samedi 12 janvier 2019

changement de propriétaires

Bonjour,
je ne suis pas David Liaudet.
Je m'appelle Walid Riplet. David nous a donné les clefs, nous laissant libres de reprendre ce blog comme nous le voulions. Nous c'est donc moi et Jean-Jean Lestrade dont vous avez eu des nouvelles par David.
Nous avons voulu reprendre parce que nous effectuons le classement et le rangement du Fonds de l'Agence Lestrade, celui de l'arrière-grand-père de Jean-Jean et que nous voudrions utiliser ce blog pour communiquer sur ce travail et montrer des documents.
Nous avons voulu aussi, comme nous sommes tous deux étudiants en archi, poursuivre ainsi notre rapport à l'histoire de l'architecture et faire de l'écriture des articles un travail qui comptera pour nos études.
Nous n'avons donc pas les connaissances historiques de David et nous essaierons d'avoir la même rigueur en corrigeant si nécessaire nos articles. Il s'agit pour nous deux d'apprendre à regarder, à visiter, à lire mieux la critique architecturale, bref à nous emparer des outils de connaissances de l'histoire de l'archi. Tous les outils.
Nous remercions David qui nous laisse libres et qui pourra bien entendu intervenir et reprendre la main quand bon lui semblera. Nous remercions aussi Monsieur Claude Lothier qui a accepté de continuer de corriger nos fautes d'orthographe et de faire une relecture attentive de nos textes.
Pour éviter toute confusion, nous signerons nos articles afin que, vous, lectrices, lecteurs, sachiez toujours qui vous parle.

Nous avons décidé de commencer avec une photographie trouvée dans le Fonds Lestrade.
La voici :


Cette photographie ne comporte aucune information autre que ce qu'elle représente, cette belle structure en métal qui, on dirait, semble attendre la coulée du béton pour réaliser un voile mince. On reconnaît bien dans cette forme, celles à la mode dans la deuxième moitié du XXème siècle et qui combinait les doubles courbures pour faire des formes tendues, lyriques et contenant les forces du béton armé. Bien entendu cela nous rappelle le marché de Royan mais ici surtout le spectaculaire restaurant Los Mantiales de Félix Candela à Mexico. Il s'agit même ici d'une véritable citation ! David vous la montré ici :
https://archipostcard.blogspot.com/2012/03/americaine-latine-brutale-et-si-douce.html
Nous n'avons aucune information sur le rôle de Jean-Michel Lestrade dans la construction de cette structure. Aucun indice. Nous ne pouvons que percevoir qu'il s'agit d'un stand, certainement celui d'un Régiment si on en croit l'enseigne reprenant un insigne militaire avec deux canons croisés et un phénix ou un oiseau stylisé.  Nous l'avons surligné pour une meilleure lecture.


 Si quelqu'un reconnaît cet insigne militaire qu'il nous fasse signe. Cela permettrait de mieux comprendre de quoi il s'agit. On voit aussi sur le cylindre au milieu de la structure ce qui ressemble à une maquette et, au fond, des photographies accrochées sur une grille.



Pavillon de recrutement militaire ? Peut-être un régiment du Génie ayant besoin d'une construction spectaculaire pour faire la promotion de ses capacités ? Polytechnique possède bien deux canons croisés mais une armure remplace l'oiseau.
On note qu'il s'agit bien d'une construction éphémère, le béton étant ici visualisé en quelque sorte par la toile tendue sur la structure de métal. On note aussi que la construction est un peu bâclée dans sa structure. Mais c'est beau ce pavillon non ?



