mardi 14 avril 2015

Laxou, emplacement de la Croix

Il y a toujours une sorte de jubilation étrange à la vue des cartes postales de maquettes d'architecture. Une sorte de mystère sur leur fonction et sur la forme si ce n'est utopique au moins espérée d'une réalisation possible.
À rebours, la carte postale de maquette semble indépendante, libre de sa réalisation, objet autonome offrant une esthétique fictionnelle et narrative. On n'est jamais certain du passage à l'acte...
Nous avons suivi avec beaucoup de bonheur cette histoire des maquettes avec Royan par exemple, ici je vous propose de voir Laxou :


Si je ne vous avais pas donné la localisation, vous auriez bien pu placer ce projet dans un nombre incalculable de lieux tant le type de représentation et le dessin urbain et architectural sont à l'identique de nombreux grands ensembles. On pourrait presque parler d'archétype.
Des barres, des tours, des espaces verts avec leurs chemins tout tracés, les services à leur place, un certain ordre certainement d'ailleurs bien étudié pour la circulation de l'air, de la lumière et... des automobiles, tout cela forme donc un projet de cité : la Cité des Provinces à Laxou. On peut aussi y lire une très grande clarté du plan, un espace très ouvert, un ordonnancement laissant les ombres tourner sans se croiser, un sens de la vue dégagée et de l'horizon dessiné. 
Mais ce qui me séduit aussi, c'est comment la maquette flotte entre deux nappes de gris, un foncé et un clair, comment tout cela est indépendant du reste de la ville, comment tout cela se suffit à lui-même, net, propre, comme une île triangulaire que rien ne semble rattacher au monde : une autonomie.
Quelle était donc la fonction éditoriale d'une telle carte postale ?
Retournons-la.
Au dos figurent de nombreuses informations comme le lieu, Paroisse Saint Paul, Cité des Provinces, Laxou. On y trouve aussi le nom de la Société d'H.L.M de l'Est et le nom de l'architecte : M. Pierre Mazerand. Puis figure une petite notation : À l'emplacement de la Croix, notre future église.


Nous y sommes.
Il s'agit bien là encore d'une carte postale de souscription certainement éditée pour récolter des fonds ou au moins informer du futur de la Paroisse. On voit bien, en effet, sur un terrain dégagé, une croix posée sur le plan.
L'église de la Cité des Provinces si vous êtes des fidèles de ce blog, vous la connaissez déjà. Nous en avons vu une maquette et une vue de l'intérieur en... 2009 déjà !
Mais en voici une carte postale encore inédite sur ce blog :


La carte postale La Cigogne nous montre un superbe bâtiment tout en triangles, dynamique, pointu, presque mouvant, en tout cas audacieux dans ses formes et contrastant fortement avec les logements. On aimera aussi tout particulièrement le dessin du fronton de béton gris sculpté de bas-reliefs. Monsieur Mazerand a fait là un superbe geste, pour une église d'un grand ensemble et c'est bien dommage que nous n'ayons pas d'autres informations sur cet architecte. Il faut faire de l'église Saint-Paul, un événement urbain, presque une sculpture qui donnera au quartier une sorte de signe puissant et clair : un repère.


Au dos de la carte postale, on trouve bien le nom de Pierre Mazerand comme architecte mais aussi celui de J. Guerrey.
Comme je sais que vous aimez bien les beaux intérieurs d'églises photographiés avec modestie par des photographes n'ayant d'autre principe que celui d'un regard partagé et ne se prenant pas pour des inventeurs que sont, eux, vraiment, les photographes de cartes postales, je vous redonne à voir la carte postale La Cigogne :


Toujours et encore, admirons l'incroyable structure métallique, son superbe dessin qui laisse des ouvertures pour la lumière. Comment devant ce réseau de lignes, cette toile d'araignée légère, ne pas être admiratif du travail d'architectes trop peu connus et d'un photographe qui reste anonyme.
Sachons les remercier.


