mercredi 15 novembre 2017

Tout dans le détail

Vous faire plaisir.
D'abord, vous faire plaisir.
Aujourd'hui dans deux cartes postales en multi-vues si mal considérées par les collectionneurs, voici que, justement, par les vues diversifiées, par le désir de nous monter le plus de choses possible, les éditeurs de cartes postales nous permettent de retrouver deux icônes de ce blog, deux architectures dont vous rêvez pour certains d'en faire l'inventaire, pour d'autres de les démonter pour les sauver : un Mille-Club et une piscine Tournesol.
Par laquelle de ces icônes voulez-vous commencer ?
Eh bien non ! Nous débuterons par le Mille-Club :


Sur cette très belle carte postale de Roanne, tout est dit d'emblée, sans remords. Un beau quartier fait d'un Hard French aujourd'hui si mal aimé, sa modernité appréciée, ses aménagements urbains et donc, là, en bas à droite un Mille-Club du type BSM Tridim des architectes Goddeeris, Deleu et Thoreau.
Il est bien à sa place dans ce petit tour de quartier que les éditions La Cigogne nous offrent. On notera que la carte est assez récente si on en croit les automobiles, la carte fut expédiée en 1982. J'ai beaucoup de difficultés à identifier ce lieu sur Goggle Earth et je crois que, malheureusement, ce Club de Roanne a disparu. Ne partez donc pas en Safari Ruin Porn.















































Roanne est la Ville Marraine d'Elbeuf et ce nom de ville résonne très particulièrement chez moi car, en tant qu'elbeuvien, on voyait ce nom de Ville de Roanne apparaître sur les bandeaux de commémoration de la seconde guerre mondiale. Nous habitions même rue de Roanne et je vois qu'il existe une rue d'Elbeuf à... Roanne ! Dans le livre Elbeuf, histoire des rues, Charles Brisson nous informe page 105 :
"Cette rue est l'une des nouvelles voix ouvertes lors de la reconstruction du vaste quartier détruit par les Allemands en juin 1940. Dès 1941, des villes de la zone sinistrée reçurent le parrainage de villes demeurées intactes en zone encore libre. Suivant l'exemple donné par ailleurs, des démarches furent alors entreprises par le Syndicat d'Initiative auprès de la ville de Castres, dans le Tarn, ville drapière comme Elbeuf et où se trouvait alors un noyau fort agissant de réfugiés elbeuviens. Cette initiative rencontra l'opposition du député-maire René Lebret, dont le choix se porta sur Roanne, dans la Loire, chef-lieu d'arrondissement peuplé de 50 000 habitants, qui adressa à Elbeuf des dons et des secours importants. Par reconnaissance, son nom fut donné à une nouvelle voie."
 Nous reviendrons très bientôt à Roanne avec une autre belle construction.
Mais voici un autre détail :



Là aussi, il est aisé de savoir où l'on se trouve ! La Ville de Bruyères nous livre ses secrets pittoresques et sa piscine Tournesol ! Là encore, c'est l'éditeur La Cigogne qui régale et la carte fut expédiée en 1987. Si on en croit Goggle Earth, la piscine Tournesol orange de Bruyères est toujours debout. Espérons que la Mairie et les agents locaux du Patrimoine du département des Vosges sauront la sauver sans la modifier. Car, de cette couleur, dans cet état, il n'en reste plus beaucoup, il s'agit donc ici d'une urgence patrimoniale. Je suis certain que Monsieur Yves Bonjean le Maire de Bruyères et toute son équipe municipale vont tout mettre en œuvre pour valoriser cet héritage exceptionnel et rare maintenant.
Nous avions déjà évoqué cette belle piscine ici :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/10/tournesol-et-tournesol.html




mercredi 8 novembre 2017

Rudy, les spaghettis sont servis et la soupe aussi

Je vous donne à lire ci-dessous une lettre ouverte à Rudy Ricciotti.
Il est clair maintenant que la Région Ile-de-France, que ses institutions patrimoniales qui la représentent, que la politique du Grand Paris, osent tout, c'est à ça d'ailleurs qu'on les reconnaît. Chemetov et Prouvé à Saint-Ouen, Émile Aillaud à Nanterre, Jacques Kalisz à Nanterre, Tour Montparnasse, Claude Parent et Paul Virilio à Vélizy-Villacoublay, Esquillan à Fontainebleau et maintenant Maison du Peuple à Clichy de Beaudouin, Prouvé, Bodiansky et Lods... Le bilan des attaques contre le patrimoine moderne et contemporain devient lourd, très lourd, honteux. À qui le tour ? Le Musée des Arts et Traditions Populaires de Dubuisson peut-être...



