dimanche 2 avril 2017

Comme les voitures



Une petite carte postale presque archétypale de ce que nous aimons ici.
Simple, le cadrage tente de mettre dans sa perspective le plus d'immeubles possible en habitant le premier plan d'un peu de verdure comme on fait chez Poussin.
Trois barres l'une derrière l'autre et devant, pareillement alignées, les enfants regardent le photographe venu là, enregistrer le Domaine de la Peupleraie à Fresnes.



Finalement, aujourd'hui, c'est bien nous qu'ils regardent ces enfants. Il ne fait aucun doute qu'ils savent le moment comme photographique. Ils savent qu'ils seront sur l'image, qu'ils pourront aller acheter avec Maman ou Marraine la carte postale.
Comment ont-ils été ainsi alignés ? Hasard des jeux ? Mise à distance du photographe ? On connaît bien ici sur ce blog cette présence des enfants dans les cartes postales de logements collectifs. Parfois bien organisée et désirée, parfois comme un défi, parfois de hasard, cette présence donne à l'image la vie. Oh mais attention ! J'entends déjà la grande interprétation douteuse, celle qui voudrait que l'image soit construite par je ne sais quelle violence politique ou sociale, qu'ici le photographe serait forcément complice d'un ordre des choses venant surveiller et punir les lieux, nous obliger à sa convivialité.
Non.
Non.
Ici, les enfants ont bien joué.
Ici, les enfants ont profité de l'espace vide laissé par les immeubles, place offerte par la densité des logements. Et même si le terrain est vague, peu dessiné pour leur échelle, sans doute seulement engazonné, les enfants ont su faire de ce muret une tribune, un banc, qui sait, le pont d'un bateau, le haut d'un château-fort ou la limite géographique de l'autorité parentale.
"Va pas jouer sur la route, pas plus loin que le muret !"
Le photographe des éditions Raymon est venu. Il a regardé ce monde, organisé un peu pour que l'image porte son rôle. Les enfants sont là. Tant mieux, comme les voitures finalement. Comme les voitures... Une urbanité maintenant historique.
Mais je regarde aussi cette façade.





Je regarde le beau jeu plastique des surfaces alternées de blancs pleins et de vides ombrés que dessinent les ouvertures n'ayant pas su choisir entre la fenêtre haute de Perret et celle allongée de Le Corbusier. J'aime ça immédiatement. Ce petit immeuble qui fait la nique à celui des Castors à l'arrière plan est une belle architecture simple, efficace, moderne et qui ne démérite pas quoique vous en pensiez.
 Il aurait fallu conserver la légèreté des cadres de fenêtres pour conserver le jeu plastique entre les ouvertures et les murs. Ici, une menuiserie isolante épaisse est venue retenir la chaleur et perdre la beauté. Je m'amuse comme toujours à retrouver le point de vue. Le petit mur sur lequel les fesses enfantines sont posées existe toujours mais est maintenant impraticable comme banc puisqu'une haie le longe. Les arbres furent plantés et ont poussé. Ce ne sera pas des peupliers... Depuis la Google Car l'ensemble est bien entretenu, propre, bien peint. C'est bête mais cela me touche comme soudain, dans l'article de l'Architecture d'Aujourd'hui  de 1961 la présence d'un enfant dans la photographie de ce même ensemble par Vera Cadot et Pierre Joly.



J'aime cette image énormément. Cadrage serré sur un tiers dédié au jardin, puis les immeubles serrés faisant une géométrie contrastante. Dans les feuillages, la tête de cet enfant surpris, vivant, bonnet de laine sur la tête, qui n'est pas seul. Regardez à droite au bord même du cadre, une fenêtre est ouverte, une femme regarde. Je fais exprès de ne pas écrire qu'elle surveille. Elle veille, cela suffit. On remerciera donc pour finir l'histoire de la carte postale de nous donner à voir la réalité de la vie, on remerciera Messieurs Daniel Mikol, Gerald Brown Sarda les architectes et Monsieur Albert Ascher l'urbaniste pour cet ensemble du Domaine de la Peupleraie à Fresnes, nous remercierons enfin, Pierre Joly, Vera Cadot et leur confrère anonyme malheureusement de la carte postale d'avoir photographié ce lieu, sa vie, son espace, ses enfants.
On remerciera Domi d'avoir fait une croix sur son logement pour écrire à Didi. Merci Domi.
Et je remercie la terrible et assoifée de capitalisme société Google de me permettre une promenade sous son autorité puissante et punitive.

On trouvera ici un article qui raconte l'histoire d'une partie de ce quartier, celui de Domi.
http://www.domaine-peupleraie.fr/un-peu-histoire/

 









 

 



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