lundi 13 avril 2015

Pisicines Tournesol, construire un inventaire

Et poursuivons notre recherche systématique de la représentation des piscines Tournesol en cartes postales commencée il y a plusieurs années maintenant ! Le bouquet commence à être bien garni et j'arrive presque à recomposer la partie du fonds de ma collection vendue au F.R.A.C Haute Normandie.
Aujourd'hui quatre nouvelles venues qui proposent un panel de visions à la fois bien différentes et similaires d'un objet architectural édité en plusieurs exemplaires. Cela démontre que la représentation par les photographes de cartes postales tout en étant saisie par des obligations structurelles de l'architecture, exercent bien leur œil sur ces objets cherchant des particularités dans les lieux où ils se posent. Il est évident aussi que le photographe n'a sans doute pas sous les yeux l'ensemble des cartes postales éditées sur les piscines Tournesol pour cadrer de manière originale celle dont il tire le portrait mais, saisi par la nécessité de donner à voir, d'offrir une image, il compose avec l'espace et aussi avec les autorisations de faire un cliché à l'intérieur ou à l'extérieur. Cela est difficile à mesurer et à savoir, seule sans doute, la distance réelle avec la piscine, la présence d'une animation humaine, peuvent affirmer la consistance de cette autorisation. On remarque aussi que pour ces quatre nouvelles prises de vue et piscines, elles sont toutes ouvertes et toutes blanches avec intérieur orange...
On regarde ?


Cette première piscine Tournesol est à Mazingarbe et nous vient d'une édition de l'Europe. Non datée, sans nom de photographe, elle nous montre pourtant une belle composition puisque le photographe choisit l'intégration au milieu des arbres agissant comme des piliers formidables et s'opposant à la fragilité de la piscine ouverte. Manière aussi, de nous dire que la piscine est perdue dans la nature. On remarque que celle-ci est vide de baigneur. L'architecte Bernard Schoeller n'est pas nommé.


Tout ce qui vient de l'amitié a du prix c'est ce qui est écrit au dos de la carte postale Combier nous montrant cette fois la piscine Tournesol de Chauvigny qui, si on en croit la plantation de la haie est toute neuve ! La barrière visuelle qui protégera les baigneurs des voyeurs est encore peu efficace. Cette fois, l'architecte est nommé et la carte fut expédiée en 1987 certainement très tard après sa fabrication, ce qui laisse à penser sa présence longue sur les tourniquets du marchand de journaux de Chauvigny. Cette carte permet aussi de bien saisir que le programme de la piscine comprend bien le bassin et sa soucoupe volante mais aussi toujours un immense terre-plein permettant de faire une sorte de plage lorsque la piscine est ouverte.


Tout ce qui vient de l'amitié a un prix, non je ne me répète pas mais c'est aussi à l'exact ce qui est écrit au dos de cette autre carte postale ! Il faut croire que la carte postale de piscine Tournesol est parfaite pour les concours de magazine télé ! Ici l'animation est grande dans cette carte postale multi-vues de Trelaze expédiée vous vous en doutez en 1987 ! Louis Jannin l'éditeur est sans doute aussi le photographe et il a eu l'autorisation de venir photographier les enfants présents. 


Certainement, vu l'hétérogénéité de leur âge, il s'agit d'une école ou d'un centre aéré en visite. On est regardé par les enfants ce qui prouve une présence du photographe affirmée et visible qui sans doute, a rangé un peu les enfants en ligne. Émouvante génération des piscines Tournesol !


