mercredi 15 juin 2016

Fascination et trouble

Une autoroute vide ou presque.
Un vide dure, celui d'une drôle d'époque. Terrible.



Je suis troublé car je sais ce que contient cette carte postale de dérangeant, je veux dire surtout la période de sa production et donc de ceux qui sont responsables de cette construction : le régime nazi. Pourtant ma fascination (étymologie commune avec fascisme...) pour cette image est réelle. L'horizon plat contrarié par une légère diagonale des lignes électriques, puis les courbes faites de tons de gris se mêlant les unes aux autres dans un entrelacement vert de gris, tout donne à cette carte postale des éditions Max Hepp une valeur esthétique superbe. Le mot "Reich" venant dans le titre ajouter du sulfureux à l'image même s'il ne faut pas trop rapidement en faire une preuve. On sait comment le régime nazi a fait propagande des autoroutes, comment il a laissé penser qu'il en était l'inventeur, voyant dans cet objet celui parfait réunissant vitesse, grands travaux, force traversante, génie civil. Pourtant il n'en est pas réellement l'inventeur. Mais reste dans notre esprit, et donc dans le mien, et c'est aussi une force du fascisme, l'image de la propagande qui perdure. Me dois-je de ne pas aimer cette image ? Est-ce qu'une fascination est toujours une acceptation ? Non, bien sûr. C'est bien pour cela que c'est dangereux. On pourrait aussi trop vite croire que seul un régime nazi dans les Années Trente peut penser qu'une autoroute mérite d'être ainsi partagée en cartes postales pour diffuser les qualités de transformations du paysage et la politique de grands travaux. Or, cela se fit ailleurs. La route, l'autoroute, le carrefour ou le génie civil ont toujours été des sujets pour les éditeurs. Il n'y a rien ici d'incroyable. Ce qui l'est c'est bien ce que j'y ajoute. Un trouble permis par l'histoire dont je sais la fin et dont cette carte postale nous raconte, elle, l'actualité.
Or, voici un autre trouble :



Typique des cartes postales en véritable photographie de l'époque, encore marquée par le style de l'avant-guerre, cette carte postale est une photographie de Erich Bauer. La qualité éditoriale est au rendez-vous et la solidité du carton photographique ajoute au plaisir de cette image.
Mais que voit-on ?
Vous aurez compris que ce qui me poussa à l'achat de cette carte postale c'est bien la forme de ce toit en paraboloïde hyperbolique, expression d'une modernité structurale qui eut tant de succès dans cette période des Années Cinquante. Ici, la carte est datée de 1953 et nous montre la Schwartzwaldhalle de Karlsruhe que l'on doit à Erich Schelling et Ulrich Finsterwalder. Ce bâtiment serait, si on en croit Wikipédia, le premier de ce type en Europe. Pourtant, de ces deux noms d'architectes et ingénieurs allemands, je ne trouve aucune trace dans Archirès ! Comment est-ce possible ? Doit-on cet oubli, disons pour rester poli, à une certaine mauvaise histoire personnelle de ces deux architectes et surtout de Erich Schelling qui aurait bien travaillé avec le parti nazi ?... Difficile de le dire. Avons-nous affaire ici à une forme de censure de revues telles que Techniques et Architecture et l'Architecture d'Aujourd'hui pas très chaudes pour promouvoir les exploits techniques et architecturaux d'anciens amis d'un pouvoir terrible ? Je ne sais pas... Il faut aussi modérer les informations trouvées sur l'internet. Mais comme pour la carte postale de l'autoroute, je suis troublé. Troublé par le fait que, objectivement, cette construction est belle. Belle par sa structure et l'exploit de celle-ci mais aussi par sa transparence, sa liaison avec le sol, le dessin de ses lignes. Rien qui traîne ici d'une architecture nazie, fascisante et pompeuse d'un Albert Speer. Non. On notera que la carte postale de cette Schwartzwalhalle ne nomme pas l'architecte. Mais je l'avoue, parfois, il m'arrive même de trouver dans les errements grandiloquents, dans le gigantisme, dans une forme de puissance, une certaine beauté dont mon jugement esthétique provient bien plus de cette fameuse fascination que d'une analyse objective de ce qui fait architecture. Il faut refroidir alors ses ardeurs. Difficile donc depuis mon ordinateur de comprendre et de saisir quel fut vraiment le niveau de collaboration de Erich Schelling avec le régime de Hitler et ses sbires. Difficile d'émettre a posteriori un jugement, cela serait bien trop rapide et peu juste. Mais difficile aussi de ne pas se sentir gêné aux entournures et d'aimer maintenant que je sais, d'aimer simplement cette construction. Il en émane au-delà des clichés, dans la grandeur de ses bannières de l'entrée quelque chose de repoussant.
En voici une autre :