Salut Rudy !
Je vais te tutoyer car tu es de ceux qui ont toujours fait de leur gouaille un signe de reconnaissance, comme si les tonalités de ta langue si chantante et fleurie et sans compromis devaient pouvoir immédiatement nous permettre de comprendre la franchise de ton architecture et de ta pensée, comme si cette voix, ta voix était l'occasion d'une complicité dont j'ose me saisir ici.
Dans cette vidéo, Rudy, tu affirmes avec une fierté non feinte qu'un architecte ça doit être un casse-couille, je crois que tu remplis bien ton programme.


Car vois-tu, lorsque pendant toute une carrière on joue l'outsider de service, celui qui empêche de tourner en rond, le grand pourfendeur de la pensée commune et le mec proche de la réalité du terrain et des connaissances des métiers, il est étonnant de voir soudain un travail qui écrase justement ceux qui, dans l'histoire de leur Art, furent les pionniers de cette brutalité chantante et de cet hommage aux gens : la Maison du Peuple de Clichy.
Non mais franchement Rudy... Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi cette tour de spaghettis qui va se dresser dans le ciel comme une corde enchantée par un magicien hindou et qui réduit le chef-d'œuvre de Prouvé, Lods, Bodiansky et Beaudouin à un plat de cantine en aluminium ?

Ce n'est pas à ta hauteur, c'est ça le pire. Pas à ta hauteur.

Mais vous, (je reprends le vouvoiement toujours lorsque je suis en colère), mais Monsieur Ricciotti franchement, là, vous rigolez ? Non ? Allez... C'est une blague ? Vous allez annoncer demain que vous y renoncez à ce projet et que c'était là un exercice pour montrer à tout le petit monde de l'architecture à quel point la gestion du Patrimoine Architectural du XXème siècle est méprisé en France ? 
Car sinon, tout ce que vous étiez jusque là, tout ce que vous avez porté de colères, d'intransigeance, de force et de respect à ceux qui bâtissent devient vain, inutile.
Quand on fait finalement de ses colères, de sa révolte, une image de marque, un objet de communication, un slogan à la Seguela pour servir un plat de promoteurs, on devient quoi ? 
Comment appelez-vous cela ?
Alors vous me direz que vous êtes donc bien un casse-couille pour tous ceux qui comme moi défendent le respect du Patrimoine et que vous méprisez ce combat car, sans doute, nous sommes, nous, croyez-vous, dans l'histoire et vous dans l'avenir... Que l'Histoire de la Modernité doit être réécrite, que son respect est inutile, voir ringard.
Vous avez sans doute raison Monsieur Ricciotti, mais entre l'histoire d'une gauche populaire de Clichy et de sa Maison du Peuple et l'avenir du Grand Paris des Promoteurs soutenu par une politique fourvoyée de personnalités décadentes à leur propres idéaux, je préfère le passé. 
Et je parie, oui, je parie que vous aussi Monsieur Ricciotti finalement. 
Rien dans votre projet architectural, rien ne rend hommage à cet optimisme, à cette architecture, à ces combats sociaux. Et surtout rien ne rend ici hommage à votre propre travail. Vous vous servez de ce passé comme d'un symbole, un signe qui vient marketer votre tour. Et l'absence de cette belle franchise qui était la vôtre est le signe de ce ratage. En fait, cette tour, elle débande, triste après sa petite mort érectile.
C'est certain que vous me rétorquerez que vous ne vouliez pas rendre hommage, que vous pensez que l'hommage aux aînés est une servilité. Que ce que porte cette Maison du Peuple d'idéologies d'émancipations sociales doit être réduit au silence simple de sa structure, comme un squelette vidé de sa chair. 
Mais le blanc de votre tour, ce blanc comme une boutique Macintosh de province, son élan amolli par sa façade serpentine, le contact entre l'existant, tout y est déjà épuisé surtout par son bio-design des années 90 que même Audi a abandonné il y a longtemps. Ce n'est pas du Maniérisme, c'est maniéré, c'est nouille comme on disait des mauvais suiveurs de Guimard.  Pourquoi avez-vous perdu votre puissance, votre force, votre courage ? Pourquoi la rage Ricciotti a disparu ? Pourquoi votre belle et nécessaire radicalité poétique a laissé la place à cette ascension racoleuse de spaghettis ? Quel mauvais, très mauvais dessin... Vraiment pas à votre niveau.
Mais le pire c'est l'ensemble des complicités à cette attaque patrimoniale. Le pire c'est cette caution. Le pire c'est le fourvoiement des Institutions Culturelles logotypées dans les arguments (publicitaires) des promoteurs. Ils ont instrumentalisé votre hargne pour en faire l'argument de leur probité. Le pire c'est ça, cette communication qui prend la place de la pensée, qui fait semblant, cette novlangue, outil magique pour faire passer l'indigestion de ce plat de spaghettis. Quand l'architecture devient communication, quand on illustre des concepts communicationnels par une construction, on ne fait pas de l'architecture. On fait un produit. 

