lundi 28 septembre 2020

Kimié Bando, la fillette du béton brut

Le dimanche est pour certains le jour du Seigneur. Pour moi, c'est le jour où j'épluche les revues anciennes de mon frère Christophe ou les archives du Fonds Lestrade. Ce dimanche fut occupé par la première proposition et vous verrez que cette semaine fut prolixe en découvertes.

La première n'est pas des moindres et surtout est très touchante. Vous savez comment ici nous défendons l'Art Sacré du XXème siècle, comment nous aimons les belles églises modernes. Dans le Panthéon de nos préférées figure bien la si singulière Chapelle de Saint-Rouin que je vous ai fait visiter il y a longtemps déjà et qui reste sans concurrence pour ce qui est de son esthétique, de son charme, de son implantation et surtout de la collaboration de ses créateurs : R.P. Rayssiguier, Pierre Székely et...Kimié Bando. Et c'est bien ce dernier nom qui va nous occuper aujourd'hui car, comme le signalait Dominique Amouroux dans son guide c'est bien Kimié Bando alors encore une jeune adolescente âgée de 14 ans qui en réalisa les décors dans le béton et les vitraux.

Voilà que dans un numéro de Marie-Claire de 1955 (la Chapelle n'est donc pas encore en construction) apparait déjà Kimié Bando dans un article consacré à des petits prodiges de la peinture. Ici le prodige est que j'ai pu encore me rappeler ce nom et faire le rapport...C'est bon de se sentir en forme ! Mais je l'avoue je fus assez ému de voir enfin le visage de cette fillette qui eu la chance et surtout le talent de participer si jeune à l'une des plus redoutables créations d'Art Sacré du siècle passé. Mais comment diable est-elle arrivée là ? Comment diable (oui je le fais exprès) les adultes ont-ils eu confiance en ce jeune talent et quels liens l'unissaient avec Pierre Szekely ou Rayssiguier ? Comment diable dès 1955 cette fillette fut repérée par la galerie Allendy (des infos ?)  et un magazine féminin ? Si Madame Kimié Bando pouvait nous le dire... Sans doute que les fréquentations paternelles n'y sont pas pour rien.


 

En attendant des réponses solides, le voici ce visage, la voici la peintre, pinceau à la main, peluche dans les bras qui pose devant tous ses pots de peinture ! Elle est touchante de sérieux et elle nous dit qu'elle peint comme une poule pond (sic!). Sait-elle déjà qu'elle réalisera la Chapelle de Saint-Rouin maintenant classée Monument Historique ? 

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, je vous propose trois nouvelles cartes postales de La Chapelle de St Rouin arrivées dans ma collection et vous allez voir ce que vous allez voir et tous prendre votre voiture pour partir en pèlerinage vers l'une des plus belles constructions brutalistes de France. On commence, je vous avez prévenu...



D'abord cette carte postale qui nous montre La Chapelle pas encore fermée par ces vitraux. Que c'est beauaussi cet état ! Ne dirait-on pas que Malévitch est venu à Saint Rouin ? Mais pour quoi cette urgence de vite faire des cartes postales avant même la fin du chantier ? Pour récupérer un peu d'argent ? 

J'aime La Croix gracile posée sur le bloc, j'aime le mystère de la forêt envahissante. Quelle beauté.

Voilà une vue de l'intérieur :


Le noir et blanc n'enlève rien à la magie franche, presque tellurique de cette chapelle. cette fois les vitraux sont posés et le désordre de la nappe sur l'autel me touche. c'est bien là que j'avais signé le livre d'or lors de ma visite avec Claude. Székely et Kimié Bando ont fait un beau travail pour donner à la simplicité de cette architecture tous les atouts d'une grande oeuvre. 

Et pour finir :


Oui c'est incroyable, je suis d'accord. Ça sent presque le béton tout frais et la matière de ce béton chante partout sur cette incroyable carte postale. Le contraste de l'image, la simplicité apparente du dessin de Székely, la masse de l'autel qui semble sur les bords flotter, tout cela concorde pour une émotion spatiale et sacrée digne de l'Art Roman le plus pur. Poésie complète. Avec Notre-Dame de Royan, Sainte-Bernadette-du-Banlay, Saint-Rouin fait partie de mes icônes.

