dimanche 17 juin 2018

Piscines Tournesol, inventaire engagé paysagé

Elle pourrait être la forme parfaite de la carte postale de piscine Tournesol, une sorte d'absolu :


Nous sommes à Auby dans le Nord et le photographe des éditions Combier cadre parfaitement l'objet. La Piscine Tournesol dans sa livrée orange, la plus courue, la plus significative de son époque, semble bien posée là, esseulée, comme atterrie soudainement. On connait bien ce type de représentation de la piscine Tournesol qui ne permet pas de l'individualiser, ne laissant au contexte de son atterrissage aucune chance de s'exprimer. On pourrait être n'importe où. Les deux arbres en contre-jour ne permettent pas d'identifier la localisation.



















Cela signifie bien que le piège possible de cette image est bien l'édition, à la fois de l'image mais aussi de l'architecture représentée. La preuve ?


Devant ce détail de la piscine de Saint-Laurent-du-Var, j'ai cru reconnaître lors d'un dernier rangement dans mes classeurs celle d'Auby...
Je vous donne la carte postale en entier :


Elle nous permet de voir par deux fois la piscine Tournesol de Saint-Laurent-du-Var, une fois bien contextualisée dans le paysage urbain, mêlée aux autres aménagements sportifs puis plus proche, nous montrant donc le détail de son fonctionnement et de son usage.


Cette image est la preuve de l'attachement à ce genre d'objet architectural, toujours jugé digne de représentation en carte postale. Ici les éditions Gilletta font le travail, la carte est expédiée en 1984 et ne nomme pas l'architecte Monsieur Schœller.
Pour ce paysage de Bar-sur-Aube :


Sur le trottoir, à hauteur d'homme se promenant le long de la chaussée, le photographe cadre la ville au loin, la route qui y mène et la piscine Tournesol. Là aussi, l'image donne peu de chance d'une identification très marquée, le paysage ressemble à beaucoup d'autres, une sorte de typologie française. Mais pourquoi cadrer ainsi ? Pourquoi une route, sa chaussée, sa droiture traversant la ville et son équipement sportif pourraient représenter une ville et ses particularités, suffisamment en tout cas pour croire qu'elle fait sens, donne raison à l'idée d'un pittoresque local ?


L'image est coupée en deux, la petite cité moderne à droite et son équipement moderne et sportif, au loin la ville ancienne, son clocher qui sert de visée à la route, entre les deux les arbres, les fleurs, le petit bonheur des aménagements paysagers des villes. On note comment aussi, maintenant, la nostalgie nous fait aimer le panneau Elf d'une station-service ou d'un garage. Mais comment le photographe a bien pu se décider pour ce point de vue ? A-t-il laissé sa voiture sur le bas-côté, derrière lui ? Est-il venu à pied depuis le centre ville, photographiant à l'envi ce qui lui semble significatif ? Trouvant dans la couleur des fleurs rouges le point joyeux de son image, lien entre la vieille ville et la nouvelle ? Est-ce que vous entendez comme moi le bruit des autos qui nous frôlent ?
La piscine de Bar-sur-Aube a tout perdu de sa beauté. Tout.
Celle de Saint-Laurent-du-Var est devenue blanche.

L'inventaire en cartes postales des piscines Tournesol est un travail. Merci de ne pas venir vous goberger des images sans autorisation, (que je donne gentiment si on prend le temps de me la demander) :
http://archipostcard.blogspot.com/search/label/piscine%20tournesol
http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/piscines%20Tournesol



























