lundi 20 juin 2016

Du bois, du métal, du béton, ça coule de Source

Voilà bien l'exemple parfait de ce que nous aimons voir, découvrir, parcourir et partager sur ce blog :



La carte postale Combier fait son travail. Une vue aérienne d'un groupe scolaire dont on reconnaît immédiatement par les formes, les couleurs, la belle période. Rien d'étonnant à la publication d'une carte postale de groupe scolaire, l'école a toujours été un thème privilégié des éditeurs de cartes postales. Ici, pourtant, nous, amateurs de belles architectures, allons particulièrement nous réjouir.
Orléans-la-Source a déjà eu les honneurs de ce blog et il faut le rappeler, Monsieur Dominique Amouroux dans son Guide d'Architecture Contemporaine en France consacre à ce nouveau quartier pas moins de six pages !




 
 
 

Il est donc aisé de retrouver des informations sur ce groupe scolaire qui est l'œuvre conjointe de messieurs Andrault et Parat associés à Nathan Celnik. On notera immédiatement que Jean Prouvé est crédité comme ingénieur car c'est lui qui fournira les panneaux de façades. Mais voilà, il y a une contradiction. Au verso de la carte postale, ne sont pas nommés messieurs Andrault et Parat mais Messieurs Bukiet et Joly...
D'où vient cette confusion ?
Peut-être que Joseph Bukiet étant l'architecte d'un ensemble de logements sur Orléans-la-Source a vu son nom associé à cette réalisation. On se rappellera aussi ici que nous connaissons déjà cet architecte pour le Musée de la Poste à Paris.







Mais on voit bien sur cette carte postale trois moments architecturaux. D'abord ce qui est facile à identifier, le groupe scolaire lui-même situé à droite. Puis à gauche cette belle nappe de carrés en pyramides inversées dont j'aime l'étendue presque régulière et qui est le restaurant. Enfin, au fond de l'image, on trouve ce très beau bâtiment que Dominique Amouroux nous signale comme étant une salle polyvalente et dont on admire déjà la structure !
Dans l'excellente mais rare revue Bois d'Aujourd'hui datée de 1970, je trouve un article complet sur cette salle polyvalente attribuée à l'architecte Nathan Celnik sous la direction du Cabinet Andrault et Parat. L'article de Raoul Verguez fait bien sûr l'éloge de la structure en bois mais c'est justice vu l'ampleur et la beauté de ce lieu. On regarde ?




 



 




On retrouve d'ailleurs cette salle polyvalente dans une publicité de la même revue mais en 1971, publicité pour le Contreplaqué DouglasFir Canadien ! Cela prouve que cette salle polyvalente a bien fait parler d'elle tant elle est exceptionnelle et mériterait bien d'être protégée :





Toujours dans cette même revue, on trouve une photographie de l'intérieur cette fois du restaurant universitaire, celui au premier plan de la carte postale, qui nous permet bien de comprendre le très très très beau jeu de construction de cette structure ! Quelle merveille ! Là également, c'est bien messieurs Celnik et Leguen qui sont crédités comme architectes pour le Cabinet Andrault et Parat. On les remercie !











Enfin, comme ultime preuve que le travail du bois pour cet ensemble est remarquable, la revue Bois d'Aujourd'hui en fera sa couverture et nous donne également une interview de l'Agence Andrault et Parat. Je vous donne les questions et les réponses ainsi que les images superbes de ces structures, on notera le pragmatisme des réponses données par Georges Rousseau au nom de l'Agence Andrault et Parat :

 

Nous demanderons, tout d'abord, à chacun de nos interlocuteurs d'essayer de définir cette technique toute neuve en France :


Peut-on tenter l'historique de ce type d'emploi du contreplaqué à l'étranger puis en France ?

 

Peut-on déjà, dans ce domaine parler d'une doctrine ?
 
 Et le problème du feu, qu'on s'attache actuellement à dédramatiser ?

Pensez-vous que dans l'état actuel des choses, que les bureaux d'études et les architectes soient suffisamment informés de ce problème des structures en contreplaqué et des solutions existantes ?
 
Comment réagissent devant ce type de structures, les opérationnels, depuis le maître de l'œuvre jusqu'au compagnon ?
 
Pouvez-vous commenter brièvement des expériences que vous avez vécues dans ce domaine ?



 




Sur cette photo, on retrouve Monsieur Celnik avec la maquette du projet dans les mains !
 