On notera qu'aucune de ces trois cartes postales ne nomme l'architecte, Székely ou Kimié Bando. Il s'agit bien de cartes-photos dont le dos est divisé seulement par un coup de tampon. Même l'édition donc de ces cartes postales est fait d'une rusticité sublime. que demander de plus ?

https://www.itinerairesdarchitecture.fr/ficheop.php?id=352

Pour lire ou relire les articles sur cette Chapelle de Saint-Rouin :

https://archipostcard.blogspot.com/2011/09/lest-allez-vers-lest-1.html

https://archipostcard.blogspot.com/2011/10/la-plus-belle-chapelle-de-france.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/03/pour-mes-amateurs-dart-sacre.html 

Pour lire ou relire des articles sur Pierre Székely :

https://archipostcard.blogspot.com/search?q=szekely

https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=szekely 

Pour découvrir le travail trop peu connu de Toshio Bando le père de Kimié :

http://toshio-bando.fr/#

vendredi 25 septembre 2020

squelette arachnéen d'une Tournesol

 Il ya quelques mois maintenant, au hasard d'une promenade, je tombais sur la requalification d'une piscine Tournesol, celle de Malaunay. Bien entendu, je fus étonné dans le même temps de pouvoir me réjouir d'en découvrir l'incroyable structure tout en étant stupéfait qu'une fois encore, une piscine Tournesol perdra toutes les caractéristiques de son écriture pour devenir un dôme gris bien anonyme. Faut-il donc se réjouir de sa pérennité ainsi transformée ou pleurer sur cette pseudo-conservation ? Je crois que la réponse est claire. Quelle piscine Tournesol sera donc classée définitivement ? Faudra-t-il attendre que la dernière encore dans son aspect d'origine soit menacée ainsi de restructuration pour que, enfin, on se demande s'il ne serait pas temps, tout de même, d'en conserver une entièrement dans ses qualités ? Le prototype de Nangis est déjà tombé...La mort récente de Bernard Schœller créera-t-elle l'urgence d'une protection ?

Je retournerai donc voir celle de Malaunay achevée. Achevée est bien le mot.

En attendant, en voici quelques clichés émouvants. Que c'est beau cette structure !





Poursuivons l'inventaire des cartes postales de piscines Tournesols avec deux nouvelles arrivées. D'abord celle de Pacy-sur-Eure grande ouverte. On note que l'éditeur Artaud n'a pas attendu la fin des aménagements extérieurs pour envoyer son photographe. Regardez bien le devant de la piscine, le terrain est plein de herbes folles ! Sur cette autre carte postale, vous pourrez revoir comment cela fut transformé. On note aussi que nous sommes bien vus par les baigneurs, les adolescents se retournent pour viser à leur tour le photographe. Mais ? Qu'est-ce qu'il fout le type là-bas ? Tu crois qui nous photographie ? Il me semble que j'ai quelques photos stéréos de cette piscine de Pacy-sur-Eure mais alors elle était de couleur verte...je ne suis plus très sûr.



En voici une autre, cette fois c'est celle de Montlhery par les éditions Raymon. On retrouve notre photographe vedette de cet éditeur J.M. Duchâteau. La carte postale fut expédiée en 1978 pour un concours télévisé. Monsieur Duchâteau y fait un beau travail comme à son habitude, une sorte de tranquillité bienveillante, une image douce. Le ciel bleu pâle, le gazon encore tendre, et des baigneurs qui semblent bien être des scolaires. Mais sur quoi est juché notre photographe pour prendre cette hauteur ? Le toit de son véhicule ?



Combien encore de ces piscines attendent dans des boîtes à chaussures de rejoindre cette inventaire ?

En attendant, faites un tour par ici :

http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/piscines Tournesol

jeudi 24 septembre 2020

Ambiance jeune et moderne à Ronchamp

 J'aurai tout aussi bien pu titrer cet article : Ronchamp par le menu ! Car c'est bien finalement ce que je vais vous donner à voir pour cette première carte postale qui n'en est pas une. Voici :


