samedi 24 août 2019

Prisunic, le beau pour tous

Le supermarché et le centre commercial sont bel et bien représentés en cartes postales. Et d'ailleurs, pourquoi ne le seraient-ils pas ?
Modernes, affirmant un nouveau rôle dans l'espace urbain, signes parfaits d'un progrès que l'époque voulait défendre et vivre, ces supermarchés avaient tous les atouts du pittoresque pour finir sur des cartons 10 x 15cm.
Nous en avons d'ailleurs déjà vu ici et certains dessinés par Monsieur Claude Parent sont chers à notre cœur.
Voici un nouveau arrivé dans ma collection :


Nous sommes à Audincourt, ville que nous avons déjà chantée avant le Prisunic ! Cette marque résonne pour moi et dans notre famille d'une manière toute particulière puisque mon père avait dans sa jeunesse à Elbeuf, travaillé au Prisunic tout neuf de la Reconstruction d'Elbeuf avant d'être embauché chez Renault.
Alors, dès que nous voyons ce nom, chez nous, ça tape.
Prisunic !
D'abord quel beau nom bien choisi ! On dirait le nom d'un personnage d'un album d'Astérix.
Ici l'éditeur Combier resserre bien le cadre sur le magasin qui n'a rien d'architecturalement passionnant, tout au plus une sorte de droiture, de fermeté que la brique (?) sur la façade accentue. En fait, ce Prisunic offre surtout une grande lisibilité et une transparence avec un déploiement de vitrines sur toute sa façade. Venez ! Venez nous voir, entrez donc ! semble-t-il nous dire. On note les drapeaux flottant comme accrochés à d'immenses queues de billard qui devaient faire signal. On note aussi un garage à vélos bien développé !
Je n'ai pas réussi à retrouver ce Prisunic à Audincourt, il semble qu'il ait disparu ou qu'il soit tellement transformé qu'il soit méconnaissable. Tant Pis...
La carte postale Combier ne nous donnant pas le nom de l'architecte, il sombrera ainsi dans un oubli tranquille sauf pour les habitants d'Audincourt.
Dans ma collection, rangée dans le quatrième classeur Boring Postcard, je trouve sur une carte postale en multi-vues, un autre Prisunic, celui de la Courneuve. La carte postale est une édition PI qui a beaucoup travaillé et diffusé la banlieue parisienne.



Finalement, c'est une image de la Courneuve bien différente de celle que l'on attend, représentée ici comme une petite ville française typique avec son bar-tabac et ses immeubles. Ne dirait-on pas que le photographe a simplement tourné sur le carrefour en photographiant tous ses axes ? On y voit donc un Prisunic épousant le cercle du carrefour. Seul le nom du magasin fait ici architecture, il est bien moins intéressant que celui d'Audincourt.
Il est aisé de retrouver ce que tout cela est devenu et le moins que l'on puisse dire c'est que le sentiment de vide et d'espace donné par le recul du photographe est maintenant comblé par une densité urbaine bien... marquée.
Mon frère Christophe, ce fouineur parfait, m'apporte sa dernière trouvaille faite dans un minuscule dépôt-vente d'Elbeuf.
Ce livres est d'une très grande qualité éditoriale et permet de vivre la révolution du prêt-à-porter dans cette France de l'après-guerre. On y apprend aussi comment Prisunic était une sorte de projet global permettant à tous d'accéder au beau pour pas cher que ce soit pour l'habillement ou pour, bien entendu le design et le mobilier.
Le design Prisunic est bien reconnu maintenant et est devenu même une sorte de Graal pour chineur chic.
Sophie Chapdelaine de Montvalon nous permet donc de suivre le travail de Maïmé Arnodin et de Denise Fayolle, figures incontournables de cette révolution populaire.
On y trouve aussi pour nous, amateurs de micro et mobiles architectures une vieille connaissance !
La Bulle six Coques de Monsieur Maneval !







































Elle servait à promouvoir l'arrivée de Prisunic dans une ville et était une vitrine fort bien en accord avec le style et les idées de Mesdames Arnodin et Fayolle. Malheureusement, le livre ne s'attarde pas assez sur l'utilisation et le choix de la Bulle Six Coques par Prisunic. C'est dommage. Et surtout, qu'est-elle devenue cette Bulle six Coques ?
On note que la photographie nous donne à voir que son piètement de métal lui permettait d'atterrir partout ! Est-ce Monsieur Maneval lui-même qui avait dessiné ce piètement ? On remarque aussi que l'entrée dans la Bulle se faisait par l'une des grandes baies montée sur vérins et que l'escalier prenait appui sur la structure métallique de la Bulle. Bien conçu tout cela !