David nous a montré une autre photographie d'une structure d'exposition ressemblant à une démonstration de Jacques Couelle ici :
S'agit-il du même moment, du même lieu ?
Si on en croit le rangement des archives de Lestrade, la qualité assez mauvaise de la photographie, le manque d'annotation, le refus de bien ranger cette photographie en la laissant perdue au fond d'une boîte, il semble bien que ce cliché soit de Lestrade. Il n'était pas un grand photographe ce qui expliquerait sa joie de voir son fils Gilles en devenir un. Nous verrons bientôt une photographie de Gilles sur ce blog.
Il est probable que Lestrade ait dessiné et conçu techniquement cette structure, il en avait très largement les compétences. Est-ce la raison de la présence de ce document dans ses archives ? Aucun plan ne subsiste dans le Fonds, nous éplucherons les courriers plus tard, nous y trouverons peut-être une piste.
Alors si, parmi vous, certains ont des pistes pour informer cette image et cet événement, on attend vos commentaires. Merci de nous aider.
Dans la bibliothèque de l'école, nous trouvons le livre Formes structurales de l'architecture moderne de Curt Siegel édité en 1965 par Eyrolles pour la version française. On y trouve une double page superbe sur la structure de Felix Candela, nous vous la donnons à voir. La photographie semble venir de l'Agence de Candela. Nous vous donnons aussi à lire la belle et très revendicative préface de René Sarger sur le rapport entre architecture et techniques de l'architecture. Ce débat semble bien encore aujourd'hui très vivace avec les fausses certitudes du numérique ou de la 3D.
Walid Riplet-J-J Lestrade.







dimanche 23 décembre 2018

Brutalisme et Corbu, clap de fin ?

Je vais sans doute arrêter d'abreuver ce blog. La chute vertigineuse de lecteurs depuis quelques mois indique un épuisement du désir d'apprendre.
Et le pillage des images devenant orphelines de leur source, sans retour possible, semble être l'une des seules raisons de la fréquentation de cet espace qui se voulait d'abord, un espace de réflexion certes léger et joyeux mais aussi révélateur.
Mais le temps passé à écrire, chercher, scanner, relire et enfin publier me demande bien trop d'énergie pour que ce travail ne soit considéré que comme une banque d'images gratuites.

Alors, je vais ralentir, peut-être arrêter de publier même si ma collection restera à la disponibilité des chercheurs et des amis. Le silence parfait de mes classeurs, ma joie à en regarder le contenu seront maintenant mon chemin personnel de cette analyse.
Vous viendrez à la maison, on prendra un thé, on jouira des images ensemble.

Peut-être aussi que ma question première, celle du Brutalisme (le vrai) et d'une architecture mal aimée des Trente Glorieuses est maintenant moins pertinente. Ai-je participé à ce retour de l'histoire sur ce moment de l'architecture ? J'ose un peu le penser, laissez-moi le croire.
Mais maintenant que sortent des livres, des travaux, des recherches, je sens que je m'éloigne, ayant fait le tour de mes analyses, ayant subi le pillage des images mais aussi des idées, des angles de regard. Cela devrait me réjouir si seulement il y avait de temps en temps un projet, un retour.

Et puis, j'ai trois tâches à terminer : l'analyse du Fonds de l'Agence Lestrade, l'analyse du Fonds Moës (photographe de cartes postales), le passage en commission du centre commercial de Monsieur Parent à Ris-Orangis, passage promis pour 2019. 

Et mon travail personnel aussi...

Vous m'écouterez dorénavant sur Radio On.
Non...Vous ne le ferez pas, vous ne le faites déjà pas.
Vous êtes tellement occupés.

Mes articles sont trop longs, il paraît.
Mes articles sont trop nombreux, il paraît.
La lassitude, d'abord du côté du lecteur, finit par toucher l'auteur.

Je reste vigilant à l'utilisation de mes images et à l'obligation de faire mention légale de ma collection.

Alors, je vous propose un article qui, en quelque sorte, autour d'un superbe livre, ferme un peu la boucle sur mes intérêts. D'abord Le Corbusier, puis le Brutalisme, puis la représentation de l'architecture. Ce livre c'est Le Corbusier et la question du Brutalisme, catalogue d'exposition dont le commissariat était assuré par Jacques Sbriglio.
Voilà un bel ouvrage ! Bien pensé, clair, qui, en quelque sorte remet les pendules à l'heure sur cette relation entre Corbu et l'invention d'un genre, d'un courant, d'une dénomination bien galvaudée aujourd'hui pour ne pas dire bafouée...
Je vous conseille vivement l'article de Roberto Gargiani et Anna Rosellini sur le béton de la Cité Radieuse, admirable suivi du chantier inventant l'épiderme d'une construction. Ou lisez aussi l'article de Cyrille Simonnet, nous donnant la sensation d'être collé contre la matière et ses raisons d'être. J'ai aimé découvrir aussi la personnalité de Nivola ou bien entendu comprendre dans un autre article comment la ruine pouvait être une forme dont se saisir. En plus, vous y trouverez aussi le texte de Reyner Banham dont la relecture devrait être maintenant obligatoire avant d'avoir le droit de prononcer le terme de Brutalisme.
N'est pas Monsieur Chadwick ?
On ajoute une iconographie superbe et souvent inédite, une belle mise en page claire et limpide et on regrette de ne pas être venus à Marseille voir cette exposition.

