samedi 29 novembre 2014

Hôtel Continental, Hôtel des ventes

Cette carte postale de Royan est assez rare comme le sont souvent les cartes postales de promotion pour les hôtels :



On y voit le très bel Hôtel Continental à Royan qui est sans aucun doute l'un des plus beaux bâtiments de Royan. On en admire encore son très bel escalier visible dans sa cage de verre. On aime aussi comment est dessinée la volumétrie avec la masse des chambres suspendues sur des pilotis qui dégagent au premier niveau deux espaces totalement transparents pour l'accueil et l'entrée de l'Hôtel Continental.
La carte postale est une édition Arlix en véritable photo au bromure comme nous l'indique l'éditeur. Pourtant... on devine facilement les trucages photographiques des automobiles collées sur l'image ainsi que l'enseigne ajoutée sur le cliché !
On note une croix au stylo-bille sur la façade mais aucune correspondance au dos et donc aucune date. Le photographe a tout de même réussi depuis ce point de vue à nous offrir une vue sur la plage.





J'ai un souvenir très particulier avec cet Hôtel.
Lors d'un séjour à Royan, nous étions tombés sur l'hôtel fermé dont le hall d'entrée était rempli du mobilier de l'hôtel, promis par affichage à une vente aux enchères... J'étais alors un peu trop jeune, pas assez aventureux et je n'avais pas le temps d'assister à cette vente mais j'avais fait une série de photographies à travers les vitres de l'hôtel.
Je me souviens surtout de ma grande frustration de ne pouvoir ainsi accéder à ce mobilier ni de pouvoir en acquérir une partie. Une déception qui, me croirez-vous (oui sans doute), m'habite encore ! Nous étions je crois vers 1992 ou 1993. J'ai retrouvé une partie de ces photographies, certaines découpées ou repeintes à l'écoline pour une tentative ratée de collage... J'avais une telle envie ainsi d'essayer de m'approprier cet espace, espace nostalgique déjà, d'un Royan des années cinquante disparaissant sous les coups de marteau des enchères, dispersion des souvenirs. Comme geste ultime à cette mémoire, j'ai égaré les négatifs.
Mais me reste à l'esprit une chose solide et ferme, la fin d'une époque visualisée soudain au détour d'une promenade dans la plus belle ville du Monde. J'imagine que la plaque de l'Hôtel Continental a disparu à jamais, que le beau porte-manteaux dont je possède depuis un modèle identique fait le bonheur d'un amateur de Design Vintage.
Sait-il lorsqu'il accroche son vêtement que sur ces boules de couleurs, rouges, jaunes, bleues, ceux sont des vies entières de plaisir, de joie du balnéaire qui s'y sont également accrochées ?














 







Et voici une image contemporaine de cet hôtel.
Certains reconnaîtront la chevelure au premier plan...



mardi 25 novembre 2014

Le Corbusier tout de métal

Hier, alors que j'étais perdu dans les photographies des numéros d'Architecture d'Aujourd'hui, je suis tombé sur cette publicité étonnante :



La société Besson et Lepeu rappelle comment elle a collaboré avec Le Corbusier pour la construction de la structure métallique du Pavillon Suisse à la Cité Universitaire de Paris !
Pourquoi donc en 1965, une société se permet pour parler de ses compétences techniques d'évoquer un travail réalisé il y a plus de trente ans en 1932 ?





Il va de soi que le nom de Le Corbusier y est pour quelque chose et que ce nom, dans une revue comme Architecture d'Aujourd'hui est un sésame à l'attention du lecteur. On notera aussi que cette revue et donc cette publicité sont contemporaines de Le Corbusier qui est encore vivant à la sortie de ce numéro...
On a vu récemment une carte postale de ce même pavillon faisant l'éloge d'un autre entrepreneur reconnaissant dans ce chantier un moyen de dire ses compétences.
Profitons donc de cette publicité pour regarder  une nouvelle carte postale de ce Pavillon Suisse, arrivée il y a peu dans ma collection qui commence à contenir un nombre relativement intéressant de cartes postales de ce Pavillon, preuve de son succès éditorial.


Quelle qualité non !
La carte postale a été éditée par les éditions Moutsouris mais n'est pas datée. Elle est bien évidemment contemporaine de la construction si on croit sa photographie, son impression photographique et la typologie de son style. Le titre est posé dans le ciel blanc et donne bien le nom de Le Corbusier.
On voit parfaitement le Pavillon Suisse ici appelé Fondation Suisse, l'articulation de ses volumes et la qualité des matériaux qui font vibrer cette construction. Ici, depuis ce point de vue, le photographe inconnu nous montre parfaitement le rôle des pilotis qui libèrent le regard et cadrent de minuscules paysages. L'ensemble est vraiment superbe.
Je vous donne le verso de cette carte postale qui comporte un ensemble de citations de Shakespeare assez étonnantes...