D'abord nous nous réjouirons pour une fois de voir moins La Chapelle et un peu plus l'abri du pèlerin car c'est bien lui le roi de cette photographie qui reste anonyme. Pourtant, le photographe fait attention à bien cadrer son abri avec La Chapelle derrière lui en reculant de quelques pas. Cela lui permet aussi de nous mettre en scène les deux constructions de Le Corbusier comme surgissantes dans une trouée végétale. Ah le plaisir du premier plan arboré ! Merci Monsieur Poussin. Le Y du chemin permet de choisir soit d'aller vers la droite et l'abri, soit d'aller directement vers La Chapelle de Ronchamp. Mais voilà le collectionneur de cartes postales bien piégé par cet objet. Tout y indique une carte postale sauf que le dos de cette photographie nous dit qu'il s'agit d'une note permettant de faire l'addition du repas ou du séjour ! On s'amusera des termes utilisés comme cuisine familiale qui est associé à prix modérés...On note que même là, sur le dos d'une addition, il faut bien que le nom de Le Corbusier soit inscrit quelque fois que, fatigué, harassé, en attente d'un réconfortant déjeuner le visiteur aurait oublier à qui il doit tant de beauté. Et Messieurs, Dames, l'Ambiance est jeune et moderne ! Alors quoi ? Vous reprendrez bien une petite bière et un jambon-beurre ! Le client devait être content de repartir avec une telle note comme souvenir. Celle-ci est donc restée vierge.



Peut-être qu'avant d'arriver, notre visiteur aura vu La Chapelle de Notre-Dame-du-Haut comme ça :


Perdue dans les branchages, bien loin, on notera que le photographe aura eu l'audace de presque oublier le punctum de son image. Car il faut bien que l'objet de l'image soit connue pour ce permettre de ne pas le monter complètement. Le caillou superbe est donc posé dans l'herbe, petit rocher vers lequel on monte, rappelant que, sans doute, le rôle essentiel de La Chapelle n'est pas tant finalement de la voir que de faire le chemin vers elle. On notera qu'une fois encore le photographe reste modeste car il n'est pas nommé. Charles Bueb ? Qui sait...Mais méfiez-vous, vous n'êtes pas tant que ça dans une nature éloignée de la vie moderne, des fils électriques passent bien dans les branchages.

Revigoré par sa pause à l'abri du pèlerin, il entre enfin dans La Chapelle :


Comment se sent-il pris sous le rouleau, la vague du toit qui roule au dessus de lui ? Comment cette lumière puissante dont il ne perçoit pas l'origine le touche et fait vibrer en même temps le grain du mur et son sentiment de stupeur ? Quel est donc cet indicible espace sacré dont un petit cube marque l'importance ? L'effort est-il judicieusement récompensé ? L'éditeur nous indique que nous sommes devant La Chapelle Nord, que nous sommes en 1969 mais oublie encore de nous dire qui cadre ce moment. Modestie ? Oublie ? Nécessaire attitude offrant à tous l'occasion de croire qui l'est le premier à voir et regarder ? Seul le nom de l'architecte est imprimé dans un caractère gras qui le fait passer devant les autres informations. Que voulez-vous, la coquetterie trouve toujours son chemin.

pour voir ou revoir d'autres articles sur Ronchamp :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/05/avec-des-planches-du-courage-et-du-genie.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/et-sur-cette-pierre-je-batirai-mon.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/06/la-fatigue-ronchamp.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/07/les-missiles-sur-ronchamp.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2020/01/ronchamp-du-signe.html

etc, etc, etc................ 

jeudi 17 septembre 2020

1000 articles et une carte postale idéale

Et voilà...1000 articles publiés sur ce blog, je veux dire sur le volume 2. Si on prend en compte les deux volumes, cela fait 2495 articles...depuis 2007...

Ici, sur ce volume 2, depuis 2012, 1000 articles...Ce n'est pas si mal non ?

Quelle carte postale pourrait nous permettre de fêter dignement ce millième article ? Quelle architecture pourrait à elle-seule condenser les recherches et le travail accompli ici depuis 2002 ? Difficile ? Peut-on la rêver ? L'imaginer ?

Si on regarde les chiffres sur la liste à droite de votre écran, on peut par les statistiques imaginer ce qui est ici le plus usité, le plus fréquent : Le Corbusier, Claude Parent, le beau béton, le Hard French, certains photographes et Royan bien entendu, Royan, la plus Belle Ville du Monde.

Donc la plus belle carte postale de ma collection (environ 15 000 cartes) pourrait représenter un immeuble de Hard French, dessiné par Le Corbusier, photographié par Charles Bueb ou Lucien Hervé, expédiée par Claude Parent vers Paul Virilio. Bien entendu, cette carte n'existe pas. On pourrait rêver à une carte postale de la maquette de Royan expédiée par Ferret ou Gillet à Claude Parent. Ce serait déjà plus réaliste. On pourrait rêver d'une carte postale montrant l'intérieur du Palais des Congrès de Royan (introuvable Charlotte !) expédiée par Jean-Michel Lestrade et envoyée à Gillet. On pourrait rêver aussi d'une carte postale promotionnelle des Maisons de Jean Prouvé, expédiée depuis Royan vers Jean-Michel Lestrade.

