dimanche 31 mars 2024

Mon ami, mon ami disparu : Dominique Amouroux

 Tu te rappelles Dominique comment nous aimions rire du peu d'intérêt des institutions patrimoniales pour le Patrimoine du Vingtième Siècle ? Comment tu me disais qu'ils ne comprenaient rien et qu'en plus, ce rien, ils le comprenaient en retard ?
Tu te souviens que nous avions fait une belle émission sur Radio On au Mans dans laquelle tu expliquais la genèse de ton si célèbre Guide d'Architecture Contemporaine  qui reste ma bible mais aussi le carrefour de notre rencontre avec notre ami commun Claude Parent ?
Tu m'avais fait l'honneur de venir à Evreux voir mon exposition où j'avais explosé sur les murs toutes les pages de ton guide et que, ravi, tu avais pu en retrouver un exemplaire que je t'avais offert.

Tu riais aussi de tes propres textes, de tes propres critiques, t'amusant de la radicalité de ta jeunesse en ne perdant rien de ta lucidité sur les effets inutiles d'une certaine architecture faite bien plus d'images que d'espaces.
J'avais pour toi à la fois de la reconnaissance, une certaine timidité, tu étais celui qui me recadrait, qui me donnait des pistes, qui approuvait ou non mes idées, mes textes, mes fautes historiques, mes colères.

Tu étais toujours disponible pour une précision, assez amusé de me voir patauger dans les attributions.
J'ai épuisé tes guides avec Claude, courant de centres commerciaux de Parent en piscines Tournesol à une époque un peu lointaine maintenant où le Brutalisme et le Vingtième Siècle n'étaient pas du tout mainstream. 
Je t'envoyais des photos de l'état actuel des bâtiments, nous rêvions d'une réédition de ton guide en face-similé avec un volume montrant l'état actuel, nous rêvions. Tu rêvais.
Tu étais un très prolixe auteur sur l'architecture mais rien dans ton écriture, dans ton regard n'avait à voir avec ces pisseurs de copies. Tu étais avant tout un sensible et un joyeux.
Et surtout tu éprouvais l'architecture du coté de la sensualité et aussi d'un humour parfois décapant.
Ton sourire passait au téléphone.
Même dernièrement.

Alors, je ne sais pas ce que je vais devenir comme amateur d'architecture sans ton aval, sans ton expertise, sans cette sensibilité m'accordant aussi à moi, autodidacte de la critique architecturale, le droit d'écrire, de parler, de penser et de construire des textes et des combats.

Notre dernière conversation était sur Louis Miquel.

Je vais tenter de tenir même si je t'avais déjà indiqué une certaine forme d'épuisement face à l'incurie des institutions patrimoniales. On dira pudiquement : leur retard...

Je le dis simplement : sans toi, il n'y aurait jamais eu ce blog puisque ma volonté première en le créant était de faire un inventaire des constructions présentes dans ton guide.  Chaque article est un hommage à notre rencontre. Il n'y aurait pas eu non plus mes engagements pour Claude Parent, pour Sens, pour Ris-Orangis, sans toi, je n'aurais pas découvert le mobilier de Perriand et Prouvé au Mans, je n'aurais pas eu l'énergie de sauver une bulle six coques avec Piacé, de faire ma Chronique Corbuséenne sur Radio On, de faire aussi toutes ces conférences, tous ces constats accablants sur l'héritage architectural du XXème siècle. 

Je ne me serais pas senti légitime. C'est ça. C'est ça que tu m'as offert, mon cher Dominique, une légitimité et une énergie. Ça restera ton superbe cadeau.

Je ferai donc mon possible pour maintenir partout et tout le temps ce que tu m'as appris, montré. Je ferai tout ce que je peux pour que ta place de critique et d'historien ne soit pas oubliée.