Ce point de vue nous montre davantage la courbe du toit. Rolf Kellner le photographe nous offre ici une vue d'un peu plus haut permettant de voir la ville de Karlsruhe au loin. La carte postale dans sa fabrication semble bien plus récente alors qu'elle est de la même période. Elle quitte les codes de la carte postale d'avant-guerre. Les bannières sont tombées et la végétation ne permet pas de bien lire la construction qui se résume alors à son toit, lieu de l'exploit technique.
Nous en resterons là avec Monsieur Erich Schelling.
Nous ne garderons que cela, un exploit technique beau qui ne raconte pas bien son origine.



mardi 14 juin 2016

Alain Bourbonnais hors-la-norme

Un bloc gris percé d'un carré en son centre et troué de trapèzes sur sa façade.
Voilà ce que cette carte postale des éditions Paul Kraus donne à voir du Théâtre Municipal du Luxembourg.
Cela nous plaît bien cette dureté, cette fermeture.
Cela nous étonne.



L'architecte de ce théâtre est un drôle d'animal, sans doute un peu difficile à cerner, tant les productions sont diverses, il s'agit d'Alain Bourbonnais. D'ailleurs la construction de ce théâtre ne se fera pas sans heurt, sans difficulté. Mais bon, on s'en moque. Il est debout.
On remarque que le photographe a pris de la hauteur pour donner à voir l'ensemble car, sans doute, à part le jeu de la façade, il est difficile de cerner le bâtiment depuis le sol. Celui-ci n'offrant que peu d'aspérités dignes de faire image. En tout cas le resserrement dans le cadre de ce bloc gris dont le toit égal, vide, semble attendre un usage donne à l'ensemble une beauté mystérieuse que l'interrogation de son contenu très compacté accentue encore. Que fait-on là ? On y joue.
Seul, un cube un peu plus sombre s'élève à l'un des coins, vers le ciel. Totalement clos, on l'imagine être le lieu des décors.




Je me permets de vous rappeler aussi qu'Alain Bourbonnais fut l'architecte de cette somptueuse et papilonnante église Stella Matutina de Saint-Cloud. Le déploiement de sa couverture faite de plis et contre-plis est une merveille de structures et de formes donnant à l'ensemble une cinétique étrange. Éminemment sculpturale, l'église est bien dans le goût de ces églises de Vatican 2 offrant une modernité affichée tentant par des pentes de toit et des pointes de tenir tout de même une silhouette reconnue comme spirituelle. Presque agressive, ludique aussi à l'œil, Stella Matutina reste sans doute l'un des chefs-d'œuvre d'Alain Bourbonnais.
On aimera sur cette première carte postale retrouver notre photographe fétiche J. E. Pinet des éditions Abeilles-Cartes. On peut facilement imaginer que l'autre carte postale éditée par Lyna pour Abeilles-cartes également, même si le nom de Monsieur Pinet n'apparaît pas, est bien du même photographe.
Pour finir et rendre hommage à ce grand architecte, on pourra se rendre ici et voir l'autre monde de l'architecte, un monde fabuleux et hors-la-norme :
http://www.fabuloserie.com/









lundi 13 juin 2016

Dirty Harry is a brutalist cop

Une belle carte postale de nuit nous montre un monstre brutaliste superbement éclairé (et donc dessiné) par son intérieur :



Cette fusée que n'aurait pas renié Owen Luder est (comme son blason l'indique) un Holiday Inn, un hôtel ici situé à San Francisco. Depuis ce point de vue, l'hôtel semble isolé, posé d'un coup au milieu du tapis de la ville beaucoup plus basse. Le brutalisme est surtout affiché et déterminé par le profil de l'hôtel avec le dessin en pente de son socle et la fermeture de ses pignons laissés bruts de décoffrage et donnant à voir une massivité puissante.







