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samedi 9 février 2019

Brasilia signée Vago

"J'ai fait l'acquisition de cette carte postale de Brasilia. Je vous laisse regarder et travailler sur son  expéditeur. Cela vous permettra sans doute de faire un bel article. Je vous montrerai la carte en venant à Paris ce lundi. On ira voir ensuite l'immeuble Hennebique. Bien à vous deux. David"



Alors, je vais tenter de répondre à ce souhait de David. Toujours commencer par la photographie de cette carte postale. Ici, Brasilia et son Palacio da Alvorada qu'il est facile de reconnaître. Je m'étonne par contre un peu du premier plan de cette photographie nous montrant une sorte de plan incliné carrelé et qui semble recevoir de l'eau si on en croit les reflets. Une forme géométrique au milieu de ce qui pourrait être un bassin vient donner à l'ensemble des jeux d'ombres et une abstraction un rien sèche du lieu. Difficile de comprendre pourquoi le photographe est venu cadrer ainsi ce premier plan stérile, laissant fuir au loin les lignes du bâtiment. On note que le photographe n'est pas nommé.
Sur Google Earth il est facile de retrouver le point de vue et de comprendre que ce premier plan est bien un bassin avec une forme de flèche en son centre.























Retournons la carte postale.
D'abord il n'y a pas de nom d'éditeur mais un blason du Brasilia Palace Hotel remplace ce nom. Cela signifie que cette carte postale devait être une exclusivité de cet hôtel, seulement distribuée par lui et certainement disponible dans l'hôtel à l'accueil ou dans une boutique réservée aux clients qui y séjournent. On peut donc en déduire que l'expéditeur a soit séjourné dans ce Brasilia Palace Hotel, soit y est venu en visite.


















Cet hôtel est d'ailleurs une merveille, elle-même une œuvre en soit et qui fut dessinée par Niemeyer. Comment ne pas jalouser l'expéditeur de cette carte postale.
Et là, bien entendu, c'est surprenant.
En effet, la carte postale fut écrite et envoyée par Pierre Vago himself !
Pierre Vago ! Oui !



Il a écrit sa carte postale le 11 octobre 1958 mais elle ne fut oblitérée que deux jours après, d'ailleurs sans timbre mais par un tampon, ce qui est très curieux. Peut-être était-ce la manière de faire pour les cartes postales voyageant Via Aerea (avion) vers la Belgique.
On aime le texte court mais bien optimiste de Pierre Vago :
Bien sympathiques pensées de ce monde nouveau, si passionnant !
Ce qui est touchant c'est l'utilisation du terme de monde nouveau que l'on peut retourner en Nouveau Monde. L'architecte voit donc dans Brasilia non seulement une ville mais aussi un Monde en soit, globalité plus large dans sa géographie mais aussi certainement dans son influence, sa découverte, sa modernité.
La carte est donc envoyée à Monsieur le directeur, les Professeurs et les élèves de l'école supérieure d'architecture de Tournai. On note que Pierre Vago ne veut oublier personne et qu'il est certain que cette carte postale aura su trouver à son arrivée tout ce monde en même temps ! La carte a-t-elle effectivement circulé dans toute l'école ? Fut-elle punaisée sur un mur dans les couloirs, à la vue de tous comme le trou de punaise le laisse croire ?












Mais qui est ce Directeur ? Je n'ai pas trouvé son nom alors qu'il est aisé de trouver que Pierre Vago lui-même fut directeur des études de cette école d'architecture de Tournai. S'est-il envoyé à lui-même cette carte postale ?
L'autre question est la raison de ce voyage vers Brasilia. S'agit-il d'un voyage personnel et familial ou plus professionnel ? Est-il parti pour réaliser une étude, un article, une conférence sur place ?
En 1958, un voyage de la France ou de la Belgique vers le Brésil restait exceptionnel, couteux et rare. Nous sommes en octobre, donc pas dans une période de vacances. Peut-on en déduire un voyage professionnel ?
N'oublions pas aussi que 1958, en Belgique, c'est l'année de la très importante exposition internationale de Bruxelles, celle de l'Atomium.
Reprenons :
- Nous sommes en octobre 1958
- Pierre Vago est à Brasilia
- Pierre Vago est Président du Comité de Rédaction de la revue l'Architecture d'Aujourd'hui
- Revue qui publiera dans son numéro 80 daté de octobre/novembre 1958 un article complet sur Brasilia
- Article qui évoque longuement le Brasilia Palace Hôtel
- Revue qui informe de l'un de ces nouveaux correspondants pour le Brésil : Artur (Arthur) Licio Pontual
- Revue qui informe d'une exposition sur Brasilia à Paris, à l'Unesco, réalisée par Artur Licio Pontual
Il ne fait donc aucun doute que cette carte postale est la trace du voyage de Pierre Vago à Brasilia pour préparer le dossier sur la ville nouvelle de Niemeyer.
Pourtant... cela veut dire que la datation d'octobre de la revue semble un peu à rebours pour un numéro double octobre/novembre. Il semble que la publication n'ait pu se faire que tard dans le mois d'octobre, voire en novembre. On peut aussi supposer que Pierre Vago fut promené et aidé sur place à Brasilia par le jeune Artur Licio Pontual.
Ouf !
On a fait le tour ?
Rapidement, si on googolise le nom de Arthur Licio Pontual, on trouve une photographie du jeune architecte designer à Brasilia avec Niemeyer, il est le deuxième en partant de la gauche. On remarque au mur le plan de Brasilia, le cliché serait de 1957, merci http://portal.jobim.org/ :



