lundi 25 janvier 2021

l'Honneur puis la Honte du Parti Communiste Français ?


Lettre ouverte

La fierté puis la honte du Parti Communiste Français ?


Monsieur le Maire d’Ivry-sur-Seine,


Il y a peu de villes dont l'architecture moderne ou contemporaine fait autant image et corps avec leurs architectes. On aime Le Havre et son Perret, Royan et son Ferret, Brasilia et son Niemeyer. Mais il semble qu'il manque à cette liste une autre ville dont l'histoire du logement social fait pourtant maintenant partie intégrante de la grande Histoire de l'Architecture : Ivry-sur-Seine.

Oui toute l'histoire de la politique sociale et urbaine de Ivry-sur-Seine est chantée par tous les grands architectes comme un exemple parfait de cohérence des idéologies sociales et d'une réponse architecturale spécifique, originale et surtout humaniste. On en connait les auteurs essentiels : Renée Gailhoustet et Jean Renaudie.

Peu de ville comme Ivry-sur-Seine peuvent s'enorgueillir d'un tel héritage, partout diffusé, partout enseigné, par tous visité, faisant même l'objet aujourd'hui d'un véritable culte, élevé au rang d'icône par les amateurs d'architectures ou simplement par les usagers. Rem Koolhaas y envoie ses collaborateurs. Modestement, j'en fais de même avec mes étudiants.


Il faut le dire de suite, sans l'appui politique et l'ouverture d'esprit d'un Parti Communiste alors très disposé à comprendre que l'utopie devait passer par la construction, ce centre ville d'Ivry-sur-Seine n'aurait sans doute pas, pendant toutes ces années, par nos deux architectes, accédé à une telle radicalité belle, écologique et généreuse et à une telle reconnaissance nationale et internationale.

Ivry-sur-Seine et son centre ville modelé par Gailhoustet et Renaudie étaient alors la preuve de sa gestion remarquable du logement social en France. Ivry-sur-Seine était alors l'honneur du Parti Communiste Français.

Et puis...

Alors que Le Havre est inscrit à l'Unesco, que la Ville de Royan fait un travail absolument remarquable de diffusion et de communication autour de son architecture et de son urbanisme, rien n'est entrepris de tel pour cet héritage à Ivry-sur-Seine et même, depuis peu, on assiste stupéfaits à la détérioration  des particularités de cette architecture et de cette histoire. Ce qui fut un honneur deviendra-t-il une honte ? 

Il faut comprendre la chance exceptionnelle que représente un tel héritage. Comment ne pas même instrumentaliser un tel patrimoine pour faire d'Ivry-sur-Seine la démonstration vivante de l'héritage du Parti Communiste, prouvant ici la validité dans le réel de ses thèses humanistes sur le logement social et d'une utopie prenant enfin forme dans le réel et cela au service de tous ?


Par exemple, les attaques récentes et honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et la dégradation du centre Jeanne Hachette de Jean Renaudie prouvent bien le trop peu d'intérêts de cet héritage. Aucune mesure n'est prise pour le respect total de cet héritage patrimonial, pour sa défense et son maintien. Il s'agit d'une œuvre totale méritant un respect complet de son dessin, des détails, de leurs jonctions, de son architecture et du rapport savant des constructions les unes avec les autres. Il s'agit d'une œuvre urbaine qui ne peut être manipulée à l'envi, dont la seule considération serait celle de surfaces libres à remplir n'importe comment, par n'importe quoi. Chez Renaudie et Gailhoustet la mixité sociale et des usages et les circulations font totalement partie de la réflexion des architectes et doivent être manipulées et respectées comme chacune des pierres de Notre-Dame de Paris.


Il en va de l'héritage du Parti Communiste Français. Il ne faudrait pas, alors même qu'il fête son centenaire qu'une illusion d'attention prenne place d'une vraie réflexion. Facebook ne peut pas remplacer un comité scientifique et architectural et un vrai travail de protection patrimoniale. 

Il serait utile de faire classer immédiatement les Tours de Renée Gailhoustet, le centre Jeanne Hachette et le Liègat. Et pourquoi pas, tout comme pour Le Havre de Perret, demander immédiatement une protection par l’Unesco*  de cet urbanisme dans son ensemble, architecture, circulation, etc... C'est maintenant, pour l'Histoire du logement social en France une belle opportunité et pour le Parti Communiste une incroyable responsabilité.


