lundi 9 septembre 2019

Tenir fermement des boules italiennes

C'est le hasard.
Rien de plus.
Si l'Italie et ses architectures spectaculaires reviennent sur ce blog, je vous l'assure, c'est le hasard.
Qu'avons-nous cette fois ?


Cette carte postale sans éditeur nous montre un beau rassemblement de boules italiennes posées à Monopoli. Il s'agit d'un complexe hôtelier, un peu comme nos villages-vacances : Torre Cintola.
On devine déjà sur cette carte postale que l'ensemble est divisé en logements groupés par quatre sous des dômes communs et que, au loin, les parties communes sont lisibles.
Aimez-vous cette lumière violette et rose qui nimbe cet ensemble ? Mon œil me fait immédiatement penser à notre bien français Beg-Meil.
On change de point de vue ?


D'un peu en hauteur, le photographe de cette carte postale veut viser aussi la mer et... le parking. La moto Guzzi (?) est-elle celle du photographe Antonio Fino ? La carte postale est imprimée en 1979 et expédiée seulement en 1987.
Si, grâce à Antonio Fino, on comprend mieux comment les boules sont installées autour d'un cercle, la carte postale ne nous permet toujours pas de savoir qui est l'architecte de cet ensemble de Torre Cintola. Je ne trouve rien sur l'Internet à part que l'ensemble vient d'être entièrement restauré. C'est souvent le cas avec l'Italie et l'Espagne, il est difficile de remonter l'histoire et de trouver les noms des architectes. Je ne sais pas pourquoi.


Pourtant, cette dernière carte postale nous permet aussi de voir que les parties communes sont, elles aussi, particulièrement bien dessinées, affichant des masses et des volumes rappelant les châteaux des bateaux de guerre. Le Brutalisme est presque lisible sous la blancheur de la Méditerranée. L'immense dôme aussi nous fait rêver à une centrale nucléaire réaménagée pour le balnéaire. C'est superbe.
Dommage donc que pour l'instant cet ensemble reste anonyme.
En tout cas, il est clair que les sphères, les boules, les dômes furent à une époque les signes d'une Modernité et d'une originalité pouvant faire un événement architectural pour passer de belles vacances. Comme si, construire en courbe était en quelque sorte une déclaration de fantaisie nécessaire à l'évasion des vacances.







jeudi 5 septembre 2019

Porn on the beach


La moumoutte passe dans tous tes plis. Le soleil au-dessus de la tête, tu regardes le rectangle vert comme si c'était un gazon artificiel.
Tu aimes bien le gazon.
Tu ne te poses pas la question de savoir pourquoi le grand lit est installé sur la plage, ni pourquoi d'ailleurs le canapé et les coussins le sont aussi.
Tu profites juste du moelleux de l'époque joyeuse.
Tu profites.
Tu jouis du design et tu te demandes souvent si les créateurs de ce mobilier pour Plastycuir ont pensé à l'usage intime de celui-ci.
Tu te rappelles cet article :
http://archipostalecarte.blogspot.com/2018/08/very-hard-design.html

Plastycuir ça sonne aussi comme Plastic Queer. Tu n'oses plus dire ton genre. Tu es troublé, troublée.
Qu'importe...
Les orteils en appui sur la plage laissent aussi la sable pénétrer les interstices. Le vent soulève tes cheveux. Ça sent trop la menthe sous les bras.
Tu sais que le lit est nommé par la société Plastycuir le lit contemporain "Emmanuelle". Tu te doutes de quelle Emmanuelle il s'agit même si celle-ci aimait mieux le rotin et le flou.
Ici, le photographe a bien réglé la netteté. On voit même la trame du velours. Peut-on faire mieux que ça en photographie ?
La pornographie serait-elle là dans un trop plein de netteté, trop plein qu'il faudrait lâcher ?
Mais qui a tenu le manche du râteau sur cette plage ? Qui a ainsi ratissé le sol avec le soin du Ryoan-Ji ? Et dans le champ de fleurs du Salon "Régine" qui a cueilli ces fleurs ?


Régine, la Reine du Disco à la française, whisky tiède pour petits patrons de Province, savait-elle que ce salon portait son nom ? As-tu prononcé son nom pour tomber dans son imaginaire ?
Salon Régine... Comme pour un salon de coiffure à Argentan, Laval, Le Puy-en-Velay.
Le charme usé d'un intérieur d'Opel Commodore d'occasion.