Tu sais quoi ? J'ai envie de partir pour retrouver une architecture oubliée, pour constater avec toi encore la Beauté de cet héritage de la Modernité. Je ne sais pas bien où nous pourrions nous retrouver. 
Reste-t-il donc, quelque part, un bâtiment modeste mais superbe que tu voudrais absolument que je rencontre ?
Sans aucun doute. Je vais donc une fois encore me plonger dans tes écrits.
Tu étais un Guide. Tu étais mon guide. Tu le resteras.
Merci l'ami Dominique. Merci.
Toutes mes pensées à ta famille et tes amis.
David Liaudet

Pour ceux qui voudraient entendre Dominique Amouroux en interview raconter la genèse de son guide et bien d'autres choses, c'est ici :

Il y a tant et tant d'articles sur ce blog (et le premier)  avec Dominique que je ne vais pas en faire une liste.
Il vous suffit de cliquer sur le bandeau à droite : dans le guide.
Ou de taper  son nom dans la recherche en haut à gauche.









samedi 30 mars 2024

Du Cameroun à Royan, de Bauhain à Prouvé !

Comme historien de l'architecture ou comme simple amateur, il ne fait plus aucun doute que la carte postale constitue un fonds patrimonial pour saisir et découvrir toutes les inventions, orientations de cet Art.
De carte postale en carte postale, nous allons de découverte en découverte sur toutes les subtilités de cette histoire que nous pourrions croire préparée par les éditeurs pour nous permettre aujourd'hui de la réécrire, de la refonder avec des modèles un peu hors du jeu habituel des icônes certes souvent justifiées mais aussi souvent bien peu contextualisées avec d'autres productions de la même période.
En gros, quelques noms écrasent tout, au point que, justement, ce qui constitue leur force et leur originalité, n'a plus l'occasion de se mesurer contre le reste de la production architecturale.
Faisons le test : si je vous dis Pavillon, économique, tropical, bois, métal, préfabriqué et que je vous laisse quelques instant pour former dans votre imaginaire une image et un nom, pas de doute que vous me rétorquerez : Pavillon Tropicale de Jean Prouvé.
Et vous aurez raison.
Mais voilà, l'intelligence de Prouvé on doit aussi la relativiser face à d'autres productions bien moins connues et défendues qui pourtant ont parfois bien plus marqué par leur nombre et leur utilisation la réalité de l'habitat.
Voilà une bel exemple :