Il faut stopper immédiatement les attaques honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et celles du centre Jeanne Hachette, il faudrait entreprendre un travail de fond et une protection des constructions, des paysages et des zones urbaines de ce centre ville d'Ivry-sur-Seine, il faut que cette municipalité, au lieu de se sentir encombrée par ceux qui défendent l'exceptionnalité de cet espace, comprenne qu'elle a entre ses mains, la preuve que l'architecture du logement social pouvait être écologique déjà il y a plus de quarante ans et qu'offrir du logement social intelligent et beau était possible. Votre mairie de Ivry-sur-Seine devrait prendre toutes les mesures de protections possibles, organiser enfin un vrai travail de sauvegarde et de communication, qu'elle comprenne que oui, Renée Gailhoustet et Jean Renaudie ont offert à cette ville l'occasion d'une immense fierté, expression d'un génie humaniste si rare en France. Il faut effacer la honte de ces attaques actuelles et refaire de cet héritage l'honneur de cette ville et en maintenir toutes les particularités et détails dans sa totale et entière exceptionnalité.


Le monde de l'architecture et du patrimoine avec vos citoyens regardent ce que vous ferez de cet héritage. Vous avez avec votre équipe municipale en même temps qu'une immense opportunité l’immense responsabilité d'un bien patrimonial exceptionnel et la possibilité d'entrer dans l'Histoire comme ceux qui auront sauvé cet ensemble  ou comme ceux ayant défiguré et ruiné cette Histoire au profit d'une gestion à court terme et opportuniste.


Soyez Monsieur le Maire respectueux de chaque centimètre-carré de cet héritage.


Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'Expression de ma Considération Distinguée.


David Liaudet, un amoureux de votre ville, de son Patrimoine et de la logique politique qui l’a construite.


*Tous les critères sont réunis pour une telle demande : https://whc.unesco.org/fr/criteres/

mercredi 20 janvier 2021

Royan au début de tout

 Salut les amies, salut les amis,

Royan a en grande partie quitté mon domicile pour migrer vers le Fonds du Musée de la Ville pour une donation de ma collection de cartes postales. Quelle joie !

Mais croyez-vous que je sois capable d'arrêter de trouver et de vous montrer des nouvelles cartes pour vous faire rêver de Royan ? Bien entendu que non ! Au contraire, c'est une manière de tenir encore le fil entre ma collection partie en villégiature et moi qui suis resté en Normandie. 

Alors voilà quelques nouveautés qui rejoindront leurs copines bientôt.

On commence sans retard, le bac arrive :


C'est bien une rareté que cette carte postale. Il s'agit de la très belle et disparue petite salle d'attente de la gare du bac. On en a déjà une autre image ici, rappelez-vous 2012... 

https://archipostcard.blogspot.com/2012/11/larlesienne-royannaise.html

Ce qui me stupéfie toujours avec les cartes postales de Royan c'est bien que tous les objets architecturaux, même les plus modestes ont eu droit à leur édition en carte postale, comme pour prouver que partout, absolument partout, tout y était dessiné avec intention et délicatesse. Ici c'est le grand Louis Simon, architecte qui régale avec ce petit bâtiment, particulièrement malin et beau. Oh, on regrette que sur cette carte postale, les belles autos nous gênent un peu pour lire bien l'architecture mais on ne regrettera pas la belle ambiance que cette carte postale dégage. Et à l'arrière plan, n'oubliez pas de jeter un coup d'œil sur le reste de la ville la plus belle du Monde. Un petit bâtiment m'intrigue au second plan c'est celui marqué de l'inscription Maison Tamisier et Cie. On dirait bien un restaurant de fête foraine, mais que faisait-il là ? La carte postale est une édition du fameux Mr Berjaud mais n'est pas écrite et pas datée.




Cette carte postale nous montre Royan en chantier et partout des vides, des espaces à remplir attendent l'architecture de la Reconstruction. Les détails agrandis sont stupéfiants et permettent de comprendre l'ordre des constructions. J'aurais aimé faire la visite de ce chantier avec encore dans les cheveux le sel et le sable du bain de mer.  Quel beau document ! remercions les éditions Combier. La carte postale fut expédiée en septembre 1955 mais je la crois plus ancienne.






