lundi 11 novembre 2019

Un immeuble






































Il m'arrive peu souvent de vous montrer des cartes postales aussi anciennes. Mais j'aime parfois contredire mes intentions, mes recherches et ce matin, au boulodrome de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, dans la chaleur commune de tous, chinant ensemble, je n'ai pu résister à cette carte-photo.
Dans une ville qui restera inconnue, à une date qui restera inconnue (circa 1905-1910) on voit une façade d'immeuble avec ses trois balcons, l'un au dessus de l'autre, chacun occupé par des habitants qui posent de toute évidence, ils regardent le photographe.
Me voilà au 11 rue Simon-Crubellier, immédiatement.
Et je pense à ce que habiter veut dire. Le balcon, projection merveilleuse d'un petit porte-faux sur l'extérieur reste cet espace de connivence avec le monde des autres, ce droit minimum à une part de ciel, suspendu dans le vide, l'habitant y profite de l'air. Ici, l'immeuble n'a vraiment rien d'extraordinaire et on reconnait dans les fers des balcons des fontes sans doute bon marché.
Mais que les fenêtres sont hautes ! Comme Auguste Perret les aurait aimées ! L'homme et la femme debout, devant.
On devine aussi la séance de pose. Le photographe demandant à tout le monde d'occuper son balcon. Même famille sans doute ou au moins amitié partagée qui fait qu'il est heureux de se voir photographier ensemble. Un nouvel emménagement ? Les enfants en haut avec l'homme et deux femmes seules sur les premiers étages, que veut dire cette distinction ?
Au dessus de la porte d'entrée une pancarte laisse lire le mot : reparaturen, ce qui, en allemand, signifie réparation. Mais de quoi ? Et serions-nous donc en Allemagne ?
Est-ce cette réparation qui justifie cette prise de vue ?
J'ai d'abord eu du mal à me convaincre que jamais je ne saurai où nous sommes. J'aurais aimé qu'un menu détail me fasse remonter la piste et que, même, peut-être, un jour, je puisse retrouver ce lieu et y faire un cliché. Mais il y a si peu de chances. Si peu...
Alors je me réjouis des images qui surgissent de ma culture, de ce goût du balcon chez les peintres comme Caillebotte, de ce moment des immeubles un peu hausmanniens et du rythme de vie de chacun, l'un au dessus de l'autre, dans des espaces communs et identiques. Cet immeuble est sans doute dans ses formes encore moderne pour l'époque, lumière et air et fausse subtilité d'un décorum bourgeois. Pilastres, corniches etc...On imagine aussi la hauteur des plafonds, la surcharge décorative des intérieurs qui déborde un peu sur les rideaux en crochet des fenêtres.
On pourrait aussi questionner face à ce type d'immeuble tout ce que la Modernité a voulu transformer de cette manière d'habiter la ville.
Qui y-a-t-il ici de si terrible à dénoncer, à quoi faudrait-il renoncer ?
La densité ? La monotonie ? La fausseté des décors ? Le rapport à la rue ?
Je ne sais pas vraiment.
Et je m'en fiche.
J'aime mieux tenter d'entendre les conversations de ce moment, la jovialité qu'il a demandé, l'accord de tous pour participer, le jeu aussi et même l'humour de la situation.
Il y a dans cette mise en scène d'une façade d'immeuble dans une ville inconnue quelque chose que nous reconnaissons tous. Nous appartenons finalement à ce genre d'image, nous en sommes en quelque sorte.
Et comme ils durent tous être impatients, quelques heures ou quelques jours après de voir revenir le photographe avec ses clichés et de rire ensemble d'être...ensemble.
Maintenant ils sont chez moi, retenus dans le temps, à jamais convaincus qu'ils se sont bien amusés ainsi de leur architecture, de leur ville, de leur monde.
Je vous promets à vous six, de vous garder au mieux, encore longtemps ensemble.
Je suis avec vous.