Dans les coussins de la "Ligne Armoric" tu te prends pour un hippie chic, pour une architecte de Superstudio. Tu croies que la nature doit recevoir le meuble à ciel ouvert. L'esprit du lieu c'est d'abord, n'est-ce pas,  comme un campement technologique. La nudité contre le nylon, la main dans les plis, l'avenir radieux d'un poste à transistor bouffant des piles en hurlant Turn, Turn, Turn de The Byrds. Mais a-t-on besoin d'architecture quand on baise à l'air libre, le ciel comme plafond, le sable comme moquette ?
Finalement entre Hippie chic et Porno chic, il y a bien chic en commun et quelques corps alanguis.
Tu te rhabilleras devant le hayon ouvert de la voiture, sur le parking, sans honte, sans te presser. On est en 1975 après tout. Du sable tombera sous la pédale de frein. Tu laisseras alors derrière toi le mobilier de Plastycuir.
La mer a monté. Ton désir est retombé. On appelle cela le ressac.

Trois cartes postales éditées par la société Plastycuir de St Herblain, éditions du Gabier par Artaud. Pas de date.

mardi 3 septembre 2019

Hôtel La Serra pura Bellazza

Dans l'immense univers des découvertes à faire, j'avoue que cette-ci me laisse bouche bée :


Oui.
Avouez que ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur un tel monstre superbe et pour une fois il ne sera pas de béton mais bien plus de métal.
D'abord on met un moment à comprendre ce que l'on regarde. Un vaisseau spatial ? Un portique de chantier ? Un engin qui glisse sur des rails ? Un château de cargo ?
Tout tient, en quelque sorte dans le porte-à-faux du bâtiment.
Ce qui est bien avec cette carte postale italienne c'est qu'elle nous dit tout de suite de quoi il retourne et dans une typo superbe en plus : Residenziale Hotel La Serra à Ivrea.
Une résidence hôtelière donc, offrant à des belles capsules le confort d'appartements avec le service d'un hôtel.
Et si cette carte postale sans éditeur nous laisse à l'extérieur, on trouve vite dans le lot deux autres cartes postales en multi-vues qui nous permettent de voir l'intérieur et ses agencements géniaux !
Quel incroyable lieu !



L'agencement des cellules d'habitation semble génial et d'une très grande originalité avec deux niveaux. On note aussi la piscine, la salle de réunion ou de concert et on a vite envie d'organiser un séminaire pour avoir l'occasion de profiter de cette résidence.
Mais comment se fait-il que ce genre de bestiole spéciale ne soit pas plus connue chez nous ?
On trouve heureusement sur ce site une belle page sur ce bâtiment, page qui nous indique les architectes :  Cappai e Mainardis.
J'aimerais bien y dormir, y manger en ne sortant jamais de son confort, profitant presque comme un moine de l'ensemble des services de la résidence sans avoir besoin de faire un tour à l'extérieur.
Tout est là, après tout. La vue satellite nous permet aussi de comprendre le contraste qu'offre ce vaisseau spatial dans le tissu de la ville d'Ivrea. Mais l'état général nous laisse craindre un avenir peu radieux à ce bel exemple d'architecture italienne...
Qui sait ?












































































Vous remarquez le petit changement sur ces deux clichés de la piscine ? Vous remarquez que l'on pouvait au bord du bassin, fumer des Marlboro ?



dimanche 1 septembre 2019

Croix-Gammée-sur-Plage

Deux Allemagne.
Deux périodes.
Deux Berlin.
Les deux en noir et blanc.


Dans la géométrie franche, des corps heureux de prendre le soleil sous le regard de l'Ours de Berlin. Nous sommes à la plage, celle du lac de Berlin : Strandbad Wannsee.
L'ambiance de cette image a fait mon intérêt puis le punctum discret mais réel est monté : une croix gammée dans le ciel.
Les hommes presque tous en maillot de bain (combinaisons) se prélassent ou s'agitent dans les escaliers des cabines de cette construction moderne que nous devons aux architectes Martin Wagner et Richard Ermisch. Il semble que cette construction soit maintenant protégée. Elle date de 1929-30 donc avant l'arrivée des nazis au pouvoir.
Nous sommes dans un modernisme franc, celui de la Nouvelle Objectivité.
Bien entendu, ce punctum, cité plus haut apporte son lot d'âpreté. Le correspondant date sa carte postale du 17 août 1943, elle fut envoyée vers... la France...
Guy nous raconte qu'il est à Berlin par hasard et qu'il fait là une promenade en camion...
Berlin en 43. Que faisait-il là par hasard ?
La carte postale est une édition W. Meyerheil de Berlin. La carte fut expédiée sous enveloppe sans doute.
Dans le même paquet de cartes postale sur le vide-grenier, cette autre vue de l'Allemagne :


