mardi 13 novembre 2018

amicalement vôtre, Le Corbusier

Dès que je vois un bar, des tabourets, un cocktail, mon éducation populaire fait immédiatement surgir le premier épisode de la série Amicalement Vôtre dans laquelle les deux personnages principaux se battent à cause du nombre d'olives que l'on doit disposer dans un Créole Crême.
"Deux olives, pour les entendre s'entrechoquer mollement ", " Mais vous allez tout de même pas séparer une paire..." restent des expressions que j'utilise encore aujourd'hui avec mes frères.
Le bonheur provenant bien évidemment de la futilité du sujet de la dispute, futilité heureuse et chic qui fondera bien plus tard l'amitié des deux personnages. J'ai gardé de Lord Brent Sinclair et de Dany Wilde l'image parfaite de la virilité, un rien misogyne (là je tousse un peu) mais surtout pleine d'humour sur soi tout en étant taquin aux autres.
Je n'ai jamais su choisir entre Brett Sinclair ou Dany Wilde, choix cornélien des discussions de cours de récré. Trop loin de l'aristocratie de Sinclair, j'en aimais la culture et les bonnes manières, je ne pouvais pas me reconnaitre dans Dany Wilde pourtant d'origine populaire car trop bagarreur et roublard. L'homme idéal doit se trouver entre les deux. (Je l'ai trouvé)
Même si...J'avais un faible pour la Ferrari de Wilde. En fait, mon modèle sera, (toujours en Ferrari), le beau Magnum surtout lorsqu'il remonte vers la plage, en maillot de bain, l'eau ruisselant sur son torse poilu.
(bref)
Pardon.
Je me ressaisis.
Donc :



Nous voici devant un bar, regardant le barman nous préparer un cocktail dont j'aurais bien de la peine à vous dire s'il s'agit d'un Créole Crême...
Personne d'autre que nous, spectateurs de l'image et photographe, n'est présent. On dirait bien que le verre sera pour nous. Mais si le titre de cette article vous aura mis sur la piste de la localisation de ce bar, il est pourtant bien trop peu original pour que nous puissions de suite l'identifier comme l'un des plus importants lieux de Vingtième Siècle. La composition du mobilier, le design du bar lui-même, les caissons de lumière au plafond, tout cela sent la modernité tranquille d'un bar de Province à la mode. Il n'a donc d'autre raison de nous être présenté que parce qu'il se situe dans la Cité Radieuse de Marseille. L'éditeur Ryner nous signale donc que l'Hôtel-Restaurant est au 280 Boulevard Michelet, dans la 3ème Rue (sic) et que le restaurant possède deux étoiles. C'est bien. Il me faudra vérifier dans le Guide Michelin. Bien entendu Monsieur Le Corbusier est nommé mais il semble évident qu'il n'est pour rien dans l'aménagement de ce bar...On sent à droite une cloison pliante étirée qui peut-être permettait de séparer la salle à manger de l'Hôtel aux heures d'ouvertures du bar. À  gauche on devine des tables et des chaises avec nappes. Chaises qui semblent bien être des chaises Diamant dessinées par René-Jean Caillette.





On aimerait bien savoir comment s'appelle notre Barman qui a l'air tout jeune. On devine que la scène est construite, que tout cela est préparé mais on rêve à de multiples prises de vue et donc de multiples préparations de cocktails emmenant notre photographe et notre barman vers des dégustations répétées et...conséquentes.
Le photographe est-il alors allé se coucher ?