dimanche 10 novembre 2019

Xavier Mauduit, taisez-vous*

Depuis quelques années, il est facile de voir comment France Culture devient France Inter.
Et c'est bien, de ma part, un regret.
Si on devait trouver une preuve parfaite de cette France-Interasition de France Culture, il suffit d'entendre Xavier Mauduit dans l'émission d'histoire du matin.
Son ton étonné de lui-même, d'avoir le droit de parler là, sur France Culture, sa manière de reprendre l'antenne et le vocabulaire qu'il essaie toujours de simplifier, de traduire, comme si l'auditeur n'était pas assez cultivé pour en saisir une complexité, tout cela forme une émission de radio sur l'histoire qui ressemble à un cours d'histoire-géographie dans un collège des années 80.
Une petite musique vulgarisée, simplifiée et bien pensante.
Il n'ouvre jamais le débat, toujours il laisse croire que l'invité a raison : servilité amourachée du passe-plat.
Ni journaliste, ni chroniqueur, ni penseur d'ailleurs (et surtout pas) il est une fraicheur joyeuse pour auditeur convaincu. Un entre-soi de la gentillesse humaniste, réduisant son rôle à une fiche lecture type Annabac.

Il a une mission de vulgarisation.

Ce jeudi, une caricature de cette position :

https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/une-histoire-du-vivre-en-ville-44-reves-et-cauchemars-architecturaux


Dans le mixeur de sa pensée et de celle de son invitée Samia Henni, on mettra Fernand Pouillon, l'Armée, la Colonisation, le mot "camp", l'urbanisme et bien évidemment pour fermer le clapet de tout le monde Maurice Papon.
Et bien entendu le glissement de terrain se fait : les Grands Ensembles de France sont des copies de camps de concentration voulue par l'Armée Française de la Colonisation en Algérie.... Algérie, terrain des délires autoritaires des architectes et urbanistes français (donc forcément complices des militaires et de l'autorité)... Ouh... C'est sulfureux en diable !
Voilà Mauduit qui dénonce un complot droitier ! Ça sent le Pulitzer !
Et l'invitée ira jusqu'à accuser Paul Delouvrier d'être l'architecte de ces errements post-coloniaux en région parisienne. Voilà. Ben voyons... Pauvre Pouillon, instrumentalisé aussi.
On rigole.
Car, une fois encore, l'objectif c'est de nous culpabiliser.
On le fera sans aucune, aucune, aucune, aucune analyse de l'architecture, on le fera sans aucune lecture des plans, on le fera sans aucune explication probante de ce qui fait l'architecture ou la ville, sur la formation et l'histoire des architectes, on le fera et c'est le plus grave sans aucune contradiction ou opposition puisque le livre est édité chez B42, ce livre est forcément juste... On rit des documents d'époque forcément complices, on se moque de leur ton, mais on ne les analyse pas, mot à mot, réel contre réel. L'auditeur se doit d'être un ami complice comprenant le second degré et les sous-entendus. Le pire chez Mauduit, dans une émission d'histoire, c'est bien son instrumentalisation des documents et ses reprises d'antenne.
Car ce qui compte ce n'est pas le réel, c'est l'idée que l'on s'en fait en amont. Et la purée idéologique est en place, pré-digérée et diffusée sur France Culture.
Et Björk viendra rassurer le gentil Xavier.

Pourrions-nous rêver sur France Culture que l'architecture et l'urbanisme ne soient pas ainsi mixées par des incompétents ? Quand retrouverons-nous sur cette chaîne de vrais spécialistes, de vrais historiens de l'architecture et de la ville et surtout quand retrouverons-nous des vraies sensibilités éveillées et non des idéologies ?

Alger, La Nouvelle Gare Maritime par les éditions JOMONE en vétitable photographie.
Pas de nom d'architecte ni de photographe (sans doute que l'Armée surveille...)
Cette nouvelle Gare serait de Urbain Cassan, architecte et des Frères Perret comme constructeurs.
Michel a fait une croix pour dire qu'il habite là à son fils chéri resté en Métropole en 1957. Michel est sans doute un collaborateur de l'Autoritarisme Colonial Français.


