dimanche 9 décembre 2018

Croâ Croâ Croâ Corbu

Je serais partial.
Je serais toujours de son côté.
Quand l'honneur est bafoué et qui plus est quand il l'est en public, il est difficile de croire et même d'envisager que l'on puisse faire de ce moment un travail, un ouvrage, de la beauté.
François Chaslin y arrive et de quelle manière !
Rococo ou drôles d'oiseaux (divertissement) est un ouvrage incroyable. L'auteur réussit à nous raconter cette histoire d'humiliation et de doute où la réception de son précédent ouvrage fut, à la fois, mal compris, mal lu (pas lu aussi), et généra sur sa personne, comme pour conclure l'affaire, une accusation de plagiat pour l'éloigner définitivement (croyait l'accusateur) du monde corbuséen. Si le cinquantième anniversaire de la mort de Corbu a vu sortir des ouvrages se croyant obligés d'appuyer sur quelques accointances (non excusables) de l'architecte avec certaines idées nauséabondes, les modes d'accusations de Le Corbusier n'avaient pas tous la même portée. Ce fut la première attaque contre François Chaslin que de le mettre dans ce même panier des yeux courts. Devant la déferlante vague médiatique accusatrice, devant le flot lâché, François Chaslin ne put pas faire grand chose car il est difficile de lutter contre l'emportement de la raison, aujourd'hui, quand les pensées mais surtout les analyses disparaissent au profit des opinions. Première leçon.
Deuxième leçon, celle du petit monde corbuséen, faisant cage d'écho, ne sachant pas comment lutter contre cette déferlante et ne trouvant par le biais d'un malfaisant oiseau qu'une branche pourrie pour croasser contre l'auteur ayant eu le malheur, non pas de réduire Le Corbusier à des faits avérés mais d'avoir voulu mettre cette réalité au milieu d'autres. François Chaslin, tentant lui de ne pas réduire Corbu en un bloc simpliste mais bien de dessiner une personnalité dans un temps, un mouvement, un moment, et bien évidemment une histoire. L'impossible réduction fut le malheur de François Chaslin.
Alors, il aurait pu, l'accusé, se battre de bien des manières et l'incroyable qualité de cet ouvrage est la plus belle réponse qu'il pouvait faire. Mais comment diable, Monsieur, en avez-vous eu l'énergie ?
S'amusant avec intelligence, précision et culture de son goût pour l'ornithologie, jouant aussi avec la genèse du nom même de Le Corbusier, voilà notre critique d'architecture qui fait un ouvrage réussissant à vous raconter son drame (qui en est un, vraiment), contextualisant les réalités historiques mais aussi l'emballement médiatique. On reste surpris par son ton d'un calme inouï, comme si la colère légitime avait su muer en une forme presque joviale, tranquille, digne, celle d'un Jedi.
Un Jedi.
Savoir ainsi reconquérir son honneur, point par point, cui-cui par cui-cui, sans gazouiller inutilement, tel un rapace, qui se jette sur les corps des ennemis, voilà qui est bien fort. Ajoutez que Monsieur Chaslin nous donne en plus un ensemble de dessins, beaux, miraculeusement clairs et limpides, analysant avec bonheur la rondeur d'un bec, la légèreté d'un plumage, ou la ligne d'une terrasse de Le Corbusier. Même plume, même verve, même plume.
Puis imprimer et éditer l'ensemble dans un ouvrage d'une qualité éditoriale sans faille dont la composition graphique, le choix des papiers, des typos, de la mise en page sont ébouriffants !
Bravo Élodie Boyer et Patrick Doan !
Même l'Achever d'Imprimer est drôle, surtout, bien entendu, le rappel sur le droit de la propriété intellectuelle qui prend un sens, ici, bien particulier.
C'est avec plaisir que l'on vous verse, Monsieur Chaslin, 2,65 euros de Droits d'Auteur.

Ce livre a une dernière qualité. Comme pour ceux de chez Corti, le lecteur, pour voir les dessins, doit couper les cahiers.
Même si un coupe-papier nous est proposé dans l'ouvrage, pour ma part, j'ai utilisé le canif que mon père avait à l'Usine Renault pour son casse-croûte.

C'est peut-être un détail pour vous
Mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Et, incroyable coïncidence, lorsque la lame fend alors le papier prédécoupé, celui-ci émet, je vous l'assure, un petit croassement que l'on dirait venir d'un corbeau enroué.

Merci  Monsieur Chaslin.
Il vous faudra, maintenant que tout est couché et imprimé, penser à l'exposer. Les dessins, ça se regarde aussi sur le ciel des murs.
Et j'attends ma carte de membre...

Bien à vous.

Rococo ou drôles d'oiseaux (divertissement)
François Chaslin
éditions Non Standard
28 euros, achetez votre exemplaire chez un libraire indépendant.



















































vendredi 7 décembre 2018

Asseoir l'Humanité sur un siège brésilien

Me voilà bien déconcerté !
Comme souvent, avant d'écrire un article sur une construction, j'aime arpenter sur Google Earth sa présence. Or, il se trouve que la fonction qui me permet cette promenade d'habitude, est désactivée autour de l'ancien siège du journal L'Humanité. Doit-on y voir une demande gouvernementale, le bâtiment étant maintenant un siège pour la sous-préfecture... ?
Le journal a, en effet, vendu son siège.
Alors, pour une fois, il ne nous restera que les cartes postales pour aimer, regarder, profiter de ce bâtiment d'Oscar Niemeyer, bâtiment qui est classé pour ses façades. Ouf.
Je vous propose donc deux cartes postales de ce bâtiment, deux visions qui, malheureusement ne seront pas vraiment une occasion de bien le cerner. En effet, les deux visions du photographe (qui n'est d'ailleurs pas nommé) laissent surtout la place à des jeux plastiques, des constructions d'images abstraites, voire même des effets d'objectifs photographiques en lieu et place d'une image plus simple, plus descriptive, plus lisible.
Mais ce n'est pas grave. Non.
On se réjouit tout de même de pouvoir évoquer ainsi l'une des constructions françaises d'Oscar Niemeyer.


La première carte postale nous montre ce siège sous un effet de lumière venant frapper sa façade courbe et qui permet de coller la Basilique de Saint-Denis dans les panneaux de verre en miroir. L'alliance sans doute étonnante et désirée de la modernité contre le patrimoine, de la proximité irradiante de l'Église catholique et des rois de France contre le Parti Communiste... Les images... Les images...
On admire un béton brut devenu rose sous cette lumière.
J'avoue ne pas beaucoup aimer ce dessin de façade, un peu facile, se courbant ainsi. La série d'ouvertures en hublots, les pilotis du rez-de-chaussée bouchés par une vitrine courant en façade, le verre miroir, tout cela est loin de l'enchantement du Siège du Parti Communiste de Paris, c'est du Niemeyer un peu alourdi, pataud, de mauvais élève. Moi je dis ça... Je dis rien...
Il faudrait aller voir.