Tout dans ce cliché nous fait aussi signe. Comment ne pas se croire cette fois dans un James Bond ou un OSS 117 ? Placage de bois veiné sur les murs, micro-spots en liseuses, lit bas, tapis épais en poil de polyamide, chaises et fauteuil de Bertoïa et surtout rien d'autre comme pour donner de la chance à l'espace, maintenir l'unité d'une boite précieuse.
Boite relativement petite si on regarde comment la porte du cabinet de toilette (appelée salle de bain ) vient toucher le banc de bois où poser nos valises. Je m'interroge sur le volume sombre traversant le plafond, volume peint, le révélant et construisant aussi une spatialité. Camoufle-t-il des gaines ce faux plafond ? La couleur nous manque pour en comprendre la judicieuse articulation. L'autre élément important de cette chambre de l'Hôtel de la Cité Radieuse c'est son très beau parquet. L'éditeur Ryner de cette carte postale nous informe qu'il s'agit d'une grande chambre. Ce qui est peu lisible. Le lit d'une grande beauté moderne dont la sobriété fait sens possède comme seul luxe ses matelas séparés.
La netteté de cette chambre, sa rigueur et j'oserai même son coté très strict répondent au désir de fonctionnalité et de propreté bien loin des standards encore en vogue dans les hôtels de famille de Province aux gros lits lourds, au mobilier disparate couvert de napperon, aux murs remplis de cadres et de tableautin de chasse.
Pourtant un détail...Il n'y a là pas de téléphone.
On notera (et cela fera plaisir à Laurence) que la carte postale du bar est datée par l'oblitération de la Poste de 1966 soit déjà loin de la livraison de la Cité Radieuse.
On hésite à analyser ces deux cartes postales comme exceptionnelles, comme particulières à la Cité Radieuse. Finalement à cette époque, les cartes postales d'hôtels sont fréquentes, communes et, ce qui devrait surtout nous troubler c'est que, comme pour n'importe quel hôtel de Province celui dessiné par Le Corbusier, situé entre ciel et terre au milieu de logements est photographié et diffusé par les cartes postales. Notre étonnement d'amateurs d'architecture vient bien de ce traitement anodin.
C'est une joie simple.
Mettez-moi deux olives, ici ou ailleurs.

Cliquez sur l'image pour voir  :

https://www.dailymotion.com/video/xf0rjb


lundi 5 novembre 2018

Famille, je vous hais

Est-ce que la proximité avec un lieu oblige à un regard particulier ? Est-ce que la plongée dans les images de ce lieu connu vous laisse forcément plus dubitatifs face à sa représentation ? Ou, au contraire, est-ce que cette reconnaissance est la preuve que l'on complète cette image ?






































Cette carte postale de la Tour du Puchot à Elbeuf qui se nomme vraiment Tour Anatole France j'en connais parfaitement la forme, la présence, et même en partie une certaine familiarité puisque je la fréquente depuis plus de 50 ans.
Elle représenta pour moi, comme pour de nombreux elbeuviens, l'expression de la modernité architecturale et la seule vision d'un Building de grande hauteur avant les voyages vers Paris. Construite sur l'éradication d'un très vieux quartier d'Elbeuf, tout en colombages crasseux et romantiques qui, aujourd'hui ferait frémir les amoureux du Patrimoine, elle s'y opposa de toutes ses forces de la Modernité : hauteur, matériaux (béton), hygiène, radicalité du plan d'urbanisme, image de la puissance publique.
Elle est le Hard French à elle toute seule et sans doute responsable dans la construction de mon imaginaire de ce que je peux défendre ici. La Tour du Puchot est belle de cette histoire, de sa familiarité. Elle est cette silhouette que je reconnais comme signe de mon retour à Elbeuf, toujours. Elle est pour moi, je crois, comme certains phares pour les marins, un objet architectural signifiant à lui seul l'indigène que je suis, elle est un déclencheur d'identité même si je n'ai jamais habité là, mais, finalement, habiter c'est aussi partager les ombres et les lumières des constructions dans le parcours des villes. C'est, en quelque sorte, Notre Monument.
Elle est orgueilleuse, volontairement hors norme et solitaire dans son échelle, ce qui devait alors pour Elbeuf et les politiques locales d'aménagement signifier ce dédain pour le vieux quartier, le désir absolu de faire passer l'Histoire, de basculer dans un nouveau monde.
Aujourd'hui, personne n'oserait ce choc. On ferait de la couture, de la broderie entre le vieux quartier du Puchot et le désir de Modernité : sociologues et urbanistes viendraient parler de mémoire, d'histoire, de capillarité...






