Si on retrouve bien le Lycée d'Orléans-la-Source dans la très belle monographie consacrée au duo Andrault et Parat publiée au Cercle d'Art, on s'étonne de ne pas y trouver les noms de messieurs Celnik et Leguen...
Mais on n'oubliera pas de dire aussi que cet ensemble doit beaucoup au très beau travail de Bernard et Yvette Alleaume qui firent là, sans aucun doute, l'un des plus beaux paysages qui soit et l'une de leurs œuvres majeures. Leur compétence à dessiner et inventer des espaces au pied de l'architecture dénote aussi une parfaite compréhension des enjeux de celle-ci. C'est admirable. On leur doit également le même type d'aménagement au pied de l'Université Tolbiac à Paris.
Il est donc grand temps maintenant, vu la qualité exceptionnelle et rare de ce lieu, tenant à la fois d'une réflexion sur le programme, sur l'économie, sur la préfabrication, sur l'utilisation de tous les matériaux de la construction moderne (bois, béton, métal) de classer et protéger cet ensemble tout entier en prenant en compte aussi bien des bâtiments que des espaces. Il s'agit de l'un des chefs-d'œuvre de cette période en France, en ne faisant pas de Jean Prouvé la seule porte d'entrée pour en saisir l'importance.
La carte postale l'avait déjà compris. Et les institutions ?
Merci de ne pas copier ces images et documents sans mon autorisation.

dimanche 19 juin 2016

Hommage à Claude Parent

C'est un genre difficile, je le reconnais bien volontiers, de faire venir des personnalités pour tenter de brosser le portrait d'un architecte disparu.
Mais cela ne doit pas empêcher de dire la vérité et de tenter de ne pas commencer cet hommage par une bourde publique d'une ampleur telle que, si je n'avais pas eu un peu de respect pour la famille de Monsieur Parent et pour ce moment solennel, je serais parti immédiatement.
Comment, oui comment, dans un lieu aussi sérieux, aussi précis que la Cité de L'Architecture, peut-on démarrer un hommage en disant une telle erreur (euphémisme) Monsieur Rambert ?
Pourtant vous étiez là, à Sens, lorsque Christophe Joly avait organisé la visite du centre commercial ?
Comment avez-vous pu déclarer, je cite : "On doit remercier Carrefour pour son intelligence à avoir conservé les rampes..." Mais Monsieur Rambert, il n'y a jamais eu de leur part aucune intelligence ni volonté dans ce dossier. Dois-je rappeler ici que c'est même tout le contraire. J'ai eu la chance et l'immense honneur de défendre ce dossier devant la commission et je peux vous assurer que leur présence et leurs avocats ont bien tout fait et tenté avec la mairie pour éradiquer cette construction. Alors ? Pourquoi offrir à Carrefour lors de ce moment solennel, l'occasion d'un tel rachat ? C'est une mobilisation citoyenne qui a sauvé le centre commercial de Sens, c'est une DRAC, celle de Bourgogne qui a fait là un acte majeur en inscrivant le premier centre commercial sur la liste supplémentaire.
C'est une sacrée gifle donnée aux énergies citoyennes.
On passera également sur les tentatives successives de tirer un portrait psychologique de Monsieur Parent par des architectes amis. Difficile d'entendre pendant ces discours (bien sûr tous d'une sincère amitié et reconnaissance) comment ces architectes furent influencés ou transformés dans leur acte de bâtir. Monsieur Nouvel ne nous en a rien dit, Odile Decq non plus. Non, seul le personnage, le dandy fut rappelé. J'aurai aimé que l'on parle d'Architecture, que l'on décrypte un peu comment plans, programmes, formes furent modifiés, rejoués.
Heureusement, heureusement, le dernier intervenant, Monsieur Youssef Tohmé, seul architecte n'ayant jamais eu de lien avec Claude Parent a pu, lui, dire des choses essentielles sur l'Architecture en évoquant le béton doux, la densité, la place du brutalisme : "on ne peut pas faire autrement quand on a été un enfant de la guerre" a-t-il déclaré, rappelant que lui avait connu celle du Liban. Magnifique travail que le sien et vrai seul hommage architectural de la journée.
J'ai aimé être en désaccord avec Monsieur François Seigneur. J'ai aimé votre parole libre, fraiche et ouverte, Monsieur Seigneur. J'ai aimé cette présence résistante digne de l'état d'esprit de Monsieur Parent. Cela vaut mieux qu'une flagornerie creuse.
Puis vinrent les artistes contemporains, ceux qui transforment l'héritage en image. On a vu un Melnicov transformé en barbecue, Banlay décoré d'un tableau de fils tendus comme ceux que nous faisions en 1970, et pire encore une architecture "mentale"...réalisée par un artiste qui avoue simplement à Monsieur Rambert que "non, je n'ai jamais visité les architectures avec Monsieur Parent."
Les bras m'en tombent...
Heureusement, Claude Lévêque dans un petit mais très touchant film a su lui remettre en place tout ce petit monde. Merci.
Merci pour votre témoignage mêlant l'expérience vraie d'une vie vécue à Nevers, merci de nous avoir rappelé que l'architecture est une expérience spatiale et pas une suite d'icônes dont on s'empare sans remord, merci de nous avoir affirmé que là, à Nevers, la seule chose à faire c'est de la vivre.
Rudy Ricciotti fut impeccable, comme d'habitude.
Alors, voilà. C'est comme cela que ça finit. Tout finit.