Alger, Boulevard Bugeaud, la Nouvelle Mairie, toujours chez JOMONE éditeur. On note une édition qui joue au grand luxe avec grand bord blanc et même cuvette gaufrée pour y installer la photographie d'une grande qualité maIs qui restera donc anonyme.
La Nouvelle Mairie serait de Messieurs Ferlié et Niermans, architectes.

Même éditeur, même choix éditorial pour le tout aussi superbe Hôtel des Postes d'Alger que l'on doit à Jules Voinot et Marius Toudoire, architectes. Il doit s'agir pour Mauduit et son invitée d'une honteuse appropriation des signes culturels mauresques et maghrébins....


pour revoir l'Algerie sur ce blog :
https://archipostcard.blogspot.com/2012/03/algerie-evenements-volume-3.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/05/algerie-moderne-par-mr-mauri-architecte.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/01/at-bat-afrique-algerie.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/01/tout-est-juste-chez-pouillon.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/02/herbe-alger-eleve.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/05/le-couteur-alger.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/03/oran-blanche-et-bleue-pastel.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/09/la-tuile-bouteille-est-une-fusee.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/02/il-est-frais-mon-architecte-il-est-frais.html

* c'est un hommage à l'un de vos collègues, Xavier.


mercredi 6 novembre 2019

La transparence

Le Palais des Congrès de Royan est sans doute l'une des plus belles réalisations de cette ville et surtout, l'une des dernières suffisamment bien conservée pour en lire les atouts. Malgré les extensions et sa façade vitrée, (ou grâce...) le Palais des Congrès a su conserver sa place dans le parcours de l'Architecture Modernes d'exception à Royan.


Si de nombreuses cartes postales nous en montrent sa façade incroyablement complexe et belle dont l'intérêt provient du jeu particulièrement étudié des capillarités entre le dedans et le dehors, il y a peu de cartes postales allant voir l'autre façade, celle sur le jardin abrité derrière le Palais.
Certes, bien moins spectaculaire, cette façade n'en possède pas moins des atouts que cette édition Elcé (Chatagneau éditeur écrivez-moi svp) fait apparaître avec force.
D'abord, à l'opposé de la façade sur mer, une grande régularité presque stricte dont les éléments préfabriqués donnent le rythme, éléments, rappelons-le de Jean Prouvé. Ce mur-rideau propose à la fois un jeu de verticales et d'horizontales dont la séparation est articulée par la trouée béante de l'entrée. On peut presque voir la mer au travers... La transparence est totale.










































C'est bien cette transparence que le Palais des Congrès devra retrouver lors de sa future restauration. Il faudra aussi retrouver la lecture première de ces éléments de façade, redonner au bâtiment la clarté de ses modules et donc de ses fonctions. Car, ici, le mur-rideau parle en quelque sorte de son intérieur et de son plan. La cage de verre qui semble ainsi traverser la construction prouve aussi l'originalité de sa structure pouvant libérer des espaces vides allant d'une façade à l'autre. Il faut que, côté jardin, on n'oublie pas la jubilation du grand large et offrir de fait une vision, une projection de ce spectacle.
On note aussi que le Palais des Congrès agit comme un abri pour ce jardin permettant son existence hors d'un contact trop vif avec les éléments marins. Ce jardin est donc un morceau de ville offert aussi par le barrage que constitue le Palais des Congrès. Un havre, en quelque sorte.
Il va de soi que nous sommes impatients de retrouver ainsi notre Palais des Congrès, de pouvoir enfin revenir boire un Orangina sur sa terrasse en ne sachant pas bien si nous sommes dans le ciel, dans la mer, sur la terre.
La carte postale fut expédiée en 1962.
Parce que je me crois à Royan, j'en profite avec vous :






