La Tour du Puchot est l'inverse. C'est un acte de puissance, de force dans la certitude de bien faire, de donner enfin un logement et un quartier digne... Dignity, always Dignity...
Cette carte postale de la Tour du Puchot des éditions Edicap nous donne bien le nom d'un architecte : Monsieur Caplain.
On ne retrouve ce nom que sur peu de sites.
C'est tout, c'est déjà bien. Je poursuis donc cette piste.
Ne trouvant pas dans ma bibliothèque l'exemplaire de l'Architecture d'Aujourd'hui de 1949, je demande à Jean-Jean Lestrade de fouiller dans le Fonds de l'Agence Lestrade.
Et voilà !*
L'article très complet sur le Laboratoire de Recherches de la Sidérurgie à Saint-Germain-en Laye nous permet de retrouver Monsieur Caplain qui apparaît comme collaborateur de René Coulon (autre grand nom de l'architecture) et aussi de découvrir que Jean Prouvé a réalisé là l'un de ses plus beaux chantiers ! Jean Prouvé y aura conçu les charpentes mais aussi certaines huisseries et cloisons intérieures. Un must.
Tirer les fils de l'Histoire me passionne...
La revue ayant été éditée avant la fin du chantier, elle ne comporte pas d'image de l'ensemble de ce centre de Recherches, immense d'ailleurs ! Je ne vous donne donc que ce qui concerne Jean Prouvé. Par contre, on y voit au début, une somptueuse publicité pour la Société Dindeleux (qui a les archives de cette société ?) nous montrant la charpente de Jean Prouvé et les réalisations de Dindeleux. Magnifique image !









































Je ne trouve pas grand chose sur Olivier Caplain, il reste assez invisible sur le net. C'est dommage. Si vous avez des infos, merci de partager que nous puissions suivre cet architecte un peu mieux car il semble avoir tout de même bien participé à ce Mouvement Moderne.
En cherchant des information sur cette Tour, je tombe sur cet article :
https://actu.fr/normandie/elbeuf_76231/la-tour-du-puchot-va-etre-detruite-elle-penche_10538690.html
Je vous conseille de bien le lire et de rire avec moi car...Voyez par vous-même !
Je vous propose une carte postale bien étonnante pour poursuivre sur cette Tour du Puchot.

























Étonnante carte postale car elle nous permet d'abord de voir la Tour inachevée, en plein chantier, la grue y est encore attachée. Mais c'est le verso qui laisse pantois puisqu'il s'agit d'une carte postale militante pour le retrait des troupes américaines du Vietnam. Regardez :



Difficile d'en connaître l'origine exacte et qui, à Elbeuf, pouvait croire qu'ainsi, ce type d'agit-prop pouvait réellement agir ? Comment cette carte postale d'une vue d'Elbeuf a-t-elle été distribuée et diffusée et combien furent envoyées au Président Johnson ? C'est en tout cas un document rare ramassant les préoccupations de l'actualité et celle de l'image. Je ne cesse d'être étonné par les cartes postales.
Je vais utiliser les cartes postales pour m'éloigner d'Elbeuf, mêlant un désir profond de le faire dans le réel et la nécessité de montrer cette Tour du Puchot dans son environnement. La première est une édition Combier, l'autre plus éloignée encore est une édition Artaud Frères.
La Seine alors se courbe contre les angles droits du quartier. La langueur de son écoulement me laisse nostalgique et un peu écœuré aussi. Car si Elbeuf est pour moi d'une grande familiarité, mon désir d'émancipation m'a toujours conduit à croire que je devais m'en éloigner. Comment disait André Gide déjà ?
Ah oui : "Famille, je vous hais."