Et je suis même certain que, tout comme moi, d'ailleurs si je vous avez montré rapidement cette carte postale que certains d'entre vous y auraient bien vu le Pavillon Tropical de Prouvé car tous les signes de ce rapprochement sont ici possibles.
Mais voilà, il ne s'agit pas d'un pavillon dessiné par Jean Prouvé mais bien d'un travail de J. Bauhain, architecte, comme d'ailleurs cela est écrit sur la carte postale de l'éditeur Fournier.
Et...On le connait bien Monsieur Bauhain ! C'est l'un des plus prolixes architectes de la Reconstruction de Royan !
Quelle joie donc de trouver une carte postale montrant ainsi une autre production de cet architecte du Mouvement Moderne si important pour notre blog et notre rapport à cette architecture. J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette création de Monsieur Bauhain et que je fus très surpris de voir son nom associé ainsi à ce type de production. On peut aussi imaginer la tête de J. Bauhain lorsque Jean Prouvé est venu poser son Pavillon à Royan. Quel esprit de concurrence ou d'admiration commune était en jeu alors ? Comment J. Bauhain avait-il connaissance de l'oeuvre de Jean Prouvé pour la mise au point d'une architecture similaire ? Et si c'était dans le l'autre sens qu'il fallait chercher...
La carte postale n'étant pas datée on ne peut donc pas trop comprendre comment cette case tropicale de J. Bauhain est arrivée dans l'histoire de l'architecture et de ses solutions coloniales. Il est facile par contre d'affirmer que c'est bien de toute manière dans l'esprit d'une époque cherchant des solutions pour un habitat pragmatique, préfabriqué, facile à exporter et à monter, avec des matériaux peu chers. À ce titre l'histoire des maisons préfabriquées pour le relogements des sinistrés de la Seconde Guerre Mondiale est bien établie et il serait intéressant de savoir comment J. Bauhain a peut-être aussi inscrit dans le Royan bombardé un possible lien entre cette production coloniale et de tels pavillons. On sent alors possiblement une relation de concurrence avec Jean Prouvé.
Même si cette carte postale ne nous permet pas bien de déterminer l'intelligence constructive pour ce Pavillon de J. Bauhain, il est clair tout de même qu'on en reconnait tous les signes. Grand toit en tôle ondulée qui forme un auvent sur le devant, ouverture entre les deux pentes au sommet pour la circulation de l'air, bardeaux de bois glissés entre des montants verticaux venant tendre les murs, ouvertures permettant elles aussi une aération franche et surtout, on note une capillarité possible entre le dedans et le dehors, le pavillon offrant une très large ouverture directement sur l'intérieur. La circulation de l'air et de la lumière semble bien être l'objet de toutes les attentions, ce qui est normal pour un tel projet. On note que la "case" est photographiée comme à l'orée d'une forêt qui semble bien tropicale, et que la mention "les bois du Cameroun" ne laisse aucun doute sur la localisation de la prise de vue, sans , pourtant, plus de précisions ni sur l'éditeur, ni la raison de cette édition et sur le rôle de cette carte postale dans une stratégie de diffusion du modèle de J. Bauhain. Impossible depuis ce document de savoir le succès de ce modèle sous les Tropiques et au Cameroun en particulier. Monsieur Bauhain a-t-il rejoint l'équipe de la Reconstruction de Royan avec l'aura de la réputation de ce type d'architecture ou, au contraire, a-t-il bénéficié de ce chantier de Royan pour fabriquer et diffuser ce type de modèle ? Je ne sais pas.
Mais quelle chance incroyable de trouver ainsi représenté ce modèle et son architecte ! Voilà qui éclaire donc bien vivement l'Histoire de cette architecture coloniale et de la Reconstruction dont il faudrait, si ce n'est pas déjà largement fait, redéfinir tous les liens d'échanges et de progrès.
À vos archives !

Pour revoir l'oeuvre de Monsieur J. Bauhain sur ce blog :






mercredi 20 mars 2024

Saige Formanoir Dubuisson cas d'école

 Pour une fois, je ne m'étendrais pas sur ce cas d'école de l'état actuel de la réflexion sur le Patrimoine bâti contemporain, sur l'héritage du Modernisme, sur l'avenir d'un certain Patrimoine. On voit en ce moment un certain ras-le-bol des pratiques par exemple celles de l'ANRU, je vous communique en fin de message un lien pour bien comprendre ce qui est en jeu et sur les procédés politiques à l'oeuvre pour une gentrification qui ne veut jamais dire son nom. La gentrification elle arrive toujours masquée, elle dodeline du cul pour vous faire croire à ses charmes et puis...Paf ! 
Pour soutenir et informer de ce qui se passe en France avec ce Patrimoine, pour soutenir donc un peu, à ma ma manière les luttes en cours, je vous propose ce que je sais le mieux faire : une carte postale.