Cette image vide de gens est superbe. J'en ai aimé de suite l'agencement des volumes, la composition. Le photographe a attendu presque le midi sans ombre pour déclencher. Il s'agit cette fois, toujours pour des corps en exercice, du Walter Ulbritch Stadion.
Il n'existe plus, il était situé à Berlin, en RDA. Il fut détruit. Alors qu'il fut construit après-guerre quelque chose dans cette image fait bien entendu penser à une architecture d'avant-guerre. Cela tient sans doute à la forme très pure de la petite tour blanche.
C'est aussi, sans doute que Selman Selmanagic, l'un des deux architectes de ce stade fut diplômé du Bauhaus en 1932. L'autre architecte est Reinhard Lingner.
La carte postale fut expédiée en 1951 vers la France aussi.

Que conclure de la proximité de ces deux Allemagne dans une boîte à chaussures en France ?
Rien.
Si ce n'est que la beauté se fiche des drapeaux et que, l'ami qui est loin, l'est un peu moins quand une photographie d'architecture traverse la guerre ou un rideau de fer.

vendredi 30 août 2019

L'Abbé Pierre et sa boule à zéro

Rien, rien ne m'amuse autant que la description de la coiffure de l'Abbé Pierre par Roland Barthes dans Mythologies. Rien.
Mettre à ce point tous les signes sur la table, démonter avec facétie les accessoires de la représentation reste une jubilation.
Mais l'Abbé Pierre est aussi un déclencheur architectural car il a émis un désir nécessaire : le logement digne pour tous.
Tous les lecteurs de ce blog connaissent la Maison dessinée par Jean Prouvé pour l'Abbé. Elle était tellement chouette cette maison que, bien entendu, elle tomba dans le vide de l'utopie.

Alors, comme pour la coiffure de l'Abbé Pierre, au lieu de devenir une réponse, cette maison expérimentale est devenue une icône, une sorte de must, presque un martyr de la Modernité.
Dans les milliers de cartes postales que j'ai regardées dans ma vie, il m'arrive encore de faire des découvertes, d'apprendre. C'est d'ailleurs ce que j'aime le plus : apprendre.
C'est pour cela que je fais ce blog, pour partager avec vous ce plaisir que certains prennent pour un supermarché des images, sans même passer à la caisse.
Alors, je suis à peu près certain de trouver un jour une carte postale de la Maison de Jean Prouvé pour l'Abbé Pierre mais en attendant je vous propose cette découverte :

















Cette boule bleue nous est proposée par son éditeur anonyme comme : Chantier européen "Abbé Pierre" du Foyer N.D des Sans-Abri 3 rue Dumoulin, Lyon. Construction d'une Maison Coupole sur coffrage pneumatique. 
C'est à la fois une information complète mais qui laisse sur sa faim !
On comprend qu'il s'agit sans aucun doute d'une expérimentation afin de vérifier ou même d'adouber un mode de construction pour fournir rapidement et de manière économique des logements aux sans-abri.
Sur l'internet, je trouve un document PDF nous montrant une photographie d'une des maisons ballons de Brignais et un article mais les questions suivantes restent sans réponse :  de quelle année date cette expérience ? Qui en avait la responsabilité technique ? Y avait-il un suivi par un architecte ? Quel lien avec les expériences de Dakar ou de Madagascar ? On apprend par contre que ces maisons ballons furent détruites en 1974. Quel dommage...


Mais avant ce regret, la carte nous permet de voir le chantier en cours. On devine bien la coupole et les deux ouvertures. Cette coupole toute lisse est-elle le coffrage ou bien est-ce déjà la coulée ? On devine que les ouvriers-maçons posent des briques ou des parpaings contre cette coupole ce qui pourrait laisser croire qu'ils viennent en fait en appui sur ce coffrage et qu'il n'y a pas eu de coulage de béton un peu comme on l'effectue pour les fusées céramiques.
On gonfle une structure textile qui reste sous pression et qui servira d'appui au montage d'une structure ou du coulage d'un béton. Ne reste qu'à simplement démouler en dégonflant ce coffrage et à le récupérer, il laisse derrière lui sa forme et la solidité de la structure. Et on recommence autant de fois que l'on veut, le coffrage étant tout à fait réutilisable. 

