samedi 22 décembre 2018

Roman de la Grande Arche

Vous aurez compris que depuis peu, je vous parle de livres. C'est l'approche des fêtes de Noël qui me donne l'envie de partager avec vous des idées cadeaux à vous faire ou à offrir.
Je continue aujourd'hui mais, cette fois, je m'en veux un peu car j'aurais bien pu faire cet article sur ce livre, il y a longtemps. D'ailleurs cela va être un peu difficile de vous en parler après ce délai si long entre ma lecture et l'écriture de cet article.
Pourtant ce livre mérite très largement que vous en fassiez la lecture car il est d'une espèce rare puisqu'il s'agit si on en croit l'auteure et son éditeur, non pas d'un livre document mais bien d'un roman.
Le livre s'appelle La Grande Arche et il est écrit par Laurence Cossé.
Il est bien écrit roman sur la couverture de Gallimard...


Je ne m'attarderai pas sur cette particularité, j'oserai cette coquetterie, car je n'ai pas bien saisi ce qui, dans le travail remarquable de narration de la construction de la Grande Arche fait ici roman. Certes, j'aurais bien du mal à différencier ce qui est de l'ordre du vrai, de l'ordre de l'invention, pouvant facilement par l'écriture claire et limpide croire à tout ce que j'y lis. Je crois surtout que c'est pour Laurence Cossé une manière de mettre à distance ce qui serait son opinion sur cette aventure, presque cette mythologie de la construction de la Grande Arche. Pour le reste, le livre, son contenu, l'histoire qu'il porte, est absolument passionnant, parfaitement étayé, incroyablement juste et même un peu attendri vis-à-vis de Spreckelsen dont la destinée était de construire un chef-d'œuvre plus grand que lui.
Ce qu'arrive à nous faire vivre Laurence Cossé c'est la personnalité étrange de l'architecte, débordé par son œuvre, par l'importance politique et symbolique qu'elle représente mais aussi, personnalité déboussolée par la culture du construit en France, comme si, finalement, le choix présidentiel (une geste royale) ne pouvait rencontrer une culture de l'Europe du Nord dont Spreckelsen fait partie, moins sensible aux affres des enjeux d'images, des modes de responsabilités du chantier et à la réalité matérielle d'un bâtiment qui, par sa forme simple mais son échelle immense rencontrera immédiatement des problèmes de traduction dans le réel que seul le génial Paul Andreu saura saisir, réussir et même sauver après le retrait de Spreckelsen.


De ce point de vue, l'ouvrage de Laurence Cossé rend l'aventure palpitante, nous donnant parfaitement tous les enjeux et jeux de pouvoir, toute l'époque aussi. Et, ayant fermé l'ouvrage, vous vient l'envie immédiate d'y aller voir. Ça tombe bien, le toit terrasse est ré-ouvert et on peut visiter des expositions au dernier étage de l'Arche. Allez-y, c'est somptueux.
J'aime la Grande Arche, j'aime aussi les nuages de Deslaugiers, j'aime que Mohamed Lestrade ait participé à sa construction, j'aime son symbole, son Miterrandisme flamboyant et autoritaire. J'aime le petit décalage de son axe, poésie remarquable dont François Loyer attribue à tort la réalité de sa nécessité.
Je vous conseille donc de lire le livre de Laurence Cossé puis de vous rendre à la Grande Arche dans la foulée. Vous mesurerez alors comment une idée simple, presque enfantine (un cube percé) devient un monument, une partie de l'histoire de France, une déception assumée, un rêve réalisé.
N'oublions pas aussi l'autre livre important sur la Grande Arche, celui de François Chaslin (nous reviendrons sur ce livre), tout aussi passionnant et documenté, il reste une référence sur l'invention de cette construction. Il vous faudra les deux ouvrages pour bien mesurer aussi le temps qui a passé entre l'écriture de Monsieur Chaslin et celle de Laurence Cossé. Temps qui fait parfois l'acceptation, qui construit le Patrimoine.
Je vous sers quelques cartes postales, il en existe des dizaines sur ou avec La Grande Arche photographiée. Nous y reviendrons plus longuement, d'autres fois. J'ai choisi une petite série très belle. Les cartes postales sont toutes des photographies de Paul Maurer pour les éditions Mille. Le photographe semble avoir aimé une lumière bleue un peu froide pourtant réchauffée par le disque solaire. Ce petit reportage nous baigne dans une atmosphère glacée, irréelle comme celle d'un film de science-fiction post Blade Runner. C'est vraiment une belle série, peut-être un peu trop chic pour être ce que nous attendons d'une carte postale plus convenue. Mais c'est tant mieux. On note qu'au dos pourtant sans correspondance, l'acheteur (euse) a écrit : "visite avec mimi, le 8-11-90". Il y a donc maintenant 28 ans...
Je vous donne aussi quelques photographies de votre serviteur. Nous avions aimé trouver sur la surface du béton, partout des signes et des dessins laissés par ceux qui ont travaillé là, beauté sensible d'un béton brut autorisant la notation directe. Il aurait fallu le courage d'en faire l'inventaire.