Seul sur le toit, le petit carré bleu de la piscine éclairée comme il se doit depuis le bassin lui-même, apporte une touche céleste donnant à rêver à des bains joyeux "on the top of the world".
On trouve rapidement le nom des architectes de ce beau, très beau bâtiment brutaliste américain : John Carl Warnecke et associés, Clement Chen et associés. Il faut croire Wikipédia...
John Carl Warnecke est bien référencé car il eut son moment de gloire avec le Mémorial pour Kennedy à Hawaï. On trouve quelques entrées dans l'Architecture d'Aujourdhui dont l'écriture n'est pas toujours aussi brutaliste. Nous aurons donc sans doute l'occasion d'en reparler. Je vous propose de voir une autre de ses réalisations que j'ai trouvée dans l'excellent ouvrage Architecture Hôtellière et de Loisirs publié par le Moniteur en 1978. On y trouve un Domaine dont le style fait bien plus penser à Frank Lloyd Wright et donc pour nous à Edmond Lay... Quelque chose de la ferme des bois américaine modernisée. On aime.









Mais...
Mais si vous êtes cinéphile, amateur de Justice rendue au nom des armes de gros calibre, amateur d'une raideur morale à toute épreuve, vous aurez peut-être reconnu cet hôtel Holiday Inn de San Francisco car il apparaît comme décor dans le film Dirty Harry avec Clint Eastwood.
Il est toujours intéressant de retrouver une architecture dans un film, de voir comment les réalisateurs fabriquent des points de vue, comment ils se servent de ces propositions comme décor et image du film.
Notre hôtel est le premier décor. Une femme se baigne seule dans la piscine sur le toit comme si elle était non pas dans un hôtel mais dans un penthouse. Elle est tuée par balle depuis un autre immeuble que l'inspecteur Harry identifie tout de suite comme le point de vue du tireur. On ne s'attardera pas plus sur l'hôtel. Une scène d'un toit à l'autre en quelque sorte, comme si l'assassinat était induit par le vide entre les toits, comme si le tueur pouvait y trouver une sécurité pour son forfait, la certitude d'être tranquille. On peut tout de même s'amuser que le toit du tueur soit encombré, sale, fumant, absolument pas fait pour une visite ou un point de vue mais seulement le lieu de l'abandon des objets techniques comme les ventilateurs et les gaines en tous genres alors que celui de la victime est un toit du plaisir, de la volupté, et même du privilège de pouvoir depuis le haut d'un hôtel de luxe vivre pleinement la joie des corps. Et Pan !
De l'un à l'autre le tracé sans faille d'une balle de plomb.
L'inspecteur Harry tuera le vilain, mais ça vous le savez déjà.

 



 





 

mardi 31 mai 2016

English brutalism for a french student

Un gazon parfaitement entretenu qui garde encore les traces fraîches de sa tondeuse, une branche venant dans le ciel, au premier plan, raconter le paysage, puis au fond, sur la ligne médiane de la carte postale, une succession de quatre pyramides ajourées.
Nous sommes en Angleterre.



La carte postale des éditions Cotman-Color publiée par Jarrold and Sons est typique des productions anglaises, d'abord par son format plus petit que celui des cartes postales françaises, puis aussi par ses couleurs toujours saturées, enfin au verso, beaucoup d'indications et de précisions mais on n'oublie pas d'oublier... le nom de l'architecte.
Ici nous sommes donc à l'Université de East Anglia qui reçut en 1969 le prix "Civic Trust Design awards". Mais qui le reçut ? Quel architecte ? Facile... C'est Denys Lasdun !