Pour finir ce petit tour à Royan, comment ne pas se rendre encore une fois au marché ? J'ai garé la Panhard à l'ombre mais l'ombre a tourné. Dans le miroir de l'enjoliveur de la Panhard, j'essaie de voir en vain le photographe. Est-il allé le soir, avec sa fiancée, voir Lana Turner dans Diane de Poitiers ? Sans aucun doute. Cette fois c'est C.A.P édition qui régale mais la carte n'est pas datée. Le film étant sorti en 1956, on est forcément après cette date.




dimanche 10 janvier 2021

Y'a bon Nichonville

 Il est toujours heureux de trouver une image de plus. Comme si, un cadre supplémentaire permettait en quelque sorte de prouver un peu mieux la validité d'une architecture ou d'être simplement un peu plus informé sur un Monde maintenant disparu.

Qui aurait pu croire qu'un jour nous regarderions les cartes postales de Notre-Dame de Paris avec  nostalgie et émotion car elles sont toutes aujourd'hui des documents de ce qui en a disparu après l'incendie ?

Alors, lorsque les expériences architecturales sont en plus rares, un peu oubliées, voire même détruites, il est heureux qu'une photographie supplémentaire me permette de me conforter dans l'existence de cette expérience.

Regardez, regardez à nouveau, comme si c'était la première fois ceci :


Les fidèles de ce blog auront reconnu les incroyables Maisons-Ballons de Dakar aujourd'hui menacées pour ne pas dire disparues. Cette carte postale doit être bien rare, elle ne comporte au dos aucune information d'éditeur ou de photographe et encore d'architecte : Wallace Neff. On dirait presque une carte-photo. Malheureusement pas expédiée, cette carte ne nous permet pas non plus d'avoir la joie d'une correspondance et d'une date...

Et vous avouerez que la qualité de tirage reste assez pauvre, tout comme celle de la prise de vue peu contrastée. Ne nous reste que le plaisir d'être là au milieu des Maisons-Ballons de Dakar, un peu en hauteur, perdus dans la végétation luxuriante. En bas à gauche de l'image, le petit bordel de bouts de bois est bien un poulailler bricolé et à droite on devine une ampoule qui pendouille mollement devant la fenêtre. Tout cela donne une idée un peu misérabiliste de l'ensemble que le noir et blanc de l'image accentue certainement. La végétation aurait pu avec sa verdure faire chanter un peu mieux cet ensemble. Et ce qui m'étonne c'est bien cette végétation car les cartes postales que je possède de cet ensemble ressemblent plus à cette autre inédite carte postale :


Ici, on devine mieux le plan et l'alignement des Maisons-Ballons, on remarque donc que peu de végétation couvre le sol. Faut-il en déduire un temps assez grand entre les deux cartes postales ? Mais ce qui est amusant sur cette dernière carte postale c'est la correspondance au dos de celle-ci, ne manquant ni d'humour ni aussi de critiques amusées. Je vous laisse lire !


On aimera l'appellation de Nichonville et l'humour sur le soleil qui chaufferait un peu trop la tête des architectes. On devine aussi que l'utilisation du terme Métropolitains est bien une critique sur une distance entre la réalité du terrain et l'étonnement de la réponse architecturale, comme si seul un métropolitain pouvait croire en ce genre de réponse urbaine pour Dakar...

Bien entendu, pour ce qui est de la valeur patrimoniale des Maisons-Ballons de Dakar, c'est à la population locale d'en décider en toute démocratie, avec l'aide des institutions locales de défense du Patrimoine. Pas de doute que, à la fois l'objet et l'origine, malgré l'intelligence des deux, en soit certainement les raisons de leur perte aujourd'hui.

Je vous laisse juge de ce qui se passe et de ce qui pourrait se passer.