On peut rêver. Oui. Et nous avons déjà eu ici d'excellentes et incroyables chances comme celle des cartes de Persitz (merci Claude), celle aussi signée de Vago ou encore celle de Dubuisson. C'est déjà bien non ? 

Mais ce blog doit-il courir vers des idéaux ou, au contraire, démontrer que c'est dans le commun des cartes postales que ce tient justement la particularité de cette collection ? Car, après tout, si le collectionneur n'est jamais satisfait de ce qu'il a et ne fait que rêver à ce qu'il cherche encore, une collection est faite surtout d'une masse de petites réussites, de petits pas menant au Graal qui n'est qu'un moteur pour construire un monument.

J'ai cherché pendant des années l'une des deux cartes postales du Pavillon de l'Esprit Nouveau et puis...je l'ai trouvée...et immédiatement j'ai désiré celle qui me manque...Fondamentalement, j'aime ce manque.

Comme ce samedi vont se dérouler les Journées Européennes du Patrimoine et que je serai à Piacé pour les fêter, il ne fait aucun doute que raisonnablement la carte postale qui peut représenter dignement le travail accompli sur ce blog est celle de la Bulle Six Coques éditée par l'association. Car, sans ce blog, sans l'énergie des personnalités qu'il m'a permis de rencontrer (Clément Cividino et Nicolas Hérisson par exemple) je n'aurais jamais pu envisager de sauver cette Bulle Six Coques qui caractérise aussi parfaitement le genre d'objets architecturaux que je défends ici. Merci. Ne lui manque à cette Bulle que le grain d'un beau béton brut. Alors un jour, je trouverai une carte postale d'une Bulle Six Coques posée devant le centre commercial de Claude Parent à Sens et toute mon histoire sera ainsi résumée en une seule image.



En attendant, je dois remercier quelqu'un. Je dois remercier Claude Lothier pour les encouragements lors des moments d'abattements. Je dois aussi remercier Walid Riplet et Jean-Jean Lestrade pour les mêmes raisons et pour leur efficacité à mettre à jour ce drôle de besoin d'écriture et de recherches. Merci à vous trois. Merci Claude.

Sans vous les lecteurs, les amateurs, les chercheurs qui passent ici, qui poliment me font des signes, nous n'aurions pas pu aller si loin. Merci.

Le combat patrimonial va devoir aussi se poursuivre. Il aura à faire aux re-qualifications énergétiques qui vont décider de la défiguration ou même de la destructions d'œuvres architecturales importantes et populaires. C'est engagé, croyez-moi. La démagogie écologique marche déjà à plein tubes pour éradiquer ce Patrimoine Moderne. Le mauvais goût et le manque de culture architecturale feront le reste ainsi que l'apathie des institutions patrimoniales. Qui osera couvrir les tours de Renée Gailhoustet de polystyrène? Qui osera épaissir le centre Jean Hachette de Jean Renaudie ? Combien des belles barres du Hard French seront explosées ? Et qui osera classer Monument Historique une belle barre du système Camus ?

Il faudra donc bien un 1001ème article pour crier un peu, tenter le tout pour le tout, dire encore la beauté d'un monde et d'expériences architecturales intelligentes ou étranges aujourd'hui si mal jugées. 

Passez donc nous voir à Piacé ce samedi. Vous y verrez un autre type d'engagement. Nous en discuterons. Le programme est incroyable, vous y verrez trois Bulles Six coques, un tétrodon, un musée Le Corbusier-Norbert Bézard, des œuvres d'art dans un parcours pittoresque, un concert, et un surprenant et magnifique nouvel espace dédié à Claude Parent. Tout cela gratuitement. Mais qu'est-ce que vous attendez ?

Merci à tous et vivement le 1001 article !


 

 

mardi 15 septembre 2020

c'est la zone, Marcel !

 Il est toujours bien de faire une petite promenade en se déplaçant d'image en image, en ne sentant comme air frais que celui de sa chambre, ordinateur sur les genoux, certain de n'avoir pas à décider de par où il faudrait passer. Parfois c'est le photographe des éditions de cartes postales qu'il faut suivre tranquillement.

Nous ferons cette petite fugue dans la Zone Verte de Sotteville-lès-Rouen, grande machine urbaine et architecturale de Marcel Lods, l'une des plus belles de France.