L'autre carte postale est étonnante, elle nous place dans la rue, à hauteur d'homme sous les arches du bâtiment (?). Une fois encore, la même dérive colorée de la lumière, le même désir de collage avec la Basilique Saint-Denis. Difficile là aussi de raconter le bâtiment, d'en déduire quelque qualité que ce soit depuis ce point de vue. Bien entendu pour une telle image, le photographe a usé d'un objectif photographique spécial du type fisheye qui courbe les droites et accentue sans doute de manière trop appuyée les courbes du Maître Brésilien...
De fait, l'image est coupée en deux par un immense contre-jour noir qui découpe des arches. C'est, sans doute artistique... Sans doute aussi un peu... inutile.
On notera que mes deux cartes postales sont éditées par le journal lui-même, que, donc, le photographe reste anonyme et que certainement, ces cartes postales devaient être disponibles seulement lors des visites de ce siège du journal L'Humanité.
Vous trouverez sur ce bâtiment une fiche Wkipédia qui répondra à toutes vos questions, j'espère :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ancien_si%C3%A8ge_de_l%27Humanit%C3%A9
Pour notre part, nous préférerons encore et encore le somptueux Siège du Parti Communiste à Paris, ne pouvant plus aimer la Maison de la Culture du Havre, défigurée à jamais.

mardi 4 décembre 2018

Ris-Orangis, dossier largement ouvert



4/12/2018 :
Comme convenu, je vous donne toutes les informations, documents, liés au dossier de classement du centre commercial de Ris-Orangis.
Il y a une bonne (?) nouvelle, du moins une promesse faite hier par téléphone par Madame Chauvin
(Conservation Régionale Patrimoine de l'Essonne) qui m'a informé que le centre commercial passera en commission en... 2019. C'est la première fois que Madame Chauvin me donne (après ces trois dernières semaines de coups de fils sans rappel) enfin une date, même si elle est approximative. La date, pas Madame Chauvin. Restons vigilants sur cette promesse, dans le même temps Madame Chauvin m'annonce des restructurations de postes dans son service qui, je l'espère, ne seront pas une nouvelle excuse pour un report de date... 
Sinon toujours aucune nouvelle, jamais, de Monsieur Cerclet.
Donc, je vous demande de faire tout ce que vous jugerez juste pour appuyer cette demande (voir ci-dessous). Toutes les énergies seront les bienvenues.
Je vous donne ci-dessous les derniers courriers envoyés à Madame Da Costa qui n'a pas cru bon me répondre et à Monsieur Riester, nouveau Ministre de la Culture qui lui non plus n'a pas cru bon me répondre ou faire répondre par ses services (sans doute débordés par la restauration de l'Arc de Triomphe ou le Loto du Patrimoine). Je vous laisse tirer les conclusions populaires que vous voudrez en ces temps de tensions avec les représentants démocratiques. Il y a des méthodes de désespérance qui ressemblent à des méthodes de communication. Les courriers envoyés en novembre résonnent aujourd'hui, comment dire.... avec une grande acuité.

envoyé le 6 novembre 2018, toujours aucune réponse :

à

Monsieur Franck Riester
Ministre de la Culture et de la Communication

Monsieur le Ministre,

Je me permets de vous joindre pour évoquer avec vous les retards de l’un de vos services.
Depuis plus de six ans, j’ai déposé une demande de classement au titre des Monuments Historiques pour le centre commercial de Ris-Orangis, œuvre de Monsieur Claude Parent, architecte, Membre de l’Académie des Beaux-Arts, Commandeur de la Légion d’Honneur, malheureusement décédé en 2016.

Cette demande est légitime, le dossier est parfaitement en règle et l’œuvre de Monsieur Parent en est digne.

Depuis ces six années, aucune mesure de protection ni aucune date de passage en commission (qui restera souveraine) ne m’ont été proposées par la Conservation des Monuments Historiques de l’Essonne.

Six années, Monsieur le Ministre que l’œuvre d’un Commandeur de la Légion d’Honneur est négligée par cette administration.

J’en suis fort attristé.
Croyez-moi, Monsieur le Ministre, à l’heure ou le Président de la République met l’accent avec raison sur le Patrimoine dans sa politique culturelle et sur l’engagement citoyen, voir ainsi une telle absence de réponse à une demande citoyenne est dommageable à la fois pour la construction elle-même, pour l’honneur de son architecte reconnu mondialement mais aussi pour l’image du fonctionnement de nos institutions culturelles et républicaines.

Si la question n’est bien évidemment pas de classer d’office ce bâtiment, il est bien légitime  que ce dossier passe au moins en commission. Ce délai de six années ayant permis, malheureusement, une détérioration du bâtiment depuis le dépôt de cette demande.

Qui en sera jugé responsable au regard de l’Histoire de l’Architecture et de la gestion de notre Patrimoine Moderne et Contemporain ?

Monsieur le Ministre, quelle politique allez-vous engager pour que les citoyens soient considérés comme des partenaires pour la sauvegarde du bâti contemporain ? Quelles mesures prendre pour que la gestion de notre Patrimoine soit aussi un écho des préoccupations du monde civil, associatif et des particuliers ? Comment redonner envie aux citoyens de défendre leur Patrimoine, citoyens qui possèdent les énergies nécessaires et sont les déclencheurs d’alerte sur notre Patrimoine Moderne et Contemporain bien trop souvent délaissé ? (l’école d’architecture de Nanterre ou la Maison du Peuple de Clichy en sont d’autres exemples honteux).

Les citoyens, hors des enjeux de carrière, hors des politiques locales sont souvent les plus engagés.

Dans l’espoir que ce courrier trouve chez vous et dans votre administration un écho favorable, celui d’une écoute nécessaire et encourageante aux démarches citoyennes,

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’Expression de ma Considération Distinguée.


envoyé le 7 novembre 2018, toujours pas de réponse :

Madame Nicole da Costa
Directrice régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France


Madame,

depuis votre réponse* de décembre 2017, je n’ai eu aucune proposition et surtout aucune date pour un passage en commission de la part de vos services qui restent sourds à mes appels.**

J’ai donc signalé ce fonctionnement auprès de Monsieur Franck Riester, Ministre de la Culture et de la Communication.

J’ai pris également contact avec le Général d’Armée Benoît Puga, Grand Chancelier de la légion d’honneur, pour que celui-ci puisse être au courant de la manière dont le travail de Monsieur Parent, Commandeur de la légion d’honneur, est considéré par la Conservation des Monuments Historiques de l’Essonne.

Madame Parent et les ayants-droit de l’œuvre de Monsieur Parent sont également informés de cette attitude.

Je vous rappelle que le dossier a été déposé il y a plus de six années...
Une année s’est écoulée depuis votre dernière réponse sans aucun progrès depuis.

Il me reste encore, Madame da Costa, de l’énergie.
Par conséquent, maintenant, je tiens beaucoup à la notion de préjudice et donc de réparation.
Je prends donc ce jour les dispositions nécessaires.

Par souci de transparence et d’information, ce courrier (comme d’ailleurs toutes les pièces concernant ce dossier) sera lisible sur mon blog.

Veuillez agréer, Madame, l’Expression de ma Considération Distinguée.


David Liaudet


*copie ci-jointe
**pour info : appels à vos services : 7 novembre 2018, 30 octobre 2018, 29 octobre 2018, 23 octobre 2018, 9 octobre 2018, 6 novembre 2017, 30 octobre 2017, 15 mars 2017, 8 mars 2017, 7 mars 2017, 7 février 2017, 26 septembre 2017, 25 septembre 2017, 4 avril 2016, 25 septembre 2016, 13 septembre 2016, 4 avril 2016, septembre 2014 etc...
Rien à ajouter...

