mercredi 1 septembre 2021

Kyklos, encore un emblème menacé à Port Leucate...

 Je reçois, je diffuse : 

Depuis des années maintenant, il est fait peu de cas, à Port Leucate, de son Patrimoine du XXème au nom d'une nouvelle image urbaine dite renouvelée et verdoyante. Si on peut comprendre la nécessité de vivre avec son temps (expression démagogique ici utilisée avec humour... et désespoir) on peut aussi se poser la question que certaines municipalités ne veulent pas voir qu'elles ont une histoire récente qui les qualifie avec originalité et puissance. Tout comme les Bastides en leur temps, Port Leucate appartient à cette typologie des villes ayant une histoire urbaine directement liée au politique. Ici la Mission Racine, grande œuvre urbaine qui, quoi qu'on en pense, est maintenant un Patrimoine à étudier, évaluer et sauvegarder et cela n'a jamais empêché les personnes intelligentes de faire cette évaluation contemporaine sans dénaturer l'œuvre existante. On peut même en faire un atout touristique si on en a le courage et surtout le sens de la responsabilité de son histoire. Le classement des Carrats de Georges Candilis, dans cette même ville de Port Leucate en est l'exemple, classement réalisé in extremis auquel, malheureusement, la subtile et délicate capitainerie aura échappé... c'est une erreur majeure, grave et j'ose dire crétine au regard de l'intelligence constructive de ce bâtiment et de son exemplarité modulaire. Il en va de même pour les équipements de plage autour de la piscine par l'architecte Monsieur Wursteisen, détruits également... sans égard pour l'architecte. Que restera-t-il bientôt du plan d'urbanisme et du désir de Georges Candilis de faire de cette station une station ouverte à tous et populaire ? La ville se plait pourtant à signaler sur sa page web qu'elle a obtenu une ZPPAUP et un Site Patrimonial Remarquable... 

"Ce dispositif a pour objectif de protéger et mettre en valeur le patrimoine architectural, urbain et paysager de nos territoires. Un site patrimonial remarquable (SPR) est une ville, un village ou un quartier dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, du point de vue architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public."

Aujourd'hui, c'est l'emblématique et surtout superbe Kyklos dessiné par les architectes Zavagno et Gardia qui est en déshérence.
Le Kyklos pourtant est loin de ne pas être repéré par l'Histoire de l'Architecture, loin d'être une œuvre oubliée ou peu connue, loin d'être donc une petite chose sans valeur. Dès sa construction cette œuvre architecturale est repérée et publiée dans les guides d'architectures, dans les revues de l'époque ou récentes, preuve qu'il appartient à l'Histoire de l'Architecture, preuve surtout qu'il appartient à un commun de notre histoire à tous.
Pourtant... Il est gravement menacé et dans un état d'abandon ahurissant.

Le Kyklos a des atouts et son premier est d'être là, c'est le premier geste écologique vraiment fort à assumer, ne pas détruire. Puis, il a une image, Il a une écriture architecturale, il est reconnu, il appartient à une époque qui aujourd'hui revient en force, redevient à la mode comme d'ailleurs le brutalisme. Il y a bien un tourisme de l'architecture moderne et contemporaine et le Kyklos pourrait devenir un spot pour ce tourisme. Je suis par exemple venu exprès de Paris pour voir Port Leucate et son héritage architectural du XXème siècle. Ça fait de la route et j'ai lâché sur place de la maille que les hôteliers, les commerçants de Port Leucate n'ont pas eu l'affront de me refuser parce que je venais pour l'architecture contemporaine et moderne... Non, vraiment, ils avaient l'air ravi.

La question qui pourrait se poser c'est celle d'un nouvel usage ou d'une réhabilitation. Cela est du travail, de l'intention, de la recherche. C'est plus lent, plus juste, plus courageux. Il est plus simple de déclarer un état du bâti trop dangereux ou d'exploiter l'excuse de l'amiante (si pratique aujourd'hui...) pour que l'on ne s'emmerde pas avec ça et que, sous la pelleteuse, la construction soit vite détruite et remplacée par un complexe en tuiles canal et fer forgé et béni aux bons sentiments folkloriques. Pourtant le dernier Pritzker Price attribué à Lacaton et Vassal montre bien comment faire et la direction à prendre avec l'existant.

