samedi 16 février 2013

Avec Strabic

La revue Strabic me fait l'honneur d'un partenariat.
Vous trouverez ici un article de votre serviteur sur quelques cartes postales de maisons de retraite et sur la manière dont on représente cette architecture.
Bonne lecture !

mardi 12 février 2013

Belles (de jour) italiennes (de nuit)

Retrouvons les sœurs italiennes, les belles dressées dans le ciel de Milan, toutes deux faisant un combat de genre et de style que nous n'arrivons pas à départager.
L'une est un objet superbe de design, presque une carrosserie de voiture de sport. Elle joue avec le vent, le fend comme une aile d'avion. L'autre est une citadelle du moyen-âge, une construction provenant des peintures de Sassetta, une tour qui joue des effets d'histoire.
Mais comment choisir ?
Et pourquoi choisir ?
Alors d'abord de jour, la tour Velasca :



La carte postale est expédiée en 1964 et ne donne aucune information sur les architectes de cette belle étrangeté : BBPR
Mais posons-nous la question de ce point de vue. Depuis quelle hauteur le photographe se place-t-il pour faire son cliché ?
Depuis le haut de cet immeuble bien sûr ! Saurez-vous le retrouver sur une carte ?
Descendons sur le sol, la nuit aussi est tombée...



Superbe non ?
La Tour Pirelli dans toute sa beauté. Mais aussi, bien servie par cette carte postale nocturne qui en fait un objet mystérieux, presque effrayant. Regardez comme elle se perd dans son ciel et comment la petite ligne blanche au sommet en sauve son dessin.
On admirera également la belle publicité Pirelli au pied de la tour qui possède encore quelques échafaudages.




Alors avez-vous fait votre choix ?
Croyez-vous que vous deviez en faire un ?
Dans l'imaginaire qu'elles portent, dans le ciel qu'elles transpercent, dans leurs logiques constructives, elles me ravissent toutes les deux.
On les retrouve ensemble dans le numéro de février 59 d'Architecture d'Aujourd'hui.
La Tour Pirelli bien qu'en travaux fait la couverture de la revue !







lundi 11 février 2013

Double fonction

On va retrouver deux amis : Monsieur Novarina et Monsieur Gillet.
On va voir comment d'un objet utile, d'une forme souvent laide, d'un génie civil un peu sec, ils savent prendre en compte son programme pour le dépasser et l'élargir en collant une autre préoccupation à la réalité urbaine d'une construction. Ils inventent le bâtiment double fonction en quelque sorte.
De Monsieur Guillaume Gillet nous avions déjà vu son extraordinaire château d'eau à la Guérinière à Caen. On sait l'état de décrépitude de ce chef-d'œuvre aujourd'hui. Il a pourtant obtenu le Label Patrimoine du XXème siècle. Mais revoyons-le dans toute sa grandeur, sa beauté parfaite et surtout son ambition.



La carte postale Iris prend le château d'eau comme motif et le replace dans son espace, celui d'une nouvelle cité, d'un nouveau quartier.
Il faut dire qu'il le mérite ce château d'eau qui est aussi un marché dont on devine sur la carte postale la galerie marchande qui court tout autour.
On devine aussi l'incroyable escalier qui monte vers le réservoir. Un marché donc, placé là sous l'ombre pliée du béton. Façon d'animer une forme souvent oubliée, une fonction triviale, par de la convivialité. Manière aussi de faire une architecture-phare, un signe urbain fort dont la fonction première ainsi détournée remplit le rôle de point névralgique et convivial d'un quartier.
Guillaume Gillet fait là sans doute l'un des plus grands gestes de sa carrière.
Voyons comment s'en tire Monsieur Novarina :



Nous sommes à Argentan devant le centre commercial. Un bâtiment dans un cercle parfait entoure une cheminée qui monte tout droit.
Une énorme cheminée pour un si petit centre commercial ? Non ! Sans doute simplement la chaufferie des immeubles derrière ainsi camouflée en centre commercial moderne. C'est bien dessiné (comment s'en étonner de la part de Monsieur Novarina) c'est bien vu et c'est là aussi l'occasion de retourner une difficulté en avantage. La cheminée devient le repère, le centre commercial cache la chaufferie !
On notera que l'éditeur Artaud de cette carte postale nomme bien l'architecte mais qu'il fait sans doute une faute d'orthographe en nommant la rue : rue du Béridien. Il faudrait lire Méridien ! Mais me direz-vous, il ne semble rien rester de ce lieu... alors....