On se mettra d'abord d'emblée au bas d'une tour, l'immeuble Touraine, véritable déclaration d'amour à la préfabrication dont tout le jeu plastique tient dans l'application rigoureuse d'une économie et d'une intelligence. Comment ne pas tomber sous le charme d'une modénature aussi parfaite ? J'aime même les froissements et les plis de cette carte postale Combier qui viennent contredire la rigueur de l'ensemble. Le redressement des verticales par le photographe fait tenir la Tour debout, fermement sur son sol, comme isolée dans sa prétention moderne alors que...



on la retrouve ici articulée avec une barre qui traverse son champ de vision. Remarquez comme, depuis  ce point de vue, la Tour Touraine semble bien moins haute, plus tassée dans ses proportions. La carte postale Estel est bien plus précise que la Combier. Elle nous donne le nom des barres au fond de l'image, barre Gascogne, barre Dauphiné (au loin), elle nous donne aussi le nom des architectes : Marcel Lods, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, Monsieur Alexandre, architecte D.P.L.G, Monsieur Yvelin  architecte A.P.

Sur cette exemplaire Michèle fait le geste idéal : elle place avec une flèche au stylo-bille son appartement qu'elle entoure aussi d'un trait bleu. Voilà la fonction parfaite de la carte postale bien respectée par Michèle. Être dans le Monde, y trouver sa place dans la grille de la Modernité. Elle ne s'en plaint pas, elle donne la chance à Mauricette de comprendre l'espace de sa vie. Parfait, je vous dis.



Il faut rencontrer aussi l'espace libéré par la densité. Il faut se rendre Place de la Liberté, sous l'ombre d'un conifère. Le photographe de chez Combier comprend bien qu'il est difficile de faire image avec un vide urbain. C'est pour cela qu'il encadre l'image des branches solides de l'arbre donnant l'impression que la ville  surgit toujours au fond d'une clairière quand bien même celle-ci serait un espace urbain. L'air circule et au fond on retrouve nos constructions. C'est dans cet espace que j'ai rencontré Simon Boudvin et ses étudiants, il y a peu. Mais à gauche, surgit l'immeuble Garibaldi l'un des plus beaux de France, l'une des plus belles réussites de Marcel Lods. Implacable de poésie. Il ne faudra pas que l'écologie et les politiques de pseudo-requalification viennent épaissir ces merveilles. Il faut immédiatement les classer, les protéger, interdire toutes interventions qui en troubleraient l'écriture. N'y touchez pas. N'Y TOUCHEZ PAS.



Pour voir ou revoir Marcel Lods :http://archipostcard.blogspot.com/2012/11/territoire-marcel-lods.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/08/au-petit-matin.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/02/marcel-lods-actualites-bonnes-et-tristes.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-juste.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-juste.html etc..........

dimanche 13 septembre 2020

casiers de béton

 On ne se lasse pas finalement des surprises joyeuses et un peu brutes, de leur surgissement, de leur rapprochement avec d'autres surprises ou connaissances. En voici une qui fait écho à plein d'autres, à l'histoire aussi du béton en France, à l'histoire des Villages de Vacances ou aux architectures de la densité et de l'intelligence.

Voilà :


Cette carte postale Cap-Théojac se suffit sans doute à elle-même pour que vous compreniez immédiatement sa place sur ce blog. On y retrouve bien là l'écriture d'une époque, celle de l'A.U.A pour le village de vacances du Graffonnier par exemple ou celles des Gradins-Jardins de Messieurs Andrault et Parat. La densité par l'intelligence d'un module superposé, le travail parfait d'une intimité préservée, la manière dont l'ensemble travaille sur le paysage, offrant donc à chaque casier sa vue, offrant aussi une terrasse immense qui semble depuis cette photographie presque plus grande que le logement lui-même. Et aussi ce béton brut qui raconte sa fabrication, qui ne tente aucune imitation. C'est beau. Regardez les ouvertures sur les espaces de circulation, réduites à des bandeaux fins offrant lumière tout en préservant l'intimité. J'utilise le mot casier non pas avec moquerie mais simplement parce que la chance d'une forme juste c'est de circuler dans le cerveau à la recherche de ses congénères. Nul besoin d'un Atlas pour cela. Et je pense à ça :


En effet, quand une solution est bonne, on peut bien l'étendre à d'autres échelles, d'autres usages. D'ailleurs, d'un point de vue architectural et structurel, ces casiers en plastique affichent aussi clairement leur parfaite adaptation : peu de matière, des plis qui solidifient, une auto-stabilité évidente. Pourquoi donc se refuser alors à les imiter ou s'étonner à voir se rejoindre des fonctionnalismes qui pourraient sembler lointains. 