Ce livre est vraiment superbe : qualité du papier, mise en page, choix des documents, style clair et joyeux...
Il sera vite un indispensable dans votre bibliothèque si vous aimez la France intelligente du Beau pour Tous !
Attention, il fut publié il y a dix ans déjà...
Ruez-vous chez votre bouquiniste !

Le beau pour tous
Maïmé Arnodin et Denise Fayolle
l'aventure de deux femmes de style : mode, graphisme, design.
Sophie Chapdelaine de Montvalon
édition l'iconoclaste
2019
68 euros ou 15 quand c'est Christophe qui régale ! Merci  Christophe ! 









jeudi 22 août 2019

Pierre Pinsard en exposition


































Les amis Franck Delorme et Dominique Amouroux m'invitent pour une exposition : 
Pierre Pinsard, architectures sacrées dans l'Ain
Nous aimons Pierre Pinsard sur ce blog et nous avons déjà eu la joie de parler plusieurs fois de son travail d'ailleurs fort riche pour l'Art Sacré. Bien entendu, une exposition mettant en lumière cet architecte et dirigée par ces deux amis ne peut qu'avoir sa place sur ce blog. C'est donc avec joie que je vous annonce celle-ci et que je vous conseille d'aller la visiter.
Peut-être aurais-je le courage de m'y rendre moi-même, Bourg-en-Bresse c'est un peu loin.
Mais Franck m'informe également de la publication d'un ouvrage consacré à cet architecte. Voilà qui est une belle autre manière d'apprendre et d'aimer. Nous en reparlerons donc.
Tous à Bourg-en-Bresse !

 Pierre Pinsard, architecture sacrée dans l'Ain
L'exposition aura lieu du 28 août au 19 septembre
du mardi au samedi de 14h30 à 19h30
H2M, Hôtel Marron de Meillonnas 5, rue de Teynière, Bourg-en-Bresse
Renseignements : 04 74 21 11 31

Vous pouvez retrouver Pierre Pinsard dans ces articles :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/04/poncharra-pinsard.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/11/dieu-est-structure.html
http://archipostcard.blogspot.com/2009/08/pie-x-et-claude-parent.html

Et je vous redonne au complet le dernier article :

Crypte est un mot important pour le Comité de Vigilance Brutaliste.
D'abord parce qu'il raconte une typologie, celle d'un lieu clos, sombre, enterré ou souterrain, d'un accès souvent unique, et qui, par le déploiement de sa surface contredit parfois l'impression de son extérieur. La crypte est bien un espace à deux détentes qui offre deux lectures différentes.
Le choc provient souvent de cet écart entre l'extérieur laissant imaginer un espace intérieur dont l'apparition soudaine sous une lumière inattendue déstabilise le visiteur.
Paul Virilio défendit ardemment cette qualité avec les bunkers dont l'instabilité du sol basculé est accusée par l'émergence d'une lumière crue parvenant des meurtrières et des trouées des visées. En fait, c'est la parfaite définition d'une architecture dont la qualité principale serait bien la gestion d'une spatialité ouverte à une sensibilité très corporelle.
Il y a en France un très grand architecte de ce genre qu'est la crypte. Il s'appelle Pierre Pinsard.
Nous n'arrêterons pas de chanter Lourdes et l'immense basilique souterraine qui est un chef-d'œuvre de l'architecture du siècle passé. Il faut aller à Lourdes. Il faut aller voir et surtout vivre cet espace gigantesque caché sous le sol pour comprendre ce que l'architecture du béton a pu produire de plus fort et de plus saisissant et cela, que l'on soit croyant ou non. Ici on a foi d'abord dans le génie constructif.
Aujourd'hui nous allons voir un autre très beau bâtiment de Pierre Pinsard : la Grande Crypte de Ars.



