dimanche 9 juillet 2017

Faire l'amour chez Corbu

Faire l'amour.
Enfin, surtout offrir l'espace et la lumière pour.
Sans doute que mon obsession ici prend le pas sur la réalité des faits. Un grand lit double, imposant, presque surdimensionné dans son espace, dont le pied du lit touche presque le mur, reste tranquille en attendant la nuit, le coucher, le sommeil des parents.


Cette carte postale des éditions Gaby pour Artaud en photographie véritable nous montre la chambre d'un appartement de Type S de la Maison (Cité) Radieuse de Rezé. C'est l'éditeur de la carte postale qui le précise. La lumière est violente, brûle le paysage au dehors et vient éclairer peu de choses finalement : un grand lit avec son couvre-lit aux motifs si 50, une chaise que j'avais prise pour une lampe, une commode très sobre presque invisible dans le contre-jour.





















Pour le reste, il n'y a que de l'architecture. Le mur de gauche à la matière étrange ne possède aucun décor, aucun tableau, aucun objet décoratif, le mur de droite au placage de bois offre une niche vide. Le rideau, seule coquetterie, reprend le tissu du couvre-lit. On hésite entre une ambiance monacale, une chambre de décor faite pour la visite, un couple peu enclin au décor pour son sommeil et toutes les autres choses du lit, la maladie, l'amour, la lecture du soir. Le lit lui-même ne laisse que peu de place à un délire moderniste même s'il est assez bien dessiné, sans effort.
Je crois que ce lit n'a malheureusement pas beaucoup vécu, à part dans l'imaginaire des visiteurs, son rôle si important et si intime. Il n'est que projections pour les visiteurs d'un appartement-témoin ou pour celui qui écrit cet article.
Baiser chez Corbu, est-ce comme ailleurs ?
Sans doute. Mieux peut-être. Pouvoir en même temps, par l'arrivée de la lumière, le faire en étant associé au déplacement du soleil, dans l'intimité, les enfants partis jouer sur la terrasse.
Je ne sais pas. Aujourd'hui on dit suite parentale comme si l'appartement, la maison devaient prendre les plis et le vocabulaire des hôtels et des palaces. Chambre c'est trop triste comme appellation, trop restreint. Les parents ont besoin d'une suite et les enfants d'un coin.
Pourrait-on connaître la vie intime des architectes à la lumière des espaces qu'ils ou elles offrent aux ébats amoureux ? L'éloignement de la chambre, sa volumétrie, sa liaison avec les autres espaces, les ouvertures et surtout aussi son isolation phonique... Mais, me direz-vous, après tout, la chambre n'est pas obligatoire pour cette fonction importante. On peut aussi bien la pratiquer ici :



Toujours par Artaud pour Gaby, (non ce n'est pas le nom du couple), voici la cuisine du même appartement. Nous en avions un peu déjà parlé ici. La table est sans doute de Charlotte Perriand. Table solide, puissante et un rien joueuse avec son plateau asymétrique. Ludique. Peut-on rêver aussi à un érotisme du passe-plat ?
Le vide de cette salle de séjour et de ce coin cuisine comme le nomme l'éditeur dit bien que l'image est celle d'un appartement de visite. La photographie tente de raconter l'habitabilité du lieu, d'offrir les articulations entre les espaces, alors que le coin cuisine dit bien, à lui seul, que cette cuisine est petite, réduite à peu de choses mais aux choses essentielles. Petit voulant suggérer pratique voire rationnel. Le nombre de chaises raconte la famille : 6 personnes, enfin... 6 places. C'est beaucoup. Un fauteuil est même caché derrière, c'est lui qui autorise le terme salle de séjour.
Je ne sais pas pourquoi mais mon œil est attiré par le crépis du plafond, ciel bas jouant avec la tempête de la croûte sur le mur, souvenir des côtes bretonnes acheté l'année dernière à Brest. Enfin, je m'autorise à le rêver.
Qui vit là aujourd'hui ? Quand a-t-on redescendu la table et les chaises pour offrir enfin cet appartement-témoin à de vrais habitants ? Qui a récupéré le tableau et le matelas ? Que devient l'écho des pas de tous les visiteurs dans cet appartement enfin rendu à sa fonction ? La Maison Radieuse de Le Corbusier offre toujours le couchage, le repas familial, la vie normale. La vie.

Pour voir ou revoir les articles sur le mobilier des Cités Radieuses, quelques liens :
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/02/le-corbusier-concret.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/10/le-corbusier-interieur.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html



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