Et, venant de vous Monsieur, de vous, après tout ce que vous avez porté, que j'ai tant aimé, tant admiré, et même tant diffusé auprès de mes étudiants comme modèle de résistance à ce monde boursouflé, c'est là le signe infamant qu'ils ont gagné et que nous avons perdu. Je vous inclus dans ce Nous.
Vous avez inventé ici le totem de ce retournement idéologique. Nous aurions préféré un beau majeur dressé dans le ciel de Clichy, doigt plus digne de l'héritage du Progrès Social.
Tu as raison Rudy, un architecte ça casse les couilles et on a le droit de changer après tout et nous, vois-tu, nous avons le droit au désamour.

Sinon ? Ça va ?

Pour en savoir plus sur ce projet allez là :
http://www.leparisien.fr/clichy-92110/maison-du-peuple-le-pcf-de-clichy-oppose-aux-appartements-de-luxe-05-11-2017-7374381.php 
Allez ici et lisez bien les arguments de communications. C'est hilarant puis affligeant. Où apprennent-ils à rédiger de tels textes ?

http://www.groupeduval.com/projet-maison-peuple-de-clichy-garenne/


lundi 6 novembre 2017

Nanterre, tu meurs

Pourtant il fut un temps où la Mairie de Nanterre était fière de ses paysages, fière de son architecture contemporaine, fière de son urbanisme et même fière des aménagements des parcs. Tellement fière que la Ville de Nanterre par l'intermédiaire de son imprimerie municipale diffusait ça :


Dans le Parc, dans le gris-bleu d'un lac artificiel, les petits corps venaient se rafraîchir sans soucis des écrevisses, des alvins, des algues glissantes. Au loin, la famille pique-niquent sous l'ombre d'arbres adolescents indifférents à tant de proximité. La zone devient soudain verte déterminée par un entretien soigné d'une prairie offerte. Puis, surgissent les reines, les tours, celles qui donnent au ciel lui-même sa teinte comme si le magicien Fabio Rieti avait réussi pour la première fois à colorer l'azur, comme si l'élévation de ces totems assurait la météorologie.
Regardez comme cela se répond, comme cela se fond, comme cela est juste.
Vous voyez l'accord parfait des teintes. Qui croyez-vous qui tienne ça dans ses mains, dans notre œil ? Est-ce Monsieur Émile Aillaud qui ordonne ce monde ? Est-ce un peintre trouvant là la raison des leçons de la peinture de Poussin ? Est-ce Alphonse Allais voyant surpris la réalisation des villes à la campagne ? Est-ce Luis Pueller qui photographie ce moment ?
Ce qui est certain c'est qu'il s'agit non pas d'un ensemble de constructions mais d'une œuvre. Et que cette œuvre unique au monde, unique au monde, entendez-vous, est maintenant menacée par ceux-là même qui devraient la protéger, la défendre, et l'entretenir.
Rien ne pourra être comparable à cette exceptionnalité, rien ne pourra faire semblant d'y ressembler, rien, aussi minuscule que soit l'intervention ne pourra singer cette œuvre d'art. Il y a là une exceptionnalité première, la même que Talmont sur son promontoire, la même que les ors de Versailles, la même que les bétons de Freyssinnet. Il y a là, réveillez-vous, une œuvre pour laquelle nous n'avons aujourd'hui qu'un seul devoir : la protéger et la maintenir visible aux générations à venir. Les Tours-Nuages de Émile Aillaud ne nous appartiennent pas, n'appartiennent surtout pas à leur propriétaires, elle appartiennent à l'ensemble vivant de ceux qui regardent et savent jouir.
Jouir. Oui.
Une fois encore pourquoi ceux qui font métier de cette jouissance perpétuée n'ont rien fait ? N'ont pas signer les papiers ? N'ont pas communiqué, instruit les politiques ? N'ont pas alerté ? N'ont pas protégé ? Comment ils s'appellent déjà ceux-là ? Les agents du Patrimoine en Ile-de-France ? Les bailleurs sociaux aveuglés par les promesses d'une démagogie du bien faire, mêlant un asservissement aux réglementations à une incurie culturelle, croyant que c'est leur droit ? Comment une ville qui a porté un héritage du combat, une politique de recherches, des tentatives heureuses de vivre autrement, d'offrir à la vie la chance de se vivre vraiment, comment ceux-là même qui écrivent la poésie des ville peuvent maintenant abandonner ainsi ce qui constitue la chair de leur rue, de leur place, des histoires vécues là ?
Mais dans quel monde de merde vivons-nous ?
La faiblesse devient la norme, l'indifférence devient l'instrument, la lâcheté patrimoniale devient l'argument, la traitrise aux idéaux devient enfin à Nanterre le signe puissant de ce Monde retourné sur les valeurs des combats qui l'ont construite.
Nanterre, tu meurs.
Tu meurs et on te prépare pour étouffer les odeurs de ton cadavre pourrissant un linceul brodé des meilleurs intentions.
Nanterre, tu meurs.