Par contre, on trouve très peu de documents sur les réalisations de ce jeune homme. Il semble qu'un livre sur son œuvre fut publié et même qu'une rue porte son nom ! Pourquoi alors si peu de choses visibles sur ses réalisations ? Il n'y a rien dans la bibliothèque de notre école sur lui.

Walid Riplet, J-J Lestrade .


Peut-être, certainement même, est-il l'auteur de ces barres à Rio en 1972 :




Voici quelques extraits de l'article sur Brasilia paru dans le numéro 80 de la revue l'Architecture d'Aujourd'hui (Fonds Agence Lestrade) :









jeudi 31 janvier 2013

Brasilia raggazzi

 



Ils se donnaient toujours rendez-vous au café Le brésilien de St-Quentin. Il faut dire que Vincent avait commencé son boulot à la station service BP juste en face. 
Ils se connaissaient tous depuis l'école primaire sauf Sébastien qui était arrivé cette année au Lycée Carnot mais s'était tout de suite reconnu dans cette troupe qui fumait déjà Camel et Gauloises et parlait des filles comme d'un territoire enfin conquis.



La patronne du café un jour expliqua pourquoi le bar portait ce nom. Elle avait été amoureuse d'un beau brésilien reparti juste après la Libération et dont elle ne conservait en souvenir qu'un garçon de leur âge parti rejoindre son père il y a maintenant 5 ans.
Mais la bande de jeunes n'écoutait que peu les errements de la patronne autant par indifférence que parce que le bruit du babyfoot couvrait ses paroles. Pour eux, brésilien c'était juste un nom, une sonorité qui faisait un peu rêver à des plages lointaines.
Ils n'attendaient rien ici que l'été et la barre difficile du service militaire. Chacun voulant faire une vie, loin de St-Quentin, croyant que partir était forcément la solution. Ils voyaient trop de films sans doute.
Et puis il fallait finir le lycée, prendre un métier, essayer de s'en tirer le mieux possible. Seul Mickael semblait des fois un peu lointain. Il n'entendait pas toujours qu'on lui parlait et les autres s'amusaient de lui, le disaient dans la lune. Mickael était certes un peu particulier dans cette équipe. Fils de bonne famille, son argent de poche était souvent celui du groupe tout entier ! Il aimait le cinéma et non le ciné, il tentait des fois de parler politique, il voulait aussi voir les choses du monde. Il fit marrer tout le café un jour en tentant d'y lire des extraits du dernier roman de Sagan. Mais on aimait son sens de la répartie, son goût pour les blagues étrangement salaces dans sa bouche et surtout il était un sportif accompli. Mickael avait essayé de demander à Madame Terrasson la patronne le nom de la ville du Brésil où était parti son fils. Il avait lu dans un numéro de Réalités un article sur le pays et surtout sur Brasilia, sa capitale ultra-moderne. Madame Terrasson ne sut pas bien lui répondre à moins que Mickael, aussitôt la question posée, ne se soit pas intéressé à la réponse !
Et le verre laissa un cercle de bière sur la couverture du magazine. Et les autres appelèrent Mickael pour former les deux équipes de babyfoot.
On rigolait, on faisait semblant d'être des adultes et la joyeuse compagnie partait toujours vers les sept heures du soir en laissant Madame Terrasson un peu plus heureuse.
Mais le nom de Brasilia commença étrangement à revenir souvent dans les paroles de Mickael. Comme une ritournelle, un point incontournable. Comme si soudain le mot de cette ville à lui seul avait réussi à recouvrir toutes les aspirations du jeune homme : l'aventure, l'inconnu, le soleil, un exotisme de cinéma et même quelque chose de la science-fiction que Mickael commençait à lire avec sérieux et attention.
Comment un mot peut-il ainsi entourer une personne, l'habiller en quelque sorte ?
Brasilia, Brasilia, Brasilia... les autres n'en pouvaient plus et commençaient à rire de Mickael qui en avait bien l'habitude ! Un jour pourtant, Denis lui lâcha que lui était déjà allé à Brasilia !
Le silence se fit immédiatement dans le petit groupe autour de Denis.
Puis tous se mirent à rire et à se moquer de Denis. Mais il insista et devant les yeux grands ouverts d'admiration de Mickael il lâcha :" Oui Brasilia, le Camping Brasilia à Canet plage !"