Cette spectaculaire carte postale fut éditée par Iris pour Cap-Théojac. On y voit Notre-Dame comme écrasant le Front de Mer, le surplombant avec une force que j'ai du mal à restituer dans mon imaginaire. Le photographe J.-D. Surdes a fait là un incroyable travail, certainement au téléobjectif pour faire en quelque sorte venir Notre-Dame sur le devant. Quelle belle image ! Quelle force !
On note que le photographe, sans doute attendri par le capital romantique du béton de Royan a aussi cadré la nonchalance de la promenade d'un couple, les pieds dans l'eau goûtant le plaisir simple d'une marche dans la mer. Le Casino est encore là, présent, beau.
Rien à ajouter devant une image aussi précieusement baignée d'un bleu-gris attendri.
Rien.
Ah si...
J'aimerais y vivre aussi ma transparence.



dimanche 3 novembre 2019

Marcel Gascoin à la ferme

Aujourd'hui, je ne vous proposerai pas de carte postale mais un article paru dans la revue Le Pèlerin en 1949.
Cette revue provient une fois encore de la collection de mon frère Christophe. Qu'il en soit ici remercié.
En double page centrale, on trouve donc un article dans cette revue encore très pauvre sur la Reconstruction et notamment, pour une fois, sur la Reconstruction en milieu rural qui est souvent oubliée dans les livres d'histoire alors même que la France est encore largement paysanne. D'ailleurs le titre de cet article 3 millions de fermes à rénover permet de comprendre la tâche à accomplir.
Bien entendu, ce désir de faire de ce chaos une chance pour une agriculture moderne rappelle les désirs de Bézard et de Le Corbusier à Piacé. Mais on devine rapidement que là où le duo d'avant-guerre repense totalement l'organisation professionnelle et son rôle dans la société, allant du détail du mobilier aux jonctions routières, ici, dans cet article il est certes question d'architecture rationalisée et de mobilier mais moins d'une redistribution du rôle des campagnes dans la vie nouvelle. Il s'agit aussi surtout de revoir les dispositions du travail des femmes dans la ferme, les tâches y étant sexuées : l'extérieur et la culture aux hommes, l'intérieur et le foyer aux femmes.
Mais ne soyons pas trop rapidement des juges de cette réalité et de cette disposition d'esprit, il faut toujours tenter de voir dans ce qui nous étonne ce que signifie aussi pour nous, aujourd'hui, notre point de vue.
On note par contre que Marcel Gascoin utilise les mêmes dispositifs rationnels pour permettre une libération des espaces avec son architecte M. Maître. Les circulations y sont particulièrement étudiées, les espaces ouverts et là-aussi, l'économie des efforts particulièrement bien étudiée. Le passe-plat attribué à Corbu et Perriand trouve aussi ici son rôle. On note aussi un désir moral de faire du mobilier et de la maison moins un patrimoine familial mais plus un outil pour vivre mieux, plus sainement mais aussi dans le désir d'un équilibre des tâches et des fonctions plus marqué. On ne sait pas, par contre, comment Marcel Gascoin a étudié la vie dans les fermes, comment avec M. Maître, ils ont ensemble réuni les informations et les souhaits des uns et des autres même si, en 1949, la vie à la ferme est encore bien partagée par tous et visible.
On note que les images sont des dessins très sobres, très clairs. Une grande netteté y domine, un vide décoratif presque monacal. Couleurs et lumière dessinant les espaces dans lesquelles les pièces de mobilier viennent se poser doucement. On reconnaît d'ailleurs parfaitement le type du mobilier de Marcel Gascoin et son rationalisme adouci.
Il est difficile aussi de savoir si, par hasard ou par recherches, Marcel Gascoin et M. Maître ont eu connaissance du projet de Piacé. Ce qui est certain c'est que tout cela révèle un état d'esprit, une certaine idée de ce que doit être une fonction. Mais aussi de ce que cette Modernité demande d'abandon à une certaine tradition patrimoniale et cela à l'intérieur d'une revue catholique dont on peut aujourd'hui s'étonner qu'elle ait pu faire écho à cette Modernité : ici, non pas au nom d'une révolution sociétale nécessaire mais au nom simplement de ceux qui vivent ces espaces et ces fonctions. Une dignité retrouvée, sans doute.
Je vous donne ce lien vers un excellent article de Patrice Gourbin écrit pour le CAUE 14. Vous y verrez quelques images du travail de M. Maître, architecte et y comprendrez, par une belle analyse le beau Patrimoine de cette Reconstruction dans le Calvados. Voilà du beau travail.
http://caue14.com/wp-content/uploads/2014/01/architecture_urbanisme_de_la_reconstruction_dans_le_calvados.pdf