Madame la Ministre de la Culture ? Madame Nyssen ? Pardon, Madame ?
Les architectes des Bâtiments de France ? Pardon ? Excusez. Vous êtes là ? Vous voyez ?
Monsieur le Maire ? Monsieur Jarry ? Y a quelqu'un ?
Monsieur Jean-Paul Ciret, adjoint à l'écologie urbaine et au Patrimoine Communal ? Vous êtes là ?
Monsieur le Conseiller Municipal Délégué à la Politique de la Ville ? Monsieur Iznasni ?
Monsieur Julien Sage, Adjoint chargé de l'Urbanisme ? Allez-vous laisser faire ?
Et vous Madame Boudjemaï ? Adjointe à la Culture ? Comment voyez-vous cette histoire de votre ville en train de disparaître ? En parlez-vous avec Monsieur le Maire, le matin, autour du café ? 

Et toi, citoyen, citoyenne qui lis ces lignes ? Tu as fait quoi aujourd'hui pour sauver ton Monde ?
C'est par ici que ça se passe.
SIGNE LA PÉTITION, MAINTENANT, LÀ, TOUT DE SUITE :
https://www.change.org/p/madame-la-ministre-de-la-culture-tours-nuages-de-nanterre-arr%C3%AAtons-le-massacre
Signe, diffuse, communique et n'oublie pas d'être exigeant avec ceux qui doivent porter la Culture, car c'est de TA Culture qu'il s'agit, pas de la leur.
Écoute Émile Aillaud ici :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/02/faire-un-non-33-tours-avec-emile-aillaud.html
Lis Richard Klein ici :
http://www.docomomo.fr/actualite/201709/tribune-tours-nuage-emile-aillaud-1902-1988
Exprime ton désarroi, ta colère :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2017/03/menace-sur-nanterre.html 

Et surtout, surtout, architecte, artiste, ne participe pas à cette mascarade de la requalification, ne sois pas complice. 
Et n'oublie pas qu'à Nanterre encore, une école d'architecture, l'une des plus belles, est en train de pourrir.

vendredi 3 novembre 2017

Mille clubs ? Trois au moins.

J'ai finalement appelé la mairie de Ouroux-en-Morvan. C'est toujours mieux d'aller à la source, surtout que j'avais eu un peu peur en allant voir sur Google ce qu'était devenu ça :


Les plus chevronnés d'entre vous, les aficionados de la petite architecture Trenteglorieusienne, les sauveteurs de Patrimoine minuscule mais important, les amateurs de cabanes en plastique de tout acabit auront reconnu un Mille Club du type SEAL-Béchu, ici appelé par les Éditions Nivernaises : la Maison des Jeunes.
Ils avaient bien de la chance les jeunes de Ouroux-en-Morvan de pouvoir passer du temps libre dans cette superbe architecture qui a marqué les esprits du lieu et l'histoire de l'architecture. Comment ne pas être en effet amouraché de ces clubs faisant bien de l'œil à Jean Prouvé dont la leçon de mécanique de montage, de légèreté est ici bien apprise. On a bien cette impression que l'on pourrait venir demain démonter tout en un après-midi ! Les panneaux, les ouvertures, la pente du toit, le métal apparent, ainsi d'ailleurs que les très belles couleurs franches et modernes donnent à cette Maison des Jeunes une allure folle, joyeuse et bien typée. On voit comment aussi il s'agit d'une grande transparence, offrant aux jeunes dedans la lumière du dehors et aux adultes dehors la vision sur la jeunesse...
Mais non ! Je ne tomberai pas dans ce piège d'une architecture de la surveillance, je laisse ça aux pauvres héritiers de la french theory en manque d'autoritarisme et aux guydebordiens en manque de spectacle.
Moi, j'aurais aimé arriver en Solex, voir de loin, au travers des fenêtres les potes jouant au baby foot, savoir que j'allais pouvoir faire mes tirages au club photo ou préparer une soirée ABBA costumée. Alors, hier, au téléphone, la secrétaire de Mairie de Ouroux-en-Morvan (merci !), répétant les mots de André Guyolot le Maire juste derrière elle me réconforte. Non, la Maison des Jeunes de Ouroux-en-Morvan n'est pas menacée, oui, il est bien question de la restaurer et peut-être avec les jeunes eux-mêmes. Des nouveaux alors car ceux de 1965 sont bien âgés maintenant.
Remercions vivement ce maire et sa commune de vouloir sauver et défendre ce bel héritage. Vous avez raison Monsieur le Maire ! Sauvez cette Maison de la Culture, sauvez ce Patrimoine méconnu !
D'ailleurs sa date de création m'étonne un peu car cela place cette Maison des Jeunes hors de la politique des Mille Clubs... On m'informe qu'à Cervon ou à Lormes des modèles identiques furent montés. En effet, on les trouve facilement. Celui de Cervon semble en meilleur état que celui de Lormes. Il nous faudra aussi mener l'enquête de ce côté-là. Et un jour, peut-être, la clé de 17 en main, nous irons démonter et sauver l'un de ces exemplaires. Qui sait !
Vive la jeunesse nivernaise ! Vive le Maire ! Vive Dédé !