Mickael ne savait plus ce qu'il devait ressentir, pris entre une déception profonde et une envie de rigoler avec tout le groupe.
"Tu vois, tu peux aller à Brasilia si tu veux Mickael" lui dit Denis !
"Et d'ailleurs allons-y tous !"
"C'est une super idée " reprit Vincent ! " C'est sans doute le dernier été où c'est possible, l'année prochaine Denis sera au service et Romain sera en apprentissage."
"Ouais ! Partons en juillet !" dit Romain.
"Comme ça le petit aura vu Brasilia !" se moqua Denis ! Un coup de poing bien ferme mais amical dans l'épaule fut la réponse de Mickael qui ajouta soudainement qu'il pouvait prendre la FIAT de sa mère...........................................................................................................................................................



.... Ils avaient bien vu le photographe hier soir déjà sur la plage qui prenait des photos des commodités du camping et Denis lui avait même demandé comment on faisait pour faire ce boulot qui lui paraissait bien facile et tranquille.
Le type lui avait répondu avec un accent italien étonnant ici qu'il y avait des écoles certainement aussi en France. Ils étaient tous là, de retour de la baignade. Ils n'attendaient rien de particulier sauf Mickael parti téléphoner à ses parents.
A son retour, le photographe leur demanda s'il voulaient bien tous poser pour la photo. Il leur donnerait à chacun un tirage le sur-lendemain. Rendez-vous fut pris et Denis et Romain négocièrent une bière en plus ! Tout le monde était ravi de ce marché ! Ils regardèrent tous bien droit dans les yeux le photographe sauf... Mickael perdu dans ses pensées.



 
...................................................................................
...................................................................................................................................................................Alors que Vincent finissait le réglage des soupapes de la Renault 16 d'un client, il entendit Madame Terrasson qui l'appelait de l'autre côté de la rue. Debout devant le café Le brésilien, elle brandissait un morceau de carton que Vincent mit un temps à reconnaître comme une carte postale.
"Regarde c'est une carte de Mickael !"
Les doigts plein de cambouis du jeune mécanicien noircirent le ciel bleu d'une carte postale en provenance de Brasilia. Au dos Mickael avait écrit simplement :" avec Jean-Pierre, la ville autour, Mickael."
Vincent demanda à Madame Terrasson qui pouvait bien être ce Jean-Pierre. Elle répondit dans un souffle : "Mon fils, c'est mon fils".



lundi 4 avril 2016

La cabane de Niemeyer et autres beautés construites

Être architecte, être un grand architecte c'est savoir mettre l'architecture dans tous les objets construits.
Il y a ceux qui font des monstres, et rien que des monstres, il y a les modestes, les sans-grade, les invisibles et il y a ceux qui font dans chacune de leurs réalisations, petites, ambitieuses ou magistrales œuvre d'intelligence.
Regardons cette petite réalisation :



Une petite chose fragile, posée sur des pilotis comme des brindilles, rien de bien spectaculaire de ce point de vue. On devine une attention, une jubilation presque à cette pauvreté, comme un pragmatisme joyeux à la fonction, leçon à la fois tirée de l'architecture vernaculaire et de la leçon claire de Le Corbusier.
Cette petite grande chose n'est rien moins que l'une des réalisations les plus remarquables de Brasilia et elle est l'œuvre d'Oscar Niemeyer. Il s'agit de la fameuse Catetinho.
http://www.nosnomundo.com.br/2012/11/museu-do-catetinho-em-brasilia/
Construite en 1956, elle fut la première résidence du président de la république brésilienne dans la nouvelle Capitale en construction !
C'est même écrit au dos de cette carte postale Mercator !
Je me souviens d'avoir lu dans Les courbes du temps, livre de Niemeyer, des passages sur cet édifice. Je le retrouve Page 100 exactement, on admirera les dessins de bas de page.