Le Corbusier et la question du brutalisme
sous la direction de Jacques Sbriglio
éditions Parenthèses
isbn-978-2-86364-284-9
38 euros. Achetez votre exemplaire chez un libraire indépendant.

Donc voici maintenant des cartes postales !
D'abord la matière vivante :


Il aura fallu à Sciarli attendre une lumière franche venant du côté pour faire monter les ombres et donc les matières du béton de Le Corbusier. Cette superbe photographie, franche et frontale, nous permet presque de compter le nombre des bétons différents sur ce toit. Vous les voyez les planches ?




Comment aussi, devant la superbe disposition des formes jouant entre elles ne pas être sensible à la construction d'un ordre parfait, comme des fragmentations de constructions jetées là, laissant seulement leurs structures visibles. Sciarli laisse le lieu vide occupé par la lumière. Elle remplit bien le cadre. Elle y suffit, elle habite là aussi.
Sur cette autre carte postale, on retrouve la Cité Radieuse de Briey cette fois :



La carte postale Combier est datée de 1961. Cette vue aérienne colorisée nous permet de lire la mer des arbres au pied de la Cité Radieuse qui semble émerger littéralement de la verdure. On note que le travail au sol n'est pas terminé. On note aussi avec quelle délicatesse l'éditeur est venu avec de minuscules pochoirs encrer de couleurs vives la façade sur ce cliché en noir et blanc.


Entrons :


Nous sommes toujours à Briey grâce à l'éditeur Mage qui nous dit que nous voyons la chambre des enfants, qui nous donne bien Le Corbusier comme architecte mais chose rare, une fois encore, nous donne le nom du décorateur de cette chambre : Antoine Benoît. 
Je n'ai toujours rien trouvé sur ce décorateur venu à Briey meubler la Modernité. Je ne sais rien de ses relations avec Corbu, de comment il a obtenu cette charge, cette chance. Si vous avez des témoignages...
On note l'extrême dépouillement du lieu, la sobriété monacale des lits. Rien ne fait penser à l'enfance, sauf peut-être les rayures de couleurs réduites ici au noir et blanc sur les lits. Les lampes de chevets font penser à Serge Mouille et une carte de visite est posée bien en évidence sur la table avec les plantes vertes. L'agrandissement ne permet pas de lire vraiment son texte mais je suis persuadé que c'est celle d'Antoine Benoît.
On ne peut croire à un vrai lieu habité ou alors les enfants qui vivent là sont incroyablement sages... On note que le photographe, J. Derenne, se place sur l'arête de la porte coulissante comme pour nous en montrer mieux ses avantages, sa réalité. C'est raide mais tellement beau cet ordre parfait.
Ordre parfait.


Voilà.
C'est fini ?















samedi 22 décembre 2018

Roman de la Grande Arche

Vous aurez compris que depuis peu, je vous parle de livres. C'est l'approche des fêtes de Noël qui me donne l'envie de partager avec vous des idées cadeaux à vous faire ou à offrir.
Je continue aujourd'hui mais, cette fois, je m'en veux un peu car j'aurais bien pu faire cet article sur ce livre, il y a longtemps. D'ailleurs cela va être un peu difficile de vous en parler après ce délai si long entre ma lecture et l'écriture de cet article.
Pourtant ce livre mérite très largement que vous en fassiez la lecture car il est d'une espèce rare puisqu'il s'agit si on en croit l'auteure et son éditeur, non pas d'un livre document mais bien d'un roman.
Le livre s'appelle La Grande Arche et il est écrit par Laurence Cossé.
Il est bien écrit roman sur la couverture de Gallimard...