Quelques repères Google Earth, dans le désordre, pour les suiveurs en manque de safari post-moderne et de croyance d'invention  :








jeudi 2 novembre 2017

La rambarde

Dans un article sur Royan, j'évoquais déjà cette sensation étrange :



Il nous est sans doute difficile de comprendre la raison d'une telle image, non pas tant dans son sujet déclaré, ici l'Autoroute du Sud, que dans son cadrage et donc sa mise à disposition.
Nous sommes à Chilly-Mazarin mais, en fait, sommes-nous quelque part ?
Ne pourrions-nous pas tous reconnaître dans cette image bien d'autres que nous avons cru croiser dans notre vie de déplacements ? N'y a-t-il pas dans cette carte postale une sorte de commun de l'image mêlant l'ennui, l'indifférence, une langueur que Martin Parr nommera Boring.
Oui.
Mais une fois encore, ce qui nous saute aux yeux c'est autant le cadrage d'un objet à la fois pour nous devenu anodin, l'Autoroute et son expérience que le cadrage d'un objet particulier et semblant inutile à toute représentation : la rambarde.
Car quoi ? Il aurait été aisé au photographe des éditions Combier de passer au-delà de cet objet, ou même au travers, de le faire disparaître derrière ses coudes, projetant la chambre ou le boîtier dans le vide. Mais regardez-vous bien ? Vraiment ? En êtes-vous certain ? Voyez-vous comment en laissant la rambarde, héroïne de cette image, se briser en deux et en laissant échapper de cet angle les voies de l'Autoroute du Sud, il crée un dynamisme fort prenant la forme d'une flèche venant se pointer dans le flan gauche du bord de la carte postale ? Indiquant ainsi la vitesse, le dynamisme mais aussi le côté implacable de cette autoroute qui traverse comme une flèche le paysage (au point qu'il faut lui passer par dessus) le photographe raconte bien l'invention d'un réseau rapide, sa modernité mais aussi la manière dont il est perçu dans le paysage. Quasiment prise depuis la fenêtre d'une automobile, notre hauteur est celle d'une personne assise côté passager, la photographie évoque le mouvement, le fait que nous soyons, ici, dans l'obligation de circuler.
Il contredit le fameux "Circulez ! Y a rien à voir" et nous permet au contraire de juger que voir c'est aussi saisir là où l'on est sans jugement des objets de ce regard.
Je ne comprends pas très bien d'ailleurs ce qu'est cet objet étrange aussi au coin en bas à gauche, ligne blanche qui barre l'image. Un poteau indicateur sans doute du même modèle que celui visible sur le bord de l'Autoroute. Il aura fallu donc au conducteur se stationner là ou venir à pied.



Mais êtes-vous encore comme moi étonnés que ce type de sujet ait pu ainsi à ce point réclamer ce type d'image ? Entendez-vous les charmes de la Modernité, de cette France qui s'équipe et de sa fierté populaire, heureuse de figer, d'enregistrer cette évolution et aussi de la diffuser comme on diffuse les Châteaux de la Loire ou les Calvaires Bretons ?
C'est là l'invention d'un Monument.
L'Autoroute du Sud, objet recouvrant les fantasmes des vacances, de la rapidité et de la fluidité, du tout automobile est un monument dans lequel on se reconnaît contemporain à ce monde. La carte postale n'est donc pas ennuyeuse, elle est un portrait autant de celui qui photographie que de celui qui expédie. Elle est finalement presque une obligation d'image, un objet de culture racontant dans le vacarme bruyant des automobiles les joies d'un certain... Transport...
Je vous conseille également un petit retour ici.

samedi 28 octobre 2017

Jean-Louis Heng est de Sevran

Je n'ai jamais fait ça.
Je vous prie de m'excuser si cela peut apparaître un rien déplacé mais je vais m'adresser tout particulièrement à l'un de mes lecteurs, qui est aussi l'un de mes étudiants. Il (ou mieux) Tu viens d'une ville que je ne connais pas mais qui a en somme une forme particulière faite d'images trompeuses de sa réputation : Sevran.
Je ne parlerai pas et je ne discuterai pas de cette réputation mais bien d'une image particulière dont tu reconnaîtras le lieu que toi, tu connais.
Jean-Louis, voici :