lundi 11 juin 2018

La fatigue à Ronchamp

Parce que Ronchamp n'est pas seulement une église mais un programme religieux plus complexe, Le Corbusier n'y a pas seulement dessiné une chapelle mais bien un ensemble offrant d'abord, cela va de soi, le lieu de culte mais également un abri pour les pèlerins, sujets premiers de cet espace spirituel.
Le pèlerin est un être en mouvement désirant un but, dont le cheminement intérieur se matérialise dans le concret du cheminement réel. Arrivé à destination, il doit trouver à la fois l'objet de sa quête mais aussi le repos. Non pas que la fatigue soit un élément du programme du pèlerinage, même si elle est une manière de se débarrasser de l'harassement des pensées négatives, mais elle est présente, subtile, comme une présence du corps, ce sac de peau comme disait Corbu qu'il faut bien emmener avec soi en haut de la colline salvatrice. La joie est là, ne nous y trompons pas. Oh ! La belle joie que cette fatigue utile, achalante, digne !
Pour elle, il fallait un abri, et à Ronchamp, c'est Le Corbusier qui le dessine. Souvent oublié des représentations de Ronchamp, souvent même oublié de notre cinéma intérieur que nous nous fabriquons de Ronchamp, l'abri des Pèlerins est pourtant bien un élément essentiel de ce mouvement vers la colline sacrée. Il est, de plus, d'une beauté brutaliste stupéfiante, jouant de tous les contrastes avec la Chapelle. Il est donc assez étonnant d'en trouver une représentation en carte postale même si il faut relativiser cette surprise :


En effet, dans un lieu aussi fréquenté, il est normal de vouloir offrir finalement toutes les représentations. Le pèlerin depuis toujours a été friand des objets liés à son pèlerinage et il a toujours été un fétichiste de son propre mouvement. La représentation n'y échappe pas et vouloir revenir avec l'image de ce mouvement, vouloir en communiquer le but atteint enfin est très normal. Et puis la très grande fréquentation entraîne forcément la possibilité aussi de multiplier les angles des points de vue, presque certain qu'il y a là la possibilité de jouer avec l'ensemble des représentations de chacun. N'oublions pas non plus qu'il existe des cartes postales de second regard, celles fabriquées pour les habitués d'un lieu, leur permettant d'échapper aux représentations habituelles et de ne pas répéter leur désir d'images. Plus un lieu est fréquenté, plus il a de chance de proposer des angles et des images originales et variées, c'est la loi du marché qui autorise cette générosité des points de vues. On enverra l'abri des Pèlerins soit à une personne à laquelle on a déjà envoyé la Chapelle l'an dernier, soit à une personne connaissant le lieu, soit aussi, évidemment, parce que finalement c'est bien là que le correspondant arrive.
Cette carte postale est une édition de la Société Immobilière de Notre-Dame de Ronchamp. Elle ne précise pas son photographe qui pourrait bien évidemment être Charles Bueb. On note que l'abri est photographié en contre-plongée depuis le chemin en contrebas, laissant tout de même à la Chapelle la chance d'apparaître à gauche de la photographie, cela, bien clairement, pose le désir de la localiser. Cela permet aussi de jouer du contraste entre les lignes courbes de la Chapelle et les angles de l'abri, tous deux pourtant, semblant darder le ciel gris. Tout le vocabulaire corbuséen est de sortie : disposition des ouvertures, leur retrait dans l'épaisseur du mur, les traces des planches dans le béton banché, les aplats de couleurs vives, le déversoir épais des gouttières, la forme tenue, serrée, compacte d'un dessin très lisible.
Je pense soudain à la cantine de Marçon par Wogenscky. 
On notera enfin, que la carte ne fut pas expédiée, sans doute achetée comme souvenir, comme une note que l'on fait d'un lieu, vertu de la Veduta.
Mais avant d'arriver, le pèlerin perçoit-il cela :