Il nous faudra une fois encore défendre cet héritage, être en colère parce que le travail en amont, celui de l'éducation à l'architecture du XXème siècle n'aura pas été fait. Il faudra donc une fois encore pétitionner, écrire, se battre pour ce qui devrait être naturel et premier (une analyse et une attention aux objets architecturaux) soit réalisé avant toute décision de détruire.

La place du Kyklos n'appartient pas seulement aux habitants de Port Leucate, le Patrimoine a cette vertu d'appartenir et de toucher tout un chacun.  D'une ville au tourisme populaire décidée par la Mission Racine et un Gaullisme humaniste, voudrait-on faire de Port Leucate une autre ville ?
Petit rappel de ce que disait Monsieur Candilis, missionné  alors par une droite humaniste : 

" Nous considérons que la coexistence de tous ces systèmes, suivant un raisonnement clair, peut provoquer un environnement plus à l'échelle de l'homme, plus inattendu et spontané, bref plus HUMAIN. Les assemblages horizontaux se distinguent des autres par la prise de concession du sol par un seul logis. Le danger est de confondre des assemblages horizontaux, qui forment un tout, avec des lotissements pavillonnaires traditionnels, héritage de la spéculation éhontée datant de la révolution industrielle de la fin du XIXe siècle qui a provoqué le débordement des villes de notre siècle."*

Le retournement est malheureusement aujourd'hui clair.
Port Leucate devrait maintenant prendre à bras le corps son héritage, en déclarer sa fierté, en faire sa particularité comme Royan, comme la Grande Motte si proche. Le Kyklos en est le symbole et il doit donc non seulement être conservé mais il doit aussi être restauré, offert à nouveau à un usage et même être l'enjeu d'une politique touristique et culturelle affirmée par la municipalité de Port Leucate. Nul doute que   Madame Chappert-Gaujal, adjointe à la Culture et au Patrimoine et  Madame Céline Cabal adjointe au tourisme vont tout faire pour sauver ce Kyklos. Il en va de leur responsabilité politique et morale sur l'héritage patrimonial de leur ville. Rassurez-nous.
On suivra donc ce dossier avec vous. 
Merci à tous de signer cette pétition citoyenne pour soutenir le Patrimoine de Port Leucate :
Walid Riplet, pour le Comité de Vigilance Brutaliste.
* Georges Candilis, Recherches sur l'architecture des loisirs, éditions Karl Krämer, 1972.


Merci Walid.
Pour ma part : on notera qu'une fois encore c'est une initiative citoyenne qui déclenche l'alerte sur le Kyklos et cette inquiétude (légitime ou non) provient toujours d'un manque d'informations sur l'avenir et d'un manque d'éducation aux stratégies patrimoniales. Les confusions entre ce qui est privé et municipal, entre ce qui est permis de faire pour protéger (qui est à l'origine des dossiers) entre aussi ce Label Architecture Contemporaine remarquable et les degrés de protection au titre des Monuments Historiques sont la preuve qu'il faudra aussi apprendre aux citoyens à s'emparer de ces dispositifs. Madame Brigitte Defives fait avec sa pétition un acte remarquable car un acte citoyen, signe de son attachement à ce bâtiment et de son inquiétude face à un délabrement (organisé ?) d'un bâtiment essentiel de Port Leucate. Il faut donc la soutenir et lui dire qu'elle n'est pas toute seule face à ce genre de combat. Bien entendu, une protection n'oblige en rien la sauvegarde d'une construction et une copropriété ne sera pas facile à convaincre pour obtenir un classement ou une protection. Il faudra donc à la municipalité faire un vrai travail de fond pour prendre en charge l'avenir et la destination finale d'un tel objet et travailler intelligemment pour que cet emblème ne soit pas sacrifié. Verra-t-on, comme d'habitude, la situation pourrir au nom d'un état irrécupérable comme le signale Walid, plus haut. Que toutes les énergies privées, patrimoniales, associatives, institutionnelles, municipales trouvent ensemble une synergie pour que ce merveilleux Kyklos y gagne un avenir et une chance à encore nous émouvoir. Port Leucate le mérite. Les Journées du Patrimoine approchent à grand pas, il serait dommage que Port Leucate se signale par l'abandon d'une partie importante de son Patrimoine. On attend donc la voix du Maire dans cette affaire.
En attendant, signez la pétition, c'est déjà un acte fort.
David Liaudet