Cette carte postale nous provient d'un éditeur que l'on connait bien sur ce blog et que nous aimons : Elcé.
Celle-ci fut expédiée bien tardivement en 1988 mais reste évidemment plus proche d'une typologie de la carte en multi-vues des années 70.
On y voit donc en quatre petites photographie les constructions que l'on doit à Dubuisson et qui ont obtenues le fameux Label Architecture Contemporaine Remarquable et que donc...On propose de détruire en partie. Ba ! Oui ! On met un Label donc on détruit, c'est logique, c'est français, c'est basique...
J'entends déjà ceux qui diront que le calme des images ne dit rien de comment on y vit, mais je rétorque que c'est donc vers ceux qui y vivent qu'il faut demander un avis sur la destruction de leur immeuble. Et faire du nettoyage anti-drogue par la destruction de logements sociaux c'est assumé d'accuser ceux qui y vivent d'en...vivre...c'est curieux. 
La grignoteuse plus efficace donc que la Police. Quand le bâtiment va, tout va.
Bref...comme d'habitude depuis presque 40 ans maintenant. Toujours le même constat, la même absence d'idée politique, les mêmes procédés, la même communication. Pourtant là, Lacaton et Vassal ont un projet meilleur et moins cher mais pourquoi donc devrions-nous écouter des architectes ayant reçu un Pritzker Prize ? Sont certainement pas assez légitimes...pour des politiques.

Alors certes, on n'est pas obliger de crier au génie en voyant ce morceau de Dubuisson qui a certainement produit des oeuvres plus intéressantes, certes on pourrait bien penser que cette écriture urbaine et architecturale peut mériter une nouvelle définition, un travail d'analyse face aux nouveaux besoins, mais ici, la faiblesse écoeurante de ce qui est proposée et son coût (ahurissant !) ne laisse aucun doute sur son inutilité et sa stupidité radicale. C'est sur cette radicalité que se fonde surement le sommeil bien heureux des décideurs politiques, veulent "bien faire les gars"...

Comme d'habitude.
Je vous conseille vivement d'aller lire ici un excellent article de Vivien Latour et Alexandre Tellier :

Pour le combat contre l'ANRU :




La lutte continue donc pour le respect des habitants, du Patrimoine, de l'action citoyenne.
Vous trouverez sur ce blog plein d'articles sur le génial Dubuisson.







lundi 18 mars 2024

l'oubli par l'histoire d'un architecte

 Il y a des cartes postales dans ma collection dont je ne sais pas très bien quoi faire. Pourtant elles portent tous les signes nécessaires et c'est pour cela d'ailleurs que je les ai achetées. Mais, après l'enthousiasme de la découverte, je me demande bien par quel biais et pourquoi je devrais les mettre ici, à nouveau dans le registre possible d'une histoire de l'architecture et de sa représentation.
Voilà un exemple :



Oh ! comme j'étais heureux de trouver cette carte postale Iris nous montrant une belle façade moderniste d'un immeuble qui semble si typique de la production de cette époque ! Comme j'étais heureux de trouver cet immeuble bien cadré dans la verdure d'un parc comme pour en adoucir justement la grille de cette belle façade en mur-rideau !
Et, miracle, au dos de la carte postale figure bien le nom de l'architecte : A. Delessert.
Nous sommes donc à Roanne (la marraine d'Elbeuf, ma ville natale !) devant la résidence "Promenades-Beaulieu". Nous sommes en 1978.
J'avais fait des recherches pour trouver l'architecte A. Delessert et les recherches restant vaines, j'ai oublié cette carte postale, oublié cette architecture ne sachant quoi faire d'une telle image. Pourtant, maintenant, je me dit que c'est intéressant cet oubli de l'histoire face à l'intérêt de cette construction au moment de sa création et de cette prise de vue. Mais quoi faire de ce paradoxe ?
Je ne peux vraiment pas dire grand chose de cet architecte et encore moins de cette architecture depuis ce point de vue. Je peux juste dire que nous sommes heureux de penser qu'à une époque cette résidence avait suffisamment d'importance pour faire image de la ville de Roanne. Et puis...plus rien...oublié l'architecte, oubliée sa résidence, son impact dans la ville. 
L'immeuble est toujours là, avec toujours sa superbe grille. Il est juste à coté d'un autre immeuble que nous avions déjà aimé ici :
On pourrait donc penser que les constructions modernes de Roanne avaient trouvé dans la proximité de ce parc tout le loisir d'une expression franche et moderne, faisant monter leurs verticales dans une ville bien ancienne. Élan moderniste !
Google Map nous permet de mieux comprendre d'ailleurs l'intégration de notre immeuble de A. Delessert dans la ville. On note un traitement de rez-de-chaussée comme un socle bien plus brutaliste que le reste de l'immeuble, opposition franche entre les services sur la rue et l'élan des logements de la résidence. C'est bien fait, bien dessiné, presque un archétype du petit immeuble moderne pour maquette de chemin de fer. 
Elle a fière allure cette résidence ! Et la carte postale ne lui rend pas assez hommage finalement en la perdant dans la verdure.
Alors rien ne me permet de rebondir, d'accrocher le nom de l'architecte Delessert à une autre production ni à une école, une filiation. Vous savez comme j'aime rebondir d'une carte postale à une autre.
Mais qu'importe ! Voilà que je mets un tout petit peu de lumière sur Monsieur Delessert. Espérons que ce message trouvera un écho pour le replacer dans l'histoire. Cette réalisation, en tout cas, le mérite.
Je suis certain que quelqu'un viendra ici nous dire toute la place que mérite de retrouver Monsieur Delessert dans l'histoire d'une certaine architecture moderne. 