Oui.
En voyant cette carte postale, je sais bien que ceux qui nous suivent ont dû pousser des cris de joie quasi hystériques devant la qualité à la fois de la carte postale et du lieu. Le noir et blanc produit par l'éditeur Combier sert à merveille le travail de l'architecte et nous donne à voir un espace continu strié dans son plafond de poutres solides dont le béton banché reçoit la lumière venant de la gauche. Comment ne pas aimer cet espace solide, dur, en défense, presque baroque dans son économie ? Comment ne pas y voir la citation immédiate de la vie de pauvreté partagée, de rusticité même du Saint Curé d'Ars ? Il s'agit bien là de dire que le lieu parle de celui qui est invoqué. L'alignement des bancs, bancs d'une extrême simplicité, ajoute aussi à ce retrait de toute fantaisie. La lumière est la seule à avoir droit de cité, offrant l'occasion de lire la structure, le matériau, l'espace qui fondent en quelque sorte l'architecture.
Regardons encore :
Nous nous sommes rapprochés de l'autel :



Les bancs ont disparu et l'éditeur nous précise que "la crypte est en voie d'achèvement". Nous ne savons rien de ce degré d'achèvement depuis ce point de vue car tout semble bien à sa place ici. Regardez la matière du mur au fond qui laisse presque lire la coulée du béton. Regardez comment les petites meurtrières du fond de l'autel laissent passer la lumière. Regardez le très puissant dessin de l'autel, construit pour les millénaires à venir. Regardez le rectangle de lumière décentré découpant le plafond d'un blanc pur. Regardez la chaire à gauche faite d'un simple cube. Regardez à nouveau les détails superbes du béton banché sur les poutres. Ne voyez-vous pas dans cette volonté quelques restes d'absolument romans, primitifs, et essentiels ?
Une mise en scène parfaite de la pauvreté et de la retenue qu'il ne faut pas confondre avec une indifférence ou une économie. C'est une abstinence heureuse et conceptuelle.
Rapprochons-nous encore :



La couleur pourrait presque être en trop, presque dure.
Pourtant la tonalité grise tirant sur un bleu naît bien d'une photographie faite au flash qui fait monter des ombres trop dessinées et écrase la matière du béton. On remarquera l'apparition d'une croix fine posée depuis peu et remplaçant celle suspendue dans le vide des cartes postales précédentes. Mais comment ne pas remercier les éditions Combier de la fabrication d'une telle image rendant hommage à la rigueur abstraite de Pinsard ? Comment ne pas croire que nous ne pourrions pas être ici dans la Chapelle du béton armée, celle d'une nouvelle religion nucléaire, celle d'une idéologie de la grotte tellurique, celle qui raconte que le vivant des corps doit s'opposer à la minéralité coulée du béton ?
Il s'agit bien d'une sculpture. Il s'agit bien d'un lieu disant le déroulement d'une cérémonie dont la plasticité absolue, parfaite, claire à son origine de pauvreté est tenue par la plasticité intelligente d'un architecte. C'est d'une beauté éclairante. On osera enfin le lyrisme.
Et dehors ?



La voilà la Crypte. La voici, posée dans le champ donnant l'impression d'un balcon, d'une terrasse portant l'ancienne église et le village. Elle est un socle puissant, modeste, éteint comme un ouvrage militaire n'ayant comme esthétique que son utilité.
Mais Pierre Pinsard fait ce travail en conscience. Il le fait avec cette qualité de retrait dont seule la nécessité constructive devra faire voir le bâtiment. Il ne construit pas un machin orgueilleux, il construit une absence, une discrétion solide qui ne dit rien d'autre que sa nécessité d'espace et de recueillement.
Quelle merveille !
Ma main glisse sur la peau rugueuse de l'édifice. J'imagine comment Pierre Pinsard à chaque moment de son dessin et de sa pensée a dû tout mettre en œuvre pour tenter de ne pas concurrencer l'histoire sans croire à la disparition. Affirmer une forme silencieuse c'est savoir composer avec le bruit des autres. C'est poser une tonalité basse et continue.
Une ascèse.

 

 



 


 






samedi 17 août 2019

Royan, je suis là, avec vous.