La carte postale Lyna (éditeurs, appellez-moi !) fut expédiée en 1974, j'avais sept ans et toi, Jean-Louis tu n'étais pas là. La carte postale nous montre la Mairie de Sevran. J'avais fait le pari de t'expliquer pourquoi on pouvait bien la trouver belle et Jean-Louis tu étais impatient à cette leçon. Vois-tu l'architecture c'est bien entendu souvent une représentation, c'est souvent la manière dont nous pouvons en discuter, là, le bâtiment dans la main, contenu dans une carte postale ou pour toi sur ton téléphone portable comme tu le fais si souvent pour me montrer tes balades urbaines. Tenir l'image, tenir ainsi ton monde, tes lieux dans nos mains est toujours une chose que je trouve incroyable, toi tu trouves cela aussi naturel.
Alors je démarrerai ici depuis cette image d'abord sur le haut, sur le ciel bleu cela va de soi. Le ciel est bleu pour dire la lumière, pour dire aussi la convention de ce type d'image, tout comme l'arbre au premier plan semblant par ses branches nous présenter enfin l'objet.
D'une grande rigueur, presque d'une géométrie outragée, surpassée, le petit bâtiment qui fait cette Mairie est d'une extrême simplicité visuelle comme si absolument rien d'inutile ne devait venir perturber l'ordre de sa construction. L'ordonnancement de cette façade ne raconte rien d'autre que l'alignement des modules du mur-rideau déposés entre les poutres noires de la structure métallique. C'est une belle cage métallique qui reçoit ces panneaux préfabriqués en usine ce qui, tu vois, Jean-Louis, me réjouit tout particulièrement. J'aime quand le bâtiment affirme sa fonction mais surtout sa construction, raconte par la vue sa fabrication. Tout ici est lisible, d'une clarté époustouflante dont d'ailleurs la blancheur des panneaux en contraste avec les verticales des poteaux noirs accentue encore cette transparence constructive. Tu vois ?
Souvent ce genre de construction était une réponse à une forme d'urgence, de nécessité impérieuse de construire vite une annexe pour peut-être répondre rapidement à l'augmentation de population de ta ville, au boum démographique des Trente Glorieuses. J'imagine peut-être à tort tes parents venant là déclarer ta naissance. Tu es de là.
La Dauphine Renault dont je suppose que tu ne connais pas l'existence résonne pour moi de souvenirs personnels. Les deux autos doivent être celles du personnel de la Mairie, elles sont garées sur le parking réservé.
Une chose encore me séduit, une chose dont je parle parfois sur ce blog et qui est un élément important dans ce type d'architecture et qui est souvent oubliée : les stores en textile.
Souvent d'une couleur vive, ici un jaune puissant, les stores par leur aplat de couleur, l'alternance joyeuse de leurs ouvertures ou de leurs fermetures font chanter la façade simplement comme si l'orthogonalité d'un Mondrian pouvait devenir un cinétisme d'usage.


Regarde bien Jean-Louis comment l'ouverture de la fenêtre est repoussée dans l'angle droit du panneau pour le deuxième étage puis repoussée à gauche pour le premier étage. Cette alternance permet soudain à l'angle du bâtiment de faire se toucher deux ouvertures. On devine même en haut le bleu du ciel qui passe au travers de l'angle. Ça m'émeut cette transparence. L'autre jour avec Claude nous avons photographié un très bel immeuble au Havre qui jouait lui aussi avec ces stores sur sa façade dont la modernité venait bien aussi de ces morceaux de tissus rendant compte des habitants et de leur désir de lumière. Regarde Jean-Louis :




Parfois, je rêve qu'un étudiant en architecture fasse une histoire du store dans l'architecture moderne.
Vois-tu également sur la carte postale de la Mairie de Sevran les lignes grises qui séparent les étages ? Elles sont sans doute les signes extérieurs de l'épaisseur nécessaire aux gaines techniques : eau, électricité, chauffage et téléphone. Dans cette épaisseur camouflée sans doute par un faux plafond à l'intérieur se cache bien l'ensemble de la mécanique du bâtiment. Peintes en gris, ces lignes permettent d'étirer la façade, de lui redonner de l'horizontalité et donc d'en alléger visuellement l'impact.
Tu m'as envoyé sur mon téléphone trois photographies de cette Mairie de Sevran en cours de démolition. Tes photos permettent bien de lire la structure de l'ensemble et je m'autorise à les reproduire ici. Si cela te dérange, dis-le moi. Tu comprendras alors, devant le mouvement des villes, devant leur transformation que la carte postale même prise dans son genre, dans ses codes, te permet bien d'en suivre l'histoire. Les cartes postales constatent, tout comme toi et tes photographies. Elles disent que quelqu'un est venu là et a regardé. C'est déjà bien.