Sur place :












































































































































































































































































 

mardi 18 décembre 2018

François Loyer, Claude Parent, un vivace contentieux ?

Dans une galaxie lointaine et dans une autre vie, j'ai suivi les cours de François Loyer à l'École du Louvre. Ils étaient passionnants ses cours sur la construction du Paris Hausmannien et, à cette époque, je ne savais pas encore que je serais plus tard un défenseur d'une tout autre architecture, d'une tout autre idée de la ville.
Alors, avec surprise et joie, j'avais beaucoup aimé retrouver François Loyer tout jeune dans ce film de Éric Rohmer, tout jeune certes mais quelque peu déstabilisé par Monsieur Parent, un rien en colère contre l'affirmation du jeune historien. Monsieur Loyer est-il d'ailleurs déjà, à ce moment, un historien de l'architecture et comment était-il arrivé là, devant ce duo bien construit et intransigeant (à raison) ?
Je vous conseille de bien regarder ce film, d'une précision incroyable, d'une force aussi et dont l'intelligence des réponses de Messieurs Virilio et Parent provient aussi de leur complicité et de leur superbe complémentarité. On note aussi une charge sur Corbu mais aussi une défense de Mr Parent absolument parfaite.














Alors, j'aurais pu croire que le jeune François Loyer, après ce tournage et cet assaut soit simplement retourné à ses recherches sans rancune...
Mais...
Oui, il faut un mais.
Au début de l'automne, je tombe totalement par hasard sur le numéro 186 de la revue l'Œil, daté de 1970 dans lequel François Loyer écrit un article sur les centres commerciaux et supermarchés de Claude Parent. L'article est somptueusement enrichi de photographies de Marc Lavrilliers mais le texte, comment dire... comporte des charges à peine dissimulées que Monsieur Parent a dû prendre avec humour, j'espère. Il devait être à la fois heureux d'avoir droit à un article aussi long mais il devait aussi lui être bien difficile de supporter les piques du critique ! Je m'amuse alors à croire à un vieux contentieux perdurant depuis ce film entre Monsieur Parent et Monsieur Loyer, trouvant là, dans cet article, l'occasion d'une mise au point salutaire ! On note que dans le même numéro, François Loyer prend la défense du vieux Dijon, sans doute plus dans ses cordes.
Je vous donne donc cet article. Je désire appuyer sur les très belles photographies de Marc Lavrillier qui illustrent cet article. Que sont devenues ces archives ? Où êtes-vous Monsieur Lavrillier ?

Je ne cesserai de remercier Éric Rohmer de nous avoir donné l'occasion d'entendre Messieurs Parent et Virilio bien définir leur position, bien loin de l'entendu habituel, des raccourcis Vintage, des approximations devenues légions sur leur travail. Monsieur Virilio, par exemple, laisse derrière lui les bunkers.
Circulez, messieurs, mesdames, il n'y a plus rien à y voir... Comme dit Loud dans sa chanson : la nostalgie aux perdants.

"J'allais vous dire, pour nous, le béton c'est la liberté."
Claude Parent.



Je vous donne pour commencer une carte postale inédite du centre commercial de Ris-Orangis dont je vous rappelle le combat. On devine dans le film, la cité de l'Aunette à Ris-Orangis, le film de Éric Rohmer fut donc tourné en partie à Ris-Orangis. C'est émouvant, émouvant, émouvant d'en voir les fers à béton, les ouvriers, l'architecte perché, la beauté de la coulée. La carte postale des éditions Combier n'évoque pas le centre commercial même s'il apparaît bien à droite de la photographie mais nous parle du Domaine de l'Aunette et cite même son architecte, que nous connaissons bien, Monsieur Claude Balick.
La carte est datée de 1969, autrement dit, le centre commercial est tout neuf ! On notera la belle qualité de l'ensemble dessiné par Mr Balick qui a su accueillir avec euh... tact le centre commercial en parfait contraste.