jeudi 2 novembre 2017

La rambarde

Dans un article sur Royan, j'évoquais déjà cette sensation étrange :



Il nous est sans doute difficile de comprendre la raison d'une telle image, non pas tant dans son sujet déclaré, ici l'Autoroute du Sud, que dans son cadrage et donc sa mise à disposition.
Nous sommes à Chilly-Mazarin mais, en fait, sommes-nous quelque part ?
Ne pourrions-nous pas tous reconnaître dans cette image bien d'autres que nous avons cru croiser dans notre vie de déplacements ? N'y a-t-il pas dans cette carte postale une sorte de commun de l'image mêlant l'ennui, l'indifférence, une langueur que Martin Parr nommera Boring.
Oui.
Mais une fois encore, ce qui nous saute aux yeux c'est autant le cadrage d'un objet à la fois pour nous devenu anodin, l'Autoroute et son expérience que le cadrage d'un objet particulier et semblant inutile à toute représentation : la rambarde.
Car quoi ? Il aurait été aisé au photographe des éditions Combier de passer au-delà de cet objet, ou même au travers, de le faire disparaître derrière ses coudes, projetant la chambre ou le boîtier dans le vide. Mais regardez-vous bien ? Vraiment ? En êtes-vous certain ? Voyez-vous comment en laissant la rambarde, héroïne de cette image, se briser en deux et en laissant échapper de cet angle les voies de l'Autoroute du Sud, il crée un dynamisme fort prenant la forme d'une flèche venant se pointer dans le flan gauche du bord de la carte postale ? Indiquant ainsi la vitesse, le dynamisme mais aussi le côté implacable de cette autoroute qui traverse comme une flèche le paysage (au point qu'il faut lui passer par dessus) le photographe raconte bien l'invention d'un réseau rapide, sa modernité mais aussi la manière dont il est perçu dans le paysage. Quasiment prise depuis la fenêtre d'une automobile, notre hauteur est celle d'une personne assise côté passager, la photographie évoque le mouvement, le fait que nous soyons, ici, dans l'obligation de circuler.
Il contredit le fameux "Circulez ! Y a rien à voir" et nous permet au contraire de juger que voir c'est aussi saisir là où l'on est sans jugement des objets de ce regard.
Je ne comprends pas très bien d'ailleurs ce qu'est cet objet étrange aussi au coin en bas à gauche, ligne blanche qui barre l'image. Un poteau indicateur sans doute du même modèle que celui visible sur le bord de l'Autoroute. Il aura fallu donc au conducteur se stationner là ou venir à pied.



Mais êtes-vous encore comme moi étonnés que ce type de sujet ait pu ainsi à ce point réclamer ce type d'image ? Entendez-vous les charmes de la Modernité, de cette France qui s'équipe et de sa fierté populaire, heureuse de figer, d'enregistrer cette évolution et aussi de la diffuser comme on diffuse les Châteaux de la Loire ou les Calvaires Bretons ?
C'est là l'invention d'un Monument.
L'Autoroute du Sud, objet recouvrant les fantasmes des vacances, de la rapidité et de la fluidité, du tout automobile est un monument dans lequel on se reconnaît contemporain à ce monde. La carte postale n'est donc pas ennuyeuse, elle est un portrait autant de celui qui photographie que de celui qui expédie. Elle est finalement presque une obligation d'image, un objet de culture racontant dans le vacarme bruyant des automobiles les joies d'un certain... Transport...
Je vous conseille également un petit retour ici.

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