samedi 9 février 2013

La boîte noire vue d'en face



Dans l'édition de cartes postales, il y a aussi parfois des objets singuliers, des formes particulières.
Plus proche du livre d'artiste ou du portfolio, la très belle édition Vues d'en face de Fréderic Lefever fait partie de ces objets édités non identifiés.
Dans une boîte noire mate et mystérieuse à nos regards, une petite étiquette discrète sur le côté vous donne le titre de l'œuvre : Vues d'en face. Le nom de l'artiste et le commanditaire, le Centre de la photographie du Nord-Pas-de Calais, accompagnent ce titre dans une grande discrétion. La boîte ouverte ne révèle aucun texte critique, aucune intention d'auteur, aucune description ou circonstance du travail ou de la commande.
Il faut dire que le titre face à ces images raconte à lui seul beaucoup de choses. L'ensemble des 50 (!) cartes postales est ainsi offert au regard et à la lecture et dit parfaitement le jeu du photographe cadrant implacablement le motif dans une sécheresse objective et sensible comme nous avions pu déjà l'évoquer dans cet article. Le répertoire est celui bien connu du photographe. Frédéric Lefever relève, à la manière d'un arpenteur et dans une distance au motif très régulière, les jeux des façades étranges et souvent touchantes de la Région. Entre humour que la Belgique proche teinte de Magritte et une vision quasiment topographique à la Ed Ruscha, s'enchaînent ainsi des images aux couleurs pastel, aux typographies hasardeuses, aux architectures à la modernité de jouets de constructions dessinés par Spirou et Fantasio. Le pays traversé nous dit par l'œil du photographe cette particularité du Nord dont les couleurs outrées forment pourtant une sorte de tendresse joviale. On se régale des peintures naïves sur les murs, on s'amuse des lettrages mal ajustés des petites fabriques, on s'attache aussi à l'intimité affichée des intérieurs des maisons sans doute ouvertes aux regards aussi facilement que le cœur de leurs habitants. On sent une culture, on comprend un lieu entre sourire et envie irrépressible de le rejoindre...
L'édition que m'a envoyé Frédéric Lefever est une édition d'artiste numérotée à la main sur 17 exemplaires ! Je saisis ce que ce travail peut aussi avoir de patient... le tirage normal est de 300 exemplaires. Autant vous dire que je vais garder jalousement mon édition... Au verso figure également le lieu de la prise de vue comme une vraie carte postale. Espérons que certaines de ces cartes postales soient glissées dans une boîte postale avec le timbre. Au dos, sans doute que l'expéditeur aura écrit à son correspondant : " Bons baisers du Nord Pas-de-Calais. Ici il fait beau dans le ciel comme dans nos cœurs. Remercie bien Frédéric pour la belle boîte. A Bientôt. David "
Et les images défileront doucement sous vos yeux...



































mardi 5 février 2013

Métal ondulé

On a évoqué la ville nouvelle de Bagnols-sur-Cèze sur ce blog. Avec raison je crois, car son plan, son architecture furent un modèle du genre un peu... décrié aujourd'hui et surtout je crois, bien oublié sur les lieux mêmes !
Alors c'est encore par un grand nom de l'architecture du siècle passé, Jean Prouvé, que nous allons aborder cet héritage. Nous ne parlerons pas de logement mais du lycée. On verra aussi que le point de vue sur cet établissement ne bouge pas beaucoup puisque les deux cartes postales ci-dessous montrent ce lycée photographié exactement du même endroit.
Il faut dire qu'il s'agit du même éditeur  S.L. qui a dû juger bon de revenir sur les lieux de son crime ! Une fois en automne et une fois en été !
Regardons :





Vous pourriez bien trouver tout cela ennuyeux et je vous comprendrais. Effectivement on ne peut pas dire que les deux photographies nous révèlent une architecture brillante et spectaculaire. De beaux blocs se regardent les uns les autres et on a du mal à saisir leur plan, leur fonctionnalité. Rien ne transpire de la fonction de cet ensemble.
Mais une fois de plus c'est par l'élément constructif que nous allons aborder ce bâtiment. Il est en effet entièrement recouvert pour ses façades de panneaux Jean Prouvé. On voit bien sur la carte postale en couleur les brillances de ces derniers !
On en retrouve le détail sur le site de vente de Drouot !






Mais comment de tels morceaux arrivent-ils jusqu'à des ventes aux enchères ? Sont-ils tombés du camion qui les emmenait vers la décharge publique ? Ont-ils, suite à des recherches de passionnés été récupérés et achetés sur place ? Ont-ils fait l'objet d'une estimation sur place et ont-ils été "surveillés" par les agents locaux du Patrimoine ? Vu la quantité sur la façade et vu la cote de Jean Prouvé, le service public aurait sans doute eu tort de perdre une telle valeur... Enfin... Il vaut peut-être mieux que des amateurs fortunés sauvent ce que d'autres ne voient même pas. C'est un débat. Espérons tout de même que quelques-uns auront rejoint un musée ou un lieu public de conservation. A moins finalement que ce travail de Jean Prouvé, au-delà de son nom, ne soit finalement pas si intéressant que cela d'un point de vue architectural... C'est aussi un débat !