Les courbes du temps, mémoires
Oscar Niemeyer
Gallimard, 1999.













Si on aime penser qu'effectivement Brasilia a eu ce moment de grâce, ce moment radieux où l'architecture s'érige, surgit au milieu de ce qu'il fut rapide à l'époque de qualifier de " rien", il est aussi plaisant de voir des images de ces moments, sans doute aussi parce qu'aujourd'hui cette Brasilia a disparu à son tour. Le vide sidérant entre les volumes, la terre visible à chaque pas, la poussière soulevée par les roues des Jeep impétueuses, la blancheur des murs jouant contre le ciel encore immense, les planches de coffrage à peine rangées, le foutoir du chantier à peine camouflé, c'est tout cela qui donnait sans doute à mon rêve de Brasilia un désir irrépressible de venir la voir, tout cela n'existe plus.
Où êtes-vous passées mes images ?




Cette très belle carte postale de Brasilia nous montre la Place des Trois Pouvoirs en pleine construction. Elle appartient à la maison d'édition Foto Postal Colombo. Quelle image !
Posées de loin en loin avec le vide comme liaison et deux rues parallèles comme irrigation, les beautés de Niemeyer naissent sous un ciel moutonnant.
Quelques beaux détails ?




Rapprochons-nous avec cette autre carte postale :



Même éditeur, elle nous montre le très beau et abstrait Palais des Congrès et le Sénat. On devine de suite que l'ensemble n'est pas terminé et donc qu'il y avait une espèce d'urgence à montrer des images de ce chantier. Cela prouve aussi qu'il y avait un marché pour des images de la ville inachevée. Qui envoyait ces cartes de chantiers ? Les ouvriers ? Les visiteurs ? Sont-elles des cartes éditées après le chantier ? Y avait-il un tourisme du chantier de Brasilia ? J'imagine des visiteurs se promenant dans les chantiers poussiéreux et allant acheter leurs cartes postales dans des cabanons de planches, mais, sans doute, que je rêve trop de ce moment...







La nuit ?




La nuit est belle à Brasilia, suffisamment pour que Colombo l'éditeur édite ce spectacle ! On devine alors une activité forte et des brillances de pluies récentes. On devine aussi que ce même Palais des Congrès est encore moins construit que sur la carte précédente. La nuit permettait-elle de faire croire à une construction achevée et à camoufler le chantier ? C'est somptueux non, comme spectacle ?



Et enfin...



Oui ! Ça y est ! Le Palais des Congrès est achevé ! Cette foule à son pied qui arpente l'ensemble de la construction de Niemeyer est-elle une foule de privilégiés venant à une inauguration ou la foule des brésiliens visitant leur construction ? Comment ne pas être sensible à ce moment où les corps donnent l'échelle, éprouvent les circulations, viennent voir les volumes ? Quelle chance ! C'est ce moment précis que j'aurais aimé vivre. On devine une petite foule plus dense au pied, un peu à part. Excusez-moi, je pars les rejoindre, j'entends la voix d'Oscar qui explique son projet.
 - Oscar ? Oscar ! Attendez-moi ! J'arrive !





 