Je vous rappelle aussi ce blog, celui qui, en quelque sorte a réinventé Marcel Gascoin, c'est là encore un excellent travail :
http://art-utile.blogspot.com/2012/11/marcel-gascoin-interview-1963.html

Bonne lecture... Bon courage à ceux qui vont prendre leur voiture pour chercher, au fond d'une grange du Calvados, un buffet ou un siège de Marcel Gascoin...

























































































dimanche 27 octobre 2019

Futuro et micro chez les soviets

Alors hier je vous faisais plaisir.
Je crois.
Aujourd'hui je continue :



J'ai hâte de voir à quelle vitesse cette image va se retrouver chez les petits suiveurs, Bublemania et consorts. Consort en un seul mot. As-tu déjà oublié de le préciser ?
Oui, il s'agit bien d'une Futuro. Oui il s'agit bien d'une carte postale et même d'une carte postale soviétique comme eux seuls savaient les faire avec un verso proposant toutes les grilles nécessaires à remplir (attention de ne pas déborder, l'administration soviétique n'aimait pas ça).
Cette Futuro est une école de ski dans la région de Karatchaï et... elle y est encore ! Et on peut même y dormir si cela vous tente. 
L'image n'est-elle pas superbe ? La Futuro est posée dans le blanc de la neige, faisant fi de la pente et regardant la montagne.


On aimera tout particulièrement les quatre personnages faisant la queue et attendant l'ouverture de la soucoupe volante ! Ils ont tous un petit cartable comme s'ils allaient à l'école... de ski ?
Des apprentis-guides de montagne ou de simples citoyens venant à leur cours de glissade ?
Étrangement perdue là sur la pente de la montagne, soudain je me pose une question (et vous excuserez mon pragmatisme) : où vont les eaux usées, vous voyez ce que je veux dire ?
On devine deux énormes tuyaux  plongeant depuis la Futuro vers le sol... Ça doit être ça !
La carte postale n'ayant pas été envoyée, elle ne propose pas de date. L'éditeur non plus, seul le nom du photographe Ivanov Ivanov est lisible. Bien entendu, le nom de l'architecte Matti Suuronen n'est pas non plus mentionné.




Et comment est-elle arrivée ici cette Futuro ? Est-elle descendu du ciel suspendue à un incroyable Mil Mi 12 ?
Mais je me pose la question de la diffusion de ce modèle dans l'Union Soviétique. Suuronen aurait-il vendu ses moules et son modèle à l'Union Soviétique ?
Surtout que l'Union Soviétique faisait également des recherches dans les micro architectures comme en témoigne cette exemple trouvé dans les archives de l'Agence Lestrade. Merci Jean et Walid de m'avoir signalé cet article*.
On aimerait, bien entendu, très vite, trouver les archives de l'Institut Zonal de Recherches et d'Élaboration de Projets Expérimentaux de Bâtiments Industriels et Publics de Leningrad ! Avec un tel titre de bureau, cela devrait être bien chouette de retrouver les études et d'entendre les témoignages des architectes... On note une influence de Haüsermann ou Antti Lovag dans les formes libres et organiques même si la façade en tôle et hublots fait aussi penser à Prouvé. On s'étonne que le béton, même en coque fine, soit le matériau choisi pour ce genre de construction rapide mais surtout en terrain et climat difficile. Mais comme il devait être plaisant de rêver sortir de sa bulle pour lire le dernier numéro de la Pravda. Si on regarde derrière la bulle soviétique on devine les formes d'un autre bâtiment qui a l'air aussi très curieux. Il est aussi amusant de constater que cette utopie d'une architecture légère, en nappe et en module simple a pu traverser le rideau de fer surtout que l'on aime l'Union Soviétique bien plus pour son brutalisme architectural très monumental.



