On devine aussi, d'un peu loin certes, un travail d'architecture abouti, solide et brutaliste. Même depuis cette distance, distance qui veut certainement adoucir la dureté de l'architecture en la noyant dans sa verdure, on arrive tout de même à sentir ce travail d'une volumétrie puissante, d'un béton brut d'une très grande qualité. Ce qui saute aux yeux depuis cette carte postale c'est bien que la forme générale est reconnue, admise comme un héritage de l'histoire la plus ancienne de l'architecture, la pyramide, mais percée, ouverte, creusée d'alvéoles, et qui offre aussi l'occasion d'une circulation et surtout d'une jubilation du paysage, comme dégagé par la concentration des espaces dans ces pyramides.
La densité invente donc à la fois une forme et libère un espace dont on questionnera le vide total depuis cette carte postale. Quoi faire de cet immense champ vert sans aucune ponctuation autre que l'architecture ?
Pourrait-on trouver d'autres points de vue de cette architecture pour mieux en saisir les qualités développées par Denys Lasdun ?
Oui !
Par deux fois, l'Architecture d'Aujourd'hui donne à voir l'Université de East Anglia. Le texte d'introduction nous permet bien de relativiser la vision champêtre de l'ensemble donnant l'illusion d'une intégration et d'une préservation alors même que ce paysage est en fait totalement bouleversé. On comprend aussi que ces pyramides sont un rempart cachant depuis ce point de vue l'immensité du campus qui se tient à l'arrière de cette ligne de front qui offre aux résidents une vue totalement dégagée des bâtiments pédagogiques qui se trouvent toujours en liaison par l'arrière mais invisibles depuis les chambres. On comprendra aussi que si brutalisme il y a, il est surtout dans un béton clair à sa charge, à des formes retenues seulement à leurs usages, à une massivité de l'ensemble traité comme un paysage en soi. Pour le reste, l'analyse des besoins, les relations au paysages et aux fonctions entre elles, tout cela dénote d'un héritage moderne reconnu. L'ampleur du programme fait surtout l'étonnement de sa réalisation et la nécessaire puissance de son horizon.
On notera enfin que Catherine, la jeune étudiante ne dit rien de négatif sur son université. On ne sait pas comment remplir les trois petits points de suspension à la fin de sa phrase. "un séjour vraiment passionnant..." Il fait sans doute très très chaud à East Anglia...

On trouvera sur ce site de très belles images contemporaines de cette superbe université :
http://viewportmagazine.com/architecture/brutalism-on-campus/




 



 



 







lundi 30 mai 2016

Cette joie porte le nom d'Architecture

Parfois, je suis perdu dans mes allers-retours entre la photographie plasticienne et la photographie de cartes postales, ne sachant plus au fond, laquelle des deux me donne l'idée d'aller revoir l'autre.
En voici un exemple parfait :



Le lieu : Auderghem en Belgique.
L'objet : Résidence Europa II
L'architecte : Josse Franssen
Le photographe de la carte postale : R. Bauters.
À l'évidence la carte postale est à l'origine une photographie en noir et blanc colorisée. Il doit donc exister une version uniquement noir et blanc de cette carte postale. Mais ce qui nous intéresse ici, c'est le choix du point de vue du photographe R. Bauters. Si j'en crois mes connaissances, (Claude Lothier et Sylvain Bonniol confirmeront ou pas) pour réaliser un tel cliché il faut être en face à une hauteur équivalent à peu près à la moitié de l'immeuble photographié. On est, en quelque sorte en regard.