jeudi 7 mars 2024

Le ciel est parfait



Que pourrais-je dire de plus ?
Et cette question ne se pose pas seulement pour cette carte postale du C.N.I.T mais pour l'ensemble de ce blog. Ce matin, après donc une très longue interruption, en rangeant des cartes postales qui trainaient, je retrouve ces deux cartes postales de ce Palais comme le nomme l'éditeur Leconte et je me dis que, tout de même, je pourrais bien vous les montrer.
D'abord parce que les travaux, les constructions, les chantiers sont assez peu représentés en carte postale. L'impermanence n'est pas l'amie du commerce qui préfère bien plus des images qui resteront toujours d'actualité même après quelques années sur un tourniquet.
Ici, le photographe resté anonyme nous cadre donc le C.N.I.T à un moment bien beau de son chantier. Les trois voûtes sont décoffrées, toutes fraiches, mais les pans de verre ne sont pas encore posées, ce qui laisse le vide passer encore au travers.
On note avec étonnement qu'un S.I.C.O.B y est déjà installé ! Ce qui explique le nombre d'automobiles garées. Cela devait être bien étrange de venir ici, sous de telles voûtes, venir voir un salon et cela devait être aussi bien spectaculaire !
Comme j'aurais aimé voir ça et faire plein de photographies en stéréoscopie avec mon boitier Richard F40 !
Avec mon compte-fil, je trouve des pancartes bien intéressantes qui nous donnent le noms de quelques entreprises : Baudet, Donon, Roussel pour les constructions métalliques et Coignet, on imagine pour la structure béton.
La photographie est superbe. Le ciel tout particulièrement.
On regrette qu'aujourd'hui ce beau bâtiment, sans doute l'un des plus beaux et audacieux de l'époque en France, soit aujourd'hui littéralement écrasé sous la dalle de La Défense. Et, malgré mon vertige, j'aurai peut-être eu l'audace de monter sur les échelles pour visiter les collines de béton et voir Paris depuis leur sommet. Enfin...je rêve...
J'aurai aussi aimer faire la visite avec Jean-Michel Lestrade qui aurait pu m'indiquer les particularités techniques.
Réjouissons-nous alors de la présence des images et des voyages qu'elles nous offrent.

Quelques mois plus tard, les éditions Raymon ont pu faire ce cliché et éditer cette carte postale :


Tout est en place. Tout est achevé. Et la coquille de béton immense s'amuse à s'étirer sous la présence des coquilles St Jacques de la station-service Shell. On aime les deux coquillages.