Pour revoir quelques articles sur la Futuro ou sur Matti Suuronen :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/05/pour-reseau-national-des-micro-et.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/10/venturo-house-entre-mer-et-foret.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/01/toute-petite-suite-hollandaise.html

* comme j'en ai ras le bol de voir mes documents pillés et copiés sans source, je fais de même. Cette source ne vous sera communiquée que si vous la demandez gentiment. Et ne cherchez pas dans A.A...

samedi 26 octobre 2019

Et sur cette pierre je bâtirai mon église

Bon.
Euh...
C'est plus qu'exceptionnel et rare.
Voilà :



Ce document va nous demander beaucoup d'analyses et d'enquêtes.
Sur cette photographie, on reconnaît évidemment Le Corbusier. On devine mal ce qui fait le décor autour de lui. Au fond, un mur de pierre et une foule attentive. On reconnaît facilement aussi des hommes d'église. Le mystère sur ce moment est lui vite élucidé car au verso tout nous est indiqué par notre mystérieux correspondant : il s'agit de la pose de la première pierre de la Chapelle de Ronchamp. C'est donc pour l'architecture mondiale un moment particulièrement important et émouvant. Mais si le verso semble rapidement répondre à nos interrogations, il ne nous permet pas de circonstancier ce moment et de bien comprendre qui est là (à part Corbu) et qui, surtout, fait cette prise de vue et invente donc cette iconographie historique. Existe-il un contre-champ de cette prise de vue permettant de voir le photographe qui cadre ainsi l'architecte ?
Que fait Corbu ?
Le prêtre semble lui indiquer un endroit sur une feuille de papier et Corbu semble vouloir écrire ou signaler quelque chose. En fait, il signe le parchemin qui sera scellé dans la pierre.
L'autre élément important de ce document c'est bien la pierre elle-même. Il me faudra savoir où elle se situe exactement à Ronchamp et quelle est donc cette forme étrange aux angles bien droits qui la dessinent.
Quelqu'un connaît-il un témoignage direct de cette pose de première pierre ?
Qui saura identifier les personnes sur ce cliché ?
On reconnaît très bien Georges Béjot juste derrière Le Corbusier qui s'adresse à un jeune prêtre à lunettes qui doit être Lucien Ledeur. Sur un site, je retrouve exactement ce cliché et aussi un autre pris un peu avant. Mais alors qui a ainsi publié plusieurs fois cette image et dans quelle cadre fut-elle diffusée ?
Ce site nous indique la piste de l'Abbe Bollé-Rédat ce qui, évidemment, sur ce blog, nous indiquerait une possible proximité avec Charles Bueb.


On note aussi que même si cette photographie fut bien envoyée comme une carte postale, c'est-à-dire directement, à nu, sans enveloppe, elle ne possède aucun signe éditorial du genre. On note que la disposition du texte et de l'adresse existe simplement par une séparation d'un trait au stylo-bille et que le positionnement du timbre est tout de même très fantaisiste. La carte n'est pas signée comme si l'image, l'écriture mais aussi le sujet permettront au destinataire de comprendre immédiatement qui est son correspondant. Cela indique une familiarité à l'événement, au lieu et peut-être aux protagonistes. On admire aussi le professionnalisme des personnels de la Poste à l'époque pour déchiffrer et trouver le destinataire... La carte fut expédiée le 11 septembre et arriva le 13 de l'année 54 soit quelques mois après l'événement.
La présence des architectes sur les cartes postales est rare sauf dans des cas auto-promotionnels (Hector Guimard) ou institutionnels. Par contre, la pose de la première pierre est souvent l'occasion d'une carte postale mais alors il s'agit de cartes postales du début du siècle ou des années 20 lors de la reconstruction des églises après la Première Guerre Mondiale. La présence de Corbu sur cette image, le désir même de cette image de l'architecte, la considération à son égard tout cela prouve en tout cas que Corbu avait déjà bien une image et une reconnaissance telle que de le partager était le signe d'avoir vécu un moment privilégié de l'Histoire de l'Architecture.
Espérons que rapidement nous aurons plus d'informations sur ce moment, sur le photographe pour que ce moment émouvant puisse prendre toute la lumière qu'il mérite.
Cette carte postale, (carte-photo) est de fait maintenant l'une des plus belles et des plus rares de ma collection.
Et j'ai plaisir à la partager avec vous.
Pour revoir quelques articles sur Ronchamp :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/05/avec-des-planches-du-courage-et-du-genie.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/04/charles-bueb-publie-ronchamp-revele-le.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/06/la-fatigue-ronchamp.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/07/les-missiles-sur-ronchamp.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/04/le-corbusier-au-cube.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/ma-quete.html
......