 

On pourra interroger ce désir de frontalité qui plaque littéralement la façade au fond de l'image comme une chose plate et continue, une grille sans profondeur car sans fuyantes visibles et affirmées, mises à part les très minuscules diagonales de l'auvent sur le toit terrasse, très beau d'ailleurs.
Il va de soi que ce  désir d'image est celui d'un désir de saisissement total et complet de l'immeuble et de son architecture, d'en donner la chance à chacune des fenêtres et donc des appartements de se situer sur la carte postale. Il s'agit aussi de raconter l'architecture, donc dire sa planéité parfaite, implacable, solide comme un écran et aussi comme une superposition de vues à prendre depuis le dedans de la barre. Certes la colorisation affecte un peu l'ensemble, en rompt un rien la dureté. On remarque comment les coloristes ont choisi de laisser en noir et blanc les bandes verticales des balcons... Pour tenter l'imitation d'une colorisation affirmée par l'architecte ou pour en atténuer la dureté ? Les vues contemporaines ne nous permettent pas d'y répondre. Par contre il est assez aisé de retrouver à peu près dans quel immeuble le photographe a pu s'installer pour faire son cliché.
Il est toujours intéressant de se rendre sur les lieux, de voir l'épaisseur, de comprendre la symétrie des deux façades principales car si la photographie de la carte postale discute d'une grille moderne, nous rappelle que l'architecte belge Josse Franssen fut un chantre des C.I.A.M et d'un modernisme parfaitement usité, il ne faut pas confondre trop vite l'image et la réalité de la construction.
Par contre, avec la frontalité de Andreas Gursky, celle de la barre de Dubuisson à Paris, celle qui vient résonner dans mon imaginaire et se confronter à une image populaire, je crois bien que le photographe cette fois, fait de la grille la totalité de l'architecture de Dubuisson. Cette réduction essentialiste, ce suc de l'architecture dénote une appropriation historique de la référence à De Stijl faite à la fois par Dubuisson et Gursky, comme si, l'un et l'autre, parfaitement heureux qu'une façade puisse ainsi aussi durement, aussi frontalement n'évoquer que cette réduction. Toute l'architecture, tout le plan, tout serait alors tenu à l'intérieur, invisible, imperturbable. Il pourrait bien y avoir chez Gursky regardant Dubuisson un regard volontairement dégagé des questions de l'Architecture pour n'en percevoir finalement que le piège visible de sa grille. L'orthogonalité bien régulière, heureuse d'elle-même, serait la complicité aimante (aimantée ?) d'un photographe et d'un architecte. Qui attrape l'autre ? Là où le photographe Bauters prend en une seule fois, sans montage, par le seul recul l'architecture au piège de son cadre, pour l'avoir totalement, Gursky fabrique, distille à grand coup de montage, une image. Mais l'un comme l'autre, le photographe de carte postale comme celui des galeries ne font que dire en quelque sorte que l'œil est parfois trop petit et que seules, distance et mesures, permettent d'en tenir les qualités. Ils n'y sont pour rien. Franssen et Dubuisson savent eux, qu'il y a dans les barres plus grandes que les fonds d'œil une joie indicible que la perspective bien comprise ne dénonce pas mais sert, ouvre, et surtout reconnaît. Cette joie porte alors le nom d'Architecture.

 

 

samedi 28 mai 2016

Maquette avec un point d'appui et surtout d'interrogation : résolu !

Je viens de faire l'acquisition de quatre photographies provenant de chez Biaugeaud et Harang, spécialistes de la maquette d'architecture et de sa photographie.
Les quatre images sont... spectaculaires, regardez :