samedi 8 octobre 2016

Brasilia avec un Z



Jean-Michel Lestrade avait quitté le groupe, enfin, il avait surtout laissé l'écart se creuser entre lui et eux, un peu comme une vague abandonne sur la plage le petit morceau de branche. Il se retrouvait donc là, sous le ciel immense de Brasilia, l'œil ouvert sur les formes affirmées de Niemeyer.
Jean-Michel regardait l'échafaudage qui se glissait sous la coupole inversée du Congrès et donnait l'impression que c'était celui-ci qui arrondissait le bord comme la main d'un potier serre la terre sur une assiette. Jean-Michel se vit alors sans aucune peur ni même sans aucune question se diriger vers cet échafaudage. Puis simplement, il passa le pied puis la jambe puis le corps tout entier dans la structure. Il devint une petite araignée dans une toile de tubes métalliques. Arrivant enfin à la petite échelle posée au sommet, il se décida à poser le pied sur la construction. Sa solitude se brisa d'un coup car il trouva au milieu de l'immense cercle deux ouvriers, spatules en main, en train de boucher quelques aspérités. Les deux ouvriers ne furent pas surpris, ne bougèrent que la tête pour accueillir l'intrus. Finalement, cette indifférence troubla Jean-Michel Lestrade qui s'attendait à être repoussé. Sans doute que son costume, son attitude avaient pu le faire passer pour quelque autorité ayant droit à cette promenade. Jean-Michel marcha sur le bord de l'immense disque et comme le bras du tourne-disque, il finit, en une spirale délicate, par terminer sa course au centre, à genoux avec les maçons, regardant ce qu'ils étaient en train de faire. On ne se parla pas ou peu, on se sourit, on se redressa, on regarda le ciel et les nuages posés sur une couche de l'atmosphère plus dure qui aplatissait leur base. Le vent était terrible et le bruit toujours lointain comme si les sons de cette ville finissaient eux-aussi toujours par se perdre, ne sachant plus à qui s'adresser. Jean-Michel vit alors au loin un petit troupeau joyeux et désordonné. C'était bien son groupe qui soulevait un petit nuage de poussière rouge. Soudain, Jean-Michel comprit la distance qu'il y avait eux et lui. Il comprit cette différence. Il pensa alors à sa solitude, toujours amie, toujours nécessaire, toujours joyeuse, toujours source d'énergie pour retrouver les autres. Il pouvait alors mieux les écouter à son retour.
 - Eh bien Jean-Michel ! Vous nous aviez perdu ? demanda l'un des deux guides qui accompagnait la petite troupe d'architectes français à Brasilia.
  - Non, non, je crois bien que c'est vous qui avez perdu quelque chose, répondit Jean-Michel avant, dans un enthousiasme délirant, de raconter à ses amis son aventure vécue sur le plat d'une des plus belles formes du Monde.




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 - Tout un mois ! Non, ce n'est pas raisonnable Jocelyne et tu le sais bien. Je ne crois pas que je puisse faire ça et laisser l'agence alors même que je termine les chantiers de Royan et que...
Jocelyne coupa net Jean-Michel.
 - Justement ! Tu auras fini ! Regarde bien les dates ! Tu auras fini à Royan. Et Nikos t'a dit qu'il n'aurait les plans du chantier de Marly que deux semaines après c'est même toi qui m'avais dit que nous pourrions envisager de profiter de cette quinzaine pour partir un peu. Tu repousses ce chantier à venir avec Nikos qui est déjà au courant et tu peux partir c'est facile écoute !
 - Et je te laisse seule avec les garçons ? Pendant un mois !
 - Mais je ne suis pas seule, je suis avec Yasmina. Je lui ai parlé hier et nous sommes d'accord, c'est important pour toi d'y aller. C'est un beau voyage et tu le mérites. Tu n'as presque pas arrêté depuis la création de l'agence. Non, non, tu vas y aller et s'il le faut, j'irai moi-même chercher les billets. Ça te fera du bien d'être tout seul et de nous oublier un peu et surtout de ne plus être sur le feu des coups de fil.
 - Je sais pas... Enfin, bon oui, le programme est alléchant, surtout le Congrès à Brasilia mais c'est cher aussi, 600.000 francs tout de même et on doit changer la voiture et...
 - Tu viens d'être payé pour tes chantiers, la maison tourne, la voiture attendra la rentée. La Traction fera bien un mois de plus ! Et j'ai fait mon petit héritage. Tu vois, tout est calculé, j'ai tout calculé avec Yasmina, j'ai appelé Nikos. Même les garçons sont au courant que tu vas partir un mois.
Jean-Michel reprit le programme dans ses mains. Dans sa tête, il lisait la liste des architectes indiqués : Marcel Breuer, Pietro Belluschi qu'il ne connaissait pas ou encore la superbe et énorme agence Skidmore, Owings et Merrill dont la force le faisait rêver. Mais surtout, Jean-Michel regardait la petite ligne qui affirmait que ce voyage au U.S.A pouvait être combiné avec le Congrès de Brazilia, Brasilia écrit avec un Z. Il entendit alors la voix de Jocelyne.
 - Oui Mademoiselle, je voudrais BAL 59-41, oui 41. Merci.
Jocelyne tendit le combiné à Jean-Michel qui entendit une voix lui dire :
 - Riss et Compagnie, Bonjour Monsieur, que puis-je faire pour vous ?

Par odre d'apparition :
 - carte postale de la chambre et des édifices du Congrès, Brasilia, éditions Colombo non datée, Sans nom de photographe ni même d'Oscar Niemeyer, l'architecte.
 - prospectus, Fonds Lestrade, merci ne ne pas dupliquer sans autorisation de la famille Lestrade.