Pour ceux qui voudraient relire les anciens articles sur les maisons-ballons ou sur Wallace Neff :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/06/dair-et-de-beton-wallace-neff-dakar.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2019/08/labbe-pierre-et-sa-boule-zero.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-palmier-la-bulle-et-wallace-neff.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/wallace-neff-est-gonfle.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/le-sucre-en-morceau.html



lundi 4 janvier 2021

Mais l'architecture, on entre dedans

Alors que je cherche (en vain encore) le nom du maquettiste qui réalisa les si somptueuses maquettes en bois plein de Architecture Principe, je tombe sur un petit texte de Claude Parent dans son autobiographie, petit texte qui résonne à la fois avec une carte postale reçue récemment et une discussion avec l'ami Louis Lepère sur l'évolution de son travail d'artiste-sculpteur.

Les astres et surtout mon Soleil s'accordent donc en ce début d'année.

Commençons par le commencement, c'est-à-dire par l'objet même de ce blog, une carte postale et une architecture :


Les aficionados du brutalisme à la française, les amoureux des machins biscornus de la Modernité, les chasseurs en Safari de bidules oubliés et les fabricants d'Atlas douteux de formes auront reconnu cette icône : le Château d'Eau de Valence dessiné par le sculpteur Philolaos que nous avons déjà rencontré ici sur ce blog et notamment au Mans où il œuvra avec Andrault et Parat. Je vous laisse chercher, cela vous fera des pieds musclés.

Ce travail remarquable et remarqué est d'ailleurs dans notre guide vénéré d'architecture contemporaine en France et voilà ce que nous en dit Dominique Amouroux :



On est heureux de voir que André Gomis, grand architecte est associé à cette œuvre et même qu'il en serait le commanditaire. On voit aussi comment Dominique Amouroux explique bien que, en quelque sorte, c'est la visite architecturale et le déplacement de l'œil qui permettent d'en saisir le sens comme si la photographie figeait quelque chose d'essentiel à cette construction : sa mouvance. Certes les images en noir et blanc du guide (véritable hommage à rebours à Bernd et Hilla Becher) nous laissent tout de même émus de ce que nous percevons du génie du dessin du sculpteur. D'ailleurs les auteurs du guide proposent bien deux photographies de ce Château d'Eau ce qui prouve leur désir de rendre compte de cette plasticité mouvante de l'objet. Dans le même temps cela signifie bien qu'il est difficile d'en trouver un point de vue idéal, celui qui déterminerait depuis l'image le sens du regard que l'on doit porter dessus. 

Mais. Oui mais. 

Après tout, n'est-ce pas le cas pour toute l'architecture ? N'est-ce d'ailleurs pas le signe même de ses qualités qu'un objet architectural nécessite plusieurs points de vue pour être relativement bien perçu dans son entité ? Pourquoi donc penser que, parce qu'il se voudrait sculptural avant d'être architectural, un objet nécessiterait de fait plus d'images ? Risquerait-on quelque chose à ne voir ce Château d'Eau que d'un seul point de vue ? On sait bien que l'architecture a toujours pu être perçue comme une sculpture pénétrable dont les émotions spatiales seraient déterminées par la visite des formes vides contre le cheminement des formes pleines. La fameuse promenade. Mais la tentation d'image a conduit depuis toujours les architectes à se laisser tenter par une architecture-signe, bloc, faciale, faisant d'un coup image, se résumant à une forme sculptée dont finalement la coque extérieure suffirait à dire le génie. Mais l'architecture, on entre dedans.




Que faire de ce désir et cette nécessité de la pénétration ?

Si j'en crois les images de ce Château d'Eau (que je n'ose pas encore appeler sculpture), si j'en crois seulement mon imagination (puisque je n'ai pas eu la chance de voir dans le réel cet événement architectural), je dirai que ce qui le constitue surtout comme son intérieur n'est finalement pas, bien sûr, ce que contiennent les deux formes accolées l'une à l'autre mais bien l'espace entre elles, cette fente maintenue, se frôlant, donnant presque parfois l'illusion même qu'elles se touchent. C'était aussi en quelque sorte, dans un objet bien loin formellement de cette sculpture ce qui se produisait de poétique au World Trade Center de Yamasaki, la chance que le point de vue donne finalement l'illusion superbe que les deux tours finissaient par parfois se toucher. Comme les deux mains assemblées de Rodin qu'il appela... Cathédrale