Je ne m'attarderai pas sur cette particularité, j'oserai cette coquetterie, car je n'ai pas bien saisi ce qui, dans le travail remarquable de narration de la construction de la Grande Arche fait ici roman. Certes, j'aurais bien du mal à différencier ce qui est de l'ordre du vrai, de l'ordre de l'invention, pouvant facilement par l'écriture claire et limpide croire à tout ce que j'y lis. Je crois surtout que c'est pour Laurence Cossé une manière de mettre à distance ce qui serait son opinion sur cette aventure, presque cette mythologie de la construction de la Grande Arche. Pour le reste, le livre, son contenu, l'histoire qu'il porte, est absolument passionnant, parfaitement étayé, incroyablement juste et même un peu attendri vis-à-vis de Spreckelsen dont la destinée était de construire un chef-d'œuvre plus grand que lui.
Ce qu'arrive à nous faire vivre Laurence Cossé c'est la personnalité étrange de l'architecte, débordé par son œuvre, par l'importance politique et symbolique qu'elle représente mais aussi, personnalité déboussolée par la culture du construit en France, comme si, finalement, le choix présidentiel (une geste royale) ne pouvait rencontrer une culture de l'Europe du Nord dont Spreckelsen fait partie, moins sensible aux affres des enjeux d'images, des modes de responsabilités du chantier et à la réalité matérielle d'un bâtiment qui, par sa forme simple mais son échelle immense rencontrera immédiatement des problèmes de traduction dans le réel que seul le génial Paul Andreu saura saisir, réussir et même sauver après le retrait de Spreckelsen.


De ce point de vue, l'ouvrage de Laurence Cossé rend l'aventure palpitante, nous donnant parfaitement tous les enjeux et jeux de pouvoir, toute l'époque aussi. Et, ayant fermé l'ouvrage, vous vient l'envie immédiate d'y aller voir. Ça tombe bien, le toit terrasse est ré-ouvert et on peut visiter des expositions au dernier étage de l'Arche. Allez-y, c'est somptueux.
J'aime la Grande Arche, j'aime aussi les nuages de Deslaugiers, j'aime que Mohamed Lestrade ait participé à sa construction, j'aime son symbole, son Miterrandisme flamboyant et autoritaire. J'aime le petit décalage de son axe, poésie remarquable dont François Loyer attribue à tort la réalité de sa nécessité.
Je vous conseille donc de lire le livre de Laurence Cossé puis de vous rendre à la Grande Arche dans la foulée. Vous mesurerez alors comment une idée simple, presque enfantine (un cube percé) devient un monument, une partie de l'histoire de France, une déception assumée, un rêve réalisé.
N'oublions pas aussi l'autre livre important sur la Grande Arche, celui de François Chaslin (nous reviendrons sur ce livre), tout aussi passionnant et documenté, il reste une référence sur l'invention de cette construction. Il vous faudra les deux ouvrages pour bien mesurer aussi le temps qui a passé entre l'écriture de Monsieur Chaslin et celle de Laurence Cossé. Temps qui fait parfois l'acceptation, qui construit le Patrimoine.
Je vous sers quelques cartes postales, il en existe des dizaines sur ou avec La Grande Arche photographiée. Nous y reviendrons plus longuement, d'autres fois. J'ai choisi une petite série très belle. Les cartes postales sont toutes des photographies de Paul Maurer pour les éditions Mille. Le photographe semble avoir aimé une lumière bleue un peu froide pourtant réchauffée par le disque solaire. Ce petit reportage nous baigne dans une atmosphère glacée, irréelle comme celle d'un film de science-fiction post Blade Runner. C'est vraiment une belle série, peut-être un peu trop chic pour être ce que nous attendons d'une carte postale plus convenue. Mais c'est tant mieux. On note qu'au dos pourtant sans correspondance, l'acheteur (euse) a écrit : "visite avec mimi, le 8-11-90". Il y a donc maintenant 28 ans...
Je vous donne aussi quelques photographies de votre serviteur. Nous avions aimé trouver sur la surface du béton, partout des signes et des dessins laissés par ceux qui ont travaillé là, beauté sensible d'un béton brut autorisant la notation directe. Il aurait fallu le courage d'en faire l'inventaire.




Sur place :