L'homme à droite a un casque sur la tête et semble porter un micro dont le fil passe sur le visage des spectateurs :

 Mais comment s'appelle dans la liturgie le nom de ce seau rempli sans doute d'eau bénite ?






dimanche 20 octobre 2019

Deux hôtels

Celle-là, vraiment, je ne m'y attendais pas !
Comme quoi, il faut maintenir les recherches et surtout être prêt à de belles surprises. Surtout que celle-ci vient de Suisse et qu'il faut bien le dire, le flot du tout-venant des cartes postales ne nous montre pas tant que ça ce beau pays pourtant si avide d'architectures modernes et contemporaines. Alors, réjouissons-nous :



Ce magnifique bâtiment est l'hôtel Bernerhof à Interlaken. Comment ne pas tomber amoureux immédiatement de son dessin, de son béton laissé brut. Regardez comment l'architecte a composé sa façade. En fait, il oriente toutes les fenêtres vers la percée urbaine afin de permettre à toutes les chambres d'avoir un point de vue sur la rivière et les montagnes. En ce sens, la vue satellite nous permet de mieux comprendre ce travail et pourquoi toutes les ouvertures sont ainsi anglées en opposition à la rue. Aujourd'hui, malheureusement, l'Hôtel Bernerhof a été peint de manière très laide.

























Finissant dans une proue agressive et pointue d'où s'échappe un délicieux escalier en colimaçon, l'Hôtel Bernerhof a aussi sur son toit des édicules dont le dessin semble plus libre et contrastant avec cette façade. Tout le rez-de-chaussée est ouvert et avec mon compte-fil je remarque que les clients fixent tous le photographe, Monsieur E. Häsler qui travaillait à Interlaken.



La carte postale ne nous donne pas de nom d'éditeur, elle fut donc éditée directement par l'Hôtel Bernerhof mais, par contre, elle nomme bien l'architecte : Peter W. Klaus.
Est aussi précisé " dipl. Architekt ETH/SIA, Zürich 6."
Je ne trouve malheureusement aucune piste dans ma documentation ni dans le Fonds Lestrade.
Quelle autre merveille helvète Peter W. Klaus a-t-il dessinée ?
Si nos ami(e)s suisses pouvaient nous aider...

Quittons la Suisse en voiture de sport rapide et confortable. Dirigeons-nous vers Rotterdam. En entrant dans l'Hôtel Hilton, nous n'aurons pas besoin de nous présenter, le réceptionniste nous reconnaîtra forcément et nous indiquera que notre chambre habituelle est disponible. Oui, nous sommes comme ça. Simples...


Le brouhaha des jets d'eau sur le devant de cette carte postale des éditions Vita Nova ne nous empêchera pas de lire le très beau et très pur dessin de Huig Maaskant son architecte.
Ce dessin est tellement un archétype du genre, parfaitement raide, génialement strict et rude. Admirons comment les ouvertures sont distribuées sur cette façade avec le décrochement en bout de lignes d'immenses baies largement ouvertes.
Beauté radieuse.
L'éditeur ne nous dit de l'architecte ni de son photographe.
Pourtant, tous les deux, ont su trouver le moyen de faire entrer le ciel dans la façade.