Mais comment vit-on ses vacances dans des casiers de béton ? Mais parfaitement bien rassurez-vous ! D'ailleurs une autre carte nous montre l'intérieur :


N'est-ce pas surprenant cette ambiance jouant d'un orange de corail et d'un noir structurant l'espace ? N'est-ce pas beau cette grande simplicité du mobilier faite de quelques chaises pliantes en bois (Prisunic, je crois) de tréteaux légers, de banquettes fines qu'on dirait posées sur des parpaings ? On voit aussi évidemment comment la lumière entre généreusement dans le casier, comment la terrasse immense projète la vue sur le paysage, l'encadrant des deux murs de béton, donnant sans doute l'envie immédiate de sortir et de profiter pleinement de ce spectacle. La jardinière, au bout de cet espace, est bien une liaison entre nature et architecture et peut-être aussi très utile comme écran pour des bains de soleil nus sur la terrasse en toute intimité. La carte postale est une édition Cap-Théojac sans nom de photographe ni d'architecte. On ne peut pourtant pas croire à un instantané mais bien à une composition. Le lapin en peluche laissé bien trop lisible au premier plan, les mandarines parfaitement en raccord avec la couleur des rideaux et de la nappe, le positionnement du personnage sur la terrasse apparaissant pile-poil dans la bonne embrasure de la baie, tout cela signe une mise en scène sympathique. Il est amusant de comparer ce point de vue sur la terrasse géante avec celui-ci :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/les-couples-libres-aiment-les.html

On notera que l'éditeur a du mal à situer précisément les lieux, parfois utilisant pour la première carte Peyrat-le-Château, ou pour la seconde Beaumont-du-Lac et le village de Vassivière. Depuis ces prises de vue, l'ensemble a été remanié avec des toit en double pente effaçant le caractère brutaliste de l'ensemble. Même somptueux héritage et même attaque de celui-ci, comme pour le Graffonnier, il y a eu une époque où on ne comprenait plus l'importance de ce travail. C'est bien triste cette incompréhension.



Dernière minute, dernière minute, dernière minute !

Hier, Nicolas Hérisson me signale que les chaises pliantes sont des créations de Aldo Jacober, designer dont je ne connaissais pas le nom ni le travail. Merci Nicolas pour cette précision.

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https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/03/de-andrault-parat-henri-prouve.html

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http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/A.U.A

http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/V.V.F. 


vendredi 11 septembre 2020

Un Pélerin passe par la Cité Radieuse


 

Comme promis, voici un autre exemple de ce que nous permet de trouver un épluchage régulier des revues qui ne sont pas des revues d'architecture. Voilà donc la preuve de la réception populaire de nos chères icônes et on voit l'écho qu'elles avaient alors dans tous les foyers.

Cette fois c'est la revue catholique Le Pélerin qui réalise un long article en deux pages centrales sur la Cité Radieuse qu'elle titre la "Cité Verticale". C'est déjà une certaine idée de ce qu'il faut y voir. On notera d'emblée que la revue est datée de 1950 et que donc la Cité Radieuse de Marseille n'est pas encore inaugurée ce qui explique aussi sans doute que les très pauvres images reproduites ne soient pas des photographies de cette cité terminée mais deux dessins et une photo fameuse de la maquette avec l'appartement glissant dans sa structure comme un tiroir dans une commode. L'article est une longue explication des qualités de la Cité Radieuse, abordant tous les thèmes, toutes les révolutions et tous les chiffres de son gigantisme et de sa démesure. Mais l'article reste souvent descriptif, c'est assez étonnant de le voir aussi assez positif. Du moins, Jacques Maubreuil l'auteur de l'article, semble vouloir laisser une chance à l'expérience et même conclut sans détour vers une certaine espérance (la rigueur morale de l'objet n'y est pas pour rien). C'est assez drôle d'ailleurs de lire les dernières lignes de l'article.

N'ayant rien trouvé sur l'auteur, Monsieur Maubreuil, difficile de dire comment un journal catholique a pu ainsi désirer faire la promotion de cette Cité Radieuse. Il s'agit bien là d'une nécessité de l'actualité, de l'étonnement de l'époque à cette modernité qui se construit. D'ailleurs rien dans l'article ne laisse penser que l'auteur se soit rendu sur le chantier...Tout ce qu'il raconte aurait bien pu être raconté depuis d'autres articles sans avoir visité la Cité Radieuse elle-même.

Bonne lecture.