lundi 13 octobre 2014

Bernadette me fait signe

Alors que le combat pour l'église Sainte Bernadette de Grand Quevilly fait rage et que, courriers, coups de téléphone, dossiers partent partout vers le Ministère de la Culture ou vers la presse locale, je reçois ça :



On sait ce que je pense de l'église Sainte Bernadette du Banlay de Claude Parent et Paul Virilio.
On sait que j'ai eu l'honneur d'être cité par Claude Parent dans l'ouvrage qui lui a été consacré.
Mais je vois dans l'arrivée ce matin dans ma collection de cette carte postale comme le signe évident d'un appui venant d'un lieu auquel pourtant je ne crois pas.
Un jour, amusé, Claude Parent me confia que finalement, il fut toujours poursuivi par Sainte Bernadette puisque des aménagements de la Grotte de Lourdes à ce chef-d'œuvre du Banlay, il fut comme entouré par l'histoire de la Sainte.
Rendre accessible une grotte pour ensuite construire un bunker, on pourrait trouver résumé de carrière d'architecte moins passionnant !
Sur cette carte postale signée du photographe André Gonin de Nevers, on voit en noir et blanc l'église Sainte Bernadette du Banlay légèrement de trois quarts et d'un peu loin.
On remarque de suite le petit arbuste en éventail que nous avions vu sur cette autre carte postale. Mais bien sûr les plus fidèles auront reconnu le travail de Monsieur Gonin que nous avions aussi découvert là.
Alors ?
Serions-nous au début de la découverte d'un photographe régional ayant travaillé
sur l'église du Banlay ?
Serions-nous simplement chanceux à la découverte de deux clichés produits pour la vente
dans l'église ?
On sait grâce à un message que Monsieur Gonin était un photographe de Nevers. Mais quelle était la destination d'un tel cliché ? Les vendait-il en boutique ?
Il me faudra mener l'enquête !
Mais regardons ce superbe cliché. Dans un ciel blanchi sans doute par le temps de pose et un peu de magouille de tirage si j'en crois les bords du béton dans ce-dit ciel, l'église Sainte Bernadette prend sa place sur de la terre fraîchement retournée. C'est le printemps si on en croit les plantations bourgeonnantes. Monsieur Gonin cadre en plaçant contre la matérialité du béton les lignes sombres des arbustes.
Le banchage retrouve le branchage.
On voit bien comment la masse ne dit rien de l'église , ne révèle rien ni de sa fonction ni de sa révolution spatiale mais fait parfaitement image du bunker jusque dans les moindres détails.
La massivité est en place alors qu'elle n'est que béton fin. C'est bien ce qui est troublant car la masse n'est que de l'œil.
Et si on a dans l'organe de la vue les typologies des bunkers de Monsieur Virilio établis sur les plages, on trouve tout de même quelques fragilités à sa défense. Le bloc est fendu, il bascule.
C'est beau.
Je n'arrive toujours pas à y croire.
C'est le miracle de Bernadette.



Plus proche d'un "ouvrage d'art" que d'une "œuvre d'art", cette première réalisation annonce notre refus des satisfactions esthétiques dues à la visualisation ; nous avons voulu créer avant tout un "lieu usuel" où l'expérimentation remplace la contemplation, où l'architecture s'éprouve par le mouvement et la qualité de ce mouvement.
Paul Virilio, Architecture Principe, Nevers Chantier,  bulletin mai juin 1966.

La matérialisation d'une forme qui n'est due en premier chef à l'expression ni de la fonction, ni de la technique, ni de la recherche plastique mais "une précipitation" à l'état brut dans une optique de lieu spirituel des principes essentiels implicites de l'engagement du groupe sur une recherche fondamentale en architecture et urbanisme.
Claude Parent,  Architecture Principe, Nevers Chantier,  bulletin mai juin 1966.








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