 


13/03/2018 :

Bonjour chères lectrices, bonjour chers lecteurs,
Comme vous le savez, depuis six ans maintenant je me mobilise et je tente de vous mobiliser pour que le Centre Commercial de Ris-Orangis, dessiné par Claude Parent puisse obtenir une inscription à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques tout comme celui de Sens.
Six années que le dossier est déposé comme le droit m'y autorise auprès de la DRAC Île-de-France. Six ans que strictement rien n'a bougé, le bâtiment a même subi entre-temps une modification qui, heureusement ne porte pas pour l'instant préjudice à la construction de Monsieur Parent. Je vous laisse juge d'une administration de défense du Patrimoine, si lente, que pendant qu'elle n'agit pas, le Patrimoine est attaqué alors même qu'il est signalé.
Vous me direz que la Région Ile-de-France est en passe de devenir une sorte d'exemple du mauvais traitement et de l'indifférence au Patrimoine Moderne et Contemporain. Est-ce la peine de refaire la liste ?
Oui ?
Et ne croyez pas que les modestes contre-exemples que l'on vous donnera pourront inverser la vapeur... Le bilan est négatif. Point barre.
Tours-Nuages de Aillaud à Nanterre gravement menacées, destruction du Foyer des Jeunes travailleurs de Prouvé et Chemetov à Saint-Ouen-sur-Seine, dans un silence coupable des institutions, Saccage programmé de la Maison du Peuple (là, on touche le fond) à Clichy, lamentable abandon de l'école d'architecture de Nanterre, Centre Thomson-Houston de Vélizy-Villacoublay de Parent et Virilio (dernière œuvre du duo)... Et tant d'autres... par exemple, la Halle de Fontainebleau, véritable cas d'école du retournement politique.
Alors devant autant de temps passé à attendre patiemment, en croyant sincèrement que, sans doute, les agents en charge de ces dossiers pouvaient être débordés, j'ai pris mon mal en patience.
Mais voilà, après des coups de téléphone dont je garde la liste, après des courriers sans réponse, je m'aperçois que l'on me sert toujours la même excuse que vous pourrez lire ci-dessous.
J'ai donc décidé de vous montrer comment fonctionne (mal ?) une institution de Conservation des Monuments Historiques, comment elle s'occupe des demandes légitimes des citoyens, comment, en fait, elle travaille sur l'usure, c'est malheureusement, tout ce qu'il me reste à croire.
Vous trouverez donc à partir de maintenant tous les courriers, contacts, actions que j'entreprends pour obtenir, tenez-vous bien, non pas le classement mais seulement le droit à ce que ce dossier passe en commission, comme la loi rappelée par Agnès Chauvin dans l'article du Parisien m'y autorise. La commission sera souveraine. On s'étonnera tout de même que, le Centre Commercial de Claude Parent, devant l'importance de cet architecte n'ait même pas obtenu le Label Patrimoine du XXème Siècle même si on sait le peu de cas que l'histoire fait des bâtiments couverts par ce dernier...
Alors, je me doute que vous ne serez sans doute pas nombreux à prendre la peine de lire tous ces courriers et tous ces documents. Je veux juste que vous soyez certains que je ne lâcherai rien et que vous pouvez agir :
1 signez la pétition
2 envoyez la carte postale de soutien, demandez-la moi, elle est gratuite.
3 écrivez au Maire de Ris-Orangis, à la DRAC Ile-de-France pour demander où en est le dossier.
4 écrivez au Ministère de la Culture
5 signalez le bâtiment à la Mission Stéphane Bern ou toutes autres constructions du XXème Siècle qui le mérite.
6 partagez cet article, racontez partout comment se passe le traitement des dossiers dans cette DRAC, il est temps que maintenant après six années d'attente, une demande citoyenne soit entendue.

On notera que ce dossier aura vu défiler pas moins de 4 Ministres de la Culture... Madame Filippetti, Madame Azoulay, Madame Pellerin, toutes socialistes et maintenant Madame Nyssen. Espérons que Madame Nyssen, ayant publié un ouvrage sur Claude Parent, saura enfin soutenir ce dossier...

Je remercie le FRAC Centre qui vient de relayer la pétition sur Facebook.

On commence ?

Dernières nouvelles, reçue hier, 7 avril 2018 :



On note une légère progression... On me répond. Merci.
On note aussi qu'une fois encore sont invoqués les propriétaires auxquels on accorde encore un délai jusqu'à la prochaine réunion du syndic... J'imagine qu'il y a une réunion par an, avec un peu de chance, la prochaine aura lieu en...f in d'année... On aime donc savoir que les propriétaires sont informés depuis décembre 2016 (sic) mais que leur avis ne sont pas encore récupérés. Ils ont donc eu trois mois au moins pour répondre. Je devrais dire 5 ans, 9 mois et enfin trois mois. Et on leur accorde encore un temps de réponse. Oui, moi aussi je pense ça.
Je vais aussi de mon côté expliquer ce dossier au syndic et reprendre contact avec la Société Intermarché. Je suis certain de trouver parmi eux des interlocuteurs ouverts et désireux de voir ce dossier avancer du bon côté. Il faut les aider à comprendre leur chance.
Pour ce qui est de l'explication sur le Label Architecture Contemporaine Remarquable, je vous laisse juge. Il n'y a pas d'étude en cours ! Et c'est pour quand l'étude ? Et qu'est-ce qui est étudié en ce moment ? Les Villas ? Les Stades ? Le logement social sans aucun doute. Et qui s'en charge que je puisse lui signaler le bâtiment et l'urgence de le labelliser ? Qui ? Et que penser d'une stratégie de labellisation par typologie ?
Pour information, à cette date, aucune réponse même factuelle du Ministère de la Culture ou de Madame Nyssen, aucune réponse de Monsieur le Maire de Ris-Orangis Monsieur Raffalli (on s'y habitue), aucune réponse de Stéphane Bern et aucune réponse, bien entendu de Dominique Cerclet.
Continuons la mobilisation ! Pour Ris-Orangis, Nanterre, Clichy............


Le 26 mars 2018
à

Monsieur Stéphane Bern
Chargé de la Mission d’Identification
du Patrimoine immobilier en péril


objet : lettre ouverte concernant le traitement du Patrimoine Moderne et Contemporain.


Monsieur Bern,


Je me permets de vous joindre afin que vous soyez totalement informé sur un cas d’école qui pourrait vous être utile dans la compréhension des enjeux de la gestion du Patrimoine Moderne et Contemporain, plus particulièrement de celui de la deuxième moitié du XXème siècle.

Depuis six années maintenant, un dossier de demande de classement a été déposé auprès de la DRAC Île-de-France. Six années... Sans que rien ne bouge.
Ce dossier concerne l’un des éléments les plus importants de l’œuvre de Claude Parent, architecte dont l’importance historique n’est vraiment plus à démontrer à quiconque :
Le centre commercial de Ris-Orangis (Essonne).

Malgré sa place dans l’histoire, malgré la mobilisation citoyenne et médiatique autour de ce centre commercial, la DRAC Île-de-France n’a donc pas désiré passer rapidement la construction en commission.

Six années...

Monsieur Bern, vous devez maintenant que vous avez pris en charge cette Mission être éclairé sur la gestion patrimoniale des bâtiments du Vingtième Siècle si souvent mal traités, mal aimés alors même qu’ils sont une richesse incroyable pour notre pays et sont souvent mieux aimés à l’étranger que sur notre propre sol.
L’œuvre de Monsieur Parent ayant été, par exemple, citée en exemple par Rem Koolhaas à la Biennale d’architecture de Venise, le centre commercial de Ris-Orangis y ayant une place toute particulière.

Comment une œuvre reconnue peut ainsi être mise à l’écart pendant six années, temps qui permet malheureusement de transformer le bâtiment sans consultation des ayants-droit de l’œuvre de Monsieur Parent, lui-même malheureusement décédé pendant que le dossier attendait sous une pile de papiers à la DRAC Île-de-France ?

Au-delà de cet exemple, Monsieur Bern, c’est à l’ensemble du Patrimoine du Vingtième siècle et plus particulièrement encore la période des Trente Glorieuses que nous nous devons, nous, citoyens, amateurs, à un regard attentif et généreux. Les attaques contre ce Patrimoine sont légion : École d’Architecture de Nanterre, Maison du Peuple de Clichy, Tours-Nuages de Nanterre, Halles de Fontainebleau, Foyer des Jeunes travailleurs de Saint-Ouen sur-Seine etc... Et je n’évoque ici que les constructions concernées récemment sur le territoire de la DRAC Île-de-France.