*Merci à Jean-Jean Lestrade pour les scans de la revue et la recherche.



























mercredi 31 octobre 2018

Stynen à découvrir

C'est sans doute une certaine forme de fidélité qui fait que je vais vous proposer une architecture de l'un des plus grands architectes belges : Léon Stynen. Cette fidélité est une fidélité amicale née il y a bien longtemps maintenant lorsque j'étais au collège comme élève et que Philippe Radigue y était mon enseignant en Arts Plastiques ! Vous imaginez... Milieu des années 80...
Mais c'est bien grâce à Philippe Radigue que j'ai aimé l'art, que j'ai pensé en faire mon avenir et donc, finalement écrire ce blog aujourd'hui.
C'est Philippe Radigue qui, il y a peu, me parla pour la première fois de Léon Stynen architecte dont je l'avoue je n'avais jamais entendu parler jusque là.
Alors :






































Oui.
Cette merveille de béton brut qui monte vers le ciel accompagnée de sa frêle croix de fer est bien une église, c'est Sainte Rita à Harelbeke. Facile d'imaginer mon choc en découvrant ce beau morceau de brutalisme au béton plié brut. Existe-il plus radical ?
La carte postale est une photographie de J. Vandecasteele qui fait là un très beau travail, durcissant le contraste, construisant parfaitement son cadre, donnant à l'église Sainte Rita toute sa force de surgissement. C'est très direct. On aime aussi les petits arbustes venant troubler de leur fragilité la peau du béton pas encore peint de blanc comme ce le sera plus tard malheureusement.
La forme évoque celle de la tente, celle d'une forme primitive de l'abri comme fossilisé par la Foi. C'est la force du béton qui, même à partir d'un dessin très épuré donnera toujours un sentiment de puissance, même si personne ne peut imaginer que l'épaisseur de ses plis, de sa coque n'est que de 8,5 cm... Une coquille donc.
L'œil voit un cône tronqué comme pour calmer l'ambition de gratter trop le ciel et pour aussi éviter l'image d'un cône alpin par trop simpliste. La surface ainsi ouverte laissera aussi passer la lumière à l'intérieur :






































Quelle photographie !
J. Vandesteele fait là un bien beau cliché où le grain de la photographie sert merveilleusement le grain du béton. Les verticales des plis à l'arrière jouent bien avec les tuyaux de l'orgue qui pourrait presque être considérée comme une maquette de l'église elle-même ! Le mobilier est superbe, raide, dur, sans concession, tout doit tenir dans l'émotion spatiale orchestrée par la lumière. Oui, messieurs les petits photographes contemporains, Monsieur Vandecasteele ne vous a pas attendus...
Allez, va prendre vite ton appareil et cours vers la Belgique faire tes photos pour la FIAC en jouant au découvreur.
Et que dire de l'audace de Monsieur Vandecasteele lorsqu'il cadre l'orgue ainsi, d'encore plus près ?



Tout se ramasse, tout se tasse, l'abstraction est tout au bord du monde, l'œil doit fouiller l'image. Le photographe coupe même l'élan de l'orgue, ratiboisant ses pointes !
Pour bien connaître Léon Stynen, je vous conseille l'exposition qui lui est consacrée en ce moment jusqu'en janvier :

https://www.vai.be/en/news/stynen2018
https://www.lecho.be/sabato/architecture/casino-king-sur-les-traces-de-l-architecte-leon-stynen/10027532.html
Pour tout savoir sur Sainte Rita :
http://www.eglisesouvertes.be/church_detail.asp?n=sint-rita&churchID=1835 

La Belgique Brutaliste est un terrain de jeu pour nous. C'est par le partage des connaissances qu'elle se révèle, sans laisser croire ni à sa rareté, ni à sa découverte ou à son invention. Espérons donc que les amis belges protégeront ses merveilles que nous aurons plaisir à venir, revenir voir.
Merci Philippe pour se partage et pour tout le reste. (Pudeur)
http://archipostalecarte.blogspot.com/2018/09/brutalisme-belge-2-sos-brutalism.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2018/07/brutalisme-belge-1.html





















































dimanche 28 octobre 2018

Bon coup de balais à Brasilia

Vous allez tomber de vos chaises, à moins que vous ne tombiez de votre fauteuil Barcelona !
Quelle chance avions-nous de croire ou de penser  trouver une carte postale montrant une icône de l'architecture quelques heures avant son inauguration, au moment même où on y installe ses meubles et ses tapis, avec les ouvriers en plein travail ?
Regardez !

