dimanche 5 août 2018

Faire sol, faire façade

Ce lieu n'existe pas :


Pas vraiment du moins.
Il est toujours amusant, lorsque les cartes postales glissent sous les doigts de comprendre que, soudain, l'architecture moderne, dans son internationalisation, permet un collage.
Le voici :


Comment, grâce aux superbes et indispensables lois de la Perspective, on peut jouer avec les lignes, les cubes, les ombres, les horizons. Surtout les horizons puisque ici les lignes passent par Munich et Bordeaux !
L'Hôtel Deutscher Kaiser de Munich est envoyé par Papa Maman au petit fiston resté à Pont-de-l'Arche.





































Il est superbe cet hôtel. Superbe. Dressé sur son socle, désarticulant l'îlot, reprenant en quelque sorte son autonomie, certainement pour mieux s'orienter face à la lumière, il dégage une sorte de terrasse au-dessus d'une galerie marchande. J'aime tout particulièrement le dessin de ses piliers que j'imagine traversant la galerie marchande jusqu'aux tréfonds du sol de Munich. Il ne semble pas que cet espace sur le toit soit utilisé même si de larges baies vitrées s'ouvrent sur cet espace vide. Le petit déjeuner devait être servi là.





















Les parents ont indiqué au stylo-bille leur chambre. Émotions sans doute pour le jeune fils Jean-Louis de savoir que c'est bien là que, peut-être, la petite sœur fut conçue...


L'éditeur de cette superbe carte postale est M. Seidlein qui est aussi le photographe. Il est aisé en deux clics de connaître le nom de l'architecte de cette merveille moderniste bien germanique : Monsieur Hans Knapp-Schachleitner. L'Hôtel fut construit entre 1958 et 1960.


L'autre lieu qui y est associé est donc le Grand Parc à Bordeaux. La carte postale, archétype du genre, nous montre la succession des espaces dégagés entre les volumes construits. L'horizontalité d'un sol vide dont s'élèvent sans remords les logements comme si soudain, ainsi poussés, ils devaient se libérer d'une emprise. On note que sur cette carte postale, ce qui étonne c'est bien que ce vide n'est que peu utile. Il est avant tout expression de l'air, de la lumière qui doivent miraculeusement jouer leur rôle transformateur, hygiéniste et paysager. Pourtant, dans ce désert superbe, le photographe et éditeur que nous connaissons bien pour son travail sur Royan, Monsieur Berjaud, réussit à trouver le contre-point : une branche viendra contrecarrer cette géométrie réjouissante, offrant aux lignes droites partout décidées avec force, la liberté de la pousse végétale. Deux-tiers de la longueur, un tiers de la hauteur, la griffure de l'arbre est parfaitement placée. Une femme entoure là aussi au stylo-bille son appartement dont elle note soigneusement au dos : BAT I 1 Appt 402, place de l'Europe, cité du Grand Parc, ajoutant 4 fenêtres comme si la précision avait un sens particulier. A-t-elle pu voir ses quatre fenêtres devenir des balcons depuis la transformation entreprise par l'agence Lacaton et Vassal du Grand Parc ?
https://www.lacatonvassal.com/index.php?idp=80

« C’est comme s’il n’y avait plus de limite. Tout d’un coup, ce n’est plus un logement arrêté par un mur et une fenêtre, mais cela devient un terrain. Cette liberté de se bouger sur ce terrain est intéressante. Les appartements transformés offrent beaucoup plus de plaisir, de confort. On parle d’un logement qui se transforme en villa : avec du plaisir autour, des facilités alentour, des vues, des paysages, du sol. Il s’agit de se dire qu’au-delà de la façade, il y a toujours du sol, même si on est au dixième étage. » Lacaton et Vassal cités par D'A





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