Savez-vous, Monsieur Bern, à quel point le Patrimoine de cette période est sous représenté dans les obtentions de classement ? Je reprends les chiffres de Monsieur Dominique Amouroux :
L'analyse faite des labels XXe et des ISMH relatifs à des édifices XXe est effarant puisque 75% concernent des édifices d'avant 1914 (dont quasiment pas d'Art Nouveau), 20% des édifices entre 1919 et 1939 (avec très peu d'édifices Art Déco), 2% des réalisations liées à la Seconde Guerre Mondiale et donc 3% des édifices post 1945....

Votre Mission pourrait être une chance incroyable de mettre en avant cet héritage souvent situé sur des territoires dont l’image culturelle est malheureusement dégradée. La mise en avant de ce formidable Patrimoine contemporain touchant à tous les types de programmes (logements, Art Sacré, édifices administratifs, commerciaux...) pourrait enfin être un acte fort pour ces territoires, trouvant là un ancrage historique et culturel puissant.
Une reconnaissance.

Il s’agit aussi d’interroger l’énergie citoyenne, parfois soutenue par les institutions en charge de l’aider, parfois contre leur lenteur, pour que la culture retrouve son sens premier : une cohérence nationale. Il s’agit de ne pas épuiser cette énergie citoyenne qui a toujours en France été à l’origine de son Patrimoine auquel le Peuple français, à raison, a toujours été attaché.
C’est dans cette démarche que je veux m’inscrire avec vous.

J’ai donc signalé le centre commercial de Ris-Orangis sur le site de votre Mission.
C’est mon dernier espoir ?
L’œuvre de Monsieur Parent mérite mieux que le dédain d’un temps qui passe sans réponse. Il fut, il est encore, un exemple pour de nombreux architectes, des étudiants en architecture et en Art. Monsieur Parent fut de ces architectes ayant travaillé dans le réel des besoins, il a offert à Ris-Orangis un exemple que l’architecture commercial peut être un moment spatial, une idée du partage de la ville, une compréhension du paysage urbain. En ce sens, il est un exemple pour l’Histoire de l’architecture, tout comme Le Corbusier, associant théories et pratiques, radicalité et attention aux gens. Il fut celui qui enseigna à Jean Nouvel. Cela dit tout.

Monsieur Bern, je m’en remets à vous, à votre Mission, au sens même de l’histoire de la prise en charge citoyenne dans notre République.

Veuillez agréer, Monsieur Bern, l’expression de ma Considération Distinguée.

David Liaudet


Le 14 janvier 2018,

à

Madame Xavière Desternes
Conservation Régionale des Monuments Historiques,
Essonne.

Madame,
Suite à ma démarche* pour savoir s'il serait envisageable de porter plainte auprès du Tribunal Administratif pour non réponse d'une administration publique à une demande citoyenne, j'ai l'honneur de recevoir un courrier de Madame Nicole da Costa (voir ci-dessous) m'indiquant votre stratégie pour l'avenir de la demande de classement du Centre Commercial de Ris-Orangis, dessiné par Monsieur Claude Parent.
Demande, je le rappelle déposé en mars 2012 il y a 6 ans...
Pour justifier ce temps long, vous arguez d'une complexité du dossier liée à la multitude des propriétaires qui devraient être tous informés de cette demande de classement. Au téléphone, lorsque je prends des nouvelles, c'est toujours ce retour des propriétaires qui est invoqué. Pendant ce délai que vous accordez à la réponse des propriétaires, le bâtiment est transformé. C'est d'ailleurs lors de l'un de mes coups de fil que je vous en ai informé. Mais après tout, c'est normal, c'est la vie d'un bâtiment et c'est heureux que la construction de Monsieur Claude Parent puisse trouver un nouveau rythme de vie, de nouveaux usages ce qui est la preuve de sa polyvalence et aussi d'une réelle inscription dans son paysage urbain surtout lorsque cette transformation ne bouleverse pas de manière irrémédiable le bâtiment. Un permis de construire a donc été déposé en Mairie de Ris-Orangis, Mairie de Ris-Orangis qui, alors qu'elle était au courant de cette demande de classement, a donc bien accordé ce permis de construire. Vous a-t-elle consulté ? Voilà qui est éclairant sur ce que peut provoquer ce délai de réponse sur un bâtiment de cette importance.
Quatre chaînes nationales de télévision sont venues faire un reportage à Ris-Orangis, les journaux locaux, régionaux, nationaux et la presse spécialisée ont parlé de cette demande de classement. France Culture a réalisé une émission spéciale et France Inter une interview. Les Cahiers de la Maison de Banlieue et de l'Architecture ont édité un article et une visite guidée fut même organisée, ouverte à tous, elle a connu un beau succès populaire au beau milieu des clients curieux.
Le Groupe Inter-Marché communique aussi positivement sur ce classement.
Devant un tel déferlement médiatique, il m'est très difficile de croire, Madame Desternes, que les propriétaires ne soient toujours pas au courant de cette demande de classement et que ce délai de six années ne leur ait pas permis de donner leur avis et de vous contacter.
De toute manière, Madame, vous le savez tout comme moi, cet avis n'est que consultatif pour ce type de demande.
Ne pas répondre à une information n'est pas ne pas en être informé.
Espérons que votre nouvelle campagne d'informations auprès des propriétaires soit efficace et que, surtout, l'attente de leur réponse ne prennent pas à nouveau six années...
Pourriez-vous me donner  un ordre d'idée pour un temps de réponse de leur part qui vous semble raisonnable ? Il serait dommage de donner l'impression d'instrumentaliser ce temps de réponse pour épuiser les énergies de défense du Patrimoine.
Il est assez compréhensible de penser que votre service soit débordé, que les demandes et les urgences arrivent de toutes parts, que vous n'ayez pas le personnel nécessaire pour traiter tous les dossiers rapidement et que la richesse de votre territoire vous oblige à des priorités.
Sans doute, peut-on concevoir cela.
Sans doute aussi que cela est la cause d'une gestion dans l'urgence, celle qui intervient trop tard sous la précipitation des pelleteuses  et des personnels politiques. Malheureusement la Région Ile-de-France est riche maintenant de ces tristes exemples.
Dans le Parisien*, un article passionnant nous explique comment travaille ce service. Madame Agnès Chauvin rappelle avec conviction et raison que tout citoyen peut en effet faire une demande de classement, que les services de l'État sont là pour les écouter et les guider et que, formidable, même le Patrimoine du Vingtième Siècle est ainsi protégé. Cet article date d'avril 2016, la demande de classement de Ris-Orangis date de mars 2012. Il y a donc bien eu des commissions qui ont statué sur le Patrimoine du Vingtième Siècle pendant ces 6 années, c'est heureux de le lire et de l'entendre. Certainement que ces propriétaires ont eu l'occasion de vous donner leur avis.
La question n'est pas d'ailleurs tant celle du classement de ce bâtiment exceptionnel, la question n'est pas qu'un désir reçoive une réponse positive, la question n'est pas de prendre la place des compétences scientifiques. La question c'est de savoir comment on donne la chance à une architecture emblématique d'être reconnue et comment dire à la population de Ris-Orangis et de la Grande Banlieue parisienne qu'elle possède un Patrimoine moderne et contemporain. La question est ici de faire acte de communication autour de cette histoire et d'éveiller les consciences à cette histoire. 25 ans étant le délai légal nécessaire à ce recul et six années supplémentaires de réflexion sont donc une chance ?
Dans Libération**, le 28 décembre 2017, Monsieur Bernard Toulier évoque le Label Patrimoine du Vingtième Siècle et le Patrimoine en banlieue. Il a bien raison. Il est grand temps que, hors des questions territoriales, hors même des questions de jugement esthétique ou de formation personnelle des agents du Patrimoine (trop peu sensibilisés à l'architecture contemporaine ?), les constructions de la deuxième moitié du Vingtième Siècle soutenues justement par les institutions qui en signalent l'importance, soient protégées. Cette protection est l'acte le plus fort mais surtout le plus juste pour éduquer, raconter notre histoire commune, loin des politiques locales qui passent et de maintenir ce qui, pour nous, communauté nationale, façonne notre espace historique. Le Label Patrimoine du XXème Siècle signale certes, mais il ne protège absolument pas, loin s'en faut. Et d'ailleurs le centre commercial de Ris-Orangis, tout à fait éligible à ce Label ne le possède même pas... Pourquoi donc ?
Alors, si je vous adresse cette lettre ouverte c'est que je souhaite aujourd'hui que l'ensemble des démarches en cours soient maintenant rendues publiques pour, comme vous semblez le désirer, que les propriétaires mais aussi tous les citoyens puissent assister à la réalisation d'un travail de réflexion sur ce Patrimoine et puissent juger du fonctionnement des institutions en charge de ces dossiers.
Que chacun, non pas s'élève en juge, mais puisse être acteur, car agir c'est la seule réalité concrète de la citoyenneté. Je réponds en quelque sorte à votre désir de transparence.
En ce sens, je rejoins les désirs du Président de la République et de Madame la Ministre de la Culture ayant invité par la Mission Stéphane Bern les citoyens  à s'emparer de l'action patrimoniale.
Avec vous, Madame, avec l'ensemble des acteurs locaux et nationaux de ce dossier, avec les ayants-droit de Monsieur Claude Parent qui ne sont jamais informés, eux, par ces services de l'avancement de ce dossier ni des transformations sur le bâtiment, avec les étudiants en Art et en Architecture, avec les amateurs d'architecture moderne si nombreux aujourd'hui et qui génèrent du tourisme, avec les citoyens de Ris-Orangis qui font là, simplement leurs courses et font vivre leur ville, avec les propriétaires, faisons de ce bâtiment un signe fort pour ce territoire, une ode au vivre ensemble, un exemple que ce Patrimoine n'est pas qu'une histoire dans des livres spécialisés mais un objet vivant, une œuvre.
Monsieur Claude Parent le mérite.
Toujours à votre disposition pour vous aider dans ce dossier,  toujours citoyen,
veuillez agréer Madame Desternes, l'Expression de ma Considération Distinguée.
David Liaudet
Une copie de cette lettre ouverte sera adressée à Madame Naad Parent, à Monsieur Raffalli, Maire de Ris-Orangis et bien entendu à Madame Nyssen, Ministre de la Culture.
*l'article du Parisien :
http://www.leparisien.fr/paris-75/huit-nouveaux-monuments-sous-haute-protection-de-l-etat-19-04-2016-5728751.php
**l'article de Libération :
http://www.liberation.fr/france/2017/12/28/sauvegarder-le-patrimoine-de-banlieue-une-question-politique_1619400