Cette carte postale du même éditeur nous montre à peine la Chapelle, perdue au milieu des branches, posée sur le haut de sa colline. Bien entendu, il s'agit d'une image dramatique, au sens où elle joue avec notre désir de nous raconter l'histoire du moment du surgissement du lieu du pèlerinage, de son but, enfin, là-bas, au loin, presque déjà là. Ce point de vue permet aussi de comprendre comment le rocher sculpté par Le Corbusier semble naturel, comme un fruit, un caillou, la carapace d'on ne sait quel crabe de montagne échoué là. Là également, cette carte postale s'adresse sans doute à un client ayant déjà joué au pèlerin, ayant déjà usé son œil sur une image plus attendue et cherchant un point de vue plus original, moins resserré sur l'église mais plus sur l'événement même du pèlerinage lui-même. Un regard averti en quelque sorte, délaissant la représentation de l'objet architectural au profit de la représentation de l'événement.
Une fois encore l'éditeur oublie de nous nommer quel photographe-pèlerin a ainsi vu Ronchamp. Dommage d'avoir perdu le corps qui va avec cet œil, écartant les branches, un peu loin du lieu, regardant avec émotion la chance de Ronchamp comme nous avait écrit Claude Parent dans sa préface pour notre livre sur Charles Bueb.

Sur Ronchamp :
http://archipostcard.blogspot.com/search?q=Ronchamp
ou encore :
http://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=ronchamp







vendredi 8 juin 2018

1023 endormis au moins

Il ne fait aucun doute que certaines représentations de l'architecture font l'architecture. Sans doute que cadrée, condensée, nettoyée et isolée la construction représentée prend une force que son analyse ou sa visite pourrait contrarier voire contredire.
En voici un exemple :


Quand cette carte postale m'est tombée dans les mains, le spectaculaire était bien au rendez-vous ! Comment ne pas jubiler d'une telle densité urbaine fortement cadrée et retenue que l'image accentue certes mais aussi ne fait que révéler finalement. Regardez le traitement du triangle flou et gris en bas à droite de l'image...
Car le piéton (et donc le photographe ?) pour bien saisir depuis le trottoir le travail de Monsieur René Coulon, l'architecte de cet hôtel Méridien à Paris n'a que deux solutions : soit pénétrer le bâtiment, soit, effectivement, prendre de l'altitude, tant l'insertion dans l'îlot est insaisissable depuis la rue ! Ici, l'exploit de cet hôtel est bien la manière dont il se glisse entre les trois rues, laissant du bâti ancien à sa place, créant ainsi dans l'îlot des passages et même des vides dont il doit être bien spectaculaire de pouvoir les arpenter ! 1023 chambres ! 1023 resserrées ainsi, rassemblées !



La jubilation de l'image vient bien de la révélation de cette forme cachée aux yeux du piéton qui lui, ne peut percevoir qu'une immense façade linéaire sur le boulevard Gouvion Saint-Cyr ou identique mais courbée sur une autre rue, la rue Waldeck Rousseau. Comment diable les deux sont reliées ? C'est ce que montre cette carte postale des éditions Guy expédiée en 1981. Il ne fait aucun doute que cette carte postale est une édition vendue sur place pour ses clients. D'ailleurs le correspondant nous le dit, il écrit depuis sa chambre en face du Palais des Congrès de Monsieur Guillaume Gillet. L'hôtel Méridien étant un hôtel d'affaires, la proximité avec ce Palais des Congrès est sa raison d'être. L'éditeur nous raconte aussi que l'hôtel Méridien possède donc 1023 chambres insonorisées et climatisées, avec télévision, radio, bar, téléphone. Il y a aussi deux restaurants et une galerie marchande, pas moins de 10 salles de réunion de 30 à 100 places...Ouf...Et Monsieur Coulon, l'architecte est bien nommé.
Que penser d'une telle architecture dont l'essentiel tiendra dans l'exploit de densifier au maximum le programme sur son îlot tout en permettant tout de même d'inventer quelques chances spatiales, quelques moments architecturaux pour que la lumière entre dans le bloc, pour que l'hôtel soit aussi un moment architectural intéressant ? N'oublions pas que ce type d'hôtel doit aussi se présenter comme un événement en soi où les services sont multiples et efficaces. René Coulon a donc décidé de faire deux barres sur l'alignement des rues, alignement sans doute obligatoire dans le règlement urbain puis de poser au centre une sorte de tour triangulaire trilobée venant réunir les deux barres, tour ouverte qui fera patio et qui viendra se déformer sur la courbe de la rue Waldeck Rousseau et du Boulevard Pereire. L'ensemble reste tenu par une grille de façade identique partout, indifférente aux événements spatiaux, donnant l'unité et peut-être un peu d'ennui ou d'austérité sérieuse affirmant le caractère de travail de cet hôtel. On n'est pas là pour rigoler ! Le blanc associé à ce brun chaud finissent de donner à cet hôtel ce charme suranné des grosses machines pompidoliennes auquel répond parfaitement Gillet et son Palais des Congrès ou le beau mur-rideau aux verres cuivrés de l'immeuble Maillot 2000 de J.C Daufresne, architecte et que l'on voit d'ailleurs aussi sur la carte postale.
Voilà un morceau de ville parfait pour les nostalgiques Vintage voulant passer à Paris une nuitée sentant bon Eau Sauvage et le cuir des Citroën DS Pallas.
Éric Lapierre dans son merveilleux guide nous indique que l'hôtel date de 1966 (ce qui me semble bien tôt) et évoque, pour sa façade une grande tenture tendue...Oui, c'est bien vu !
Nous retrouverons sans doute Monsieur René Coulon pour d'autres architectures. Il est d'ailleurs très présent en Normandie.
Dans un numéro de l'Architecture d'Aujourd'hui de 1972 (voilà) on trouve un tout petit encart nous montrant un dessin et une photographie d'une chambre. Le dessin nous permet de bien lire la forme générale de l'hôtel car il le dépouille en quelque sorte de sa gangue du Paris ancien. Un peu de clarté, ça fait du bien !