Bien plus vide, la piscine Tournesol de Privas en Vivarais est représentée depuis son intérieur par les éditions Cellard qui ne nomment ni son photographe, ni l'architecte. La carte fut expédiée en 1979 par Christine qui va à la piscine tout les matins si on en croit la correspondance... Chanceuse Christine !
Le cliché est superbe et permet de lire parfaitement la structure et le mode constructif de la piscine. Quelle belle image d'architecture ! On jalousera les deux seuls nageurs qui ont le bassin pour eux deux. Ce vide, là aussi pourrait être de circonstance ou attendu pour n'avoir justement aucune présence difficile à gérer par le photographe. Difficile de déterminer ce choix.
Je le redis mais aucun objet architectural du fait même de sa très grande présence sur notre territoire n'a eu droit à une aussi grande présence éditoriale en cartes postales. Cela nous donne à voir son usage, sa beauté, son rapport au paysage et comment une architecture moderne peut bien, partout, jouer avec son environnement. Cela nous permet aussi, malheureusement, une fois encore, l'objet n'étant pas rare, de croire que les piscines Tournesol sont menacées car paradoxalement trop généralisées. Il est temps de protéger définitivement cette production.
Pour visiter l'inventaire, allez ici :
ou allez ici :

dimanche 12 avril 2015

La ferme radieuse, Le Corbusier, Le paysan

Vient de paraître sous le patronage de Piacé-le-Radieux et avec l'énergie de Nicolas Hérisson, un petit mais sans doute très étonnant livre que tous les aficionados de le Corbusier devraient s'empresser de lire :


La ferme radieuse et le centre coopératif est un livre à deux mains provenant d'une déclaration commune de faire quelque chose pour la campagne qui semblait pour Nobert Bézard, ouvrier agricole, oubliée par le Modernisme Architectural. Il demanda donc à Le Corbusier de penser la campagne comme il avait pensé la ville et fut invité à défendre son point de vue lors d'une conférence au CIAM en 1937. Norbert Bézard affirme alors :
"Nous, paysans, nous disons : Non ! nous réclamons des fermes-outils-de-civilisations, sorties du romantisme... et du fumier. C'est clair, c'est net. Si vous rencontrez encore des paysans qui s'extasient devant le romantique, c'est que personne encore ne leur a montré, expliqué les bienfaits de la ferme outil, de la ferme radieuse, fonctionnelle - qu'ils sont incapables de réclamer faute de connaître les possibilités apportées par les techniques modernes."
La solution est celle d'une extrême rationalisation formant avec l'activité agricole une sorte de zoning appliqué à l'activité agricole sans oublier les particularités régionales, le type de culture possible sur les sols, et bien évidemment une sorte d'émancipation culturelle des paysans et de sa jeunesse. On est surpris par la réalité des images que cela produit, on y reconnaît presque les fermes d'aujourd'hui qui fascinaient déjà dans les années 80 mon grand-père agriculteur par leur propreté et leur mécanisation, lui qui avait connu le bordel romantique des fermes.
"C'est propre" était toujours son compliment numéro 1.
Mais ce qui est beau dans ce texte, c'est comment l'ouvrier agricole connaît son monde, comment il s'exprime, comment il n'a pas peur de faire travailler sa classe sociale avec une autre. Cette qualité d'expression claire, limpide et intelligente construit un Nobert Bézard plus solide que j'en avais l'image sans doute trop naïve associée à ses productions artistiques. Et la réponse de Le Corbusier est sérieuse, sans compromis et surtout sans condescendance aucune. Il a l'empathie parfaite, celle d'un humanisme clair, aimant Nobert Bézard, celui qui sait car il vit l'expérience qu'il décrit et trouvant là une forme de vérité à son écoute. Et puis aussi, il y a cet élan moderne, sentir cela au fond de la campagne sarthoise, sentir ce désir d'émancipation, de participer à l'élan d'un monde qui se fabrique, il y a le goût du progrès non pour ces objets-machines aliénants de crédits mais pour la libération qu'ils permettent.
Ce progrès c'est un souhait, un désir presque, une révolution à faire pour que la campagne travaille avec la ville et non plus seulement pour la ville. Ce que tentent Le Corbusier et Nobert Bézard c'est d'inventer un monde ou les deux univers se reconnaissent mutuellement. Les passages sur les voies routières sont à ce titre incroyables... Je vous laisse le découvrir...
Sur la couverture, un dessin de Le Corbusier montre un ouvrier agricole en sabots serrant la main à un ouvrier et ses rouages de machine. Ces mains serrées l'une dans l'autre en disent bien plus long sur la réalité de la pensée de Le Corbusier que tous les livres opportunistes qui sortent en ce moment.
Bézard avait raison : sortons du fumier.

