dimanche 19 avril 2015

Cathédrale pour l'an 2000

Alors que j'épluche les revues achetées par mon frère Christophe ce matin même, je tombe sur cet article dans un numéro de Echo de la Mode de 1966.
On notera tout d'abord que cette revue de mode populaire n'a pas peur d'affronter l'architecture contemporaine et de faire débat au milieu des tricots, des patrons pour les robes et des recettes de cuisine. On s'étonnera ensuite de voir l'église de Royan en aussi bonne place, église ici nommée Cathédrale alors même qu'elle n'en a pas le titre. C'est une erreur fréquente qui est le signe de sa majesté sans doute et de son ambition aussi.
L'article ensuite déroule les arguments typiques de l'époque, la poussée démographique, la nécessité de construire des lieux de culte, le désir moderne face à l'image traditionnelle de l'église. On reconnaît là bien tout ce qui a fabriqué cet élan, ne voulant ni tomber dans des fastes et des gestes gratuits ni renoncer à son époque voyant dans la modernité, la continuité des recherches du gothique. Toujours offrir à Dieu et ses cérémonies un objet digne, beau mais pas non plus trop grandiloquent qui ne servirait que les égos des architectes et des politiques. La France a réussi pour une grande part ce pari, nous donnant des œuvres d'Art Sacré d'une très grande exigence et originalité qui fondent un patrimoine aujourd'hui, en partie reconnu.
On notera que l'auteur Francis Mainville cite de nombreuses fois Le Corbusier et pour trois de ses églises : Firminy, Ronchamp et Eveux ! On notera aussi, et c'est plus étonnant, que la chapelle de St Rouin est également citée en exemple. On aimera tout particulièrement que comme image d'un chantier on retrouve la très belle église St Jean de Grenoble qui fut pourtant... un échec du point de vue de sa structure ! 
On lit donc un article très sérieux, ne prenant pas un parti trop radical, laissant sa chance à la modernité, aimant cet élan de Vatican II. On se réjouit que Royan soit en si bonne place, sans doute par ce qu'elle résume à elle seul les trois points d'un triangle : haute technicité comparable au gothique, économie de construction par un procédé venant de l'industrie et de l'ingénierie, dessin élancé reprenant finalement une "habitude" du type.
Bref, ce qu'on appelle un chef-d'œuvre...
Je n'arrive à rien trouver de bien intéressant sur l'auteur de l'article Francis Mainville. Une piste ?

Je finis en remerciant mon frère Christophe qui sait, lui, qu'il n'y a pas que dans les revues d'architecture qu'on parle d'architecture surtout pendant les Trente Glorieuses... Alors qu'aujourd'hui...




















samedi 18 avril 2015

Le Surmâle Dubuisson



Une barre.
Devant, une tour, un peu ramassée.
Tout est quadrillé, brillant, implacable.
D'une grande beauté.
La carte postale Iris pour La Cigogne nous montre la Résidence Cormontaigne de Thionville. Elle oublie de nous nommer l'architecte : Jean Dubuisson.
L'ensemble n'est pas du logement social familial mais est réservé aux hommes célibataires.
Charge érotique parfaite : parallélépipèdes bourrés de mâles.
Sans doute que c'est là, à la fois ce qui me séduit, m'effraye et accentue mon désir d'une telle architecture. Énorme machine célibataire, structure, tuyauterie récoltant les effluves.
Pourtant, comme vous pourrez le lire dans l'article de l'Architecture d'Aujourd'hui de 1965, cela semble poser un problème une telle concentration du point de vue...sociologique. L'auteur de l'article ayant peur d'un effet de caserne et reproche une certaine froideur à l'ensemble.
J'y vois l'expression d'une virilité assumée, pleine, troublante.
Au risque même, d'en oublier, non pas ceux qui vivent là, mais la raison profonde de leur regroupement.
Le cas de la Résidence de Cormontaigne déborde donc pour moi son image, son sens, son programme. Elle est une image dont j'associe librement la puissance du dessin, sa rigueur, son érection sans fard à d'autres qualités qui n'ont rien de très juste à la simple réponse programmatique.
Ne rien en retrancher, ne rien retenir.
Aimer ici les possibles, les chances de rencontres, les secrets, les circulations. Surtout les rêver, les rêver, encore, encore, encore, encore...