dimanche 3 juin 2018

Un mâle blanc dans la Zup

Le photographe des éditions La Cigogne a sans doute attendu ce moment précis :


Ce moment c'est celui du passage du bus, trop évidemment bien placé pour y être retenu au hasard du déclenchement. Le bus offre bien entendu l'image d'un quartier relié, donne l'idée que ce quartier est bien desservi. Il offre aussi un contre-point coloré très vif qui vient faire chanter la ligne grise brutalement éclairée des immeubles et des tours sur le haut de l'image. La lumière y est particulièrement soignée, premier plan lumineux et étale, second plan, plus dur, plus contrasté à cause de la densité des constructions se faisant les unes aux autres de l'ombre. Une superbe image.



Mais je vous entends derrière votre écran me demander où nous sommes.
Nous sommes à Venissieux au pied de la Cité des Minguettes. Il y a tellement à dire sur ce quartier, il a tellement déjà été dit que je resterai en retrait, laissant cette histoire puissante à d'autres, d'abord à ceux qui y ont vécu car je ne suis pas socialiste, je ne prends pas la parole à leur place.
Je note que la correspondante a fait signer sa carte postale par toute la famille : Jocelyne, Sabine, Muriel, Daniele.
Et que tout va bien, et que bons baisers de Vénissieux, sans rien émettre d'un jugement positif ou négatif sur son lieu de résidence. Bien entendu, je laisse aussi aux interprètes de ces images forcément coupables de ne pas être le réel, le choix d'une interprétation mêlant sous-entendu du silence et de la colère qui gronde, accusant le photographe de la carte postale, celui d'un bonheur aveuglant la réalité, de n'avoir pas vu, de n'avoir pas su, d'être même, allez, soyons direct, complice de ce monde autoritaire de l'urbanisme moderne. Je ne suis pas de ceux-là.
Il y a suffisamment d'historiennes de l'architectures des Grands Ensembles qui feront cette interprétation ou des artistes contemporains, heureux de se saisir de ce monde perdu, pour nous faire la leçon, à nous, les naïfs des images heureuses. J'aime mieux me sentir dehors, au soleil, attendant avec le photographe des éditions La Cigogne, le moment idéalisé d'un bus qui passe, d'une lumière flamboyante, j'aime mieux notre air autour de nous deux.
Puis vient le ciel éclatant à son dégradé sensible :