le courrier en question* :



courriel envoyé le 12 mars :

Bonjour Monsieur Cerclet,

venant à l'instant d'essayer de joindre Madame Chauvin, son répondeur m'indique qu'en cas d'urgence, je peux vous laisser un message sur cette adresse.
Il y a bien urgence, Monsieur Cerclet.

Dans dix jours, nous fêterons ensemble, je l'espère, le sixième anniversaire du dépôt de dossier en vue du classement possible du centre commercial de Ris-Orangis, de Claude Parent, architecte.

Six années, Monsieur.

Depuis ces six années, toutes les actions possibles ont été réalisées pour que, enfin, cette demande soit, comme il en est légitime et donc de droit français, prise en considération.
Ce que Madame Chauvin d'ailleurs rappelle si pertinemment dans un article au journal Le Parisien.
Les journaux locaux ou nationaux, la télévision (trois chaînes nationales) France Culture, France Inter, une pétition, une visite organisée avec le soutien du gérant d'Intermarché, tout cela n'a pu échapper aux propriétaires du bâtiments qui sont donc informés maintenant, tout comme l'est la Mairie de Ris-Orangis qui délivre d'ailleurs des permis de construire sur ce bâtiment pendant que les six années passent...

Je me réserve donc encore le droit de porter plainte auprès du Tribunal Administratif pour non réponse d'une administration à une demande citoyenne.
Le dernier courrier reçu ne peut en aucun cas être une réponse valide devant l'incroyable lenteur de cette demande et ce retranchement derrière cette nécessité d'informer les propriétaires.

Ne pas avoir de réponse n'est pas, en droit français, ne pas avoir été informé... Donc acte.

De plus, depuis la réception de ce courrier, aucune nouvelle sur l'avancement du dossier, cela fait maintenant presque trois mois.

J'ai donc décidé à partir d'aujourd'hui de rendre publics l'ensemble des courriers et des communications avec vos services afin que le fonctionnement (dysfonctionnement ?) d'une administration soit rendue lisible. Cela va dans votre sens, il s'agit bien d'informer le plus possible les propriétaires qui trouveront ainsi sur mon blog, toutes occasions de suivre ce dossier avec moi, avec vous.

Je ferai aussi copie de tous les documents aux ayants-droit de l'œuvre de Monsieur Claude Parent, ayants-droit qui n'ont pas été informés, eux, des transformations sur le centre commercial de Ris-Orangis.

Ainsi, ce courrier, sera dès ce soir lisible sur mon blog, ainsi que ma réponse au courrier de Madame Desternes.

Je tiens à vous le dire à nouveau, il n'est pas question d'un droit au classement mais d'une obligation de répondre par la procédure légale à cette demande. Il est de votre devoir de faire passer ce bâtiment en commission même pour le retoquer. On peut d'ailleurs également s'étonner qu'il ne soit pas au moins, inscrit au  Label Patrimoine du XXème siècle.

Je tiens également à vous informer, (et c'était l'objet de mon appel à Madame Chauvin ce matin), que j'ai signalé le bâtiment à la Mission Stéphane Bern pour le Patrimoine.
À l'heure du Grand Paris, à l'heure où le Gouvernement demande aux citoyens d'être acteurs de leur Patrimoine, le cas sidérant de Ris-Orangis et de son délai de six années saura sans doute intéresser les politiques ainsi que le public de Ris-Orangis, les amateurs d'architecture, les ayants-droit mais aussi de tous les citoyens désireux d'être acteurs de leur Patrimoine comme le demande donc, cette Mission gouvernementale sous l'égide du Président de la République.

Un cas... d'école.

Dans l'attente (six ans...) de votre réponse à cette vraie urgence, veuillez Monsieur Cerclet, être certain de l'expression de ma considération distinguée.

David Liaudet


envoyé le 14 mars :

Monsieur Stéphane Raffalli,
Maire de Ris-Orangis,


Monsieur le Maire, permettez-moi de vous souhaiter un joyeux anniversaire.
Cela fait maintenant six ans que le dossier de classement du centre commercial dessiné par Claude Parent fut déposé, pour l’instant sans réponse.

Ce délai a malheureusement permis des transformations sur le bâtiment sans que les ayants-droit de Monsieur Parent n’en soient informés.
Vous avez accordé ce permis de construire ce qui éclaire votre position sur ce dossier.