Je remercie ici publiquement Christophe Joly d'avoir évoqué un rien mon action. Nous partageons cela je crois, le désir d'action. Car aimer l'architecture c'est d'abord la parcourir, la vivre. C'est donner les moyens à ceux qui arrivent d'en faire l'expérience. Ce n'est pas, sur le mur de son égo, accrocher le trophée d'un architecte généreux, joyeux, mais également à tout jamais solide.
Nicolas Moulin a raison dans son texte hommage publié dans l'Architecture d'Aujourd'hui.
Claude Parent nous a quitté trop jeune.

vendredi 17 juin 2016

Du cul ! Enfin du cul !

Le voilà :



Je vous laisse deviner pourquoi soudainement (enfin presque...) je m'intéresse à cet objet et surtout, que fait-il sur un site consacré à la représentation de l'architecture.
Le cul d'abord c'est beau. Souvent. C'est utile pour s'asseoir, séduire et plein d'autres choses. C'est donc un programme comme une architecture.
Mais bon. Est-ce suffisant ?
J'ouvre un peu l'image et je vous assure qu'il s'agit bien d'une carte postale pas d'une invention.





Non, il ne s'agit pas d'une réunion du groupe Village People même si les casques de chantier peuvent y faire croire. Alors ?
Alors, voilà :



Il s'agit de quatre ouvriers sur le haut de l'antenne du World Trade Center, celui-là même qui a disparu aujourd'hui, et qui sont en train de finaliser le montage ou d'entretenir cette antenne. L'éditeur de cette incroyable carte postale n'est pas indiqué, seul le nom du photographe est inscrit : Peter B. Kaplan !
Quelle image ! Savait-il Peter B. Kaplan que l'un des ouvriers allait montrer son postérieur à la face du Monde sur l'un des points construits les plus hauts du Monde ? S'agit-il d'un pari, d'une grivoiserie prévue qui valut au photographe de payer une tournée à l'ensemble de l'équipe une fois la terre ferme retrouvée ? A qui appartient ce beau derrière blanc comme neige ? Sait-il qu'il est immortalisé sur cette image ? Est-ce que le 11 septembre 2001, cet ouvrier s'est souvenu soudain d'avoir ainsi montré son derrière ? Quelle vue !
On trouve facilement un lien sur le photographe et même des images de ce moment mais aucune ne permet de mieux comprendre... euh... l'événement ! On apprend la date : 1979.
Que sont devenus les acteurs d'un tel sujet ? J'aime beaucoup la tête de celui aux lunettes à verres miroirs qui regarde le photographe ayant l'air de dire "t'as shooté ça ?"
Je tente en vain dans le reflet d'y voir le photographe Peter B. Kaplan.




