dimanche 15 mars 2015

Expédition sur place recommandée

Je suis heureux.
En voici les raisons :
La première c'est que je reçois un ensemble de cartes postales expédiées par Sylvain Bonniol, photographe.
La seconde, c'est que cet ensemble de cartes postales porte le titre Expédition sur place recommandée et que ce titre dit bien à lui seul ce que Sylvain Bonniol porte comme vision de l'architecture, mettant le lieu en avant, son expérience au centre de son regard. C'est sur place que la photographie se construit, dans l'expérience du réel et non, dans un transcription froide et perdue d'un discours sur le monde tenant dans une page du Reader's Digest de la pensée des images.
Sylvain Bonniol aime l'architecture. Je veux dire qu'il en subit joyeusement les sensations, ne se prive d'aucune démesure, plaque et construit son image avec elle, la découpe non dans une distance ironique ou désabusée mais j'oserai dire, en quelque sorte, il se la prend dans la gueule. Je l'ai vu au travail. Je l'ai vu tourner autour et pousser des cris et faire l'acrobate. Non pas pour un cadrage ultra-original en penchant sans cesse les diagonales comme ceux qui ont mal appris la leçon de Lucien Hervé, ou l'air de rien comme ceux qui ont mal appris la leçon de Walker Evans, ou encore dans une objectivité distanciée comme ceux qui ont mal appris la leçon des Becher. Non Sylvain Bonniol est un constructeur.
Troisième raison : le choix des constructions et des architectures de Sylvain Bonniol est un choix simple, celui d'un promeneur, d'un amoureux, d'un voyageur qui va à côté de chez lui, à Rome ou à Tunis. Il n'invente pas une série qu'il applique à l'envi en faisant semblant de tenir là une originalité (suivez mon regard), il ne se prive de rien, d'aucun lieu tant que son expérience est forte, tant que la relation qu'il entretient sert son propos et rend hommage à ses sensations spatiales. Pas d'épuisement ici d'une typologie. On voit (du verbe voir, pas du verbe croire), on voit les bâtiments de Perret, Gillet ou encore beaucoup plus rares, ceux de l'architecte Marconnet !
Car, à la différence de cette photographie qui éteint des icônes, Sylvain Bonniol invente des lieux inconnus et oubliés non pour faire semblant de posséder ces lieux mais pour les partager. La photographie le permet, il partage.
Et quand on a la chance d'être avec lui sur le toit de l'église de Royan, il ne vous demande rien. Il fait ce qu'il a à faire, ne vidant pas son image des corps, ni des ombres ni des présences. Il aime ceux qui sont là dans cet espace avec lui, les laissant donner l'échelle comme il aime lorsqu'il photographie les entreprises, cadrer ceux qui travaillent dans les lieux qu'il traverse.
Et c'est aussi quelqu'un qui connaît son outil, ne s'en méfie que quand c'est nécessaire. C'est un photographe, voyez-vous, pas un faiseur d'images.
Alors plongeons-nous dans cette superbe série que le Comité de Vigilance Brutaliste a l'honneur de partager avec son auteur. C'est une chance. N'ayez pas peur, régalez-vous de ce que vous donne votre regard, il n'y a pas là de piège. Il s'agit de représentation, d'une main tendue qui vous dit : "regarde".
Vous retrouverez au dos des cartes postales toutes les informations sur les architectures et leur architecte, pas de mystère typologique. Sylvain Bonniol sait à qui il doit ses espaces !
L'édition de cette série est faite par la Galerie RDV, le Musée de l'Imprimerie de Nantes (superbe travail éditorial). Le Comité de Vigilance Brutaliste approuve (et remercie).
Je suis heureux. Je vous l'ai déjà dit ?

Pour en savoir plus sur le travail de Sylvain Bonniol, attention ! La visite est addictive !

On y va !
Pantin, ancienne Cité administrative, 1965.

Bordeaux, quartier Mériadeck, résidence Charles de Gaulle, 1978.
Francisque Perrier, architecte :

Nantes, la Chapelle de l'Hôtel-Dieu, 1964.
Michel Roux-Spitz, Jean Roux-Spitz, Pierre Joessel, Yves Liberge, architectes :

Donges, église Saint-Martin, 1957.
Jean et Charles Dorian, architectes :

Rome, Palazzetto dello Sport, 1957.
Annibal Vitellozzi, architecte.
Pier Luigi Nervi, ingénieur :

Tours, Petites Soeurs des Pauvres, Chapelle de la maison de retraite, 1972.
Jean Marconnet, architecte :

Tours, Chapelle des Frères Mineurs, 1930.

Royan , église Notre-Dame, 1958.
Guillaume Gillet, architecte :


Le Havre, église St-Joseph, 1957.
Auguste Perret, architecte :



Tunis, Hôtel du Lac, 1973.
Raffaele Contigiani, architecte :

Raffaele Contigiani, architecte :


André Devorsine, architecte.
Marcel André, ingénieur :

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