Et comme vous êtes de fidèles lecteurs, vous aurez reconnu ce point de vue que nous avions déjà vu ici.
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/01/profondeur-de-chant-bresilien.html

Il faut croire que l'invention de Brasilia, sa modernité, l'événement de son surgissement ont provoqué une impatience telle chez les éditeurs qu'ils n'ont pas su attendre que tout soit terminé pour photographier et diffuser des moments de son invention. N'est-ce pas touchant et improbable que nous ayons sous les yeux ce moment ou les balayeurs et ouvriers installent le mobilier dans le Palais de l'Aurore ?
























Tout au fond de la photographie, deux ouvriers déroulent un tapis ou un morceau de moquette, l'un d'eux regarde le photographe. À gauche, un balayeur se reflète dans le grand miroir, il est entouré lui aussi de grands rouleaux qui sont sans doute des tapis.



À droite, son collègue, comme en symétrie, fait le même geste mais regarde, lui, dehors. On aime aussi en voir le reflet dans l'immense baie. Au premier plan, les fauteuils Barcelona ont leurs coussins encore protégés par des papiers ou des housses, la table basse n'a pas reçu son plateau, le canapé n'est pas découvert... les rideaux ne sont pas posés, etc...




On peut s'amuser à jouer au jeu des erreurs entre les deux cartes postales.
Nous voilà dans un moment bien intime, peu enclin d'habitude à recevoir des visites. Il faut croire que le photographe des éditions Colombo pouvait ainsi circuler dans les bâtiments sans crainte et que surtout, il a considéré lui-même ce moment comme digne d'être représenté. C'est bien là qu'est notre étonnement ! Doit-on voir là l'impatience dont je parlais plus haut ou une forme d'attention portée au travail des ouvriers, véritables acteurs de la naissance de cette ville ? Veut-il, ce photographe, nous signifier la nouveauté de ce Palais de l'Aurore en évoquant l'actualité de sa naissance, les dernières petites attentions à la mise en scène de cette architecture de Niemeyer ?
Quel document...
On pourrait presque questionner la mise en place de ces éléments de décoration et d'ameublement à l'aune de cette photographie car le volume et son étendue semblent bien dire un vide difficile à articuler, obligeant à inventer des îlots de convivialité que les fauteuils posés en groupe un peu loin les uns des autres organisent. Ici l'architecture de Niemeyer apparaît donc d'abord comme une absence, au moins une scène, donnant la chance à la vue redoublée par le miroir géant de se perdre dans l'horizon du paysage. Comme si ce surplus d'espace un rien gratuit était le vrai luxe de ce bâtiment dont le spectacle vient bien de cette surprise du vide. En ce sens, le regard du balayeur comme stoppé dans son élan de travail, se perdant dans le paysage extérieur, dit toute l'étendue de ce désir de perte, sa langueur. L'œil se perd au-delà de l'architecture préférant regarder la ville qui se construit.
Comme c'est bien le même éditeur (et photographe ?) qui est venu pour faire les deux clichés, on peut en conclure tout de même qu'il préféra donner à voir le moment parfait où tout est en place. Combien de temps le cliché de l'installation a-t-il été disponible à la vente, mettant l'actualité de la construction en rapport direct avec son image ? Avait-on le choix entre les deux cartes postales ? Les balayeurs et ouvriers ont-ils aimé ainsi être immortalisés dans leur tâche ?
Ma carte n'étant pas écrite, je ne sais rien de cette réception. Jean-Michel Lestrade lui avait fait le choix de la deuxième carte postale.
On notera que l'éditeur écrit Futura capital ce qui signifie bien que la Capitale et au moins le Palais de l'Aurore ne sont pas officiellement ouverts. Nous sommes donc avant le 30 juin 1958.

Espérons qu'aujourd'hui, le Brésil ne se laisse pas tenter par des arguments immondes et que ce coup de balais au Palais de l'Aurore fasse le ménage en mettant la poussière réactionnaire dehors et surtout pas sous le tapis.