Pour relire les défaites et les errements du patrimoine à Port Leucate :

Pour illustrer cet article de Walid, je vous donne à voir (ou revoir) les cartes postales du Kyklos qui vous montreront ses incroyables qualités architecturales. N'oublions pas que Messieurs Zavagno et Gardia avaient travaillé pour les logotypes avec Jacques Tissinier. Une œuvre donc unique, remarquable et qui mérite une belle et ambitieuse restauration et non un mépris.

Cette superbe carte postale Iris est superbe parce que c'est Monsieur Meauxsoone qui en fait la photographie. On se rappelle du talent du photographe ici par exemple et je me rappelle le bel entretien téléphonique que j'avais eu avec lui. Voilà donc une vue aérienne qui permet de lire les étagements des terrasses, le dessin des courbes et les circulations complexes et solariums qui font de ce Kyklos un cas exceptionnel d'architecture dont le toit est un praticable. Une véritable rareté. La tonalité générale des gris donne aussi à cette carte postale toutes les joies de l'amateur d'architecture remarquable. Une pépite de ma collection. Merci Monsieur Meauxsoone.

Cette carte nous montre le Kyklos sur son flanc abrité de la mer à l'arrière de la construction. Il s'agit d'une édition de la Société Éditions de France. On note le jeu magnifique des ouvertures, successions de petits Malevitch sur fond blanc. Je me souviens que lors de la visite il y a déjà quelques années que ce point de vue était déjà bien abîmé. Il faudrait lui redonner de l'air.

Nous voici sur les terrasses du Kyklos sous les peintures de Monsieur Tissinier ! Superbes !
Comment depuis cette carte postale ne pas comprendre l'originalité d'un tel espace architectural presque sculptural ! Toujours une édition de la Société Édition de France.


N'avez-vous pas immédiatement envie de prendre votre voiture et de venir à Port Leucate en voyant une telle vue sur la mer ? Ce point de vue est déjà dégradé par un espace se voulant contemporain... Il s'agit d'une édition Audumares de Perpignan expédiée en 1972.


Le Kyklos vu depuis les coupes-vents dessinés par Candilis pour la station de Port Leucate qui devrait s'emparer de ce modèle et les fabriquer à nouveau. On voit bien la masse du Kyklos, comment ses courbes fabriquaient une colline douce au-dessus de la plage. Il s'agit d'une carte postale Iris par Théojac.


Cette carte nous permet de voir le traitement des surfaces des murs en crépi épais très à la mode à cette période. On prend un verre ensemble ? Allez ! Éditions de France.

Cette dernière carte des Éditions de France nous montre le Kyklos depuis sa placette devant la plage. L'ensemble d'ailleurs agissait comme une progression douce de l'un vers l'autre, du bâti vers la mer et vice versa. On notera par pur esprit de précision que la ville de Port Leucate savait aussi choisir avec goût son mobilier urbain. Regardez la beauté toute simple du lampadaire. 


2 commentaires:

  1. Pour ma part j'avais signalé au premier lanceur d'alerte de faire appel à Clément Cividino qui a relayé l'info... j'ai signé la pétition de suite

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    1. Je vous remercie beaucoup M. Leclercq. Ca a été un renseignement très précieux. En espérant qu'à nous tous nous, nous pèserons dans cet irréversible décision.

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