on devine sur l'horizon les immeubles vus ici :http://archipostcard.blogspot.fr/2010/08/volumetries-de-banlieue.html

Je n'ai pas le nom de l'architecte mais je crois qu'il doit être un architecte associé sans doute au fabricant de panneaux, à une société d'architecture métallique. On reconnaît bien ce type d'architecture qui, à cause des collèges Pailleron, eut une mauvaise réputation. Pourtant, le mur-rideau sur structure métallique a beaucoup de qualités à la fois structurelles et esthétiques. Alors tu m'envoies une image de cette mairie en déconstruction. Elle disparaît sous ta génération. Tu l'as regardée car tu regardes beaucoup ta ville, la ville. C'est bien. Je sais que ce que tu aimes c'est apprendre, que tu crois vraiment que les objets autour de toi te parlent un peu plus que l'idée seule que l'on se fait de la banlieue et des gens qui l'habitent. Je ne viens pas de là.
Depuis quelque temps j'écoute Eddy de Pretto. Et en particulier une chanson, Beaulieue. Je t'en ai parlé par SMS hier soir.
Dès la première écoute j'ai pensé à toi et à tes camarades Joris et Farid. J'ai pensé à vous. Eddy de Pretto lui, vient de Créteil, j'en reparlerai certainement ici. Mais les paroles de sa chanson, son regard distancié et aimant à la fois me font penser à vous. Excuse-moi si je me trompe et je me trompe sans doute.
J'espère avoir rempli ton attente et nous en reparlerons après les vacances. Tu seras retourné à Sevran et moi dans mon pavillon Phénix. On trouve le bonheur où on peut. Il paraît qu'on vient tous de quelque part, pour ma part, j'aime mieux les carrefours que les ports d'attache car ils me permettent, les carrefours, d'avoir croisé nos chemins.
Bien à toi, Jean-Louis.


samedi 21 octobre 2017

Un constructiviste à Marseille en 1928

 - Je l'ai ! Je l'ai ! Je l'ai !
Dans les enceintes de mon autoradio, la voix de Jean-Jean me fit comprendre que je devrais immédiatement à la fois être dans sa joie et dans la compréhension du sujet dont il me parlait.
 - Ouais, David, j'ai retrouvé Zolotobin ! Une photo et une carte !
 - Attends... Deux secondes, Jean-Jean, deux secondes.
Je stoppai la voiture sur le bas côté, je coupai le moteur et j'essayai d'avoir une conversation plus posée avec mon interlocuteur.
 - Alors ? Redis-moi ça calmement, Jean-Jean.
 - David, On a retrouvé ce matin une photo de Zolotobin dans les papiers. Tu vois le carton Pays de l'Est sur l'étagère ?
 - Oui.. Celui à gauche en bas de l'escalier ?
 - Euh non, celui en haut...
 - Qu'importe ! Donc ?
 - Bon eh bien, là, dans une enveloppe du même papier que le texte, on a retrouvé une photo et une carte postale d'un pavillon à la Foire de Marseille en...
 - ...en 1928, reprit Walid dont je reconnus la voix en arrière-plan.
 - Ouais, 1928. La photo est étrange comme un photomaton mais découpée dans une carte postale également très bizarre mais au dos, figure le nom de Georges Zolotobin écrit au crayon et la date de 1928.
 - Ah mais c'est génial ! Je veux voir ça !
Dans l'instant, sur mon portable, je reçus une image des mains de Jean-Jean tenant la photographie puis une autre tenant la carte postale.


























Je m'empressai de demander à Jean-Jean de me faire des scans rapidement et de me les envoyer. Le temps que je rentre chez moi, j'avais dans ma messagerie les images suivantes :




Bien entendu la surprise était totale et la jubilation bien grande. Pourtant il fallait tenter de froidement analyser ce qui pouvait l'être et relativiser aussi un peu l'importance des documents, non pas tellement pour eux-mêmes mais pour ce qu'ils pouvaient livrer d'informations supplémentaires sur Georges Zolotobin. D'abord la carte postale du Pavillon de l'U.R.S.S à la Foire de Marseille n'indiquait aucun lien direct avec Zolotobin à part la promiscuité du rangement. Cela ne nous permet pas d'établir de liens directs et concrets entre les deux images, à part, bien entendu, que Jean-Michel Lestrade avait cru bon de les ranger ensemble. Rien dans les feuillets tapuscrits ne signalant ce Pavillon de l'U.R.S.S. il fallait tenter de trouver un lien. On pourrait en suivant le texte penser que Zolotobin, seulement quelques années après le Pavillon de Melnikov à l'exposition des Arts Décoratifs de 1925, avait pu aussi s'occuper de celui de Marseille en 1928. Cela semble assez logique. Mais de quel type d'aide s'agissait-il ? Avait-il participé au dessin et à l'architecture de ce Pavillon de Marseille ? Ou, comme pour Paris seulement servi d'intermédiaire ou de médiateur entre les différents acteurs de cette construction ? On notera que malheureusement la carte postale ne donne pas le nom du ou des architectes de ce Pavillon qui pourtant affiche clairement une modernité bien marquée.



