vendredi 26 septembre 2014

On ne subit pas l'avenir, on le fait



Ce matin, Jean-Michel était heureux. Il allait passer la journée avec André Sarrazin, un ami architecte avec lequel il avait appris le métier et pour lequel il aimait collaborer.
C'est en sifflant dans la Ds qu'il prit la route vers Saint-Gratien dans le Val d'Oise. André Sarrazin l'attendait à l'entrée du foyer municipal qui était une construction déjà un peu ancienne mais que Jean-Michel aimait tout particulièrement parce qu'elle marquait son entrée dans la profession.
Avant d'entrer et de retrouver l'architecte, Jean-Michel une fois encore s'éloigna un peu et regarda le foyer depuis le trottoir d'en face. La volumétrie restait superbe et même osée combinant la brique et le béton d'une manière habile sur cette petite parcelle. André Sarrazin avait réussi à massifier la construction sans l'allourdir. Sculpté, évidé mais aussi largement ouvert par des baies généreuses et l'utilisation du pavé de verre, ce foyer avait belle allure. Certes, aujourd'hui, le bâtiment de Sarrazin était un rien marqué par un modernisme un peu d'avant-guerre mais pourtant dans sa présence débordait largement les questions de mode. Et, après tout, ce que regardait aussi Jean-Michel devant ce foyer municipal dessiné par Monsieur Sarrazin c'était aussi lui-même en train d'apprendre.
Jean-Michel retourna dans sa DS garée sur le trottoir pour prendre un paquet qu'il comptait offrir à l'architecte. Il salua le planton à l'entrée.........








........André Sarrazin faisait le tour, signalait par des gestes amples, pointait avec son doigt des détails. Jean-Michel suivait l'architecte, écoutait, prenait des notes. Le marché couvert de Saint-Gratien sentait encore le béton frais et même un peu l'humidité lorsqu'ils y entrèrent. C'était la dernière livraison de l'architecte et il était surtout très fier de ce toit en parachute ouvert offrant un contraste formel fort avec les immeubles. Subtil dans les espaces, précis dans les combinaisons d'entrée et de refend, signal fort pour la population, le marché couvert de Saint-Gratien avait tous les atouts de la modernité avec ce jeu du béton courbé et dansant.
Oui, bien évidemment, et cela ne lui posait aucun problème, André Sarrazin confirma qu'il avait bien vu et regardé le marché couvert de Royan. Jean-Michel comprit pourtant qu'ici, sans doute, André Sarrazin avait avec modestie, et dans un désir amoindri de faire un coup, un exploit, surtout voulu offrir un lieu, un objet reconnu par la population. Jean-Michel acquiesça à cette précision.
Tout en regardant la construction, l'architecte demandait des nouvelles de la famille de Jean-Michel, comment allaient Momo et Gilles, et Jocelyne ?
Jean-Michel allait-il enfin monter sa propre agence ? André Sarrazin savait que ce dernier en rêvait sans oser vraiment passer le cap et l'architecte aurait aimé que ce denier soit plus ambitieux.
Ils pourraient travailler ensemble en toute tranquillité.
Dans le paquet offert par Jean-Michel, André Sarrazin avait trouvé une superbe brique de terre vernissée et décorée de motifs géométriques abstraits que Jean-Michel avait simplement ramassée sur un chantier de démolition au Maroc. Tous deux, l'ingénieur et l'architecte savaient que dans ce modeste objet c'était toute l'architecture qu'ils aimaient qui était contenue : simple par sa réalité constructive, belle dans sa fonction, sensible dans sa matière.
La brique s'enfonça mollement dans la Moleskine de la banquette arrière de la DS de Jean-Michel qui reconduisait l'architecte.
-"On ne subit pas l'avenir, Jean-Michel, on le fait."
Ce fut, sur le bruit du moteur démarrant, le conseil de l'architecte à l'ingénieur.

Par ordre d'apparition :
Saint-Gratien, le Foyer Municipal, André Sarrazin, architecte. Pas d'éditeur.
Saint-Gratien, le Marché Couvert, André Sarrazin, architecte. Pas d'éditeur.




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