lundi 16 avril 2018

Andrault et Parat ne mégotent pas

Je crois que nous reconnaissons tous, au premier coup d'œil, ce qu'est une carte postale. Il est donc impossible qu'en voyant cet objet nous n'y pensions pas :

 Les arbres ont grandi :


Pourtant, malgré son ciel bleu, la franchise de son cadre, il ne s'agit pas d'une carte postale mais d'un cendrier publicitaire qui semble avoir été réalisé avec un cliché d'un éditeur de cartes postales. Je n'ai, pour l'instant, jamais croisé cette carte postale.
Ce qui est réjouissant c'est bien de voir comment l'architecture contemporaine a pu être diffusée sur des objets publicitaires dont le rôle est moins de diffuser la modernité de l'architecture que la réalité de la puissance commerciale des commanditaires, heureux de pouvoir faire des cadeaux à leurs clients.
Le cendrier étant encore à l'époque le signe d'une convivialité tabagique digne des grandes réunions de travail desdits banquiers. Le client repartant avec son cendrier dans la poche après la signature de son crédit l'engageant pour 25 ans devait être heureux d'autant de délicatesse.
Merci Claude Lothier pour ce cadeau.
Mais voilà, le Crédit Agricole du Loiret situé à Saint Jean-de-Bray n'est pas n'importe quoi. Il est l'œuvre de Messieurs Andrault et Parat que nous aimons beaucoup sur ce blog. On trouve facilement dans l'ouvrage* sur les deux architectes un article et quelques images. On notera que le style de l'agence est si typé que la pagination s'amuse à associer le projet de Saint Jean-de-Bray et d'Auxerre sans que l'œil ne puisse s'en étonner.









































Le vocabulaire formel reste celui que nous aimons : massivité et clarté des volumes, opposition des matériaux de structure et de remplissage, jeux très subtil du rez-de-chaussée particulièrement travaillé comme un paysage à arpenter avant de pouvoir entrer dans la construction. On y retrouve B. et Y. Alleaume, paysagistes et sculpteurs en passe de devenir de véritables icônes de cette période. La brique terrienne vient en effet, dans des volumes en vagues, parfois aux jointures brutes, redonner une présence primitive mais délicate, comme soulevée du sol, à cette architecture.
Mais le cendrier a besoin d'une table.
Aux Emmaüs, je tombe sur celle-ci :





Mon sang ne fait qu'un tour. L'usage populaire des cartes postales comme plateau de table m'amuse beaucoup. On note comment la ou le créateur de ce morceau de bravoure a réussi à garder sous ses yeux les souvenirs des voyages effectués ou racontés.
La table aux souvenirs est émouvante, touchante. Trop peu d'architectures modernes ou contemporaine pour que je m'encombre de sa présence. La photographie sur place me suffit. Aujourd'hui on aimante les cartes postales sur les portes des frigos. Je rêve à l'œil glissant de détail en détail, de souvenir en souvenir, de pensées perdues en retour au réel pendant les repas amusés par les images. Il ne manque qu'un cendrier dans lequel le mégot rougeoyant viendra s'écraser, brûlant un peu, beaucoup le plastique faisant sur la belle architecture de Andrault et Parat des traces boursouflées.

*Andrault Parat, Architectures
Cercle d'art
ouvrage collectif, 1991
les photographies de l'article sont de A. Martin.

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