Ma vie fera que, sans doute, je n'habiterai jamais ni à Royan ni à Saint-Palais d'ailleurs.
Ces villes sont maintenant trop chères pour moi, inaccessibles.
Je ne tiendrai pas la promesse que je m'étais faite enfant.
Je ne peux donc finalement que faire ce que je fais déjà, ici, sur ce blog. Regarder des images et m'y croire dedans, vivant, debout.
La nostalgie est un moteur puissant pour l'imaginaire, c'est aussi souvent une douleur.
Alors je prends tout ce que je peux prendre pour me projeter là-bas. Hier, quelques secondes sur France 3 du feu d'artifice à Royan et aujourd'hui la messe en direct depuis Notre-Dame de Royan.
En écoutant sur France Culture la messe (comme toutes les semaines d'ailleurs) j'entendrai certainement comment l'écho des chants et de la cérémonie tape sur le béton brut et lyrique de l'église. Et, même si j'aimerais mieux être dedans, dans l'enceinte ou courant sur le triforium comme avec Thomas Dussaix, Alvar et Jean-Jean Lestrade, je serai là, Royan, avec toi, avec vous.

Pour mieux écouter faut-il des images sous les yeux ? Souvent l'auditeur que je suis doit poser ses yeux sur une image pendant qu'il écoute une musique. Ne faisons-nous pas ce geste étrange de regarder fixement la pochette d'un album pendant que le vinyle tourne sur la platine ?
Alors, pendant que vous écouterez avec moi cette messe, vous aurez des images à regarder. Peut-être que, athée comme moi, vous éviterez alors de dire des conneries sur les églises modernes et sur leur architecture.
Peut-être que vous comprendrez aussi que finalement l'église ce n'est pas le bâtiment, c'est bien l'assemblée des fidèles.
Fidèle à Royan, je le suis. Ne m'oubliez.
Pour les oreilles, écoutez la messe en direct,  ici :
https://www.franceculture.fr/emissions/la-messe/messe-du-dimanche-18-aout-2019
Pour les yeux :






































Cette très belle carte postale des éditions Sofer nous propose un point de vue assez rare car très proche du chœur et de l'autel qui est une petite merveille de béton moulé ! Ce qui m'étonne sur ce cliché sans photographe c'est la couleur très chaude que prend le béton de Notre-Dame, devenant presque jaune. L'image est aussi un peu floue, il semble que le photographe ait surtout fait la mise au point sur le pupitre au premier plan. Mais cela ne gêne pas et même, je trouve, produit une grande qualité lumineuse et colorée à cette carte postale. Trouverez-vous la colombe du Saint Esprit ?


Et si nous prenions la place de Monsieur le Curé ?
Voilà ce que nous propose cette très étonnante carte postale des éditions Europ en nous mettant derrière l'autel ! Je n'ai, pour ma part, jamais osé y aller...
Mais ce qui est amusant aussi avec cette carte postale c'est que la correspondante nous donne son avis sur l'église de Royan :
"Ainsi que tu peux le constater l'architecture moderne des églises ne vaut vraiment pas le roman ou le gothique..."
Monique n'a rien compris. Tant pis pour elle.


On note que cette carte postale fut expédiée en 1989 et que l'oblitération de la Poste nous propose un cachet avec un dessin du Palais des Congrès et de Notre-Dame. Ne remarquez-vous pas quelque chose d'étrange ?
Oui ! Le Palais des Congrès est dessiné avec sa façade d'origine ce qui signifie que c'était bien ainsi qu'on définissait encore sa réelle identité architecturale en 1989 !

Quelques photographies prises par votre serviteur lors de la résidence du Comité de Vigilance Brutaliste, vous remarquerez que là également le béton peut devenir jaune...
Vous pouvez voir ou revoir la vidéo réalisée lors de cette résidence ici :
https://vimeo.com/64137104







































Détail de l'autel :

 Cette photo n'est pas un collage....




































Admirons les angles :






dimanche 11 août 2019

Au petit matin

Ce matin ne nous a pas déçu.
Ce vide-grenier de Criquebeuf a tenu mieux ses promesses que le dernier, bien moins riche.
J'ai ramassé 49 cartes postales que je ne vous montrerai pas toutes car certaines n'appartiennent pas au domaine de ce blog. Mission en Nouvelle Calédonie ou ruines de la Première Guerre Mondiale ont peu à voir avec notre domaine mais sont tout de même bien surprenantes.
Je vous propose une toute petite sélection, comme ça, au hasard des achats sans grande cohérence donc mais cela donne l'occasion de voir comment c'est bien le collectionneur qui établit ses domaines et sa ligne de conduite.
Alors ? On regarde ?


