mercredi 15 mai 2019

Royan M.R.U

 Comme Walid et Jean-Jean sont en plein partiels, je reprends la main :

Dans le flot maintenant bien maîtrisé des cartes postales de Royan, il devient difficile de trouver un point de vue original, une information nouvelle qui permettra de maintenir l'étonnement de la représentation.
Alors comment faire ?
Mais il arrive que ce ne soit plus l'image qui signifie.
Il arrive que ce soit le correspondant ou ce qui a produit l'occasion de l'envoi et du choix qui vont signifier.



Sur cette carte postale des éditions Studio Bourdier on a déjà la joie de trouver la maquette de la ville de Royan ce qui est un miracle particulier à cette ville. Nous avons déjà évoqué ici ou dans mon ouvrage l'exception de cette représentation d'une ville. Ici, on retrouve le centre ville, le Front de Mer et son arc puissant et ce qui deviendra sans doute le point fort de son plan d'urbanisme, sa projection vers la mer.
Déjà on peut observer les changements avec le réel, que la construction de l'Hôtel de Ville n'a pas eu lieu et que la place est bien plus ouverte aujourd'hui. D'ailleurs je m'étonne d'une telle densité, et surtout d'un rapport urbain à la mer encore bien plus filtré qu'il ne l'est aujourd'hui, surtout depuis la destruction honteuse du portique qui, heureusement, sera reconstruit bientôt. Ouf !
On note que le photographe pointe l'appareil photographique vers le bas, en plongée, comme le ferait un aviateur photographiant la ville pour une vue aérienne. Cela permet de serrer la maquette dans le cadre et d'éviter le vide du noir du hors maquette. Cela fabrique bien un point de vue sur le plan d'urbanisme, dont on sait que le regard depuis le ciel fonde souvent le dessin (dessein aussi) comme si dessiner une ville devait toujours se faire depuis le ciel. Il n'y a, à ma connaissance, aucune photographie de cette maquette montrant le point de vue du piéton.
On note aussi que la maquette ne comble pas certains îlots et articule surtout le Front de Mer. Elle est, à la fois très technique et poussée sur certains détails, voir même enfantine (cabines de plages, automobiles, quelque chose du maquettisme ferroviaire) mais aussi assez brutale avec des morceaux d'immeubles réduits à quelques cartons vite assemblés.
Retournons la carte.


Ce qui a produit mon désir de posséder cette carte postale c'est bien les trois lettres de l'adresse : M.R.U !
On note aussi que le correspondant(e) a souligné l'inscription Royan de demain ce qui tendrait à dire que soit l'image ne le souligne pas assez (souci de réalisme ?) soit que le correspondant tient à ce que cette information soit particulièrement mise en avant pour en dénoncer le retard, ou du moins, le fait que ce ne soit pas encore le Royan d'aujourd'hui. On peut aussi penser que cette carte postale, envoyée après la construction de ce Front de Mer nécessite que le correspondant en ré-affirme la différence avec le réel effectivement construit.
Mais qui était Monsieur Demolier et Cécile travaillant (?) pour le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme à Poitiers ? Quel lien pouvait-il y avoir entre ce M.R.U de Poitiers et celui de Royan ? Une direction régionale ? Malheureusement la carte n'a plus (ou pas eu) son affranchissement ce qui ne permet pas de la dater et donc de comprendre où nous en sommes de la Reconstruction de Royan dont on sait que les retards avaient donné lieu à des manifestations.
L'inscription Bon souvenir de vacances indique bien un séjour personnel que l'on pourrait penser envoyer par un(e) collègue à ses amis de bureau.
Reste que pour ma collection, c'est la seule carte postale qui évoque ainsi ce Ministère et donc la puissance politique sous-jacente à ce moment. Certes, c'est un détail mais il fait chanter ce document, pour moi, d'une certaine manière. Une réalité affirmée.



Le 14 juillet 1957 à 16h30, il y avait du personnel à la Poste de Royan. Oui, un jour férié, alors qu'un touriste faisait son tour et lançait sa carte postale dans la boîte au lettres de la Poste, un employé était au travail.
Monsieur Berjaud a permis à ce touriste de faire le choix d'une belle photographie bien réussie du marché. Pour une fois, et c'est assez rare, c'est depuis le sol que Monsieur Berjaud cadre. Et il cadre bien. Regardez comment il utilise le remblai enfin construit pour faire un beau triangle qui servira de contrepoint géométrique aux courbes du marché. On note aussi que la pointe de ce triangle vient bien nous signaler la présence de deux gamines qui tiennent le lampadaire !
Les représentations depuis le sol de ce marché sont peu courantes, les photographes préférant souvent prendre un peu de hauteur pour mieux affirmer la belle originalité du marché et de sa forme de coquillage. Là, Monsieur Berjaud est comme le piéton, il voit une succession de vagues venant, tour à tour, taper le sol, taper le ciel. Il choisit aussi un moment à la lumière dure qui fera le travail de creuser les formes avec force. Le ciel moutonneux finira la beauté simple de cette image, véritable ode à cette architecture. Good Job ! Comme dirait l'américain.


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