Ne pourrait-on pas se croire dans un temple shinto ? Enfin...c'est un peu comme ça que je pourrais l'imaginer. Sans doute que la régularité d'un module rectangulaire, que la couleur générale un rien chaude et brune, que la simplicité du volume et des entrées de lumière donnent à ce lieu l'idée d'un espace serein, tranquille, apte au recueillement, à la méditation.
En ce sens, je ne me suis pas trop trompé puisque nous sommes dans une église, celle du Monastère des Bénédictines de Saint Julien l'Ars.
En regardant cette première carte postale, je me dis que nous sommes bien loin du Mirail de Toulouse mais que nous sommes bien proches du vrai Brutalisme, celui définit par Reyner Banham : une radicalité de la franchise technique et matériel d'un espace.On admire en effet la très fine structure en métal qui dessine le lieu baigné de lumière, lumière arrivant tranquillement sans prendre de manière spectaculaire l'importance qu'on pourrait symboliquement lui donner pour un tel lieu. Non, ici, tout se passe avec douceur, presque trop, presque comme pour s'excuser d'être un espace religieux.
Ce pragmatisme élevé comme une éthique architecturale fait bien l'écriture du vrai Brutalisme. On est loin des délires iconiques aujourd'hui épuisés allant de Grandval et de ses choux à Bofill et son Antigone mais on bien très proche des Smithson.
Et pour cause :
Sur le verso de cette carte postale éditée par Solaire Photos, une petite étiquette est collée sur laquelle sont bien imprimés les noms des architectes : Candilis, Josic et Woods. Rien moins que cela !
Mais pourquoi donc l'éditeur a-t-il du ainsi ajouter après l'impression du nom des architectes ? Sur la demande de ceux-ci oubliés par l'éditeur ? Sans doute si on prend en considération le fait que la mention S.P.A.D.E.M 1970 y figure aussi et semblerait vouloir rappeler la nécessité des droits d'auteur. On perçoit mieux comment le lieu est bâti car la structure incroyablement économe fait le spectacle laissant toute la chance au mobilier sacré et religieux de contraster avec cette rigueur. L'autel est particulièrement simple mais les chandeliers, eux, sont comme des vigiles dorés, toutes pointes dehors, tenant la garde autour de cet autel. Qui les a dessinés ? On note sur l'arrière une sorte de grille, de filet métallique qui vient jouer contre les planches et apporter un motif étrange et simple pour séparer et faire mieux lire les espaces différents. Quelle belle idée !
Depuis l'extérieur :
On ne peut pas faire beaucoup plus simple...voir économe...D'ailleurs, il n'est pas impossible que cette simplicité formelle et désirée pour une tel lieu soit aussi l'expression d'une difficulté financière à faire plus riche, plus généreux, plus extravagant. Finalement, Candilis, Josic et Woods, avec leur écriture architecturale ont sans doute su se glisser dans ce paradigme : faire pauvre pour chanter la pauvreté comme générant des formes belles. Sur cette carte postale, le blanc de l'église prend tout le dessus de l'image, venant contraster avec le petit bout de l'architecture du bâti ancien, comme pour en éteindre les prétention. Entre hangar ou white cube, cette architecture pourrait un peu rebuter ou glisser sous nos yeux sans aucune déclaration d'amour et pourtant c'est bien là sa force. Laisser la fonction et ses cérémonies être plus importantes que le délire d'architectes qui se seraient servis de l'occasion pour en faire des caisses avec une architecture bavarde et par trop démonstrative : un machin bizarre.
Sur cette dernière carte postale de Solaire Photo, on voit mieux l'ensemble et comment il se cale sur l'ancien bâtiment. Ce collage est bien radical, bien brutale. On dirait qu'il off un socle au petit castelet. On s'étonne même que cela fut accepté comme projet tant la juxtaposition des deux architectures semble un rien violente. Comme je ne trouve rien sur cette aventure étrange de nos architectes sur un tel projet, il est difficile de comprendre son existence et sa radicalité. Parcelle trop courte ? Moyen financier réduit ? Vraie joie à un sentiment radical ? Possibilité de revenir en arrière ? Y-a-t-il quelque part un témoignage des architectes pour nous raconter comment ils sont arrivés là et comment ils ont dessinés ça ?
Car ce qui est certain c'est qu'au vu du nom de nos trois héros, Candilis, Josic et Woods, nous aimerions en savoir plus et soutenir encore et encore leur héritage. Celui d'un vrai Brutalisme, d'une vraie architecture, bien loin des Designers et Designeuses du bizarre, de l'Instagrammabilité, bien loin du spectacle.




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