La ferme radieuse et le centre coopératif
Le Corbusier et Norbert Bézard
Manuscrit inédit
directement à Association Piacé le Radieux, Bézard-Le Corbusier
ou diffusion Les presses du réel
isbn 978-2-9551740-0-5
12 euros
http://piaceleradieux.com/








samedi 11 avril 2015

André Gomis, Pierre Paulin et les eaux chaudes



Dans une lumière orangée tombant du plafond percé d'ouvertures régulières, des dames d'un âge un peu avancé, attendent enfoncées tranquillement dans des sièges de Pierre Paulin du même modèle F304 que nous avions vu ici.
Tout est calme.
Ce qui aujourd'hui pourrait évoquer la modernité future d'un film de Stanley Kubrick n'est en fait ici que le salon de la Station Hydrominérale et Climatique (sic) de Balaruc-les-Bains. Nous sommes, si je ne me trompe pas, chez l'architecte André Gomis dont nous avons déjà évoqué ici le nom et qui fut l'un des grands modernes un peu oubliés aujourd'hui dont il faudrait rapidement revoir l'œuvre entière à sa juste valeur. La carte postale est une édition du Bureau d'Étude Photographique Provence.
Regardons depuis l'extérieur :



D'ici, c'est comme une ligne ininterrompue de briques cernées d'un béton blanc, à peine ouverte et portant comme un socle immense la pyramide noire éclairant le centre des thermes. Tout est superbe dans cette carte postale Apa-Poux. Les tons chauds de la terre battue au premier plan, la réponse qu'en fait la brique, la ligne blanche tirant la construction à chaque bord de l'image, le contrepoint orange de la Renault 4 et enfin, perçant le ciel l'ombre calcinée de la pyramide dans le bleu céruleum du ciel. Comment ne pas tomber amoureux d'une telle image et surtout d'une telle construction ? On aimera le léger et subtil porte-à-faux des thermes donnant une légèreté à l'ensemble.
Reculons un peu :



Entre deux arbrisseaux, une sculpture non-identifiée pouvant être tour à tour de Szekely ou de Stahly est posée dans une flaque d'eau limpide. Au loin, la ligne des thermes de Balaruc-les-Bains et sa pyramide qui semble de ce point de vue bien plus grande. Tout cela semble étrangement isolé, posé là. On voit comment les courbes de la sculptures jouent ici avec la rigueur géométrique de l'architecture dans une composition simple de la Société des Éditions de France.
Rapprochons-nous :



Expédiée en 1972, la carte postale des éditions la Cigogne nous montre une fois encore le jeu possible entre ce vide du terrain et comment la sculpture-fontaine s'amuse avec les thermes. Mais qui donc a sculpté ce galet ? Philolaos avec lequel André Gomis avait déjà travaillé ?
Une autre belle sculpture...



La 2CV Citroën cette fois joue le rôle de l'objet sculpté au pied de l'architecture dont on devine un peu mieux les détails. Le photographe des Éditions de France décide cette fois une minéralité plus grande presque sèche permettant surtout de saisir l'événement architectural que représente la pyramide. On aimera aussi le très long mur aveugle ne donnant aucune information sur l'objet de cette architecture radicale et belle.
Et prenons un peu de hauteur :



