mardi 17 mars 2015

Posez l'église sur la table

Depuis que vous avez lu et aimé avec vigueur l'excellent ouvrage Royan, une image absolue, livre dont le hasard sans doute veut que j'en sois l'auteur, vous savez mon attachement à Royan, certes, mais également aux représentations de ses maquettes par les cartes postales.
En voici une nouvelle :



Sur ce site, on regarde souvent des maquettes d'architectures et surtout des maquettes d'églises dont on sait par ailleurs qu'elles permettaient parfois de faire acte de don pour leur construction mais surtout étaient des objets de communication pour éprouver la modernité de l'événement architectural que représente la construction d'une église. Royan n'y fait pas exception mais cette carte postale en noir et blanc ne présente même pas de nom d'éditeur ni même de photographe et nous donne les noms de l'architecte Guillaume Gillet, et des ingénieurs Bernard Laffaille et René Sarger. On notera une faute fréquente sur Laffaille écrit avec un seul F. Mais on note aussi que la maquette est due à la société EPI, fabricant et concepteur de maquettes architecturales.
Rien d'autre...
Pas de correspondance non plus.
Qui commandita cette carte postale ?
Ce qui est intéressant également c'est que cette carte postale permet de voir comment l'église tout en étant l'élément essentiel est aussi prise dans un programme avec un ensemble immobilier. On voit même un terrain de tennis que je crois bien, du moins je n'en ai aucun souvenir, n'a jamais vu le jour ! On voit aussi comment l'architecte Gillet a joué avec la pente du terrain et a rattrapé les niveaux du sol en articulant les entrées, en inventant un passage couvert.
La maquette ne montre pas le travail incroyable de sa jonction au sol permettant d'ajouter un passage autour de la nef et agrandissant celle-ci. Ici, sur la maquette, les V Laffaille tombent directement dans le sol.





On notera que le bas de la flèche est ouvert laissant croire à une ouverture et une entrée possible alors même que cette partie est bien fermée et devait même servir d'autel extérieur en été. Une fois de plus, le geste photographique est une imitation de l'avion qui survole l'architecture, survol ici effectué à la hauteur d'un homme se penchant à peine sur la maquette. On aime toujours le fond gris et égal, réduction superbe du monde entourant l'objet, l'isolant comme une image d'un réel qui ne permettrait pas d'en dégager la maquette.
Cette netteté de l'architecture dans ce moment de la maquette fonde souvent l'avis que l'on en donne, accentuant le dessin en écrasant les questions matériologiques dans un unisson du carton découpé. Une forme parfaite de lecture.
J'imagine toujours ce moment émouvant où, la maquette terminée, les maquettistes la déplacent pour la montrer. On a sans doute trimbalé l'église en réduction depuis chez le maquettiste EPI vers la mairie ou vers le diocèse dans le coffre d'une camionnette. Puis, arrivée à sa place, on a en quelque sorte, posé l'église sur une table.
La parole alors est prise, chacun se penche, cherche les points de vue, se plie pour inventer sur l'objet réduit, des regards souvent impossibles dans le réel. L'œil tout contre la courbe du toit, regardant le dos de la flèche, ou, accroupi sur le sol, posant comme un piéton son œil dans la rue pour apprécier le jeu de la lumière et imaginer la masse. On discute, on palabre sur la forme, sur la technique, sur le coût. Chacun donnant son avis, ses doutes.
La maquette d'architecture est toujours un objet de paroles parce que c'est un objet de visions.
"Par ici, messieurs, attention à la chaise, là, voilà, comme ça, posez l'église sur la table."

Le livre Royan, l'image absolue est toujours disponible... Ici.

Et chez le même éditeur, on peut et on doit, si on aime l'église Notre-Dame de Royan, se précipiter sur la lecture du très éclairant livre de Franck Delorme à son sujet. Ce livre sérieux, solidement appuyé sur une belle iconographie permet de faire le tour de ce monument si cher à notre coeur :
http://www.lefestin.net/leglise-notre-dame-de-royan


Comme je vous aime bien, je vous offre également un autre moment intermédiaire de l'architecture avec cette très belle publicité pour les établissement André Delau et Fils, publicité trouvée dans un numéro de la revue l'Architecture Française.
On y voit les compétences de l'entreprise parfaitement représentées par ce magnifique et rare cliché de l'église de Royan en construction et surtout de l'élancement de sa flèche dans le ciel de Royan.
Pour moi, (pour vous ?) l'émotion est totale...







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