Vous pouvez revoir les derniers articles sur Brasilia  ici :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=brasilia




samedi 20 octobre 2018

Corbu ! Range ta chambre !


Perplexité.
Profondeur de champ.
Traversant.
Absence.
Il me faudrait pour faire un article intéressant sur cette carte postale de la chambre des enfants de la Cité Radieuse de Marseille pouvoir articuler tous ces mots.
Je n'y arrive pas immédiatement car un détail attire irrésistiblement mon regard : les usures de la grosse poignée de la cloison coulissante. Comment se fait-il qu'elle soit ainsi déjà usée, abîmée ?

























Est-ce que son usage en est si intensif qu'elle a déjà enregistré toutes les agressions des enfants ou des parents utilisant chaque jour cette grosse poignée pour ouvrir et fermer ladite cloison ?
Bien entendu, je pourrais vous faire la leçon sur la lumière provenant du fond de l'image, autrement dit ici, à la Cité Radieuse provenant de l'autre façade puisque l'immeuble propose bien une orientation Est-Ouest permettant de suivre la course du soleil. Le voici du côté ouest, nous sommes donc l'après-midi.
On note que ce détail est certainement bien cadré et choisi par le photographe qui tient à noter cette particularité qui donne bien l'idée de la profondeur de l'appartement, s'étirant jusqu'à la blancheur un peu dure du fond de la perspective. Car cette carte postale a bien vocation didactique en nous montrant par l'une de ses pièces, la mobilité des espaces, leur taille, la promenade architecturale et aussi nous faire percevoir son habitabilité. Un piano peut même y venir trouver sa place, place qu'il prend à l'espace des enfants. On trouvera comme pour les autres cas de cartes postales des intérieurs de la Cité Radieuse, un mobilier bien peu avant-gardiste et même ici, soyons clairs d'une grande banalité. La grosse armoire n'a vraiment aucun intérêt autre que d'être un coffre, les lits sont recouverts de couvertures bien d'époque et on ne peut s'empêcher de rire à la vision de ce lampadaire en bois tourné (entre pseudo-breton ou pseudo-basque) et son abat-jour en ruban de plastique si moderne. Pour le reste, une banale plante verte dans un pot comme posée là pour signaler la niche, deux malheureuses céramiques qui font pâle figure et c'est tout ! Mais alors pour qui est ce piano ?
Et surtout, si on regarde bien (et l'agrandissement d'un scanner nous le permet) on devine au fond un peu de bordel oublié et une couronne de plumes d'indien qui ne laisse aucun doute sur une présence enfantine.


Est-ce donc un vrai appartement habité et rangé pour la photographie ? Je le crois. Cela expliquerait l'usure de la poignée de la porte coulissante et finalement, la vie qui s'y déroule.
Au dos de la carte postale diffusée par la Société Éditions de France Ryner, nous sommes informés que nous sommes bien dans la chambre des enfants et que la cloison est coulissante. Un tampon bleu affirme que la carte postale fut achetée sur place. Rien d'autre. Le photographe est oublié. Espérons qu'il ne fut pas trop autoritaire en demandant aux enfants de ranger leur chambre...
Gérard mets tes chausson, Gérard range ta chambre, Gérard fais tes devoirs !

Pour voir ou revoir quelques (Oups !) articles sur le mobilier chez Le Corbusier :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/07/faire-lamour-chez-corbu.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/08/very-hard-design.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/02/le-corbusier-concret.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/10/le-corbusier-interieur.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html




mardi 16 octobre 2018

Overdose de chlore

Je n'ai pas de chance car, chaque fois que j'entends Vesoul, j'entends Brel bêler sa chanson et, comme je déteste ce chanteur, j'ai du mal à être objectif.
Un type en sueur qui gueule  qu'il pisse comme il pleure sur les femmes infidèles est tout de même peu admirable. Les femmes, quand bien même seraient-elles infidèles ne méritent pas qu'on leur pisse dessus. Face à de tels misogynes, l'infidélité est une sortie de secours à Vesoul ou à Amsterdam.
Mais il ne faut pas non plus pisser dans le grand bassin. La piscine est associée à cette légende tenace qui, enfant, vous refroidit l'envie de plonger et nager avec vos camarades même si la rumeur court que l'eau changerait de couleur si par hasard ce relâchement avait lieu...
Vesoul...
Voilà ta chance :