Malgré mes courriers et mes appels téléphoniques nombreux à votre mairie, avec, chaque fois la promesse par votre secrétariat d’un rappel, je n’ai pu avoir votre avis sur ce dossier que je relance donc avec vigueur. J’ai beaucoup de temps libre et un respect pour l’action citoyenne.

Je tiens à vous informer que j’ai signalé le centre commercial à la Mission Stéphane Bern, mission sous l’égide du Ministère de la Culture et de la Présidence de la République. Peut-être que ce nouveau dossier, ouvert sur un autre front patrimonial touchera au but.

Vous trouverez ci-joints les courriers expédiés à Monsieur Dominique Cerclet et à Madame Desternes au sujet de ce retard de traitement. Des copies de ces courriers furent envoyés ce matin à Madame la Ministre de la Culture. Ils sont également disponibles sur mon blog, libres de consultation, pour que les citoyens de Ris-Orangis puissent suivre ce dossier de manière transparente et juger du traitement régional mais aussi municipal de leur Patrimoine.
Je ferai de même pour ce courrier et pour l’ensemble des démarches que maintenant, je désire porter au regard du plus large public possible.

J’ose encore, Monsieur le Maire, croire en votre soutien, en votre intérêt pour le Patrimoine de votre ville, à l’heure ou la Présidence de la République sous l’action de Madame Nyssen demande aux citoyens de s’emparer de leur Patrimoine et d’en devenir des défenseurs actifs. Pour ma part, je désire me joindre à ce mouvement.

Soyez certain, Monsieur le Maire, de ma Considération Distinguée.

David Liaudet


envoyé le 14 mars :
Objet : délais de traitement des demandes de classement au titre des Monuments Historiques.

à

Madame Nyssen
Ministre de la Culture et de la Communication


Madame Nyssen,


En septembre 2008, Béatrice Simonot publiait aux Éditions Acte Sud un important ouvrage sur l’œuvre de Monsieur Claude Parent : le fou de la diagonal, Claude Parent, architecte.

Je me permets donc de vous joindre, Madame la Ministre, certain que vous ne pouvez qu’être intéressée par l’avenir de l’œuvre de Monsieur Claude Parent.
En 2011, après deux années et demi de travail, sur ma demande et avec l’appui de très nombreux soutiens citoyens, la DRAC de Bourgogne portait le centre commercial de Sens (Yonne) à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Il s’agissait d’un acte fort et courageux pour un bâtiment de ce type, reconnaissant là l’importance de cette construction pour l’histoire de l’architecture contemporaine.

Il y a six années maintenant, un dossier pour le centre commercial de Ris-Orangis, également œuvre de Claude Parent fut déposé à la DRAC Île-de-France (Essonne). Et depuis plus de six années maintenant, ce dossier n’a obtenu aucune réponse positive ou négative. Je me permets donc de vous envoyer la copie d’une lettre ouverte que j’adresse ce jour à Monsieur Cerclet et Madame Desternes chargés de ce dossier à la D.R.A.C Île-de-France (Conservation de l’Essonne).
Il n’est pas ici question d’exiger quoi que ce soit d’autre qu’un traitement équitable de ce dossier qui depuis six années attend simplement le droit de passer en commission, commission qui restera souveraine. Le plus grave étant que ce bâtiment, pendant ce délai, fut malheureusement transformé sans que les ayants-droit de l’œuvre de Monsieur Parent en soient informés.


Alors que la banlieue subit des outrages insensés sur les constructions du Vingtième Siècle (école d’architecture de Nanterre de Jacques Kalisz, Foyer des jeunes travailleurs de Jean Prouvé et Paul Chemetov à Saint-Ouen-sur-Seine, Tours-Nuages de Émile Aillaud, Maison du Peuple de Clichy de Beaudouin et Lods...) et que cette banlieue manque souvent d’une reconnaissance de son Patrimoine récent, le centre commercial de Ris-Orangis a pourtant depuis peu retrouvé un regain d’intérêt de la part des critiques, historiens de l’architecture mais également des simples citoyens venant là faire leurs courses dans un lieu qui résonne maintenant d’une toute autre manière. La dernière visite guidée du bâtiment organisée par la Maison de la banlieue et de l’architecture fut un très grand succès populaire.
Il est toujours gênant, dans ces moments de convivialité et de pédagogie patrimoniale, d’avoir à expliquer au public que les institutions qui devraient offrir une protection semblent totalement inactives. Six années sans traitement d’un dossier...

Votre Ministère ayant mis en place la Mission Stéphane Bern afin que chaque citoyen puisse redevenir actif face au Patrimoine en danger, j’ai donc également inscrit sur cette liste le centre commercial de Ris-Orangis en espérant un nouveau sursaut.

Je suis certain qu’au-delà de ce cas particulier qui attend depuis six années maintenant son traitement, c’est à l’ensemble du Patrimoine du Vingtième siècle que nous devons un regard particulier. Notre pays en est riche, c’est une chance.
C’est une chance d’offrir aux populations de ces quartiers souvent mal aimés une attention et une valorisation. C’est par cette valorisation du lieu de vie que l’on offre aussi l’opportunité de saisir pour soi, la Culture.

Certain que vous comprendrez cette position, et dans l’espoir qu’une nouvelle politique de conservation et d’exceptionnalité de ce Patrimoine du Vingtième Siècle soit mise rapidement en oeuvre,

Veuillez Agréer Madame la Ministre, l’Expression de ma Considération Distinguée.

David Liaudet
PS : tout ce dossier est maintenant visible sur mon blog et sur les réseaux sociaux afin que le public puisse suivre le fonctionnement des institutions patrimoniales. Il en va du désir de transparence maintenant nécessaire devant le retard du traitement de ce dossier.
http://archipostalecarte.blogspot.fr/


Pour revoir une partie des articles sur Ris-Orangis :
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/03/ris-orangis-un-centre-commercial.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/04/un-centre-commercial-monument.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2016/05/a-lenseigne-de-la-banlieue-claude-parent.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2018/01/territoire-perdu-de-la-conservation-du.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2017/04/derniere-lettre-ouverte-madame-azoulay.html 
http://archipostcard.blogspot.fr/2016/09/journee-europeennes-doubli-du-patrimone.html 










dimanche 2 décembre 2018

La manufacture du meurtre

Je viens de terminer La manufacture du meurtre d'Alexandra Midal, livre ayant pour sujet le tueur en série H.H. Holmes et pour objet sa maison construite pour tuer confortablement et sans risque ses victimes.
Alexandra Midal tente un rapprochement un rien osé en affirmant que finalement, le tueur en série et l'architecture de sa maison ne seraient en fait qu'un symptôme, une suite logique du fonctionnalisme, concluant même que ce tueur en série pourrait être après tout comme un prophète du design moderne appliquant à la lettre les désirs modernes appuyés essentiellement sur les principes de la mécanisation, sur l'application parfaite du fonctionnalisme. La maison est une machine, une machine à tuer.
Bon.
Oui...
Le souci c'est que, même si l'analyse est intelligente, si l'angle est d'ailleurs un rien ironique, on pourrait un peu vite en conclure que le phénomène du tueur en série serait lié de fait avec l'idée du fonctionnalisme faisant de l'environnement géographique et intellectuel du tueur, de sa proximité avec les abattoirs de Chicago et leur rationalisme, les coupables idéaux.