Reste un autre mystère, celui de l'édition de cette carte postale. Comment est-elle distribuée ? Pour en faire quoi ? Une souscription ? On note que d'un point de vue éditorial cette carte n'a ni éditeur, ni photographe et qu'elle est fortement tramée indiquant un mode d'édition très économique.
Elle devait être distribuée au Foyer Notre-Dame des Sans-Abri.
Si, donc, à Lyon ou à Brignais, quelqu'un connaît mieux cette histoire et cette expérience, peut-être nous fera-t-il la joie de nous raconter la belle histoire de ces Maisons Ballons de Brignais.

Pour revoir les Maisons Ballons de Dakar ou de Madagascar allez ici :
http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/wallace-neff-est-gonfle.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/06/dair-et-de-beton-wallace-neff-dakar.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/le-sucre-en-morceau.html


lundi 26 août 2019

Vertigo World Trade Center

Nous avions soulevé un mystère joyeux avec cette incroyable carte postale du World Trade Center de New York montrant les parties les plus charnues d'un ouvrier travaillant à son sommet.
Cette image d'un humour rabelaisien new-yorkais ne pouvait convenir à l'hommage possible aux victimes des attentats du World Trade Center ou à sa sensationnelle architecture que nous devions à Minoru Yamasaki.





Ainsi, lorsque j'ai trouvé ces cartes postales, j'ai compris qu'il était maintenant possible de relier les deux moments. En effet, ces nouvelles cartes postales révèlent en partie la fameuse séquence de prises de vue faite par Peter B. Kaplan lors de la pose de l'antenne sur l'une des deux tours. On comprend mieux cette action et comment le surgissement de la paire de fesses de l'un des ouvriers était en fait, l'aboutissement d'une drôle et époustouflante aventure !
Vertige !
Quelles images tout de même ! Quelle chance cela a dû être de monter ainsi là-haut ! Mais comment Peter B. Kaplan s'y est-il retrouvé ? Comment fut-il invité ? Par quelle magie ?
J'avoue que je n'aurais pas pu le suivre...
Il est difficile de nier depuis ces photographies l'extraordinaire beauté implacable de ces deux tours, de leur puissance, de leur autorité sublime confinant à la poésie parfaite. On n'a pas réussi depuis à produire de plus beaux monolithes dans l'histoire de l'architecture. Même Libeskind...
Aujourd'hui les grandes tours ressemblent à des obus suppositoires, des machins baroques, des flacons de parfum. On est très très loin de la simplicité tonitruante de ce qui fut la plus belle paire d'immeubles de tous les temps.

Malevitch pour de vrai.

Le dos de ces cartes postales est bien différent de celle montrant l'ouvrier cul à l'air... puisque ces cartes postales furent éditées pour venir en aide aux enfants victimes des attentats du 11 septembre. Je ne pense pas que cette première carte postale et cette photographie aient ainsi été rééditées...
Difficile de montrer son cul pour obtenir des dons pour des enfants.
On remarque tout de même l'incroyable qualité photographique de Peter B. Kaplan, on note aussi que certains clichés sont datés de 1973 et d'autres de 1979.
Donc le photographe est venu plusieurs fois, il a suivi le chantier ce qui peut en partie expliquer une certaine familiarité avec les ouvriers. Malheureusement ni le site du photographe, ni celui de son éditeur de cartes postales ne nous permettent de mieux comprendre cette séance. On reste sur sa faim. Dommage. On ne sait pas très bien non plus comment ces cartes postales généreuses furent distribuées, ni même quand, et encore moins si elles le sont encore.
C'est tout de même intéressant dans l'histoire de la carte postale cet usage d'une séquence photographique ancienne qui, par les événements, vient éclairer à rebours une prise de vue très spécifique qui soudain prend une place particulière dans le déroulement à la fois de l'événement de la pose de l'antenne et dans l'événement de la disparition de cette même architecture. Comme si se souvenir et être solidaire permettait bien évidemment de regarder l'objet disparu autrement.

La destruction de ses deux tours jumelles ne fut pas un événement patrimonial pour l'Histoire de L'Architecture. Non. Ce fut simplement une tragédie ignoble. Et pleurnicher sur la beauté perdue sera toujours indécent. Et s'il est possible (et nécessaire) de se réjouir des images encore joyeuses de sa construction et des facéties de ses constructeurs et ouvriers, il sera maintenant impossible de faire comme si nous pouvions occulter les tombeaux à venir.
Faire de la beauté empreinte de sa nostalgie sur ce drame sera toujours obscène.