À qui s'adresse ce geste ? Au photographe, pour lui dire qu'il nous emmerde à venir nous suivre là. À la ville de New York ? Aux patrons et petits chefs qui ne montent pas jusque là ?
La carte postale est intitulée par Peter B. Kaplan : Moon over Manhattan.
Oui. On aimerait aussi en voir la face cachée.
Et d'ajouter : Iron Workers on the World Trade Center antenna, 1600 feet above New York City.
Mais qui vendait cette carte postale ? Fut-elle populaire ? On l'imagine mal sur les tourniquets dans la boutique de souvenirs du World Trade Center quoi que l'époque ait bien pu le permettre.
Inutile de vous dire que réunissant beaucoup de mes intérêts (oui, beaucoup) je considère cette carte postale comme l'une des plus importantes de ma collection. New York, le World Trade Center disparu, le point de vue, l'instantanéité de l'image, la relation entre le photographe et son sujet (oui, oui), tout cela en fait une image populaire joyeuse, jubilatoire, drôle et sachant en quelque sorte compenser par ce geste si répandu, le sérieux de l'objet architectural dont la puissance phallique et de pouvoir trouve ici un contre-pied bien... senti.
Sur cette carte postale des éditions Impact dont la photographie est de Dennis Halligan, on voit très bien l'immense antenne sur la tour de gauche du World Trade Center. C'est depuis tout là haut que cette Lune exerce son pouvoir...







Allez... Pour vous réjouir encore, une autre carte postale de cette partie de l'anatomie mais cette fois sans architecture visible même si elle est présente dans la raison de cette image :



Cette très belle ligne est une carte postale éditée par les éditions Gendre d'après une photographie de G. Kubler. En voici la raison, lisible au verso de la carte postale, nous sommes en 1981 donc pas si loin de celle de New York :



J'avoue posséder cette carte postale depuis bien longtemps, à une époque où le scanner n'existait pas encore... Mais maintenant il existe, alors pourquoi se priver de quelques agrandissements ?









Et pour finir :



Oui, vous pourriez  bien me trouver ainsi devant certaines architectures classées Monument Historique ! Je veux dire... Dubitatif ! Il s'agit d'une édition Lyna qui ne nomme pas le dessinateur humoristique. Comme il y a un fond de carte routière, on peut localiser cette merveille, nous sommes dans le Loir-et-Cher, au centre... de la France. On peut même s'amuser avec l'éditeur à pointer le lieu à... Lamotte-Beuvron...
Ça laisse rêveur !

mercredi 15 juin 2016

Fascination et trouble

Une autoroute vide ou presque.
Un vide dure, celui d'une drôle d'époque. Terrible.



Je suis troublé car je sais ce que contient cette carte postale de dérangeant, je veux dire surtout la période de sa production et donc de ceux qui sont responsables de cette construction : le régime nazi. Pourtant ma fascination (étymologie commune avec fascisme...) pour cette image est réelle. L'horizon plat contrarié par une légère diagonale des lignes électriques, puis les courbes faites de tons de gris se mêlant les unes aux autres dans un entrelacement vert de gris, tout donne à cette carte postale des éditions Max Hepp une valeur esthétique superbe. Le mot "Reich" venant dans le titre ajouter du sulfureux à l'image même s'il ne faut pas trop rapidement en faire une preuve. On sait comment le régime nazi a fait propagande des autoroutes, comment il a laissé penser qu'il en était l'inventeur, voyant dans cet objet celui parfait réunissant vitesse, grands travaux, force traversante, génie civil. Pourtant il n'en est pas réellement l'inventeur. Mais reste dans notre esprit, et donc dans le mien, et c'est aussi une force du fascisme, l'image de la propagande qui perdure. Me dois-je de ne pas aimer cette image ? Est-ce qu'une fascination est toujours une acceptation ? Non, bien sûr. C'est bien pour cela que c'est dangereux. On pourrait aussi trop vite croire que seul un régime nazi dans les Années Trente peut penser qu'une autoroute mérite d'être ainsi partagée en cartes postales pour diffuser les qualités de transformations du paysage et la politique de grands travaux. Or, cela se fit ailleurs. La route, l'autoroute, le carrefour ou le génie civil ont toujours été des sujets pour les éditeurs. Il n'y a rien ici d'incroyable. Ce qui l'est c'est bien ce que j'y ajoute. Un trouble permis par l'histoire dont je sais la fin et dont cette carte postale nous raconte, elle, l'actualité.
Or, voici un autre trouble :