Pour revoir La Défense et le C.N.I.T en particulier :

etc....

mercredi 31 janvier 2024

Royan, Henri, un architecte du Front de Mer




 
Dans ma boite aux lettres ce matin, je reçois donc une petite lettre et deux photographies d'un monsieur penché sur des plans d'architecture. L'ensemble me fut vendu comme provenant de Henri Bertrand, mais le courrier n'est signé que Henri. Certes, le courrier fait bien référence à la Reconstruction de Royan et c'est même cette adresse qui est donnée en fin de courrier mais l'auteur ne semble pas architecte et d'ailleurs s'en amuse en écrivant à ses parents. Je vous laisse lire.
Comment donc pouvoir vraiment identifier ce document et retrouver le nom de son auteur puis pouvoir enfin identifier le monsieur penché sur ces plans qui seraient donc bien ceux de Royan ?
Vous imaginez mon trouble...
On trouve bien un "bâtisseur" du nom de Henri Bertrand qui aurait travaillé aux Sables-d'Olonne mais la date de naissance me laisse perplexe au regard des photographies :

En effet, si c'est bien ce Henri Bertrand, né en 1891, cela lui donnerait sur les photographies juste après guerre plus de 50 ans...je n'y crois pas. Ce visage est bien plus juvénile et le contenu du courrier ne confirme pas que c'est là la correspondance d'un homme de cet âge.
Par contre, je trouve dans le témoignage passionnant de Monique Canellas-Zimmer sur la construction de la maquette de la Reconstruction de Royan le nom d'un Bertrand venu aider ! Il pourrait bien s'agir de mon mystérieux Henri ! Sans aucun doute.



Alors ?
Qui pour identifier ce jeune homme dessinant des plans ? Peut-être que les photos ne montrent pas Henri mais un camarade de travail de celui-ci...
On note donc que ce Henri n'est pas architecte, qu'il évoque le rendu de la maquette pour la venu du Ministre, ce qui devrait permettre de dater le document facilement. Il est aussi question de St Germain mais lequel ?

Dès que nous aurons identifié ce courrier, son auteur et bien entendu les photographies, nous verserons ces documents au Musée de Royan. Ce sera sa juste place.

En attendant, faites un tour ici, c'est passionnant : https://www.c-royan.com


Mercredi,

Chers Parents,
Je m'étonne de ne pas avoir encore reçu de lettre de vous cette semaine, il est vrai que Jacqueline me donne souvent des nouvelles.
Mon travail marche bien, je m'y suis mis très vite et il m'intéresse. D'ailleurs, je crois que les patrons sont contents de moi, je leur fignole comme à mon habitude. Les architectes me parlent comme si j'étais du métier, j'écoute les explications comme si je comprenais, ensuite j'étudie la question et me défend comme je peux, tout seul. Tous mes compagnons sont sympas, il règne une bonne atmosphère de camaraderie, je suis très libre et je peux m'absenter si j'ai une course à faire. En ce moment il y a beaucoup de travail, il faut finir la maquette fin octobre car le ministre de la reconstruction doit venir la voir, on va s'amuser. Question chambre, je suis toujours à l'hôtel, je me suis renseigné les chambres sont assez chères par ici 5 ou 6000 fr par mois. Au restaurant, je mange très bien et ce n'est pas tellement cher 250fr le repas vin à volonté, et il est à coté de mon travail.
Donnez-moi de vos nouvelles de St Germain. Avez-vous passé une bonne journée dimanche et j'espère vous vous entendez bien avec Jacqueline. je commence à me faire à ma nouvelle vie, je prends des habitudes, mais je ne sors pas beaucoup, où voulez-vous que j'aille tout seul. D'ailleurs le pays n'est pas très drôle. En ce moment, il pleut assez souvent, mais il fait assez chaud.
En espérant vous lire bientôt je vous quitte et vous embrasse bien affectueusement.
Henri.
Agence des Architectes, Front de Mer, Royan, Charente Maritime





lundi 29 janvier 2024

Libreville, libre à vous

 C'est toujours spectaculaire ce genre architectural, genre qu'on pourrait appeler baroque-moderne ou syndrome Brasilia. Je veux dire des gestes dans le dessin voulant affirmer une originalité et un désir d'image du bâtiment bien avant son fonctionnalisme, disons simplement son rôle.