Alors quoi penser de ça :












Cet album est imprimé le 11 septembre 2013 (oui) soit juste deux ans après les attentats. L'éditeur nous le signale comme si inscrire dans la réalité du temps la publication permettrait une forme de légitimité du pseudo monument éditorial.

























Cet album nous raconte une histoire simple de disparition dans les attentats du 11 septembre. Le dessin, le choix des couleurs, tout cela adouci d'une tonalité pastel pourrait passer pour une simplification symboliste, une sorte de pudeur dévolue au réel. Mais bien au contraire, cela accentue la gêne, comme si éteindre en quelque sorte la brutalité de l'événement dans des couleurs et des simplifications formelles devait en autoriser un regard, allez soyons gentil, obscène.
Faire tendre pour un tel événement c'est dégueulasse.
L'opportunisme sentimental, celui qui s'excuse d'y toucher en mettant tout de même sur le marché sa candeur affectée est ce qu'il y a de pire pour "rendre" hommage.
Et puis le rire grave et profond d'un Topor nous vient sur les lèvres lorsque les oiseaux blancs (cendres et papiers mêlés) s'envolent dans le ciel... Franchement... L'analogie de l'envol poétique ici...
Rien sur les cendres des corps pulvérisés qui n'existent plus, rien sur la peur, rien que le sentiment.























Je ne sais pas à qui s'adresse ce livre finalement assez rare dans la production éditoriale. Faire un livre sur le terrorisme pour les enfants si ce n'est pas interdit demande tout de même de ne pas avoir peur et de ranger sa pudeur attendrie. Les enfants ont besoin de réel clairement exprimé, pas d'ellipse affectée et impressionniste.
On notera que l'album ne présente aucune représentation humaine, que l'architecture est réduite à des plans de couleurs superposées, que la simplification formelle complète (certainement due au travail sur la palette graphique) devait passer là aussi pour une forme de pudeur symbolisée et allégée du pathos du drame. Je crois qu'il y a des événements, des faits, des drames qui ne méritent (oui c'est le bon verbe) qui ne méritent pas de représentations.
Les images du réel et surtout la réalité doivent suffire à notre peine, notre douleur et surtout notre combat.
Cet album n'est donc ni utile, ni beau, ni même (et c'est le pire) engagé. Il est plein d'espérance bleuette, de sentimentalisme, de symbolique outrée, en un mot de niaiserie.
L'enfer pavé de bonnes intentions, l'enfer le pire, celui construit sur l'orgueil du créateur qui se croit, lui, avoir le droit à une parole distanciée.
Être satisfait le matin d'avoir bien rendu les flammes sur le dessin des tours...
Cet album est dans ma bibliothèque. Je le garde jalousement.
Il est une preuve que rien ne les arrête pour briller.
Il paraît que l'auteur a aussi fait un album sur le Tsunami. Un spécialiste des drames humains de masse donc.
Alors, si je devais choisir une seule image pour rendre hommage aux victimes du World Trade Center et expliquer son drame à un enfant, je choisirais celle de Peter B. Kaplan où son ami ouvrier lui montre son cul. Parce qu'elle ferait rire l'enfant à qui je la montrerais, parce qu'elle serait le moyen idéal d'évoquer alors avec lui la disparition de cet espace magnifique et des gens vivants et qu'elle répond parfaitement aux terroristes :
un cul dans leur face,
le sourire sur les nôtres.

Les oiseaux blancs de Manhattan
Xavier Armange
éditions rêves bleus
15 euros








samedi 24 août 2019

Prisunic, le beau pour tous

Le supermarché et le centre commercial sont bel et bien représentés en cartes postales. Et d'ailleurs, pourquoi ne le seraient-ils pas ?
Modernes, affirmant un nouveau rôle dans l'espace urbain, signes parfaits d'un progrès que l'époque voulait défendre et vivre, ces supermarchés avaient tous les atouts du pittoresque pour finir sur des cartons 10 x 15cm.
Nous en avons d'ailleurs déjà vu ici et certains dessinés par Monsieur Claude Parent sont chers à notre cœur.
Voici un nouveau arrivé dans ma collection :