Les photographies de L'architecture d'Aujourd'hui sont de G. Martin.





















































jeudi 16 avril 2015

Charles Bueb publié, Ronchamp révélé, Le Corbusier regardé



L'aventure de la découverte du travail de Charles Bueb prend enfin la forme définitive du livre édité par les éditions Facteur Humain.
Depuis hier, le livre est disponible et une exposition des photographies de Charles Bueb est visible à la Librairie Volume.
Il est rare dans une vie d'amateur d'images de pouvoir ainsi depuis une carte postale voir se concrétiser une histoire et aussi surtout l'invention du travail d'un photographe. Je ne remercierai jamais assez internet de m'avoir mis en relation avec les filles de Charles Bueb puis d'avoir pu les rencontrer en février 2013. L'histoire, vous la connaissez, c'est celle de ma découverte d'un fonds photographique inédit à partir de la publication sur ce blog en 2012 d'une carte postale que je ne résiste pas à vous donner une fois encore...


La carte postale devient donc bien un objet de transition, de passage ayant permis à de grands photographes reconnus comme Doisneau ou Lucien Hervé, ou d'autres plus modestes comme Charles Bueb de diffuser leurs images de l'architecture.
J'essaie dans le texte publié dans ce livre de mettre en relation cette question avec celle du placage insolent de deux mythologies entre elles : la DS Citroën et la Chapelle de Le Corbusier. Je ne me paraphraserai donc pas ici, vous laissant tout le loisir de lire le texte et donc... d'acheter le livre.
Il faut remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce livre en souscrivant à sa publication avant même son édition. Merci.

Il faut aussi remercier Claude Parent auquel nous avons demandé une préface et qui nous a fait l'honneur de nous l'écrire. Préface dans laquelle il chante Ronchamp et sa découverte. C'est un superbe texte. Jean-François Mathey y fait également un très beau texte sur la genèse de la Chapelle.

Je remercie aussi vivement Claude Lothier qui a surveillé mon écriture, repris mon texte et celui de Monsieur Parent et corrigé nos fautes. Il est le meilleur lecteur de ce livre et de ce blog.

Un grand merci également à la famille Bueb qui nous a reçu si promptement et si gentiment lors de notre visite initiale avec Nicolas Hérisson (Merci Emmanuelle !) et qui a su toujours avoir confiance dans le projet et dans le regard que nous avons porté sur les photographies de Monsieur Bueb.

Mais ce livre est aussi un projet éditorial développé avec énergie, passion et patience par Julien Donada, vidéaste et cinéaste (que les lecteurs de ce blog connaissent bien) et Grégoire Romefort qui a réalisé pour ce livre l'important travail graphique. Le livre est très beau, ne souffre d'aucun défaut éditorial dans sa mise en page, le choix des papiers, sa composition et l'impression. C'est de la belle ouvrage. Bravo et merci à tous les deux et donc aux éditions Facteur Humain pour ce travail éditorial sérieux.

Il est indéniable que ce nouveau regard photographique sur l'œuvre de Le Corbusier est un événement éditorial sur l'histoire de cette construction mais aussi sur son mode de représentation dont il faudra évaluer encore la portée face aux oeuvres de Lucien Hervé par exemple.

On peut donc aimer les cartes postales, sans peur. Elles cachent certainement encore des trésors.

On peut se rendre à la Librairie Volume jusqu'au 16 mai pour voir une exposition de quelques beaux clichés Vintage qui plairont aux Aficionados de Le Corbusier et qui sont en vente. On peut également acheter de très beaux tirages récents et restaurés par les éditeurs.

Ronchamp, Charles Bueb, Le Corbusier
Claude Parent, Jean-François Mathey, David Liaudet.
éditions Facteur Humain
Julien Donada, Grégoire Romefort
ISBN-978-2-9600513-7-7
29 euros. Merci d'acheter votre livre chez un libraire indépendant.
Librairie Volumes
47, rue Notre-Dame de Nazareth
Paris
www.librairievolume.fr

Précédents articles concernant Charles Bueb :
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/03/extremement-fort-et-incroyablement-pres.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/09/le-corbusier-par-charles-bueb-un-livre.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/06/une-quinzaine-vraiment-radieuse.html

Votre serviteur et Nicolas Hérisson lors de la première prise de contact (sans jeu de mot !) avec les planches et négatifs de Charles Bueb et sa famille : février 2013.

 

Voici comment nous apparurent les planches, parfaitement rangées et annotées. J'ai remarqué alors que malheureusement, le négatif ayant servi à faire la carte postale de sa fille avait disparu. Mais aussi, que vu le format carré des clichés, il s'agissait d'un recadrage.




