Typique des cartes postales en véritable photographie de l'époque, encore marquée par le style de l'avant-guerre, cette carte postale est une photographie de Erich Bauer. La qualité éditoriale est au rendez-vous et la solidité du carton photographique ajoute au plaisir de cette image.
Mais que voit-on ?
Vous aurez compris que ce qui me poussa à l'achat de cette carte postale c'est bien la forme de ce toit en paraboloïde hyperbolique, expression d'une modernité structurale qui eut tant de succès dans cette période des Années Cinquante. Ici, la carte est datée de 1953 et nous montre la Schwartzwaldhalle de Karlsruhe que l'on doit à Erich Schelling et Ulrich Finsterwalder. Ce bâtiment serait, si on en croit Wikipédia, le premier de ce type en Europe. Pourtant, de ces deux noms d'architectes et ingénieurs allemands, je ne trouve aucune trace dans Archirès ! Comment est-ce possible ? Doit-on cet oubli, disons pour rester poli, à une certaine mauvaise histoire personnelle de ces deux architectes et surtout de Erich Schelling qui aurait bien travaillé avec le parti nazi ?... Difficile de le dire. Avons-nous affaire ici à une forme de censure de revues telles que Techniques et Architecture et l'Architecture d'Aujourd'hui pas très chaudes pour promouvoir les exploits techniques et architecturaux d'anciens amis d'un pouvoir terrible ? Je ne sais pas... Il faut aussi modérer les informations trouvées sur l'internet. Mais comme pour la carte postale de l'autoroute, je suis troublé. Troublé par le fait que, objectivement, cette construction est belle. Belle par sa structure et l'exploit de celle-ci mais aussi par sa transparence, sa liaison avec le sol, le dessin de ses lignes. Rien qui traîne ici d'une architecture nazie, fascisante et pompeuse d'un Albert Speer. Non. On notera que la carte postale de cette Schwartzwalhalle ne nomme pas l'architecte. Mais je l'avoue, parfois, il m'arrive même de trouver dans les errements grandiloquents, dans le gigantisme, dans une forme de puissance, une certaine beauté dont mon jugement esthétique provient bien plus de cette fameuse fascination que d'une analyse objective de ce qui fait architecture. Il faut refroidir alors ses ardeurs. Difficile donc depuis mon ordinateur de comprendre et de saisir quel fut vraiment le niveau de collaboration de Erich Schelling avec le régime de Hitler et ses sbires. Difficile d'émettre a posteriori un jugement, cela serait bien trop rapide et peu juste. Mais difficile aussi de ne pas se sentir gêné aux entournures et d'aimer maintenant que je sais, d'aimer simplement cette construction. Il en émane au-delà des clichés, dans la grandeur de ses bannières de l'entrée quelque chose de repoussant.
En voici une autre :



Ce point de vue nous montre davantage la courbe du toit. Rolf Kellner le photographe nous offre ici une vue d'un peu plus haut permettant de voir la ville de Karlsruhe au loin. La carte postale dans sa fabrication semble bien plus récente alors qu'elle est de la même période. Elle quitte les codes de la carte postale d'avant-guerre. Les bannières sont tombées et la végétation ne permet pas de bien lire la construction qui se résume alors à son toit, lieu de l'exploit technique.
Nous en resterons là avec Monsieur Erich Schelling.
Nous ne garderons que cela, un exploit technique beau qui ne raconte pas bien son origine.



mardi 14 juin 2016

Alain Bourbonnais hors-la-norme

Un bloc gris percé d'un carré en son centre et troué de trapèzes sur sa façade.
Voilà ce que cette carte postale des éditions Paul Kraus donne à voir du Théâtre Municipal du Luxembourg.
Cela nous plaît bien cette dureté, cette fermeture.
Cela nous étonne.



L'architecte de ce théâtre est un drôle d'animal, sans doute un peu difficile à cerner, tant les productions sont diverses, il s'agit d'Alain Bourbonnais. D'ailleurs la construction de ce théâtre ne se fera pas sans heurt, sans difficulté. Mais bon, on s'en moque. Il est debout.
On remarque que le photographe a pris de la hauteur pour donner à voir l'ensemble car, sans doute, à part le jeu de la façade, il est difficile de cerner le bâtiment depuis le sol. Celui-ci n'offrant que peu d'aspérités dignes de faire image. En tout cas le resserrement dans le cadre de ce bloc gris dont le toit égal, vide, semble attendre un usage donne à l'ensemble une beauté mystérieuse que l'interrogation de son contenu très compacté accentue encore. Que fait-on là ? On y joue.
Seul, un cube un peu plus sombre s'élève à l'un des coins, vers le ciel. Totalement clos, on l'imagine être le lieu des décors.