En 1966, Nelly écrit à un camarade anonyme. Elle choisit les plus beaux bâtiments de l'Agglomération rouennaise, les immeubles Champagne et Bourgogne de Sotteville-lès-Rouen. Elle choisit une carte postale des éditions Estel qui nous informe bien pour ce qui est des architectes.
Au verso figurent donc le grand Marcel Lods comme architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, Monsieur Alexandre, architecte à Rouen, Monsieur Busse, architecte à Paris et enfin Monsieur Yvelin, architecte à Sotteville-lès-Rouen ! Ouf !
Sur ce blog nous aimons beaucoup Marcel Lods pourtant si mal considéré dans l'une des régions où il a pourtant fait beaucoup de choses extraordinaires aujourd'hui passées sous les pelleteuses de la honte (Hauts de Rouen) ou de la défiguration (Elbeuf)...
Partons pour Goussainville :


Voilà encore un bel exemple qui prouve que les éditeurs de cartes postales ont fait un vrai travail d'inventaire et de documentation ! Nous sommes dans le Centre Commercial des "Grandes Bornes" dans un espace qui est très représentatif de ce type de lieu. Une petite galerie marchande couverte aux abords d'immeubles. Les gros rochers posés dans un esprit que l'on dira  japonisant (oui... je sais...) font la joie des enfants. Ces rochers ? D'où viennent-ils ? Comment furent-ils disposés ? On note qu'à l'époque on laisse des nourrissons seuls dans leur poussette à l'extérieur des boutiques !
Tout se veut moderne, pratique, ouvert et bien entendu sans voiture.
L'éditeur de ce beau document est Combier qui nomme l'architecte, Monsieur Lechauguette. La carte postale fut expédiée en 1971.
Comme nous sommes dimanche, jour du seigneur :


Alors ? Savez-vous où vous êtes ?
Difficile non ?
Il s'agit de l'église de Kaleva, (Kalevan Kirkko) et nous sommes donc en Finlande ! Rare que nous évoquions ce pays sur ce blog ! La carte postale nous montre un bâtiment qui, sans son minuscule et sculptural campanile pourrait passer pour bien autre chose qu'une église !
Ce qui retient l'attention c'est l'impression que le bâtiment est très fermé sur l'extérieur, très tassé. On trouve facilement plein de documentations sur cette superbe église sur l'internet.
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_de_Kaleva
L'éditeur et photographe Juhani Reikkola ne nous donne pas d'information supplémentaire...
Il s'agit pourtant d'une construction spectaculaire !
Pour finir avec les cartes de ce matin :





































Ce beau Christ en croix nous vient d'un lieu bien normand que nous aimons bien sur ce blog, l'église de Foucarmont dessinée par l'architecte Zavaroni en 1964. Le Grand Prix de Rome a choisi M. Hesse pour décorer son église et réaliser ce Christ de l'autel. La photographie de cette carte postale est Jean Hames qui a donc publié sa carte postale avec une faute sur le nom de l'architecte lui ajoutant un N de trop.
Allez revoir l'église ici :
http://archipostcard.blogspot.com/2010/04/une-eglise-moderne-foucarmont.html

Mais comme il arrive aussi que la chasse aux cartes postales nous permette de trouver d'autre choses, je vous montre les trois belles chaises pliantes Plia de Giancarlo Piretti chinées ce même matin pour moins cher que le prix de mes 49 cartes postales... Tout arrive à qui se lève tôt...