Comment d'ailleurs avons-nous pu ainsi monter si haut ?
Cette fois le photographe du Bureau d'étude Photographique Provence qui régale et nous permet de mieux comprendre le plan. La pyramide prend bien sa place et on devine sur le toit herbu les lucarnes qui éclairaient le salon de la première carte postale. Une Renault 10 a pris la place de la 2CV, l'ensemble des thermes reste ainsi toujours fermé sur l'extérieur comme pour en protéger les fonctions et l'intimité des soins. Au fond on devine le beau V.V.F du même André Gomis. On reparlera bientôt de cette autre construction d'une très grande qualité.
Que croyez-vous qu'il advint de ces beaux thermes ? Si vous voulez une application dans le réel du mot sagouin, allez voir...








mercredi 8 avril 2015

Nous, les petits, les obscurs, les sans-grade...



Dans un bleu parfait toujours en haut de l'image pour dire le ciel et la joie de vivre, à une distance tenue entre trop proche et trop loin, à une hauteur d'homme qui regarde sans effet d'œil intempestif, voici que le photographe de chez Combier nous donne à voir la piscine de Sainte Geneviève-des-bois dessinée par l'architecte Monsaingeon dont je ne sais rien. Il a réalisé une façade abstraite presque pure qu'il a posée entre deux petites buttes du terrain donnant ainsi la sensation de passer un peu sous terre lorsqu'on entre. Aucun signe de l'activité de la construction sur ce dessin, ne rien dire de particulier, offrir d'abord une image sérieuse, solide à ceux qui viennent ici se baigner, nager.
C'est moderne.
Dans cette grande rigueur un rien froide, il y a la beauté simple d'une grille alternant le blanc et le noir, l'ouverture et la fermeture de grands morceaux de béton composés.
C'est sérieux.
Pas comme les citrouilles en plastique orange avaient dû se dire les autorités locales, on en a pour son argent de contribuables, car, une piscine, c'est toujours déficitaire, alors autant que ça ait l'air de quelque chose. Les enfants sont si impatients du bain qu'ils sont déjà en maillot et torse nu avant d'entrer ! Je reconnais une fois encore les bermudas vus ici ! Que fera le papa ? Ira-t-il en spectateur regarder la marmaille faire la baleine ou bien a-t-il l'intention de se baigner aussi ?
À moins que...



À moins qu'il ne profite d'être seul pour aller à la Poste de Sainte Geneviève-des-bois, pour déposer une carte postale Combier représentant ladite Poste. Bouclant ainsi le geste, mettant l'image face à son lieu, comme une tautologie postale. Il aura écrit au dos des nouvelles brèves de la famille, dira les joies des bains pour les enfants et la venue prochaine de toute la nichée dans la famille restée à Limoges. Il ne remarquera pas que le nom de l'architecte J. Meret-Lagache figure au dos de sa carte postale.
Car même si la Poste est neuve, si son entrée est moderne avec son cube arrondi, on remarque peu l'architecture des petits, des obscurs, des sans grade.
Et souvent c'est dommage.

Merci Laurent Patart pour cette donation.