Cette très belle carte postale Combier nous montre donc la piscine Caneton de Vesoul. Le photographe choisit le moment où elle est fermée et montre donc ses très beaux panneaux géométriques de couleur orange alternant avec des vitres très sombres ici. On aime comment cette ligne vient jouer avec les courbes du petit bassin en forme de haricot encore très années cinquante et le petit bordel d'une rocaille donnant aux baigneurs, sans doute, l'impression d'être à la montagne...


Au dos de la carte postale, très étonnante, une phrase écrite par la correspondante indique : " la piscine découverte est à la place du photographe."
Qu'est-ce que cela veut dire ? Y-a-t-il un autre bassin ? Sans doute. En tout cas, c'est un cas rare dans ma collection d'une prise de conscience par l'acheteur de la position du photographe de cartes postales.
Comme nous aimons bien les belles piscines Caneton, nous avons grand plaisir à retrouver celle de Salbris dans un très beau cliché toujours par Combier :



Quel document merveilleux ! Dommage que nous n'ayons pas le nom du photographe !
L'animation est superbe et surtout nous pouvons parfaitement lire les structures de cette piscine, la belle idée de sa transformation et comment la capillarité entre dedans et dehors est ici bien travaillée. L'ouverture des panneaux à peine lisibles laisse toute la chance à l'espace, au soleil, au ciel. Le photographe semble très curieusement bien au-dessus du bassin et il est bien repéré par les baigneurs. Je tiens le pari que les deux photographies de cette piscine de Salbris furent prises lors de la même séance.



Retournez-là pour revoir de belles images de cette piscine :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/09/piscine-couleurs-primaires.html
On aime que l'éditeur Combier nous donne toutes les informations : Arch : Cabinet de Messieurs A. Charnier, J-P. Aigrot, F. Charras à Fontenay-aux-Roses. Au fond le grand bassin, Arch Mr Joubert à Blois.
Voilà qui est précis !
Retrouvons une vieille amie :



Ce chaos superbe de volumes penchés dont la polychromie accentue encore le mouvement est bien la piscine de Grande Synthe. J'avoue beaucoup aimer ce genre de machine étrange. Malheureusement, je ne trouve pas qui en est l'architecte ou le concepteur ni qui en a conçu le jeu de couleurs rayant ainsi toute la surface en tôle de bleu clair, de bleu foncé, et de blanc ! La carte postale est une édition de l'Europe Pierron. On note que le photographe replace depuis une hauteur la piscine dans son élément : une cité en hard french. Le parking donne sans doute la mesure de la fréquentation de cette piscine qui semble énorme ! Elle n'existe plus ainsi.



Retrounez la voir ici aussi :
https://archipostcard.blogspot.com/2012/09/la-beaute-du-monde-parfois.html
Pour finir avec vos icônes favorites, celles qui vous font faire le Tour de France de leur présence ou de leur disparition, celles devenues des stars des Trente Glorieuses, celles enfin, d'un fantasme de sauvetage pour y vivre, voici, oui, voici (roulement de tambour), voici deux piscines Tournesols :




On aime la belle piscine Tournesol de Bourgoin-Jallieu et sa robe orange vif, on aime la pureté de la blancheur de la piscine Tournesol de Saint Estève.
On remercie pour la première les éditions Cellard et on aimerait aussi savoir qui a dessiné le centre de formation d'apprentis de Bourgoin-Jallieu qui semble bien intéressant. Voilà une piste à creuser.
On remercie les éditions Audumares de Perpignan pour celle de Saint Estève.
Je n'ajouterai rien, tout a déjà était écrit, commenté, discuté, regretté...pillé.