la puissance de cette construction.
Voilà comment passent, dans l'histoire de l'architecture, les icônes. Par la photographie, ce temps qui dessine et par la carte postale, cette archive populaire.
Qui a dessiné ce bâtiment finalement ? Les architectes osant son abstraction ou le photographe offrant son anonymat ?
J'ai ma petite idée.

Pour information, l'immeuble est toujours debout, semble-t-il.
Vous pouvez le retrouver aussi ici :
http://archipostcard.blogspot.com/2008/05/monsieur-persitz-collection-3.html
Et lire ça :
https://www.hindustanpetroleum.com/documents/pdf/PH_1950.PDF 





jeudi 30 mai 2019

Royan jour férié

Dans deux cageots à légumes sont rangées approximativement 1000 cartes postales que je regarde une à une.
C'est jour férié. C'est donc vide-greniers à Pont-de-L'Arche.
Je m'amuse toujours autant à retrouver la plus belle Ville du Monde perdue ici en Normandie.
Voici donc une petite sélection de cartes postales de Royan achetées ce matin.
Rien de rare ou d'exceptionnel mais, que voulez-vous, le bonheur est parfois simple.
D'abord une vue ancienne où le Front de Mer est encore beau, dégagé de toutes les merdes de pergolas et auvents des mauvais restaurateurs à touristes.
Qui aura le courage de nettoyer tout ça ?


On note sur cette édition de l'Europe que le Casino ne semble pas construit et que son terrain est encore en friche.
Un Royan encore tout neuf, la carte postale fut expédiée en 1958.
Autre vue du Front de Mer :


L'éditeur, la maison de la Presse de Royan, tente ici d'allier bord de mer, bateaux et Architecture contemporaine. Notre-Dame tente aussi de se montrer et affirme sa silhouette comme posée sur la ligne de ce Front de Mer. Cette fois le Casino est construit, il se perd un peu dans le paysage urbain. L'image est curieusement striée de lignes floues qui ne sont que des cordages d'un bateau au premier plan. La carte fut expédiée en 1965 mais me semble bien plus vieille...
Et la belle géante :


Cette belle édition Lumicap nous montre Notre-Dame de Royan dans toute sa splendeur. L'éditeur nomme bien Guillaume Gillet comme architecte au dos de sa carte postale. Bien entendu, pour moi, l'une des plus belles églises de tous les temps.
Un peu de hauteur grâce à cette édition As pour Artaud :


Le mérite de ce genre de cartes c'est de nous montrer le plan d'urbanisme en plus du beau marché qui n'est attribué comme architecte qu'à Monsieur Ursault !
C'est le quartier dont je rêve à Royan. Si vous avez un plan pour y vivre, je suis preneur. C'est aussi, en bas à droite, le quartier où ma mère est née avant guerre comme on dit.
Une carte en multi-vues :


Ah les joies du graphisme des années 60 !
La mer, la plage et... l'Architecture contemporaine réunies en une seule carte postale par les éditions Combier ! Comme c'est judicieux de nous donner à voir ensemble toutes ces merveilles ! Et surtout notre beau Casino détruit mais qui sera reconstruit bientôt à l'identique si on en croit la rumeur croissante et le soutien financier de LVMH. 2024 ?
La carte fut expédiée en 1965.
Et encore une beauté simple :





































Trois étages pour nous faire vivre les joies du balnéaire à Royan !
Le bonheur c'est simple. Alors, en cet après-midi pluvieux en Normandie, si vous vous baignez aujourd'hui, ayez une petite pensée lointaine pour un exilé du cœur.
Bien à vous.
Bons baisers de Royan.


samedi 25 mai 2019

Superstudio ça existe

Alors même que le F.R.A.C Centre rend hommage avec justesse au groupe Superstudio, je vous propose de voir quelques vrais Monuments Infinis.
Car, oui, il faudra bien un jour chanter aussi la beauté de cette architecture. Il faudra bien un jour y voir l'absolue radicalité de sa proposition, preuve sublime que l'orthogonalité, la puissance politique et même une forme d'ordre ont su donner une forme architecturale et urbaine non pas digne des utopies rêveuses d'artistes-architectes en mal de critiques sociétales mais bien digne d'une conception originale et surtout lisible d'un désir de logements pour tous.
Ceci n'est pas une utopie, ceci n'est pas une erreur :


Cette forme que l'on nomme barre avec dédain est un ensemble de lignes courant dans la perspective, offrant à l'œil la croyance en sa perte, là-bas, au loin, dans l'étonnement du chatoiement génial de sa régularité.
L'œil aime être ainsi tenu, puissamment guidé, irrémédiablement conduit par une architecture qui ne fait rien d'autre que de tenir sa promesse. Admirable la lecture possible de la mécanique de sa structure, admirable comment les redents des balcons construisent des tours accolées, admirable le jeu des ouvertures, admirable la succession des parallèles, admirable le socle en creux de la galerie marchande.
Admirable et réelle, cette Cité Bénoni Eustache à Villemomble par l'architecte oublié A. Sorin.
Rendons-lui hommage.
Silence.
Merci.
Merci les éditions DL.
Et puis :


Dans un noir et blanc sérieux, voici une autre continuité. Elle se plie un peu, prend un angle, semble épouser la géologie des pentes.
Là encore la structure est visible grâce à son léger dégagement de la façade donnant le rythme, le tempo sériel.
C'est ici non pas la mélodie qui est mise en avant mais bien le battement répété d'un marteau sur une tôle sourde.
Et dedans, loin des moqueries joliesques des intellectuels hippies, on y habite.
On y habite et on s'y situe.


















On barre d'une croix la fenêtre de sa vue, sa place dans la grille non pas monotone, ici on dit égalitaire.
Vous ne regardez pas l'architecture si vous ne vous mettez pas à ses fenêtres pour voir ce que l'on y voit. Quelle vue cette machine sublime donne à voir, quelle voisinage s'y constitue, quelles histoires s'y racontent.
C'est un Domaine, c'est le domaine de Ménival à Lyon, c'est même précisément le Bâtiment 4.
Et maintenant, c'est tellement infini que cela ne rentre pas dans le cadre.


C'est bon signe ce désir de s'échapper.
Ce désir de fuir.
Ce désir de partir du cadre.
La blancheur des lignes continue d'un bout à l'autre de faire glisser le regard, de lui interdire de choisir un lieu ou même d'être tenté par une rupture.
Ça file à l'égal.
Avez-vous remarqué que cette continuité n'est en fait qu'une gigantesque percée ? Qu'elle n'est construite quasiment que de fenêtres ?
Avez-vous remarqué comment la structure donne l'occasion aux arbres de s'exprimer ?
Mireille n'a pas peur de son architecture. Mireille n'en dit rien de négatif, elle regrette même les arbres qui lui empêchent de montrer ses fenêtres à ses amis. Elle fait un point rouge dans le vert des arbres.
Un point rouge.
C'est là, au milieu d'un infini qu'elle habite.
Et c'est de la poésie pure.
Comme un enfant qui dessine à la craie sur les murs de la Cité Radieuse, comme une feuille de cerisier qui ombre un mur à Venise, comme l'usure délicate d'une marche à Talmont.

C'est une poésie que l'on doit aux éditions Tardy venues photographier Super-Marseille, "La Rouvière" et son bâtiment D.