Alors, on aime suivre l'auteure dans ses raisonnements, on aime sa culture brillante et qui vient parfaitement étayer l'angle, on aime un peu moins, comment dire... la conclusion.
J'avoue que si je peux m'amuser du rapprochement et de son audace, il serait bien tout de même d'analyser aussi plus profondément comment un tel individu, dans son histoire personnelle, son éducation, son héritage relationnel et sociologique, a pu aussi être fabriqué.
Ne pas trop être saisi pas son idée originale pour mieux relativiser son sens.
Que les génies du mal soient également des génies opérationnels du crime sachant inventer situations, outils, opportunités pour tuer, je crois que, malheureusement, cela n'est pas seulement lié à un environnement intellectuel et industriel basé sur une théorie contemporaine de ce mal.
De ce point de vue, la stratégie militaire a su déjà réaliser des meurtres de masse en ayant en plus la magnifique excuse de l'ambition militaire. Napoléon aurait sans doute pu être un ami de Holmes, un conseiller, tuant par milliers au nom du progressisme politique et de l'ambition personnelle. Saisir les outils de son époque n'est pas les inventer ni même les interroger c'est, tout bonnement, les utiliser.
Les salauds de l'Histoire sont souvent, surtout, des opportunistes.
C'est dans cette capacité d'usage que se pose la vraie question de l'intelligence meurtrière de Holmes.

On regrette vivement aussi que l'analyse architecturale du lieu, appelé le Château, ne soit pas plus poussée et plus éclaircie. Difficile de suivre les espaces, d'en saisir les articulations, de comprendre comment les espaces les plus cachés étaient articulés aux espaces les plus publics. Mon imagination a eu bien du mal à se projeter dans l'intelligence de cette spatialisation, ne pouvant pas suivre correctement comment les circulations se faisaient. Un plan m'eût-il aidé ? Était-ce possible de le réaliser ?
Manquent aussi des liens avec la modernité de la ville de Chicago, l'image des façades, le jeu des structures et le sens de l'espace familial et privé dans l'Amérique urbaine de cette période. Comment on habite dans cette Amérique, comment on reçoit, comment un étage est noble, comment on y accède, comme on le quitte, bref ce que l'urbanité et la politesse des maisons (merci Bénédicte Chaljub) pouvaient avoir de particulier à l'époque et que Holmes aurait pu tout aussi bien saisir et donc construire.
Il y a donc une forme d'accusation du fonctionnalisme (bien entendu capitaliste) qui, s'il est aujourd'hui assez souvent décrié et mal aimé car mal compris, n'en demeure pas moins un moment important de l'histoire de l'architecture et du Design. L'art populaire des outils (du couteau parfaitement équilibré du boucher au marteau des forgerons, ce fonctionnalisme vernaculaire) a bien tué aussi. Et l'idée maintenant trop souvent répétée que les fours crématoires et l'organisation du crime nazi seraient la fin logique du fonctionnalisme a déjà été écrite, rebattue, usée. Alors si les uns se sont intéressés à la fin du fonctionnalisme en l'accusant des pires crimes de l'histoire, il fallait quelqu'un pour nous en évoquer son horrible genèse. Voilà c'est fait. Aveugles que nous étions ! Le crime en série sera donc maintenant associé à l'origine de ce mouvement. La boucle est bouclée.
Designers, faites attention à l'efficacité des mesures d'un meuble, à l'ergonomie d'un électro-ménager, vous pourriez rapidement être accusés de complicité de meurtre.
Allez ! Je rigole.

À force de tirer la corde de la similarité d'un champ avec un autre, on finit par croire en leur égalité.

Je vous conseille donc vivement de lire ce livre, objet éditorial curieux et bien construit.
Pour ma part, je retournerai bien volontiers visiter la maison ou les installations de Gregor Schneider ou mieux encore, la Maison des Feuilles de Danielewski. J'y retrouverai plus sûrement, dans ces maisons, mes doutes métaphysiques et mes craintes enfantines.

La manufacture du meurtre
Alexandra Midal
éditions Zones
12 euros, achetez vos livres chez un libraire indépendant.





Parce qu'il est question de Chicago, je vous donne deux cartes postales de cette ville. Bien entendu, vu la période concernée et l'objet du livre d'Alexandra Midal, je n'ai pas trouvé de carte postale représentant la maison de Holmes mais ce n'est pas impossible qu'au détour d'une vue de rue ou de quartier on puisse, un jour, la trouver.
Je vous propose donc d'abord cette carte postale représentant le parcage des animaux avant leur passage dans les abattoirs, abattoirs dont nous parle beaucoup Alexandra Midal dans son ouvrage. La représentation en carte postale d'un tel objet prouve bien l'importance de ce lieu pour Chicago et l'éditeur Cameo, nous indique bien que des centaines de visiteurs viennent là voir l'industrie gigantesque de la viande. Cette industrie est donc bien considérée comme un sujet touristique, digne de représenter la ville de Chicago. Il était donc possible, comme après la visite d'un monument ou d'une usine quelconque d'acheter une carte postale des abattoirs et de diffuser cette industrie de la mort par l'image d'une carte postale.


Je vous mets aussi cette autre carte postale de Chicago, plus joyeuse, plus fraîche mais aussi plus récente (circa 1955) nous montrant le Sheraton peint dans une somptueuse gouache qui me fait penser à un générique de film qui aurait bien pu être dessiné par Saul Bass. Comment ne pas aimer ça, comment ne pas aimer qu'un tel Hôtel aussi luxueux préfère pour faire sa promotion passer par une représentation aussi colorée, aussi fantaisiste, aussi pétillante ! Malheureusement pour nous, l'éditeur de Boston ne nous indique pas le nom du peintre ou dessinateur qui a créé cette superbe représentation de la ville de Chicago !









mardi 20 novembre 2018

Roland Poppensieker, Architekt par Ingo Taubhorn

Première partie :
Il y a bien longtemps, j'ai acheté ce livre aux Emmaüs :





































Menchen Mann de Ingo Taubhorn montre de nombreuses photographies, toutes en noir et blanc, d'hommes souvent nus. J'avais été touché par la simplicité des prises de vue, comme dégagées d'un érotisme homosexuel trop facile, montrant les sujets comme ils sont, sans pour autant ne pas oublier de leur donner la chance d'une beauté effective, simple, touchante.
Le livre n'ayant aucun texte en français, je ne peux que m'appuyer sur les photographies de Ingo Taubhorn pour comprendre l'objet du livre. Et parfois, ce n'est pas plus mal ainsi. J'y vois d'abord une grande familiarité avec ses sujets, une présence confiante.
Dans ce livre figure, photographié plusieurs fois, Roland Poppensieker dont, jusqu'à ce matin, je n'avais pas eu la curiosité de googliser son nom, pas plus pour lui d'ailleurs que pour les autres modèles des photographies.
Roland Poppensieker est pourtant architecte.
Deuxième Partie :


Il y a très peu de temps, pour quelques centimes, j'achète cette carte postale pliée de la mairie (Landeshaupt) de Mayence-sur-le-Rhin (Mainz am Rhein), hésitant d'ailleurs à la prendre car ce pli ne me plaisait pas.
La carte postale des éditions Metz ne donne pas beaucoup d'informations sur l'architecte de cette mairie qui pourtant porte bien joliment sa façade au-dessus des géraniums. Et j'aimais immédiatement la répétition de sa façade.


