samedi 20 janvier 2018

Le Corbusier au salon

On aura tout vu.
Tout.
Il faut donc être encore et toujours à l'affût et ne pas croire que nous tenons une bonne fois pour toutes l'inventaire des cartes postales sur l'architecture de Le Corbusier mais espérer encore qu'une nouvelle image viendra raconter un morceau, un moment de son histoire.


Il n'y a pas si longtemps que cela, je ne pensais pas que je trouverais une carte postale de l'intérieur de la Fondation Suisse, surtout une carte postale éditée à une date aussi proche de sa construction.
Grâce à L. Fréon éditeur à Neuilly-sur-Seine, nous pouvons donc voir comment était meublé le salon de la Fondation Suisse de le Corbusier en 1938 car la carte fut expédiée cette année là. Il n'est pas impossible que la prise de vue soit plus ancienne.
Que voit-on ?
D'abord que la grande baie est brûlée par la lumière d'un temps de pose photographique un peu long et devient presque un aplat blanc ne laissant rien percevoir du dehors. Ensuite un lampadaire tulipe au beau milieu de la pièce vient couper la photographie par sa verticale et permet aussi de lire la hauteur toute relative du plafond. Qui a dessiné ce lampadaire au pied massif ? L'espace central de ce salon est laissé libre et toutes les pièces de mobilier sont rejetées en périphérie, les tapis sous les tables de jeu donnant les limites des zones de convivialité, comme des îles posées sur une mer plate. On remarque de suite les fauteuils Thonet en bois courbé en grand nombre ainsi qu'un type de sièges dont je n'arrive pas à retrouver l'origine. Dossier pivotant sur un axe, accoudoirs en sangle, pieds massifs, tout cela nous fait penser à Perriand mais je ne trouve aucun modèle vraiment convaincant. On remarquera aussi à gauche comment les rangements et les étagères courent le long du mur laissant apparaître les ouvrages où, tout près de la grande baie, des cadres et des objets sont logés dans une niche à hauteur de l'œil d'une personne assise.
Enfin, à droite, visible seulement par le dessus de son plateau en marbre, on voit la table entrer dans l'image. On notera aussi l'absence totale d'étudiant(e)s sur cette photographie comme si en animer l'espace n'aurait pas permis d'en lire les qualités. Sur la gauche une pancarte couverte d'écritures reste difficile à lire. Pouvait-on y lire le règlement intérieur et les usages collectifs du lieu, les noms des résidents ou des responsables des lieux ? L'agrandissement nous révèle qu'il s'agit de la liste des principaux donateurs. L'impression générale est celle d'un vide éclaboussé de lumière où l'espace est contemplatif et dont le totem de la lumière serait le lampadaire ! Tout cela semble un rien artificiel, arrangé, rangé même. Le peu de netteté de ce type d'impression ne permettra pas de pénétrer davantage dans les détails, de traverser les usages possibles et les anecdotes des petits riens du quotidien. Ici la vision du confort est celle d'un espace libéré, vidé dont seuls les tapis semblent vouloir faire signe d'une convivialité chaleureuse. On remarque que les fauteuils Thonet sont toujours autour des petites tables de jeux, réunis par trois. Aucun des fauteuils confortables n'est tourné vers l'extérieur, vers la baie pourtant généreusement ouverte sur le monde.
On imagine pourtant bien l'étudiant logé ici dans la modernité affirmée, heureux de communiquer à la famille par cette photographie le lieu de sa villégiature parisienne. Une tranquillité simple, rigoureuse, presque diététique dont la seule orgie est de lumière. La distraction aux études étant non plus dans le décor, dans le rappel folklorique d'un pays laissé derrière soi mais dans la convivialité transparente et utile du partage d'un espace bien proportionné.
J'attends le moment où tombera dans mes mains une carte postale d'une des chambres.

Pour voir ou revoir les autres publications sur la Fondation Suisse, allez ici :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=fondation+suisse
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/cite-universitaire.html







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