lundi 6 avril 2015

Un Corbusier, Le Livre




Je viens à l'instant de terminer la lecture du livre de François Chaslin Un Corbusier publié dans la très belle collection Fiction et Cie.
C'est un événement qu'un livre sur Le Corbusier écrit par celui qui avait réussi à me convaincre, tout au long de son émission Métropolitains, que l'architecture se construit aussi avec la voix. Il s'agit surtout, je le pense dans la tiédeur d'une lecture tout juste achevée, d'un livre d'une génération. Ceux qui sont en quelque sorte les enfants en short et chemise à carreaux que l'on voit jouer sur le toit-terrasse de la Cité Radieuse, ceux qui apprendront leurs leçons d'architectes qui ont bâti, contredit, serré les mains de l'architecte Corbu. Tout comme je me souviens de mon trouble apprenant que ledit Le Corbusier avait eu au téléphone le vieux Eiffel, c'est un ouvrage de passage, nécessaire à cette génération devant rétablir une vérité, avant de passer le flambeau à ma génération, flambeau un peu éteint d'une possible idôlatrie, la génération des enfants de mai 68. Je le prends comme ça. Dans mes salles de cours, dans les clubs des jeunes, des photographies aériennes Lapie tapissaient encore les murs avec la France superbe des Trente Glorieuses. Je me souviens de La Cité Radieuse en noir et blanc qui, je crois aussi, était visible dans les photographies des wagons de chemin de fer. Et, dans ma salle de classe de CM 1, le seul autre grand de l'Art était Picasso en poster en couleur. Je suis de ces moments-là. Il y a donc dans ce livre quelque chose que Monsieur Chaslin porte aussi, d'un inconditionnel de l'architecte ayant dû passer outre une forme parfaite d'amour (du moins de fidélité) à un doute sur un architecte autant adulé que récrié de tous côtés et surtout du côté des ignorants vociférant que notre Corbu était fasciste, nazi, de droite, puis communiste enfin, sans doute, homme de pouvoir portant à lui seul l'échec des grands ensembles.
Oui.
Le livre de Monsieur Chaslin dit la chose clairement et c'est sans doute, pour moi, pour nous, la première fois qu'ainsi, dans une multitude d'approches, de détails, de cernes on voit apparaître ce que nous aurions sans doute ne pas voulu voir. La manière de Monsieur Chaslin me fait penser à un Saint Sébastien dont l'envoi des flèches dans la chair du martyre serait la seule manière de dessiner les contours de son corps. Monsieur Chaslin sacrifie son mentor pour mieux, dans la seconde partie du livre intitulée le fada, le ressusciter avec l'histoire croisée de ses cités radieuses. C'est monumental comme écriture et comme procédé, c'est de grandeur conforme à l'homme et à l'architecte. Hésitant entre deux pôles durs, la crapule et, ou, le génie.
Le Corbusier en sort grandi et je le crois, sauvé. Parce que finalement, la petitesse habituelle des attaques sur ses pensées politiques n'est rien à côté de l'œuvre. Et si cela ne permet pas de pardonner, cela permet tout de même de dire la logique et donc l'intelligence qu'il a eu à s'en sortir. Comme si sa familiarité politique (on pourrait presque dire aujourd'hui dire sa bêtise) toujours à la recherche du pouvoir (le verbe) était rachetée par la force sereine, ambitieuse et inventive de ses constructions.
Je suis de ceux qui furent fascinés.
Je suis de ceux qui le restent, et je me refuse d'obscurcir les lumières, les ombres, les forces que j'ai aimées et ressenties au nom des idées politiques finalement médiocres d'un type ayant mal choisi son camp, ayant surtout cherché partout ceux qui lui permettraient de faire, faire son œuvre. Après tout, si je n'ai rien à faire ni à voir avec un groupuscule d'extrême-droite, je n'ai rien à voir non plus avec la grande bourgeoisie pour laquelle il a aussi construit. Ne dois-je plus aimer la Villa Savoye ? J'ai sans doute plus à voir avec les pavillons de Frugès et la collectivité de Marseille, Briey et Rezé. Mon histoire avec Le Corbusier, je me permets aussi Monsieur Chaslin, de la lire au travers de la vôtre, celle de ce livre. Je défendrai toujours Le Corbusier non pas qu'il ait encore besoin qu'on le défende ou que ma parole soit si importante à ce jeu mais simplement parce que je crois qu'il faut juger l'œuvre autant que l'homme. Et qu'il est important de ne jamais oublier que l'on a aimé. Votre livre le permet sans masque, sans fard et surtout sans peur. Enfin, avec votre infinité de détails, des citations, votre travail d'abeille voulant voir au plus près la reine, vous donnez l'occasion de mettre les choses à plat sur la grande table. Et c'est comme cela que l'on est libre d'aimer.
Et puis, vous me faites l'honneur de me nommer et surtout me faites l'honneur d'une complicité d'amateurs d'images et de cartes postales. Vous ne dites rien de néfaste à leur égard, vous les aimez. Aimer les images, y croire au-delà de leur cadre fabriqué, les aimer car elles sont des moyens de connaître et d'apprendre est bien aussi quelque chose que je crois partager avec vous. Je me souviens à l'écoute de vos émissions d'avoir construit mentalement les architectures que vous évoquiez avec vos invités, je me souviens comment les espaces naissaient de la conjugaison des verbes. Je garde précieusement, Monsieur, ces images, je jalouse celles que vous possédez et je vous remercie, une fois encore, au travers de ce livre de nous avoir donné une image de Le Corbusier, une image juste parce que personnelle, Un Corbusier vôtre, que je désire faire mien.