Faut-il donc se plaindre que parfois l'architecture prenne le risque d'un baroque formel plus fort que son unique fonction ? Faut-il rapprocher ce désir de fondre la fonction dans une forme de Design dont l'échelle pourrait réduire la forme à celle d'un vase ? Doit-on oublier les fonctions qui, trop terre-à-terre ne seraient pas dignes de faire des formes ? La gratuité esthétique est-elle payante dans un objet se voulant comme un signal, fabriquant pour une Z.U.P un événement culturel, un choc, une grandiloquence ? Les Becher nous ont appris à aimer la variété formelle parfois indigente des réservoirs, à s'amuser des différences, des faiblesses de certains. Mais leur inventaire ne nous fait jubiler finalement que par la multitude et l'œil alors aime ne plus s'arrêter et éprouve une autre mouvance, celle des formes toujours renouvelées et toujours finalement identiques. C'est pour cela qu'en architecture, il est ridicule de se réfugier dans la typologie. Ils nous ont appris à aimer même et surtout les Châteaux d'Eau normaux. Fallait-il qu'il soit exceptionnel pour qu'on supporte la présence de celui-ci dans le paysage de Valence ?

Alors que faire de ce va-et-vient profond et répété entre la sculpture et l'architecture ? Rien. Surtout apprendre que les formes répondent à une fonction (programme) ou à un rôle (culture) et doivent être justes c'est-à-dire aptes en effet à faire oublier justement ce qui les fonde. C'est pour cela que l'on jubile dans le même temps d'une grotte, d'un supermarché, de l'espace infini d'un horizon ou du dessous de la table à manger.

Reste que l'architecture inutilement torturée pour faire une forme est une erreur et que tout ce qui est constitué d'un vide dans le dedans d'une forme n'est pas une architecture. Dubuffet aurait pu convaincre de cela Gehry.

Voyons donc ce que nous dit Monsieur Parent :





Bien entendu que Monsieur Claude Parent utilise l'exemple du Château d'Eau pour construire son attaque dans un ouvrage contemporain de celui de Philolaos ne laisse que peu de doute sur celui à qui s'adresse cette attaque... Enfin... j'en suis quasiment certain. Il devait préférer celui de Gaston Jaubert. On s'amusera aussi de l'utilisation de la claustra qui résonne aujourd'hui avec celle de Jean Nouvel à l'Institut du Monde Arabe, comme si, bien des années après, l'élève avait voulu faire enrager le Maître ! On reparlera de Gilioli un autre jour.

Il est donc bien difficile de faire la part des choses car, avant même de savoir souvent on ressent et ce sentiment spatial, cette émotion n'a que peu à faire avec son origine de sculpture ou d'architecture. Il y a des formes justes et juste des formes pour faire un jeu de mots facile. L'architecte sculpte son espace, c'est évident. Reste à savoir quels principes il utilise pour ce faire. Et la jubilation de l'œil ne suffit sans doute pas. On sait aussi que notre culture architecturale nous permet bien aussi une jubilation plastique dans la transparence des principes constructifs. C'est là la belle invention du néo-brutalisme par Banham. Il ne faut pas s'y tromper comme le malheureux Chadwick. 

Pour finir, je vous donne les informations nécessaires : la carte postale est une édition de l'Association Philatélique de Valence dont le photographe est Jean-François Sbardella. La carte postale nomme bien (merci!) le nom de Philolaos et celui d'André Gomis comme architecte. Il s'agit donc certainement d'une carte postale éditée pour constituer des entiers philatéliques et pas d'une carte postale distribuée sur les tourniquets.

En effet, le Château d'Eau a fait l'objet de l'édition d'un timbre que voici : 



mardi 29 décembre 2020

Blanchecotte à la neige

 Souvent je me demande ce qui fait qu'au simple regard d'une architecture sur une carte postale, on sent que l'on aime immédiatement la construction, qu'on lui trouve de suite un intérêt. Pourquoi donc comme par magie, j'ai le sentiment qu'il se passe quelque chose.