 

Mais revenons à nos cartes postales. Un autre objet de culte, lui aussi en tôle ondulée est garé devant les panneaux de Monsieur Prouvé. Il s'agit d'un HY Citroën. Sa laideur géniale, son fonctionnalisme franc, sa rusticité légendaire viennent parfaitement jouer avec les éléments de l'ingénieur. Cette rencontre du génie français du métal sur une image c'est déjà une histoire.

dimanche 3 février 2013

Photographies de connivence

Je reçois de la part de Monsieur Daniel Leclercq un ensemble de cartes postales sur la Cité Radieuse de Marseille. Toutes les cartes sont en noir et blanc, toutes sont signées de Monsieur Richard M. Bisch.
On sent bien qu'il s'agit d'une édition un peu particulière qui n'entre pas dans la production habituelle du genre sur ce bâtiment. La qualité d'édition parle. Un noir et blanc très doux, presque ouvert, des cadrages inédits sur des détails, un papier brillant et souple et une absence totale de nom d'éditeur font penser à une auto-édition ou à un travail pour, par exemple, une association.
Il s'agit pourtant d'un beau regard photographique sur la construction dont l'érudition du photographe et même je crois le parti pris positif vis-à-vis de la Cité Radieuse ne font aucun doute.
Le bâtiment est montré comme si le regardeur le connaissait et l'aimait déjà, avec des cadrages audacieux et abstraits.
Il s'agit d'une photographie de connivence, en quelque sorte une déclaration d'attention et de reconnaissance entre amateurs. Bref une édition originale, belle, et pour cette idée du partage même émouvante.
Regardons :













Mais je reçois aussi de la part de Daniel Leclercq un petit opuscule fort croustillant et intelligent. Il y fait depuis une lecture assidue de magazines et d'écrits politiques un état des lieux de l'urbanisme et du regard biaisé sur ce domaine. Ses positions sont claires, les arguments bien construits et on peut ainsi facilement traverser les démagogies, les habitudes de langage et les poncifs !
Alors procurez-vous cet ouvrage !
Merci à Daniel Leclercq pour tous ces moments d'images et de réflexion !




samedi 2 février 2013

Des ronds dans l'eau




Une carte postale.
Une image.
Un moment, une seconde à peine.
Sur cette carte postale Théojac dont la photographie est de Jean-Claude Meauxsoone on perçoit la Grande Motte. On en devine un morceau. L'éditeur nous parle de " Nouvelle Floride Française " et des "immeubles pyramidaux". Il ne nomme pas l'architecte.
Mais le tour de force du photographe (oui je ne vous ai pas encore dit à quel point j'aime cette photographie) c'est bien d'une certaine manière de nous faire oublier cette architecture. Je veux dire de nous donner à voir un micro-événement qui fait que, irrémédiablement, l'œil glisse sur les façades ajourées des immeubles pour s'attarder sur le premier plan.

Là, dans un pantalon de toile d'un vert pomme qui en marque l'époque, un garçonnet fait un bond d'un cercle de béton à l'autre. Son mouvement suspendu, gracile et un rien maladroit aussi offre une spontanéité en contraste total avec l'architecture mais en révèle en même temps sa joie de vivre et ses espaces interstitiels qui fabriquent une ville pensée, dessinée pour une forme de bonheur balnéaire. La gamme colorée de l'image se trouve ainsi équilibrée par ce ça photographique : un gamin bondissant.
Une image d'une incroyable beauté, nostalgique aussi car je me reconnais dans cette époque, dans ces vêtements.

Au second plan, des enfants plus âgés forment un triangle aux couleurs brunes et ocres qui doivent sans doute pourtant être en relation avec ce gamin du premier plan. L'image est d'une construction spatiale incroyable !
Mais aussi cette carte postale et cette photographie de Monsieur Meauxsoone me font penser à d'autres grands photographes ayant ainsi suspendu un geste. D'abord Cartier-Bresson avec un saut suspendu :

Mais aussi à Lartigue avec cet enfant génialement retenu pour l'éternité dans son plongeon !


Et j'imagine alors que les cercles de béton sous les pieds de l'enfant de la Grande Motte sont la matérialisation des cercles que dessinent les pierres jetées dans une flaque. L'enfant sautant de cercle en cercle, marchant en quelque sorte sur l'eau.


On retrouve cet espace sur cette autre très belle carte postale de la Grande Motte :



la carte postale est aussi une édition Théojac qui cette fois ne nomme pas son photographe. Mais au vu de la visée (?) je suis persuadé que Monsieur Meauxsoone a aussi réalisé cette photographie !


Regardez comme on a l'impression que les cercles de béton sont ceux-là mêmes qui furent découpés dans la façade des immeubles de Monsieur Balladur !
Quel cliché !
Le port et la ville se découpent au travers de ce grand cercle. Nous sommes ainsi pour un temps de regard des habitants de la Grande Motte. Et sans doute que la joie des gamins sautant de cercle en cercle et faisant des ronds dans l'eau nous donne l'occasion d'aimer un peu plus cette ville étonnante. Les photographes de cartes postales sont de grands photographes.