Comme disaient les Venturi : "i am a monument."

Ce geste formaliste, tout en évidence de spectacle, on le trouve souvent dans des espaces voulant rattraper en quelque sorte trop rapidement leur retard moderne ou voulant afficher de manière trop évidente leur jeunesse, leur adhésion au Monde Moderne.
Faut que ça pète !
Alors, devant ce genre architectural souvent maladroit, trop marqué, on peut sourire assez vite en  raillant l'impression d'une architecture de bande dessinée de science-fiction, d'un caractère fictionnel évident : c'est osé.
C'est vrai que ce morceau est tout inscrit dans cette veine. On hésite entre une agence de pacotille voulant imiter un décor pour James Bond ou un Futuropolis arrogant rempli de machins tarabiscotés pour valider le Futur qui se doit de ne pas être normal et donc spectaculaire.
Quelque chose donc de surjoué dans l'étrange, faut épater le badeau ou le responsable politique qui veut que l'on se rappelle être passés là.
La vache ! C'est moderne ici !



Nous sommes donc à Libreville au Gabon devant la Tour de l'Immeuble du 2 décembre grâce à une très belle carte postale dont la photographie est de J. Trolez que nous connaissons sur ce blog pour une exceptionnelle et magnifique carte postale qui reste l'une de mes préférées de ma collection :
J. Trolez, ici, cadre un détail dont on pourrait croire, depuis ce point de vue, qu'il est le tout. On devine que c'est bien alors ce morceau qui fait l'événement architectural du bâtiment, qui en donne sa quintessence moderne.
L'effet tient de la ziggourat, de la base de fusée gràce aux empennages, du détail d'une pièce mécanique d'un presse-agrume électrique. Ce qui fait exotique c'est bien entendu, ici, le champ coloré avec un dégradé de Terre de Sienne un peu trop rose pour être honnête. On passera sur le contraste entre les huisseries des fenêtres avec effet miroir (trop top !) et la maigreur des morceaux de béton, minces comme des découpes de balsa d'une maquette promotionnelle.
Sur cette carte postale, l'architecte est nommé : GAU. Je ne trouve rien de très clair sur cet architecte ou sur ce qui ressemble plus à une agence. On trouve bien une agence GAU à Montpellier mais j'ai du mal à croire en un lien entre cette production et celle de cette agence. Qui aurait un éclaircissement à faire ?


Sur cette autre carte postale, toujours de J. Trolez, on recule un peu pour mieux comprendre le bâtiment et comprendre sa forme globale. On devine aussi le travail de couleur ainsi qu' une sorte de soucoupe volante venant se poser derrière la tour. Difficile donc de comprendre cet ensemble qui semble pourtant conséquent. La vue satellitaire est plus utile. Malheureusement, nous ne pouvons pas depuis Google Map en faire le tour.
Doit-on donc s'amuser, se moquer de ce type d'architecture ? Ne doit-on pas justement en aimer la presque naïveté moderne, le surjeu plastique, la volonté d'existence comme une cagole trop maquillée ?
Car si on aime les projections en carton de l'artiste Bodys Isek Kingelez, espace de jeu et de rêves, il est plus difficile de comprendre le besoin d'inscrire ce genre de décor dans le réel et donc dans l'usage. Peut-être que la volonté de surtout faire image sera ce qui peut sauver ce genre. Il y a, en tout cas, pour moi, très peu de chance pour que j'aie à éprouver mes yeux face à face avec cette architecture. Alors, derrière sa photographie, je peux bien vivre mon rêve et mes projections comme je veux. Libre à vous d'en faire de même ou de faire le voyage !
Et qui aurait les archives de Monsieur Trolez ?
Pour revoir un autre exemple en Afrique de ce type un peu (beaucoup) raté : https://archipostalecarte.blogspot.com/2020/11/le-cas-cacoub.html