Quand j'ai vu cette carte postale de la maison familiale de vacances "Joie de Vivre" à Habère-Poche, j'en ai aimé des signes architecturaux mais aussi certainement d'autres signes. D'abord comment la construction barre l'image en une seule et même ligne puissante et jaune, presque dorée dans une neige surabondante et bleue. Il y a là dans le désir du bâtiment de prendre toute l'image quelque chose qui, oui, me rendit sensible à cette construction. Ensuite, bien entendu la répétition du motif architectural, le fait que le bâtiment répète lui-même ses casiers percés dans leurs murs de refend d'un immense cercle produisant sur la façade un très bel effet cinétique. Puis les ouvertures et leurs huisseries donnent le ton d'une modernité affirmée. Cela me suffisait pour aimer ce bâtiment au toit mono-pente parfaitement bien dessiné.

Au dos, (remercions l'éditeur Combier), figurent non seulement le nom de l'Architecte mais aussi son adresse : Claude Blanchecotte, 14 rue du Cherche-Midi Paris. Voilà qui est bien rare autant de précisions. Qui les demanda ? L'architecte ?

On note aussi qu'est précisé que le bâtiment accueille des handicapés physiques et que donc l'architecture tout entière est conçue pour bien les recevoir et faciliter l'usage de la construction. Est-ce là aussi l'une des raisons de l'excellence de son dessin ?

Claude Blanchecotte est facilement repérable sur l'Internet. Il a travaillé en Tunisie pour le Port de la Goulette, il a travaillé pour une église à Boulogne-sur-Mer et aussi pour ses fameux Buildings. Voilà donc un architecte bien typique de cette génération, marqué par la modernité, habile et bon dessinateur, prenant le programme pour l'orienter tranquillement vers sa fonction et lui donner la chance d'une certaine élégance discrète et bien menée. Tout ce que j'aime en quelque sorte montrer sur ce blog. Il nous faudra poursuivre nos recherches pour le faire remonter à la surface quand la neige de l'Histoire aura un peu fondu.


Je n'ai pas résisté à aller voir au 14 de la rue Cherche-Midi pour m'imaginer l'architecte Blanchecotte passer sous le porche de son immeuble avec les plans de son centre de vacances sous le bras...




mercredi 16 décembre 2020

On appellera ça le cinématographe

 En 2013, (oups ! ça fait longtemps!) je vous donnais à voir une carte postale de la piscine Tournesol de Poix en Picardie. Enfin... je vous donnais la petite case consacrée à cette piscine dans une carte postale en vues multiples. On sait maintenant que souvent les photos visibles sur ces cartes en vues multiples existent elles-mêmes en carte. Mais voilà que l'œil habitué de votre serviteur s'amuse une fois encore de pouvoir suivre un déroulement d'images. Je vous montre ?



Cette carte postale des éditions Mage nous montre donc la piscine Tournesol de Poix. Oh, rien que de très banal finalement, une piscine Tournesol ouverte, des baigneurs et baigneuses qui prennent le soleil sur la pelouse, tout cela nous l'avons déjà vu tant et tant de fois sur ce blog. Mais...

Rappelez-vous donc ce morceau :



Ah ! Je vois que vous avez compris ! Je vous ai bien éduqués à mes petites manies ! Vous avez, vous aussi, vu que la jeune adolescente au premier plan a bougé. Le photographe a donc réalisé une série de clichés, il est donc resté assez longtemps pour faire au moins ces deux prises de vues. Mais pourquoi donc ne pas utiliser la même prise de vue pour la carte postale en vues multiples et celle en vue simple ? Pourquoi donc nous offrir les joies de cet ultracourt métrage ? Si on en croit les mouvements des autres baigneurs, le moment de la prise de vue a duré assez longtemps car les changements entre les deux sont nombreux. Pourtant, on notera que le photographe n'a absolument pas bougé, trop heureux semble-t-il de son poste d'observation et de son cadrage. Que conclure de tout cela ? Pas grand chose, je crois, à part le plaisir de se sentir peut-être plus impliqué dans ce moment, comme si la succession des photographies et le mouvement qu'elle génère offraient l'occasion de croire un peu plus à la vie réelle de ces images : on appellera ça le cinématographe.

Cela aussi indique certainement que j'ai une vie suffisamment remplie pour que je passe du temps à voir ces détails. Est-ce que cette manie dit quelque chose de mon attitude face aux images ? Est-ce que cela souligne ce désir de m'y baigner ? Me baigner dans les images, dans les piscines Tournesol, bien entendu.