Je me permets de vous rappeler aussi qu'Alain Bourbonnais fut l'architecte de cette somptueuse et papilonnante église Stella Matutina de Saint-Cloud. Le déploiement de sa couverture faite de plis et contre-plis est une merveille de structures et de formes donnant à l'ensemble une cinétique étrange. Éminemment sculpturale, l'église est bien dans le goût de ces églises de Vatican 2 offrant une modernité affichée tentant par des pentes de toit et des pointes de tenir tout de même une silhouette reconnue comme spirituelle. Presque agressive, ludique aussi à l'œil, Stella Matutina reste sans doute l'un des chefs-d'œuvre d'Alain Bourbonnais.
On aimera sur cette première carte postale retrouver notre photographe fétiche J. E. Pinet des éditions Abeilles-Cartes. On peut facilement imaginer que l'autre carte postale éditée par Lyna pour Abeilles-cartes également, même si le nom de Monsieur Pinet n'apparaît pas, est bien du même photographe.
Pour finir et rendre hommage à ce grand architecte, on pourra se rendre ici et voir l'autre monde de l'architecte, un monde fabuleux et hors-la-norme :
http://www.fabuloserie.com/









lundi 13 juin 2016

Dirty Harry is a brutalist cop

Une belle carte postale de nuit nous montre un monstre brutaliste superbement éclairé (et donc dessiné) par son intérieur :



Cette fusée que n'aurait pas renié Owen Luder est (comme son blason l'indique) un Holiday Inn, un hôtel ici situé à San Francisco. Depuis ce point de vue, l'hôtel semble isolé, posé d'un coup au milieu du tapis de la ville beaucoup plus basse. Le brutalisme est surtout affiché et déterminé par le profil de l'hôtel avec le dessin en pente de son socle et la fermeture de ses pignons laissés bruts de décoffrage et donnant à voir une massivité puissante.







Seul sur le toit, le petit carré bleu de la piscine éclairée comme il se doit depuis le bassin lui-même, apporte une touche céleste donnant à rêver à des bains joyeux "on the top of the world".
On trouve rapidement le nom des architectes de ce beau, très beau bâtiment brutaliste américain : John Carl Warnecke et associés, Clement Chen et associés. Il faut croire Wikipédia...
John Carl Warnecke est bien référencé car il eut son moment de gloire avec le Mémorial pour Kennedy à Hawaï. On trouve quelques entrées dans l'Architecture d'Aujourdhui dont l'écriture n'est pas toujours aussi brutaliste. Nous aurons donc sans doute l'occasion d'en reparler. Je vous propose de voir une autre de ses réalisations que j'ai trouvée dans l'excellent ouvrage Architecture Hôtellière et de Loisirs publié par le Moniteur en 1978. On y trouve un Domaine dont le style fait bien plus penser à Frank Lloyd Wright et donc pour nous à Edmond Lay... Quelque chose de la ferme des bois américaine modernisée. On aime.









Mais...
Mais si vous êtes cinéphile, amateur de Justice rendue au nom des armes de gros calibre, amateur d'une raideur morale à toute épreuve, vous aurez peut-être reconnu cet hôtel Holiday Inn de San Francisco car il apparaît comme décor dans le film Dirty Harry avec Clint Eastwood.
Il est toujours intéressant de retrouver une architecture dans un film, de voir comment les réalisateurs fabriquent des points de vue, comment ils se servent de ces propositions comme décor et image du film.
Notre hôtel est le premier décor. Une femme se baigne seule dans la piscine sur le toit comme si elle était non pas dans un hôtel mais dans un penthouse. Elle est tuée par balle depuis un autre immeuble que l'inspecteur Harry identifie tout de suite comme le point de vue du tireur. On ne s'attardera pas plus sur l'hôtel. Une scène d'un toit à l'autre en quelque sorte, comme si l'assassinat était induit par le vide entre les toits, comme si le tueur pouvait y trouver une sécurité pour son forfait, la certitude d'être tranquille. On peut tout de même s'amuser que le toit du tueur soit encombré, sale, fumant, absolument pas fait pour une visite ou un point de vue mais seulement le lieu de l'abandon des objets techniques comme les ventilateurs et les gaines en tous genres alors que celui de la victime est un toit du plaisir, de la volupté, et même du privilège de pouvoir depuis le haut d'un hôtel de luxe vivre pleinement la joie des corps. Et Pan !
De l'un à l'autre le tracé sans faille d'une balle de plomb.
L'inspecteur Harry tuera le vilain, mais ça vous le savez déjà.