Entre la première partie et la seconde, il se trouve que le site de Roland Poppensieker va me permettre de faire une liaison puisque ce dernier a bien pensé à un projet venant se greffer sur cette mairie de Mayence,  réalisation de Arne Jabobsen et Otto Wietling. Je suis toujours surpris de me voir reconnaitre aussi vite une forme aperçue. Dans le foisonnement de mes images, j'aime imaginer des ponts, parcourir des chemins qui s'imposent gentiment. Comme si, modestement, je possédais aussi un Atlas Mnémosyne.
Ce chevauchement des documents pourtant loin les uns des autres et cette concordance soudaine me permettent de rencontrer à la fois Roland Poppensieker, Ingo Taubhorn, Arne Jacobsen et Otto Wietling. Je regarde ce jeune homme sérieux en noir et blanc dont l'évidente beauté me trouble et je saisis qu'il ne pouvait pas lui-même se douter qu'il réaliserait un tel projet sur une architecture aussi importante. Rien dans ce visage, dans ce corps ne peut bien entendu me dire que le jeune homme d'alors est architecte, aucun indice sur les photographies de Ingo Taubhorn ne me permet de le comprendre.
Bien entendu, il pose au moins une fois avec un porte-mine mais cela ne suffit pas à qualifier son métier, son désir. On trouve dans l'ouvrage deux clichés montrant Roland et Ingo se tenant la main. Ils sont tellement marqués par les années 80 que cela me transperce. Et je m'aperçois aussi que le livre est dédié à Roland. Car Roland est très beau.
Très.

On notera que Roland est l'un des plus photographiés par Ingo et que c'est l'un des rares à ne pas l'être nu. On notera que Roland fait la couverture du livre de Ingo.
Je ne peux rien déduire de tout cela, rien.
Rien sur l'architecture d'un architecte allemand né au milieu des années cinquante en tout cas. Rien déduire non plus de l'histoire de l'architecture allemande qu'il a traversée et de comment, aujourd'hui, il peut regarder ces photographies qui ont plus de trente ans. Comment juge-t-il ce jeune homme qu'il a été ? Comment juge-t-il aujourd'hui les photographies de Ingo ? Sur son site, aucune trace de ce moment.

Je me dis qu'après tout, rencontrer le travail d'un architecte peut bien aussi se faire ainsi. Par le croisement des histoires, des photographies, des désirs. Je n'ai rien d'autre à conclure que j'aime bien certains projets de Roland Poppensieker. 
Est-ce un hasard ?
Est-ce là aussi un pli ?

https://rolandpoppensieker.de/















































































mardi 13 novembre 2018

Amicalement vôtre, Le Corbusier

Dès que je vois un bar, des tabourets, un cocktail, mon éducation populaire fait immédiatement surgir le premier épisode de la série Amicalement Vôtre dans laquelle les deux personnages principaux se battent à cause du nombre d'olives que l'on doit disposer dans un Créole Crème.
"Deux olives, pour les entendre s'entrechoquer mollement ", " Mais vous allez tout de même pas séparer une paire..." restent des expressions que j'utilise encore aujourd'hui avec mes frères.
Le bonheur provenant bien évidemment de la futilité du sujet de la dispute, futilité heureuse et chic qui fondera bien plus tard l'amitié des deux personnages. J'ai gardé de Lord Brent Sinclair et de Dany Wilde l'image parfaite de la virilité, un rien misogyne (là je tousse un peu) mais surtout pleine d'humour sur soi tout en étant taquin aux autres.
Je n'ai jamais su choisir entre Brett Sinclair ou Dany Wilde, choix cornélien des discussions de cours de récré. Trop loin de l'aristocratie de Sinclair, j'en aimais la culture et les bonnes manières, je ne pouvais pas me reconnaitre dans Dany Wilde pourtant d'origine populaire car trop bagarreur et roublard. L'homme idéal doit se trouver entre les deux. (Je l'ai trouvé)
Même si... J'avais un faible pour la Ferrari de Wilde. En fait, mon modèle sera, (toujours en Ferrari), le beau Magnum surtout lorsqu'il remonte vers la plage, en maillot de bain, l'eau ruisselant sur son torse poilu.
(bref)
Pardon.
Je me ressaisis.
Donc :



Nous voici devant un bar, regardant le barman nous préparer un cocktail dont j'aurais bien de la peine à vous dire s'il s'agit d'un Créole Crème...
Personne d'autre que nous, spectateurs de l'image et photographe, n'est présent. On dirait bien que le verre sera pour nous. Mais si le titre de cet article vous aura mis sur la piste de la localisation de ce bar, il est pourtant bien trop peu original pour que nous puissions de suite l'identifier comme l'un des plus importants lieux du Vingtième Siècle. La composition du mobilier, le design du bar lui-même, les caissons de lumière au plafond, tout cela sent la modernité tranquille d'un bar de Province à la mode. Il n'a donc d'autre raison de nous être présenté que parce qu'il se situe dans la Cité Radieuse de Marseille. L'éditeur Ryner nous signale donc que l'Hôtel-Restaurant est au 280 Boulevard Michelet, dans la 3ème Rue (sic) et que le restaurant possède deux étoiles. C'est bien. Il me faudra vérifier dans le Guide Michelin. Bien entendu Monsieur Le Corbusier est nommé mais il semble évident qu'il n'est pour rien dans l'aménagement de ce bar... On sent à droite une cloison pliante étirée qui peut-être permettait de séparer la salle à manger de l'Hôtel aux heures d'ouvertures du bar. À gauche on devine des tables et des chaises avec nappes. Chaises qui semblent bien être des chaises Diamant dessinées par René-Jean Caillette.





On aimerait bien savoir comment s'appelle notre Barman qui a l'air tout jeune. On devine que la scène est construite, que tout cela est préparé mais on rêve à de multiples prises de vue et donc de multiples préparations de cocktails emmenant notre photographe et notre barman vers des dégustations répétées et... conséquentes.
Le photographe est-il alors allé se coucher ?


Tout dans ce cliché nous fait aussi signe. Comment ne pas se croire cette fois dans un James Bond ou un OSS 117 ? Placage de bois veiné sur les murs, micro-spots en liseuses, lit bas, tapis épais en poil de polyamide, chaises et fauteuil de Bertoïa et surtout rien d'autre comme pour donner de la chance à l'espace, maintenir l'unité d'une boite précieuse.
Boîte relativement petite si on regarde comment la porte du cabinet de toilette (appelée salle de bain ) vient toucher le banc de bois où poser nos valises. Je m'interroge sur le volume sombre traversant le plafond, volume peint, le révélant et construisant aussi une spatialité. Camoufle-t-il des gaines ce faux plafond ? La couleur nous manque pour en comprendre la judicieuse articulation. L'autre élément important de cette chambre de l'Hôtel de la Cité Radieuse c'est son très beau parquet. L'éditeur Ryner de cette carte postale nous informe qu'il s'agit d'une grande chambre. Ce qui est peu lisible. Le lit d'une grande beauté moderne dont la sobriété fait sens possède comme seul luxe ses matelas séparés.
La netteté de cette chambre, sa rigueur et j'oserai même son côté très strict répondent au désir de fonctionnalité et de propreté bien loin des standards encore en vogue dans les hôtels de famille de Province aux gros lits lourds, au mobilier disparate couvert de napperon, aux murs remplis de cadres et de tableautin de chasse.
Pourtant un détail... Il n'y a là pas de téléphone.
On notera (et cela fera plaisir à Laurence) que la carte postale du bar est datée par l'oblitération de la Poste de 1966 soit déjà loin de la livraison de la Cité Radieuse.
On hésite à analyser ces deux cartes postales comme exceptionnelles, comme particulières à la Cité Radieuse. Finalement à cette époque, les cartes postales d'hôtels sont fréquentes, communes et, ce qui devrait surtout nous troubler c'est que, comme pour n'importe quel hôtel de Province celui dessiné par Le Corbusier, situé entre ciel et terre au milieu de logements est photographié et diffusé par les cartes postales. Notre étonnement d'amateurs d'architecture vient bien de ce traitement anodin.
C'est une joie simple.
Mettez-moi deux olives, ici ou ailleurs.

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https://www.dailymotion.com/video/xf0rjb