dimanche 7 mai 2017

La cité radieuse des pompiers


"Oui, depuis ce point de vue, j'aurais la Garonne, le port, le pont et même la ville. Ça racontera bien comment Bordeaux est associée à son fleuve et comment c'est une ville industrieuse."
Cela doit être à peu près le monologue intérieur du photographe des éditions Elcé, Monsieur Chatagneau, lors de son cadrage.
A-t-il vu aussi, au loin, un peu étrangère au ton gris bleu de la ville, la belle caserne de pompiers de Bordeaux, œuvre essentielle de cette ville pour cette période ? Monsieur Chatagneau a-t-il vu que cette architecture toute de blancheur et de rougeur offre à ce front de Gironde une modernité soudaine qui tranche à l'horizon ?
Sans doute.
Mais pour nous, c'est un peu loin non ?




















Sur ce blog, nous ne pouvons qu'aimer cette caserne des Pompiers de Bordeaux car elle est un peu royannaise, comme si Royan avait visité Bordeaux et lui avait laissé, l'air de rien, un petit morceau de sa Reconstruction. En effet, cette caserne a beaucoup à voir avec Royan et notamment avec l'un de ses architectes principaux : Monsieur Ferret !
Il ne fait aucun doute, aucun, que cette caserne est une merveille, rappelant par toutes ses qualités plastiques et architecturales les Cités Radieuses de Le Corbusier. On ne peut que chanter son intelligence au programme, sa manière de faire corps avec la ville, sa modernité à la fois affirmée et même voyante (je dirais joyeuse) et l'implacable fonctionnalisme de la construction. Cette caserne est un manifeste réel à la révolution moderniste. Il faudra donc être extrêmement prudent sur son avenir et ceux qui toucheront à cette construction devront savoir en garder toutes ses particularités, toutes ses qualités sans modifier quoi que ce soit qui ne permettrait plus une lecture facile de ses fonctions premières. Il s'agira d'un exercice dangereux devant maintenir dans les formes, l'image et le nouveau programme, les idées des architectes Ferret, Salier et Courtois. On se souvient du beau travail de messieurs Salier et Courtois ici et ici.
Couleurs (rôle des stores), blancheur, ouverture sous pilotis, articulation des bâtiments et notamment de sa tour, circulations internes, tout devra être tenu, retenu, pour que le changement de programme de cette caserne ne devienne pas une altération de son histoire. Nous avons tous besoin de cette histoire.
Et comme il s'agit de pompiers, nous nous rappelons que ces corps courageux aiment à évoluer dans la clarté d'une architecture moderne car l'exercice de leur métier et de leurs missions a besoin d'une architecture claire, efficace, puissante dont Monsieur Willerval nous a déjà régalé.
Lorsqu'une construction est par deux fois publiée par la revue l'Architecture d'Aujourd'hui (1953 et 1954), il ne fait aucun doute de son importance. Cette importance devra maintenant être manipulée avec des pincettes par les architectes chargés de sa transformation. On ne monte pas un diamant sur une bague en cuivre.
Restons vigilants, nous sommes vigilants.

















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