Mais qu'est-ce que c'est ? Je vous entends derrière votre écran, attendant avec impatience que je vous informe... Mais voilà, alors que je me réjouis souvent de la capacité de souvenance des images, je n'arrive pas à identifier celles-ci alors que je suis persuadé d'avoir déjà vu ce projet publié quelque part. Mais je fais chou blanc. Ma mémoire m'a fait chercher, et je ne sais au fond pas pourquoi, du côté de Jean Bossu mais aussi d'une architecture provenant des colonies françaises d'Afrique du Nord. C'est cette image qui persiste et c'est d'ailleurs cela qui me fit acheter ces photographies.
Que voit-on ?
Une très belle coupole en carton que l'on devrait imaginer en  béton, coupole immense si on s'attache à son échelle et qui rejoint le sol par son centre en formant un cône très ouvert et touchant le sol par des piliers formant à leur tour un puits de lumière. Cette coupole est ensuite complétée par un pan de verre qui s'y accroche, presque comme un voile puis des petites constructions viennent enfin fermer le cercle et le plan pour offrir ce que l'on imagine être des boutiques, des stands permanents de ce marché. Je dis marché mais rien dans ces photographies n'évoque la fonction de cette construction même si, cela ne fait pour moi aucun doute. Est-ce là aussi un souvenir des images perdues dans ma mémoire ? L'écriture est bien celle de la modernité, celle des paraboloïdes hyperboliques qui font penser immédiatement au marché de Royan par Louis Simon ou, pour la structure affirmée à Guillaume Gillet et Bernard Laffaille pour la Guérinière. Mais voilà, rien n'est sûr. Je pensais aussi à Jean Bossu, ou bien aussi à Mauri ayant tous deux travaillé pour l'Afrique du Nord. Peut-être que Xavier Dousson nous aidera !
Ce dont je suis à peu près certain c'est que cela ne fut pas construit car une telle œuvre, une telle prouesse technique aurait passé devant mes yeux même si je suis loin d'être infaillible. La preuve !
La grande élégance, la perfection technique, le jeu subtil des espaces permettant tout en fermant et définissant le lieu de le laisser ouvert et l'articulation avec le reste des constructions, font penser à un lieu ensoleillé ayant dans son usage comme dans son image (surtout) besoin d'un parasol géant. Les murs des petites constructions sont aussi percés de claustras ce qui ajoute à une projection d'un lieu ensoleillé que la photographie de l'agence Biaugeaud et Harang accentue par une lumière dure, contrastée d'une très grande beauté ! Que j'aimerais mettre mes yeux sur les autres productions et archives de cette agence Biaugeaud et Harang.
Alors, chère lectrice, cher lecteur, j'offre une lithographie originale au premier qui me donnera la solution de l'auteur de cette merveille. On voit aussi comment la photographie permet de visiter le lieu encore inexistant, de rêver à sa promenade. Le fond noir fait penser immédiatement aux autres images de maquettes d'architectures que nous avons vues sur ce blog : nuit parfaite percée d'une lumière crue. Le travail des photographes et du tirage est remarquable et procure une émotion esthétique puissante. On n'y résiste pas, non ?
Dernière minute ! 
Aujourd'hui, 12 juin, je trouve la solution ! Ouf ! Il s'agit rien moins que d'un projet de Messieurs Andrault et Parat pour un centre commercial à Sceaux qui ne fut pas construit. On trouve une double page dans l'Architecture d'Aujourd'hui de 1957 (!) sur le duo d'architectes et c'est en cherchant des documents sur la Basilique de Syracuse que j'avais enregistré cette maquette. Comme quoi ma mémoire visuelle est juste mais aussi en partie défaillante ! Quel plaisir ! Je vous donne les éléments de l'article. On notera que l'ensemble des photographies de l'article de la revue est bien crédité là aussi de Biaugeand et Harang... Contactez-moi !

 

 

 

 


Mais comme nous sommes sur un site de cartes postales, je vous montre une nouvelle carte de la gare routière de Royan, aujourd'hui Galerie Louis Simon, qui répond à une toute autre échelle au même principe : un plan circulaire, un pilier central et unique, un toit en cône, un mur rideau en verre. Le Yacht-Club de Pauillac en est un autre. N'est-ce pas la Conservation du Patrimoine d'Aquitaine ? Vous en êtes où avec la protection de ce bâtiment à Pauillac ?



La carte postale de la Gare routière est une édition Théojac sans date ni nom de photographe ou d'architecte. Ce point de vue, par opposition à celui déjà présenté ici, nous propose de voir davantage l'auvent qui protège les voyageurs et dont la longueur joue à la fragilité vu l'extrême finesse de l'auvent porté par de très maigres tubes métalliques. L'auvent permet à la fois de protéger mais aussi d'indiquer le sens de stationnement des bus et aussi, en suivant son ombre, de simplement trouver l'entée. Génie de la simplicité efficace ! Bravo Louis Simon !
Merci de ne pas diffuser ces images sans autorisation.