samedi 10 août 2019

Le nouvel anti-brutalisme



Non, je n'ai pas caviardé cette carte postale.
Celle-ci nous montre l'un des plus poétiques lieux créés en France à la fin du siècle dernier.
Il s'agit de Onyx, salle de spectacles de Saint-Herblain.
Cette salle de spectacles est de l'Atelier Jean Nouvel. C'est une merveille, au sens médiéval du terme.
Une étrangeté, j'oserai même un refus.
Dans le verbiage outré d'une zone commerciale et de grandes surfaces dont les animations sont les marées montantes et descendantes des automobiles (merci Monsieur Parent pour l'analogie), il devait être inscrit un bâtiment qui refuserait toute explosion de signes, d'images, de couleurs. Il fallait un gouffre solide pour que ce qui s'y passe dedans soit plus fort que ce qui s'y passe à l'extérieur.
Le mystère et donc la curiosité naîtront de l'imperméabilité de cette chose, de son refus de dire quoi que ce soit de son architecture, refusant toute lecture, niant absolument en être.
On ne peut pas mieux contextualiser l'énergie du vivant.
Onyx de Jean Nouvel c'est l'indéniable preuve que l'architecture n'est pas seulement la lisibilité des plans, des volumes ou des programmes, elle est aussi parfois la dénégation de tout cela. C'est l'anti-brutalisme. C'est ne rien vouloir dire, ne rien vouloir entendre, ne rien vouloir voir.
Rien ne nous sera raconté, rien d'autre que notre projection personnelle, notre doute, notre peur presque. Un volume noir, sombre, vibrant des hachures serrées du métal contient les éléments nécessaires aux spectacles. Il y aurait la tentation d'y voir le premier monument GuyDebordien, laissant le spectacle au spectacle. Mais...
La force aussi de cette boîte mystérieuse c'est bien qu'elle s'oppose. Et elle s'oppose dans son refus presque d'une manière trop baroque, trop marquée, trop décidée. Comme l'enfant croisant les bras et criant un Na ! fier de sa bêtise. Parfois, pour éteindre le cri trop fort des autres, le plus beau silence c'est de crier plus fort. Onyx crie plus fort.
Onyx veut forcer l'histoire des monolithes architecturaux, veut en être.
Kabaa ou Kubrick.
Il veut irradier comme le font les centrales nucléaires, mystérieuses de leur contenu, interdites. C'est aussi, dans le contraste entre l'épiderme du bâtiment et l'efficacité de son intérieur, inventer une nouvelle sorte de passage, forcer l'étonnement de l'autorisation d'y être.
Pénétrer.
Avoir ce droit, trouver cette raison.
Pénétrer devient le désir ardent.
Le seul spectacle.

Onyx devrait maintenant, vu son âge et son importance être classé au titre des Monuments Historiques.

La carte postale de Onyx est une édition de la Ville de Saint-Herblain qui ne communique ni le nom de son architecte (!) ni le nom du photographe... bravo le service communication de la Ville !
La carte fut éditée en 1998.

La bande-son parfaite pour ce monument, ce petit chef-d'œuvre de Bagarre, le Gouffre :


La visite par Google Earth reste saisissante :










vendredi 2 août 2019

AD ? Absolument Détestable ?

Pour patienter dans la salle d'attente de l'hôpital, j'achète à sa boutique un numéro de AD, Architectural Digest de juillet et août 2019.
Je me dis que pendant ce petit moment, me croire autorisé à vivre 30 minutes avec la grande bourgeoisie internationale me fera du bien et m'éloignera du mobilier hospitalier. J'ai des rêves de bourgeois quand j'ai du temps à perdre.
Je me croyais autorisé à quelques minutes de tranquillité béate.
Mais voilà...