Quelques images du livre juste pour vous donner envie de le lire et de l'acheter !






mardi 14 avril 2015

Laxou, emplacement de la Croix

Il y a toujours une sorte de jubilation étrange à la vue des cartes postales de maquettes d'architecture. Une sorte de mystère sur leur fonction et sur la forme si ce n'est utopique au moins espérée d'une réalisation possible.
À rebours, la carte postale de maquette semble indépendante, libre de sa réalisation, objet autonome offrant une esthétique fictionnelle et narrative. On n'est jamais certain du passage à l'acte...
Nous avons suivi avec beaucoup de bonheur cette histoire des maquettes avec Royan par exemple, ici je vous propose de voir Laxou :


Si je ne vous avais pas donné la localisation, vous auriez bien pu placer ce projet dans un nombre incalculable de lieux tant le type de représentation et le dessin urbain et architectural sont à l'identique de nombreux grands ensembles. On pourrait presque parler d'archétype.
Des barres, des tours, des espaces verts avec leurs chemins tout tracés, les services à leur place, un certain ordre certainement d'ailleurs bien étudié pour la circulation de l'air, de la lumière et... des automobiles, tout cela forme donc un projet de cité : la Cité des Provinces à Laxou. On peut aussi y lire une très grande clarté du plan, un espace très ouvert, un ordonnancement laissant les ombres tourner sans se croiser, un sens de la vue dégagée et de l'horizon dessiné. 
Mais ce qui me séduit aussi, c'est comment la maquette flotte entre deux nappes de gris, un foncé et un clair, comment tout cela est indépendant du reste de la ville, comment tout cela se suffit à lui-même, net, propre, comme une île triangulaire que rien ne semble rattacher au monde : une autonomie.
Quelle était donc la fonction éditoriale d'une telle carte postale ?
Retournons-la.
Au dos figurent de nombreuses informations comme le lieu, Paroisse Saint Paul, Cité des Provinces, Laxou. On y trouve aussi le nom de la Société d'H.L.M de l'Est et le nom de l'architecte : M. Pierre Mazerand. Puis figure une petite notation : À l'emplacement de la Croix, notre future église.


Nous y sommes.
Il s'agit bien là encore d'une carte postale de souscription certainement éditée pour récolter des fonds ou au moins informer du futur de la Paroisse. On voit bien, en effet, sur un terrain dégagé, une croix posée sur le plan.
L'église de la Cité des Provinces si vous êtes des fidèles de ce blog, vous la connaissez déjà. Nous en avons vu une maquette et une vue de l'intérieur en... 2009 déjà !
Mais en voici une carte postale encore inédite sur ce blog :


La carte postale La Cigogne nous montre un superbe bâtiment tout en triangles, dynamique, pointu, presque mouvant, en tout cas audacieux dans ses formes et contrastant fortement avec les logements. On aimera aussi tout particulièrement le dessin du fronton de béton gris sculpté de bas-reliefs. Monsieur Mazerand a fait là un superbe geste, pour une église d'un grand ensemble et c'est bien dommage que nous n'ayons pas d'autres informations sur cet architecte. Il faut faire de l'église Saint-Paul, un événement urbain, presque une sculpture qui donnera au quartier une sorte de signe puissant et clair : un repère.


Au dos de la carte postale, on trouve bien le nom de Pierre Mazerand comme architecte mais aussi celui de J. Guerrey.
Comme je sais que vous aimez bien les beaux intérieurs d'églises photographiés avec modestie par des photographes n'ayant d'autre principe que celui d'un regard partagé et ne se prenant pas pour des inventeurs que sont, eux, vraiment, les photographes de cartes postales, je vous redonne à voir la carte postale La Cigogne :


Toujours et encore, admirons l'incroyable structure métallique, son superbe dessin qui laisse des ouvertures pour la lumière. Comment devant ce réseau de lignes, cette toile d'araignée légère, ne pas être admiratif du travail d'architectes trop peu connus et d'un photographe qui reste anonyme.
Sachons les remercier.