Et, ne me reste qu'à faire mon métier et enseigner Le Corbusier maintenant avec ce nouvel outil sincère.

Un Corbusier
François Chaslin
Fiction et Cie
isbn-978-2-02-123091-8

Je reçois cette précision de Mr Chaslin, je l'approuve et la diffuse :

Précision
Une campagne internationale s'est déclenchée, à partir de la parution de mon livre et d'un autre, sur le thème : Le Corbusier fasciste. Des articles sont parus dans près de soixante-dix journaux ou sites Internet à ce jour, de l'Angleterre à la Roumanie, de l'Espagne ou du Portugal jusqu'en Inde ou au Mexique. Cette campagne se déroule à mon corps défendant et je regrette son ton réducteur, à la recherche du scandale médiatique, que la vision mutilante qu'elle peut offrir d'un ouvrage qui est essentiellement un portrait, notamment politique bien sûr, l'exploration d'un caractère et du monde qui l'entoure dans leur complexité. Il y aurait là de quoi donner raison à l'architecte lorsqu'il écrivait : "Je suis d'une simplicité totale, d'une clarté totale. Et ce sont les événements qui sont tordus autour de mon caractère qui est droit, purement et simplement."

François Chaslin


Et comme c'est ici un lieu de la représentation de cette architecture par la carte postale, en voici une inédite encore sur ce blog. Elle n'a rien de rare, rien de particulier, seulement la force d'un document populaire tentant de donner à voir l'une des œuvres les plus étonnantes. Pourtant, ici, dans cette édition sans nom d'éditeur ni de photographe, c'est bien le cliché parfait de la carte postale qui est présenté.
Un premier plan végétal, grandes branches d'arbres tombant en ombres et en nombre sur la grille de béton, puis au second, un arbre fruitier soutenu par une planche, puis enfin, comme infinie, la Maison Radieuse de Rezé qui porte au verso de l'image le nom de son architecte : Le Corbusier.
Rien n'est plus simple, sans doute plus juste, pour parler de l'architecture que cette forme d'hommage.







mercredi 1 avril 2015

Sur des tabourets de Madame Perriand


 - Oui ? 
 - C'est Jean-Michel, Jean-Michel Lestrade...
 - Ah ! Jean-Michel ! Comment va ?
 - Mais bien, très bien ! Et toi ?
 - Au travail comme toujours, toi tu as arrêté je crois ?
 - Oui ! J'ai passé la main à mon fils Mohamed, il a repris l'agence et il développe le travail par les ordinateurs maintenant.
 - Oui ? Vraiment ? Dis-donc il y croit à ces machines ? Il est aventureux ?
 - Oui ! De toute façon, il sait revenir à la règle si nécessaire. Il est meilleur que moi tu sais.
 - J'ai vu la belle réalisation que ton agence a suivie à Grenoble, bravo. C'était ton fils je crois.
 - Oui, c'est Momo. Dis-donc, excuse-moi mais justement je t'appelle pour savoir si tu ne pourrais pas le rencontrer, il voudrait voir avec toi pour des projets de formations autour des ordinateurs. 
 - Oui ? Ah... euh... Je ne sais pas, que veut-il au juste ? 
 - Non non, ne t'inquiète pas, il veut venir avec le matériel pour te montrer son efficacité et voir comment vous pourriez faire un gros chantier ensemble.
 - Écoute oui, pourquoi pas. Là je suis en plein sur le chantier de Villetaneuse mais qu'il passe un coup de fil disons en fin de semaine, vendredi, je le recevrai cela va de soi au nom de nos vieilles histoires ! Et Jocelyne ? Comment va la jolie Jocelyne ?
 - Bien, très bien, elle te salue. Elle se souvient aussi de nos vieilles histoires....
 - ....
 - ..... Nikos ?....
 -.... Oui ! Pardon ! Un employé me posait une question... Oui ! Donc tu te souviens du chantier de Marly ?





