Nous sommes à Audincourt, ville que nous avons déjà chantée avant le Prisunic ! Cette marque résonne pour moi et dans notre famille d'une manière toute particulière puisque mon père avait dans sa jeunesse à Elbeuf, travaillé au Prisunic tout neuf de la Reconstruction d'Elbeuf avant d'être embauché chez Renault.
Alors, dès que nous voyons ce nom, chez nous, ça tape.
Prisunic !
D'abord quel beau nom bien choisi ! On dirait le nom d'un personnage d'un album d'Astérix.
Ici l'éditeur Combier resserre bien le cadre sur le magasin qui n'a rien d'architecturalement passionnant, tout au plus une sorte de droiture, de fermeté que la brique (?) sur la façade accentue. En fait, ce Prisunic offre surtout une grande lisibilité et une transparence avec un déploiement de vitrines sur toute sa façade. Venez ! Venez nous voir, entrez donc ! semble-t-il nous dire. On note les drapeaux flottant comme accrochés à d'immenses queues de billard qui devaient faire signal. On note aussi un garage à vélos bien développé !
Je n'ai pas réussi à retrouver ce Prisunic à Audincourt, il semble qu'il ait disparu ou qu'il soit tellement transformé qu'il soit méconnaissable. Tant Pis...
La carte postale Combier ne nous donnant pas le nom de l'architecte, il sombrera ainsi dans un oubli tranquille sauf pour les habitants d'Audincourt.
Dans ma collection, rangée dans le quatrième classeur Boring Postcard, je trouve sur une carte postale en multi-vues, un autre Prisunic, celui de la Courneuve. La carte postale est une édition PI qui a beaucoup travaillé et diffusé la banlieue parisienne.



Finalement, c'est une image de la Courneuve bien différente de celle que l'on attend, représentée ici comme une petite ville française typique avec son bar-tabac et ses immeubles. Ne dirait-on pas que le photographe a simplement tourné sur le carrefour en photographiant tous ses axes ? On y voit donc un Prisunic épousant le cercle du carrefour. Seul le nom du magasin fait ici architecture, il est bien moins intéressant que celui d'Audincourt.
Il est aisé de retrouver ce que tout cela est devenu et le moins que l'on puisse dire c'est que le sentiment de vide et d'espace donné par le recul du photographe est maintenant comblé par une densité urbaine bien... marquée.
Mon frère Christophe, ce fouineur parfait, m'apporte sa dernière trouvaille faite dans un minuscule dépôt-vente d'Elbeuf.
Ce livres est d'une très grande qualité éditoriale et permet de vivre la révolution du prêt-à-porter dans cette France de l'après-guerre. On y apprend aussi comment Prisunic était une sorte de projet global permettant à tous d'accéder au beau pour pas cher que ce soit pour l'habillement ou pour, bien entendu le design et le mobilier.
Le design Prisunic est bien reconnu maintenant et est devenu même une sorte de Graal pour chineur chic.
Sophie Chapdelaine de Montvalon nous permet donc de suivre le travail de Maïmé Arnodin et de Denise Fayolle, figures incontournables de cette révolution populaire.
On y trouve aussi pour nous, amateurs de micro et mobiles architectures une vieille connaissance !
La Bulle six Coques de Monsieur Maneval !







































Elle servait à promouvoir l'arrivée de Prisunic dans une ville et était une vitrine fort bien en accord avec le style et les idées de Mesdames Arnodin et Fayolle. Malheureusement, le livre ne s'attarde pas assez sur l'utilisation et le choix de la Bulle Six Coques par Prisunic. C'est dommage. Et surtout, qu'est-elle devenue cette Bulle six Coques ?
On note que la photographie nous donne à voir que son piètement de métal lui permettait d'atterrir partout ! Est-ce Monsieur Maneval lui-même qui avait dessiné ce piètement ? On remarque aussi que l'entrée dans la Bulle se faisait par l'une des grandes baies montée sur vérins et que l'escalier prenait appui sur la structure métallique de la Bulle. Bien conçu tout cela !

Ce livre est vraiment superbe : qualité du papier, mise en page, choix des documents, style clair et joyeux...
Il sera vite un indispensable dans votre bibliothèque si vous aimez la France intelligente du Beau pour Tous !
Attention, il fut publié il y a dix ans déjà...
Ruez-vous chez votre bouquiniste !

Le beau pour tous
Maïmé Arnodin et Denise Fayolle
l'aventure de deux femmes de style : mode, graphisme, design.
Sophie Chapdelaine de Montvalon
édition l'iconoclaste
2019
68 euros ou 15 quand c'est Christophe qui régale ! Merci  Christophe !