Le mystère sur la fonction de ces citations restera entier.
Mais je me pose des questions sur les photographies ayant été utilisées pour la publicité de la société Besson et Lepeu. On sait comment Le Corbusier surveillait les images de ses architectures avec fermeté pour ne pas dire autorité. Aucune notation de photographe sur cette publicité dont on peut imaginer qu'il s'agit de photographies du chantier provenant des archives de la société Besson et Lepeu. La société a-t-elle envie de rappeler, pour un nouveau chantier de Le Corbusier à venir, son implication dans l'histoire de l'architecte ? Profite-t-elle du congrès sur l'architecture et le métal annoncé dans ce même numéro pour faire écho à son histoire ?
Mais ma perdition dans ma collection de revues m'emmène vers une autre découverte, une autre publicité des établissements Besson et Lepeu :



Sans doute aurions-nous aimé que cette somptueuse cage d'acier reste ainsi, ouverte, mécanique et structurelle comme une sculpture perdue. C'est aussi ce pouvoir des images, la manière dont elles se détachent de leurs objectifs et dont nous en saisissons la poésie hybride et mouvante qui fonde mon intérêt à cet art.
Mais les architectes Lafon et Dangleterre avaient certainement mieux à faire. Ils avaient raison.


lundi 24 novembre 2014

Apprendre se conjugue comme industrialiser

Une carte postale qui pourrait satisfaire Martin Parr :



Il n'y verrait qu'ennui, boring picture et inutile image.
Il n'aurait sans doute pas totalement tort si on reste sur ce regard premier, un rien amusé, devant la nécessité d'une telle image.
Sans doute que Martin Parr ne voudrait pas travailler cette image, cette carte postale, c'est-à-dire, justement en interroger la nécessité...
Il s'agit d'une édition de l'Europe en Eurolux, elle fut expédiée en 1973 et représente le Collège Charlemagne à Attigny dans les Ardennes.
Alors la nécessité d'une telle image c'est bien la vivacité démographique d'un pays qui emmène une tranche d'âge au collège et qui demande donc une construction neuve, rapide et économique. Cet élan est partagé par une population qui voit dans ces constructions nouvelles la vitalité, la nouveauté arriver dans son paysage. Il faut donc raconter cela à la famille. Le petit dernier entre au Collège. On peut affirmer qu'il y a donc bien une reconnaissance effective entre l'objet architectural et le correspondant. On pourrait, en riant un peu, parler d'une nécessité de correspondance. Cela Martin Parr ne le saisit pas ou, plus certainement feint de ne pas le voir.
Mais.
Mais cette période bénie de consommation, de démographie, de modernité visible et assumée a aussi cette particularité d'être éditée et industrialisée. Comme nous aimons le voir sur ce blog avec les Piscines Tournesol, il est intéressant de voir qu'un modèle d'architecture et de construction se diffuse sur le territoire et possède partout le devoir de se faire tirer le portrait en carte postale. On notera que celle du collège d'Attigny ne nous donne aucun nom d'architecte.
Ce n'est pas le cas ici :



Nous sommes cette fois à Troyes ville qui a vu sa Maison des Jeunes par Claude Parent architecte détruite...
Ici c'est le quartier des Chartreux photographié par l'éditeur la Cigogne qui nous en donne une belle vision depuis le ciel ensoleillé. C'est beau cette lumière.
L'éditeur en plus nous informe parfaitement en nous donnant le nom de l'architecte du groupe scolaire, Monsieur Millochau et des ensembles d'habitations, messieurs Grandnom Michel, Hermant André, Morel Roger et Sonrier Roland... ouf !
Si on regarde bien et que l'on a une mémoire de l'œil, on reconnaît le même type de façade, le même dessin des châssis des fenêtres à Attigny comme à Troyes. Le même architecte ?