Pour Combier éditeur, le photographe choisit l'opposition parfaite d'une verticalité soudaine à l'étalement de la rue et du ciel. Plaçant la superbe tour (dont nous admirons l'incroyable qualité de son dessin de façade) à la droite de l'image, il invente une perspective infinie, emmenant l'œil jusqu'aux immeubles au loin, qui sont ceux vus sur l'autre carte postale. Je reste totalement admiratif de cette tour du centre commercial "La Pyramide" qui doit tenir son nom du bâtiment pointu un peu en retrait. Une fois encore, les percées et le jeu des ouvertures de cette tour sont joyeusement habités par des stores de couleur jaune qui ponctuent sa rigueur. La tour est placée sur un socle un peu ouvert sur pilotis et peint en gris qui lui donne un élan magnifique. On notera les travaux en cours, la rue est d'ailleurs fermée à la circulation. Et non, il n'y a pas de hasard, là aussi, la femme qui tient son enfant par la main à l'extrême droite de l'image est bien attendue. Elle permet au photographe d'animer l'image un peu vide sans trop la personnaliser, elle permet de nous accompagner dans l'image. On note une ombre forte sur le sol, le photographe s'y place sans doute aussi pour faire son cliché de manière plus sereine. Il s'y abrite.




L'éditeur Combier nous fait plaisir, il nomme les architectes : Messieurs Beaudouin et Grimal. On les connaît bien. On aime les retrouver. La carte fut bien expédiée, achetée, choisie. Elle fit son travail de liaison d'un lieu à un autre, de Vénissieux et des Minguettes vers Haubourdin dans le Nord, rue, oui et cela ne s'invente pas, rue de la Fraternité...
Alors comment mieux conclure... les Minguettes vers la Fraternité, j'aime mieux cette conclusion que toutes les autres, les articulées sur le doute, les abusives sur l'avenir, les instrumentalisées sur la politique des banlieues. Je suis un mâle blanc qui regarde des images. Et cela ne doit pas m'interdire d'en dire quelque chose car la qualité des images c'est que soudain pour bien les regarder, il ne faut plus être en marche.





























La rue de la Fraternité :


lundi 28 mai 2018

Nanterre, the First International Ruin Porn Park for Ruins Photography

Je reçois du Comité de Vigilance Brutaliste, je diffuse :

En fait, la ville de Nanterre est en train d'inventer un nouveau type de tourisme en s'appuyant sur le succès de Detroit et de son écroulement économique. On sait comment cette ville américaine est devenue the place to be pour tous les artistes en mal d'utopies inachevées, d'industrialisation stoppée, d'abandons esthétisés. Les safaris photos sur le monde capitaliste épuisé n'en finissent plus et il est de bon ton pour un photographe contemporain d'être allé en pèlerinage à Detroit voir à quoi pourrait ressembler notre monde si, par hasard, la crise pouvait s'étendre. On peut facilement croire que Nanterre et ses conseillers en communications et ses élus à la Culture ont compris l'intérêt économique de ce genre de tourisme qui vient là voir la disparition des utopies. Nanterre a donc inventé le premier International Ruin Porn Park avec trois visites superbes : L'école d'architecture de Nanterre, les Tours-Nuages de Aillaud et on finit la promenade depuis peu par le Foyer Maurice Ravel, dernier chef-d'œuvre ajouté à la liste, dans un état d'abandon qui se rapproche malheureusement de jour en jour de celui de l'école d'architecture... Il faut le dire de suite, à Nanterre, la ville a surtout orienté ses ruines vers les constructions culturelles afin de donner une puissance toute particulière à son renoncement politique et historique. L'ensemble est cohérent puisque ce foyer Maurice Ravel est du même architecte que l'école d'architecture : Jacques Kalisz ! Il y a donc bien dans la politique culturelle de la ruine une cohérence de la part de la ville de Nanterre. Le CVB vous conseille donc de vous dépêcher d'aller prendre vos tickets auprès de la Mairie pour la visite de ce Ruin Porn Tour, car, vu la vitesse de la dégradation de ses monuments et l'inaction instrumentalisée, il se pourrait bien que the First International Ruin Porn Park ferme plus tôt que prévu, il ne restera bientôt plus rien à voir. On notera qu'une fois encore, nous sommes en région Île-de-France, ce qui laisse rêveur sur l'avenir de ce patrimoine...
Vous pouvez aussi lire cet article :
https://www.lemoniteur.fr/articles/le-foyer-maurice-ravel-menace-de-demolition-35439392 