Pour voir ou revoir toutes (ou presque) les piscines Tournesol de ma collection :

https://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/piscines%20Tournesol


mardi 8 décembre 2020

C'est si radieux que le paysage est un rectangle blanc

 On ne pourra pas dire que nous manquons sur ce site de moyens de comprendre comment pouvaient bien être aménagés les appartements de la Cité Radieuse de Marseille ou ceux de ses consœurs. Et je sais aussi, si j'en crois la fréquentation des articles, que vous aimez bien, vous aussi, faire la visite avec moi. Alors pourquoi devrais-je vous priver de ce plaisir ?

Pour être tranquille une bonne fois pour toute, toutes les cartes postales de cet article furent éditées par la Société Éditions de France Ryner. Aucune ne nomme le photographe ni ne précise s'il s'agit d'appartements-témoins ou d'appartements réellement habités. Nous verrons rapidement que cela est varié et qu'il semble bien que le photographe a su passer de l'un à l'autre. Toutes les autres questions posées dans les précédents articles* restent soulevées. On notera par contre que plus on trouve de cartes postales de ces appartements plus on comprend bien qu'il s'agit de faire des séances photographiques. On reste encore étonnés de la profusion de cartes postales différentes pour rendre compte de tout les aspects des intérieurs de cette architecture. Pas de doute, devant une telle profusion, l'objet était déjà bien une icône, demandant des images, images ayant eu un véritable succès éditorial. On s'amuse du choix possible pour les visiteurs d'acheter et d'envoyer au choix la salle à manger, le couloir intérieur ou la chambre des enfants. Ne manque finalement qu'une carte postale de la salle de bain qui reste étrangement manquante à cet inventaire. Ne désespérons ni Billancourt, ni Marseille et accrochons-nous au rêve qu'un jour nous trouverons cette carte postale. Allez. On commence ?



D'abord on notera que le cadrage en verticale est évidemment bien là pour raconter comment la mezzanine travaille l'espace avec la salle de séjour. Il aurait été aisé au photographe de l'ignorer, il fait donc acte de pédagogie et de didactisme pour comprendre cette particularité de la pièce. D'ailleurs le tirage très contrasté offre bien un choc de forme faisant du volume blanc un poids au-dessus de la salle de séjour que seule la petite ouverture permet un peu d'alléger. La hauteur sous plafond est donc ici bien indiquée et cela était sans doute jugé suffisamment spectaculaire pour que le photographe l'enregistre, peut-être aussi dirigé par l'architecte ayant réclamé cette possibilité d'image. Les plus fidèles se rappelleront ce buffet, ce bougeoir car, oui nous avons déjà vu cet appartement. Malgré le noir et blanc on note bien la polychromie sous l'escalier. On note aussi que séjour ici veut aussi dire chambre avec un grand lit... Les fauteuils et le couvre-lit sont fait du même tissu très marqué dans son style. Le petit lampadaire aux trois couleurs primaires ferait bien l'affaire aujourd'hui des antiquaires des années cinquante. Ici bien entendu, le logement est réellement habité car trop de minuscules détails ou de contrariétés à la modernité prouvent un usage privé bien particulier.



Voici donc un autre point de vue sur la salle de séjour. Difficile de croire que le photographe s'est simplement retourné depuis la vue précédente. Je pense bien qu'il s'agit là d'une autre salle de séjour d'un autre appartement. L'encombrement mobilier est à son comble, mobilier qui laisse finalement peu de place à la révolution des espaces intermédiaires et notamment l'entre-deux, celui qui ne sait pas s'il est dedans ou dehors. On note que le lourd mobilier du dedans (fauteuil et banquette) laisse place à deux chaises de camping sur la terrasse. Ce signe est bien amusant, indiquant bien que les habitants utilisent le mobilier comme signe de compréhension de l'idée de plein air de la terrasse, alors même que le lourd fauteuil capitonné n'est qu'à quelques centimètres du dehors. Il faut jouer à être dehors. Sans doute que les Modernes auront préféré le mobilier de camping pour sa légèreté, sa franchise du dessin, sa capacité aussi, après pliage, à disparaître. On aime le goût bourgeois de cet aménagement dont le tapis et le piano sont bien les deux indicateurs d'un style de vie ne voulant renoncer à rien d'une certaine tradition, d'une certaine image de ce que confort veut dire. On pourrait bien voir même dans le choix de cet appartement un désir de montrer que les appartements si modernes de la Cité Radieuse n'obligent à rien dans le choix de leurs aménagements comme si cette Modernité pouvait facilement se plier aux désirs des habitants. Mais dans cette photographie ce qui me touche c'est bien l'immense rectangle blanc fabriqué par la lumière et qui éteint en quelque sorte le paysage. Comme si la vue offerte par la Modernité était un monochrome parfait, comme si, dans ce vaisseau de béton, nous naviguions au milieu d'un vide métaphysique.