Voyons, voyons...
Dans un numéro de novembre 1966 d'Architecture d'Aujourd'hui, je trouve un article complet sur un système constructif pour écoles et groupes scolaires. L'industrialisation, la rapidité de fabrication, ainsi que la modularité y sont chantés à juste raison et les images sont spectaculaires !
On peut même y voir que les concepteurs pensent pouvoir accrocher leur cellule sur une tour !
Les concepteurs ? Pierre Roux-Dorlut (atelier Badani Roux-Dorlut) et Raymond Camus ingénieur. On le voit aucune mention de Mr Millochau qui pourrait donc bien avoir été pour l'opération de Troyes un architecte d'opération (?)
Il est en tout cas intéressant de voir qu'un mode de diffusion de l'image de l'architecture aussi populaire que la carte postale ait pu ainsi diffuser à son tour un modèle d'architecture et prouver d'édition en édition la présence de ce type sur le territoire tout en affrontant celui-ci à un désir de représentation de ces lieux. Rien de boring là dedans mais la démonstration une fois encore que c'est bien un document qui mérite mieux que le dédain de certaines historiennes de l'architecture.
Pour ce qui est du modèle ici représenté, on pourra s'étonner que celui-ci, intelligent, léger, spécifique, modulable, typé dans ses représentations n'ait pas droit à une fétichisation comme celle de Jean Prouvé. On rêve de voir un jour dans une galerie parisienne, dans une institution, l'un de ces modules posé dans l'espace d'un white-cube et assumé comme modèle pour nous balancer à la figure l'utopie et mieux encore en ce moment l'hétérotopie.
Soyons certains que cela arrivera et cela sera justice historique et poétique. Oui.






Comment ne pas aimer ces très beaux dessins ?








dimanche 23 novembre 2014

Sachons faire office de touristes

Quoi qu'on en dise, nous sommes tous, un jour ou l'autre (et souvent le dimanche) des touristes.
Et ce n'est pas grave.
Après tout, vouloir voir, rencontrer, jouir de ce qu'il y a de mieux c'est naturel même si ce mieux est le même que le voisin.
Alors dans certaines villes de beaux endroits sont mis à la disposition des touristes pour qu'ils y trouvent les informations nécessaires.
En voici deux :



Ce premier office de tourisme est à Besançon. La carte postale Combier nomme par deux fois cette très belle petite construction : office de tourisme et syndicat d'initiative. L'éditeur nous donne même le nom de l'architecte : M. Demenge.
Cette très belle boîte de verre ourlée de métal brillant dont rien ne semble porter le toit plat est posée dans le parc laissant les arbres venir la chatouiller. On devine tout de même certaines verticales, elles-aussi en métal brillant qui pourraient bien soutenir tout cela ou, plus prosaïquement, évacuer les eaux de pluie !





On voit également que l'architecte avec une grande habileté a joué sur le rattrapage de niveau offrant un espace caché sous l'office lui-même. Comment ne pas penser en voyant un tel objet architectural que Monsieur Demenge n'ait pas vu et aimé certaines architectures radicales comme celles de Mies ou de Philip Johnson.
On devine aussi que l'intérieur propose un mode d'exposition très original avec des panneaux mobiles. Tout cela est d'une très grande qualité dont on pourrait rêver de faire une villa perdue dans la forêt ! On se souviendra que l'on a déjà évoqué le travail de Monsieur Demenge et c'était déjà à Besançon pour la place du 8 septembre. Il était associé à Paul Lacroix et au sculpteur Jacques Voitot. Si on en croit cette sculpture, on pourrait dire que Monsieur Demenge aimait bien l'acier brillant. La belle fontaine a aujourd'hui malheureusement disparu.
Partons pour Angoulême :



La carte postale de l'éditeur Chatagneau que nous connaissons bien pour les nombreuses cartes de Royan nous présente ici l'Office de Tourisme devant la gare. On devine l'utilité de cette très belle petite construction devant une gare. Cylindre presque totalement ouvert sur l'extérieur, offrant une image accueillante de la ville à l'arrivée des voyageurs, cette architecture dont on ne peut que souligner l'élégance a disparu cela va de soi, nous sommes en France.





Comment et pourquoi se séparer ainsi d'un édicule aussi bien dessiné ? Parce que la gare s'agrandit voyons ! Faut être de son temps ! (celui qui détruit le beau)
Malheureusement je n'ai pas le nom de l'architecte de cet objet essentiellement métallique qui par sa forme et son mode constructif savait faire bon usage. Cet office de tourisme était surnommé l'araignée certainement à cause de ses petits piliers métalliques, surnom péjoratif que l'on sait coller sur une construction pour la détruire simplement sans regret.
On se souvient de la bêtise des petits boutiquiers de Fontainebleau ayant surnommé la halle du marché, chef d'œuvre de Nicolas Esquillan, le cloporte... Il faudra faire une étude de ces surnoms et surtout de ceux qui les donnent : le pot de yaourt, le volcan, le cloporte, l'araignée, la citrouille, l'usine à gaz...
Alors remercions les cartes postales de porter des images de ces minuscules édifices de très grandes qualités qui disparaissent sans remord. Chose étonnante, sur les vues satellites d'Angoulême, on trouve encore l'office de tourisme, on peut même le voir encore debout sous certains angles de Google Street-view.
Il nous reste au moins ça... Et les historiennes de l'architecture moderne pourraient bien y trouver un document.
C'est d'ailleurs peut-être le moment de faire de ces images à la fois récentes et déjà obsolètes des objets d'archives. Qui prendra ce relais ?