Le Pavillon rouge flotte sur Marseille.

Sa volumétrie, ses décrochements, la gestion de l'entrée, l'importance même accordée au mot U.R.S.S écrit dans une superbe typo et brandi comme un totem, tout cela donne bien la sensation d'une architecture encore marquée par le constructivisme. On devine aussi des aplats de couleur et on regrette vivement que l'image soit imprimée seulement en deux tons...
Je n'ai rien trouvé sur cette manifestation commerciale à Marseille mais les Foires commerciales de ce type sont assez fréquentes et bien entendu imitent celles de la capitale. Au dos de la carte postale on trouve les indications suivantes :




On peut donc penser que Zolotobin ait travaillé pour cette Représentation Commerciale de l'U.R.S.S. à Paris. On notera que les tampons de la Poste indiquent bien que la carte fut expédiée au moment même de la Foire de Marseille même si le correspondant semble illisible. Il ne peut bien entendu pas s'agir de Jean-Michel Lestrade car, rappelons-le, ce dernier est né en 1923. Les documents sont donc arrivés chez Lestrade bien après. Don de Zolotobin lui-même ? Possible mais on sait aussi que Lestrade conservait et cherchait des documents de tous ordres pour ses archives. On notera enfin que le cliché de ce Pavillon de l'U.R.S.S est signé Rap et que la qualité éditoriale de cette carte postale est vraiment peu luxueuse...
Pour ce qui est de la photographie de Georges Zolotobin, je crois que c'est plus simple. On voit d'abord un jeune homme au chapeau à bord très large et bien enfoncé sur une tête qui est sérieuse et qui sait qu'elle pose pour la postérité. Il s'agit d'une photographie de studio. On devine un manteau d'hiver et la date écrite à la plume et à l'encre verte nous indique le 20 mars 1927 ce qui correspondant à l'age de Georges Zolotobin né en 1900.


Au dos, avec la date apparaît donc son nom, écrit au crayon et sans doute a posteriori comme pour ne pas oublier qui est photographié. On reconnaît d'ailleurs l'écriture de Jean-Michel Lestrade. On note aussi que la photographie est tirée sur un papier ayant les marquages d'une carte postale, je pense donc que cette photographie fut tirée sur un papier pour carte-photo, sans doute avec plusieurs vues puis découpée selon les besoins en plusieurs petites photographies. Mais quel visage ! Quelle expression ! Il serait aisé de voir dans ce portrait l'image d'un jeune homme de caractère, sûr de lui, fier même, surtout de son chapeau superbe. Vu la familiarité de cette photographie, je suis certain que c'est Zolotobin qui l'a donnée directement à Lestrade, je n'imagine pas qu'un tel document, aussi personnel, ait pu être trouvé par Lestrade en dehors du cercle familial de Georges Zolotobin. Si on conclut à cette proximité, cela veut dire également que Jean-Michel Lestrade a connu personnellement au moins la famille de Zolotobin si ce n'est Zolotobin lui-même qui, rappelons-le habitait Sèvres tout comme Lestrade...
Un scénario se dessine : Lestrade fait un enregistrement du témoignage de Zolotobin et lors de cet enregistrement ou à cause de lui, une amitié pousse Zolotobin a lui confier son histoire et aussi ces deux documents. Mais pour quoi faire ? Et pourquoi alors que l'ordre règne dans les documents du Fonds de l'Agence Lestrade, le tapuscrit de l'interview et ces deux documents ne furent pas conservés ensemble ? Un projet éditorial ? Un article ? Et pourquoi Zolotobin ne fait pas allusion à ce Pavillon de la Foire de Marseille en 1928 dans son témoignage ? Pourtant, ce Pavillon par son architecture prouve bien qu'en 1928 la jeune U.R.S.S communiquait encore avec une architecture moderne et abstraite même pour une manifestation en Province. Mais quel document !
Le souci c'est que, évidemment plus on creuse, plus il faut trouver des réponses. Qui furent les architectes de ce Pavillon, quel rôle Georges Zolotobin a joué dans sa construction, pourquoi ne pas l'évoquer dans son témoignage et donc aussi, finalement quelle relation exacte entretenait Jean-Michel Lestrade avec son voisin, son aîné de 23 ans, ayant travaillé avec Melnikov et l'avant-garde soviétique ?
Merci de ne pas copier ces documents sans l'autorisation de la famille Lestrade.