Le vide le voici parfaitement orchestré dans cette vue de la cuisine et de la salle de séjour car, oui, il y a bien sur cette image deux fonctions rassemblées, la cuisine étant poussée au fond et réduite pour sa description à l'ensemble mobilier dessiné par Charlotte Perriand. Vous avouerez qu'une telle carte postale est tout de même étonnante dans la projection qui pouvait y être effectuée par les correspondants. Le vide invite à désirer le remplir, chacun comme il veut, chacun, dans son imagination, y posant ses meubles et sa vie. Mais que faire du triangle caché derrière l'escalier de Jean Prouvé ? Vous aussi, avez-vous ce sentiment étrange que, depuis ce point de vue, le plafond est bien bas ? Et n'êtes-vous pas comme moi peu rassurés par le trou noir en haut de l'escalier qui ressemble ici à une échelle de meunier menant vers un grenier mystérieux... Bien entendu, il ne s'agit pas là non plus du même appartement que les précédents ou, alors, avant son aménagement. Une ampoule pendouille mollement dans la cuisine attendant les futurs locataires. Entendez-vous les pas du photographe qui résonnent dans l'espace ? Ce genre d'image devait entraîner aussi des discussions, des débats sur la manière d'y vivre. Malheureusement c'est bien ce qui nous manque aujourd'hui, cette parole. Il aurait fallu que la photographie, dans le génie de son invention, trouve aussi le moyen d'enregistrer les commentaires qu'elle produisait. Une image qui parle, qui témoigne, une image bavarde.



Et revoici l'espace du sol pris sous le spectacle des piliers donnant à l'ensemble les sentiments d'un Karnac ou d'un temple aztèque. Faut-il donc beaucoup de goût des ruines antiques pour être certain que l'émotion spatiale naîtra de cette franchise. L'éditeur de la carte postale se croit obligé de nous donner quelques chiffres sans doute pour que ceux-ci ajoutent à l'interrogation de l'image la puissance de la technique. On sait donc que les piliers sont 34, qu'ils sont creux mais qu'ils reposent sur 15 mètres de béton pour soutenir l'édifice. Ah cette joie d'affirmer en même temps le creux, le vide des piliers et la masse du béton souterrain, joie d'un contraste devant révéler le génie constructif. Car bien construire d'un point de vue technique est toujours un atout pour défendre un bâtiment auprès des dubitatifs. Et c'est beau, diront-ils. Et ils auront raison, beau comme un barrage, beau comme un pont autoroutier, beau comme le dessous d'un buffet de bois massif.



Fallait bien revoir la Cité Radieuse. Que pourrais-je bien dire qui n'ait pas déjà été dit ? Ah si... La seule perturbation de la grille est celle effectuée par du linge qui sèche sur les terrasses. Il y a des moments où, devant l'Histoire, devant le génie, devant l'évidence de la Beauté, on ne sait plus quoi dire.

Je me demande combien encore de cartes postales furent éditées, combien de surprise à laquelle je dois m'attendre pour un jour être certain d'avoir dans mes classeurs l'ensemble des cartes postales éditées sur les aménagements des Cités Radieuses.

En attendant, pour ceux qui voudraient voir, revoir, lire, relire les autres articles consacrés aux appartements des Cité Radieuses :

http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/08/le-corbusier-en-miniature.html http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/10/meubles-immeuble-le-corbusier.html http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.htmlhttp://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html