mardi 14 octobre 2014

La patate chaude en autoconstruction


On a de belles surprises.
Et si l'image est contemporaine, si la carte postale est ici objet de communication événementielle, il n'en reste pas moins que l'objet saisi par la photographie de Stéphane Chalmeau résonne ici avec beaucoup de force.
Une patate !
Sur un terrain agricole, entourée d'un tracteur et d'un tunnel de forçage, une architecture bien particulière nous est montrée. Ne croirait-on pas à une œuvre de Pascal Haüsermann ?
L'indice visuel fait plus qu'évocation...
Pourtant nous sommes devant une œuvre d'art contemporain produite par l'association d'un artiste Nicolas Floc'h et d'un cabinet d'architecture Architecte Le Garzic.
La carte postale nous indique aussi qu'il s'agit d'une œuvre réalisée dans le cadre de l'action "Nouveaux Commanditaires" de la Fondation de France/ médiation : Eternal Network.
La liste des logotypes fournisseurs de soutiens est longue... Chacun veut sa place.



Mais il s'agit bien d'une carte postale qui porte la fonction de diffuser l'image et donc l'œuvre.
On ne peut qu'admirer comment une référence à une architecture d'autoconstruction des années soixante revient ainsi dans le paysage agricole contemporain de la région de Rennes à la Lande du Breil.
Un hommage sans aucun doute.
Pourtant le titre de la carte postale La patate chaude pourrait aussi faire référence à simplement l'objet même de la production agricole ! Une architecture en forme de patate comme il y a des stations-service en forme de bidon d'essence. Faire habitat ou au moins lieu de vie avec une imitation agrandie d'un objet anodin n'est donc pas nouveau. C'est, souvent, un mélange de l'enfance et de désir d'un monument clair à sa fonction. On connaît des canards en béton qui ont révolutionné la critique architecturale !



Ici, je crois à une lucidité de la référence, un humour habile et même une forme de tendresse pour une architecture un rien utopiste qui finalement dans sa forme pourrait jouer à nouveau avec les objets qui la nomment. Nicolas Floc'h n'est pas un naïf qui découvre une similitude. Il joue avec nous de ce modèle replacé dans un contexte qui, en quelque sorte, en améliore le sens. Duchamp dirait un ready-made aidé...
On trouve sur le site de l'artiste une série superbe d'images de cette réalisation parfaitement fabriquée, avec un sérieux constructif presque précieux. L'objet est d'une grande beauté ce qui n'enlève rien, bien au contraire, à son humour. On aimerait bien visiter la patate chaude dont la chaleur du poële doit s'associer à celle dégagée par l'expérience humaine en jeu ici.
Car, comme l'ensemble des signes rassemblés dans cette production, l'objet est par sa chaleur à la fois difficile à saisir (il est chaud, trop chaud) et oblige à le faire bondir de main en main, d'interprétation en interprétation. Ce que je ne me prive pas de faire.
Et si une patate chaude est un problème que l'on se refile sans arriver à le résoudre, celle-ci dans sa pésence, dans sa qualité est un bien prometteur objet à vivre.
Je ne sais pas si la patate chaude est toujours visible, si elle est habitée et comment elle fut reçue par ceux qui vivent là. Mais ce caillou, cette patate a le mérite de faire renaître à notre vue et donc à notre imaginaire, une part de l'histoire de l'architecture. Et, il ne fait aucun doute que ceux comme Pascal Haüsermann qui ont écrit cette histoire seraient fiers et heureux de la voir ainsi à nouveau présente.



Comme en ce moment les images n'arrivent pas seules, Nicolas Hérisson nous envoie ce cliché de la bulle six coques en cours de restauration à Piacé-le-Radieux. Les similitudes d'images sont d'autant plus troublantes qu'elles sont ainsi rapprochées dans le temps.
Une architecture utopiste, un tracteur, la campagne et comme une météorite étrange ou un vaisseau spatial, une construction posée là.
La simplicité des images est toujours trompeuse.
L'avez-vous attrapée à votre tour la patate chaude ?

On trouve sur Google Earth, la patate chaude dans son exploitation agricole :



Et comme un bonheur de construction en béton projeté ne vient jamais seul, voici un bel envoi de Bruno Tourmen qui nous fait signe depuis le Motel L'eau-vive de Raon-l'étape par Pascal Haüsermann son architecte. Ces cartes postales contemporaines sont des clichés de Joël Morel.
C'est une belle invitation à aller y dormir !
Ici : http://www.museumotel.com/architecte.htm
Merci Bruno !







Et amusons-nous encore à nous passer la patate chaude avec cette autre carte postale géante, envoyée par Joël Unal et qui nous montre la superbe Maison Unal dont les architectes sont Claude Haüsermann et Joël Unal en autoconstruction ! Quelle œuvre ! Quelle image ! La photographie est de Bernard Lextrait. Merci Joël !
(Je prends mon maillot de bain, j'arrive... oh et puis, le maillot on s'en fiche...)




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