 - Avec André Contenay ? Et comment ! On a bien rigolé ! Et on a gagné ! Je racontais ce souvenir à Mohamed, tiens-toi bien, hier justement. Ce chantier ! Quel chantier !
 - Oui ! Comme quoi, il vaut mieux être associé que concurrent ! 
 - Tu sais que c'est ce chantier qui me paye ma retraite ! 
 - Arrête ! Je n'en peux plus ! Ah Sacré Jean-Michel !
 - Oui, c'est la vérité ! Il faut dire que le bâtiment est très beau.
 - En effet, il l'est et, entre nous... heureusement !
 - Ah t'es toujours aussi drôle. Tiens, je te passe quelqu'un, ne quitte pas...
 - Allo ? Nikos ? C'est la Princesse !
 - Jocelyne ? Jocelyne c'est toi ?
 - Mais oui ! Comment vas-tu ?
 - Tu es toujours avec ce coquin de Jean-Michel ? Comment tu fais pour supporter ce voyou ?
 - Il m'a donné quelque chose que tu n'as jamais pu me donner...
 - Des enfants ?
 - Mais non Nikos ! Ah... De la patience ! 
 - Je suis heureux de te savoir heureuse Jocelyne. Tes enfants sont bien élevés et ce que vous avez fait avec Mohamed, personne ne l'aurait fait. C'est tout vous, vous êtes parfaits.
 - Tu es gentil, passe nous voir, la semaine prochaine, je te ferai ton plat favori.
 - Du rouget grillé ? J'arrive !
 - Oui, viens dimanche, tu verras Momo et Gilles aussi. Et tu verras mon petit-fils Alvar !
 - Tu es grand-mère ? Alvar, je parie que c'est Jean-Michel qui lui a trouvé ce nom ?
 - Comme tu dis ! On t'attend dimanche. Tu pourras mieux discuter avec les garçons de vos projets.
 - Et Yasmina ? Comment va-t-elle ? je la verrai aussi ?
 - Non, elle est à la Grande Motte avec la mère de Jean-Michel. Je te le repasse, à Dimanche !
 - C'est Jean-Michel, Tu vois c'est encore Jocelyne qui arrange tout.
 - Veinard ! Je viens dimanche. Je te laisse, j'ai un plan à finir pour demain... Pour Renée Gailhoustet, un immeuble à Villetaneuse.
 - ... Charrette c'est ton second prénom ! Tu es encore charrette ! À dimanche et embrasse Renée pour moi !
 - Salut à toi ! Oui à Dimanche.



La carte postale du siège des Compagnies d'Assurances du Groupe Drouot à Marly-le-Roi est une photographie aérienne magnifique de Alain Perceval imprimée en Draeger. Elle ne comporte aucun nom d'éditeur ni d'architecte, et pas de date ni de correspondance.
Dans l'Architecture d'Aujourd'hui de 1959, on trouve une double page sur le club privé de la même Compagnie des Assurances Drouot par André Contenay, architecte.
C'est, simplement, un petit bijou de légèreté... Et on admirera le mobilier dont certaines pièces semblent de Charlotte Perriand. Qui nous aidera à identifier le reste de ce mobilier ? On notera que la revue ne nomme pas Charlotte Perriand comme ensemblière.