lundi 13 avril 2015

Pisicines Tournesol, construire un inventaire

Et poursuivons notre recherche systématique de la représentation des piscines Tournesol en cartes postales commencée il y a plusieurs années maintenant ! Le bouquet commence à être bien garni et j'arrive presque à recomposer la partie du fonds de ma collection vendue au F.R.A.C Haute Normandie.
Aujourd'hui quatre nouvelles venues qui proposent un panel de visions à la fois bien différentes et similaires d'un objet architectural édité en plusieurs exemplaires. Cela démontre que la représentation par les photographes de cartes postales tout en étant saisie par des obligations structurelles de l'architecture, exercent bien leur œil sur ces objets cherchant des particularités dans les lieux où ils se posent. Il est évident aussi que le photographe n'a sans doute pas sous les yeux l'ensemble des cartes postales éditées sur les piscines Tournesol pour cadrer de manière originale celle dont il tire le portrait mais, saisi par la nécessité de donner à voir, d'offrir une image, il compose avec l'espace et aussi avec les autorisations de faire un cliché à l'intérieur ou à l'extérieur. Cela est difficile à mesurer et à savoir, seule sans doute, la distance réelle avec la piscine, la présence d'une animation humaine, peuvent affirmer la consistance de cette autorisation. On remarque aussi que pour ces quatre nouvelles prises de vue et piscines, elles sont toutes ouvertes et toutes blanches avec intérieur orange...
On regarde ?


Cette première piscine Tournesol est à Mazingarbe et nous vient d'une édition de l'Europe. Non datée, sans nom de photographe, elle nous montre pourtant une belle composition puisque le photographe choisit l'intégration au milieu des arbres agissant comme des piliers formidables et s'opposant à la fragilité de la piscine ouverte. Manière aussi, de nous dire que la piscine est perdue dans la nature. On remarque que celle-ci est vide de baigneur. L'architecte Bernard Schoeller n'est pas nommé.


Tout ce qui vient de l'amitié a du prix c'est ce qui est écrit au dos de la carte postale Combier nous montrant cette fois la piscine Tournesol de Chauvigny qui, si on en croit la plantation de la haie est toute neuve ! La barrière visuelle qui protégera les baigneurs des voyeurs est encore peu efficace. Cette fois, l'architecte est nommé et la carte fut expédiée en 1987 certainement très tard après sa fabrication, ce qui laisse à penser sa présence longue sur les tourniquets du marchand de journaux de Chauvigny. Cette carte permet aussi de bien saisir que le programme de la piscine comprend bien le bassin et sa soucoupe volante mais aussi toujours un immense terre-plein permettant de faire une sorte de plage lorsque la piscine est ouverte.


Tout ce qui vient de l'amitié a un prix, non je ne me répète pas mais c'est aussi à l'exact ce qui est écrit au dos de cette autre carte postale ! Il faut croire que la carte postale de piscine Tournesol est parfaite pour les concours de magazine télé ! Ici l'animation est grande dans cette carte postale multi-vues de Trelaze expédiée vous vous en doutez en 1987 ! Louis Jannin l'éditeur est sans doute aussi le photographe et il a eu l'autorisation de venir photographier les enfants présents. 


Certainement, vu l'hétérogénéité de leur âge, il s'agit d'une école ou d'un centre aéré en visite. On est regardé par les enfants ce qui prouve une présence du photographe affirmée et visible qui sans doute, a rangé un peu les enfants en ligne. Émouvante génération des piscines Tournesol !


Bien plus vide, la piscine Tournesol de Privas en Vivarais est représentée depuis son intérieur par les éditions Cellard qui ne nomment ni son photographe, ni l'architecte. La carte fut expédiée en 1979 par Christine qui va à la piscine tout les matins si on en croit la correspondance... Chanceuse Christine !
Le cliché est superbe et permet de lire parfaitement la structure et le mode constructif de la piscine. Quelle belle image d'architecture ! On jalousera les deux seuls nageurs qui ont le bassin pour eux deux. Ce vide, là aussi pourrait être de circonstance ou attendu pour n'avoir justement aucune présence difficile à gérer par le photographe. Difficile de déterminer ce choix.
Je le redis mais aucun objet architectural du fait même de sa très grande présence sur notre territoire n'a eu droit à une aussi grande présence éditoriale en cartes postales. Cela nous donne à voir son usage, sa beauté, son rapport au paysage et comment une architecture moderne peut bien, partout, jouer avec son environnement. Cela nous permet aussi, malheureusement, une fois encore, l'objet n'étant pas rare, de croire que les piscines Tournesol sont menacées car paradoxalement trop généralisées. Il est temps de protéger définitivement cette production.
Pour visiter l'inventaire, allez ici :
ou allez ici :