Page 32, je tombe en bas de page sur un minuscule article nous indiquant que le Domaine La Coste propose de vivre une expérience incroyable en séjournant dans... un chalet pour sinistrés dessiné par Jean Prouvé. Bien entendu, ce qui compte c'est la deuxième partie, comme si le nom de Jean Prouvé suffisait à justifier tout et n'importe quoi, le cynisme mais surtout bien entendu l'absence totale de morale ou d''éthique sur la place d'un objet historique.
Vous me direz que pour bien comprendre le quincailler de génie (dixit Charlotte Perriand) rien de tel en effet que de vivre l'expérience de l'architecture de Jean Prouvé et de pouvoir ainsi en découvrir toutes les qualités constructives. Mais lesquelles au fait ? Et surtout comment ceux qui vont venir dans le domaine La Coste y seront sensibilisés ? On ne sait pas.
Par la température de leur Carte Gold ?
Mais plus amusant encore que cette expérience de vivre comme un sinistré heureux d'avoir un toit provisoire sur la tête, c'est que la nuit ne vous coûtera que 2500 euros. Il n'y a pas d'erreur. Deux... Mille... Cinq... Cents... Euros la nuit dans une cabane de bois avec une armature en métal dont l'intérêt architectural tient en deux lignes. J'espère que l'apôtre du Design pour tous, celui de l'Abbé Pierre, celui de la collectivité heureuse est bien mort car je crains que la lecture d'une pareille imbécilité ne pourrait que le faire mourir une seconde fois.
Les riches ça ose tout c'est même à ça qu'on les reconnaît.
Mais dans le même somptueux numéro de cette revue iconoclaste et qui affirme le chamboulement des valeurs politiques à toutes ses pages, voilà que notre grand créateur Rick Owens, (celui de la bite sautillant à l'extérieur de ses vêtements) nous fait visiter son appartement au Lido, à Venise.
Tout y est magnifiquement choisi, rien à dire sur les goût du créateur. On a même la chance de le voir poser et exhiber son corps maigre et sec, le bermuda à la limite de la ceinture d'Apollon, laissant augurer le désir de le faire tomber mais, en même temps, ayant cette retenue d'un type qui pose avec la politesse du sans gêne. Merci Rick, tu nous la montreras sur You Porn.

























Mais voilà ce qu'il déclare dans l'article :
" Mon modèle, c'était le cabanon de Le Corbusier mais en version moderniste (sic !!) Fonctionnel et efficace! (sic !!). Je voulais quelque chose d'austère, de presque froid, qui associe le raffinement de Jean-Michel Frank à la sévérité de l'architecture mussolinienne."
Que dire devant autant de modestie habile mêlée à une provocation bourgeoise ? Car le monsieur doit se dire qu'il va attaquer le grand architecte en lui reprochant son manque de fonctionnalité (mot évidemment parfait) et qu'il va épater le bourgeois en l'associant à l'amour qu'il porte à une architecture sulfureuse, celle de Mussolini. Comme c'est habile...
En fait, l'architecture mussolinienne agit ici comme la petite bite qui sort du vêtement, quelque chose de peu glorieux et de partagé par un grand nombre mais que l'on n'attend pas à cet endroit, ni dans ce moment. On voit comment il fait fonctionner sa machine à épater le bourgeois, l'outrecuidance épuisée de ceux qui croient encore que l'Avant-Garde c'est l'usurpation de la culture des autres enveloppée dans le linceul de l'irrévérence. Des Dali à la petite semaine.
Alors ?
"La mort c'est le problème auquel doivent se confronter les artistes." C'est la dernière phrase prononcée par ce génie dans cet article.
On lui souhaite d'avoir encore et encore un confrontation rapide ?
Remercions la revue AD pour cette belle prise d'espace, prouvant que le chic international est maintenant devenu vulgaire, qu'il n'a même plus la force d'un modèle et que ce chic de classe, celui qui, pour une part, inventait nos rêves est maintenant l'apanage de crétins boursouflés de ce qu'ils croient être la Culture. Culture qui devient pour eux ce mur infranchissable entre ceux qui ont vraiment vécu et ceux qui leur volent leur vie. Jean Prouvé et Corbu méritent mieux que ces porteurs d'images creuses.
Avant on enviait leur Monde, maintenant on a juste envie de le vandaliser.

Revenons à Le Corbusier :


Peu de cartes postales du couvent de l'Abresle nous montrent aussi frontalement l'implantation de l'architecture de Le Corbusier sur son terrain en pente.
On remercie le photographe Mory pour ce désir d'être parfaitement en face de la façade sud, laissant toutes les délicatesses de la machine exhiber ses fonctions, sa mécanique.
L'horizontalité du couvent va donc chercher la pente et le photographe cale son cadre au bord du bâti, sa distance avec celui-ci étant déterminée par cette limite.
La densité de l'image est à son comble, impossible en quelque sorte d'échapper aux formes, aux lignes, à la rectitude poétique de cette façade à la fois tendue et mouvante.
On note que le photographe choisit une lumière égale, sans dureté, préférant une lisibilité apaisée à une trop grande plasticité des contrastes. Le soleil est en haut, tout en haut.
La carte postale sans éditeur fut éditée en 1961.