Le Comité de Vigilance Brutaliste


Pour ma part, en 2010, j'avais écrit ça sur le foyer Maurice Ravel, je ne peux pas ajouter grand chose :
Il s'agit du Foyer Maurice Ravel à Nanterre.
Tout est pour moi.
L'architecture au comble de sa jubilation modulaire, de sa structure affichée, de son béton sensible.
Jeux sobres d'une forme qui se décline dans la conscience d'un plan et surtout d'une fonction, confusion visuelle libératrice et ludique qui démontre le plaisir d'un jeu savant d'une forme sous le soleil...
Un vrai lieu.
Regardons ce beau cliché pour Lyna éditeur dont le photographe est notre célèbre J.E. Pinet, photographe de cartes postales pour Abeille-Cartes. Monsieur Pinet se place un peu sur le talus, sur l'herbe pour que le foyer Maurice Ravel semble surgir au détour du chemin, laissant déborder les Tours de la Défense au loin. La carte est datée de 1968 et par le correspondant de mars 1982 !On notera que l'éditeur nomme l'ensemble Foyer Maurice Ravel-École de Musique sans nommer Jacques Kalisz son architecte.





samedi 26 mai 2018

Brasilia nova capital

Il y a les cartes postales esseulées, perdues, que l'on trouve au milieu des calvaires bretons, des chats dans des paniers fleuris et il y a les cartes postales rassemblées en petit livret, portfolio, agissant comme de minuscules ouvrages résumant les architectures et points de vue essentiels d'une ville.
En voilà un exemple qui nous fait tourner la tête :

Ce dépliant un peu sévère, presque triste dans son allure, ne donne que peu d'informations sur son origine éditoriale. Pas de texte, pas de nom d'éditeur, pas d'année, pas non plus de nom d'architectes. Il faut pour avoir les informations regarder une à une les cartes postales collées dans ce livret et soulever leur coin pour lire au verso : Souvenir Publicidade, direitos reservados, R. Tupinambas, 190 conj- 101 B. Horizonte.
Difficile donc de tirer des conclusions sur l'homogénéité de ce petit livret. L'origine des images n'étant pas donnée, on ne peut savoir si l'éditeur est également le photographe ou si cet éditeur a rassemblé des images de provenances diverses, ce qui semble bien le cas, vu leurs types variés : photos de maquettes, plan, photos aériennes... On note que l'ensemble est assez mal imprimé, voire parfois difficile à lire, comme une édition faite en urgence ou avec trop peu de moyens. On note que le collage des cartes postales signifie bien que l'idée de l'éditeur était que le livret reste un ensemble ne permettant que difficilement d'arracher les cartes pour les expédier une à une. Pourtant, je pense que ces cartes postales devaient bien être aussi disponibles séparément comme c'est presque toujours le cas pour ce type éditorial. On note d'ailleurs que les cartes sont numérotées et que ces numéros ne correspondent pas au nombre dans le carnet et laissent rêver à plein d'autres cartes postales ! Mais qu'importe ! Comment ne pas tomber sous le charme indéniable de ce petit document nous présentant les débuts de Brasilia, sa sortie de terre et les rêves de ses maquettes ! On a l'impression de vivre la construction, que nos doigts touchent la terre fraîchement retournée, que Belmondo et Niemeyer vont surgir au fond d'une image !
Je vous laisse avec les images, je vous laisse plonger dans ce décor, dans ce moment. Certaines images restent mystérieuses sur leur sujet comme celle intitulée O Cruzeiro montrant une toile tendue et une foule. Inauguration ? Messe en plein air ? Fête ?
Bon voyage à Brasilia !