dimanche 28 octobre 2018

Bon coup de balais à Brasilia

Vous allez tomber de vos chaises, à moins que vous ne tombiez de votre fauteuil Barcelona !
Quelle chance avions-nous de croire ou de penser  trouver une carte postale montrant une icône de l'architecture quelques heures avant son inauguration, au moment même où on y installe ses meubles et ses tapis, avec les ouvriers en plein travail ?
Regardez !

Et comme vous êtes de fidèles lecteurs, vous aurez reconnu ce point de vue que nous avions déjà vu ici.
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/01/profondeur-de-chant-bresilien.html

Il faut croire que l'invention de Brasilia, sa modernité, l'événement de son surgissement ont provoqué une impatience telle chez les éditeurs qu'ils n'ont pas su attendre que tout soit terminé pour photographier et diffuser des moments de son invention. N'est-ce pas touchant et improbable que nous ayons sous les yeux ce moment ou les balayeurs et ouvriers installent le mobilier dans le Palais de l'Aurore ?
























Tout au fond de la photographie, deux ouvriers déroulent un tapis ou un morceau de moquette, l'un d'eux regarde le photographe. À gauche, un balayeur se reflète dans le grand miroir, il est entouré lui aussi de grands rouleaux qui sont sans doute des tapis.



À droite, son collègue, comme en symétrie, fait le même geste mais regarde, lui, dehors. On aime aussi en voir le reflet dans l'immense baie. Au premier plan, les fauteuils Barcelona ont leurs coussins encore protégés par des papiers ou des housses, la table basse n'a pas reçu son plateau, le canapé n'est pas découvert... les rideaux ne sont pas posés, etc...




On peut s'amuser à jouer au jeu des erreurs entre les deux cartes postales.
Nous voilà dans un moment bien intime, peu enclin d'habitude à recevoir des visites. Il faut croire que le photographe des éditions Colombo pouvait ainsi circuler dans les bâtiments sans crainte et que surtout, il a considéré lui-même ce moment comme digne d'être représenté. C'est bien là qu'est notre étonnement ! Doit-on voir là l'impatience dont je parlais plus haut ou une forme d'attention portée au travail des ouvriers, véritables acteurs de la naissance de cette ville ? Veut-il, ce photographe, nous signifier la nouveauté de ce Palais de l'Aurore en évoquant l'actualité de sa naissance, les dernières petites attentions à la mise en scène de cette architecture de Niemeyer ?
Quel document...
On pourrait presque questionner la mise en place de ces éléments de décoration et d'ameublement à l'aune de cette photographie car le volume et son étendue semblent bien dire un vide difficile à articuler, obligeant à inventer des îlots de convivialité que les fauteuils posés en groupe un peu loin les uns des autres organisent. Ici l'architecture de Niemeyer apparaît donc d'abord comme une absence, au moins une scène, donnant la chance à la vue redoublée par le miroir géant de se perdre dans l'horizon du paysage. Comme si ce surplus d'espace un rien gratuit était le vrai luxe de ce bâtiment dont le spectacle vient bien de cette surprise du vide. En ce sens, le regard du balayeur comme stoppé dans son élan de travail, se perdant dans le paysage extérieur, dit toute l'étendue de ce désir de perte, sa langueur. L'œil se perd au-delà de l'architecture préférant regarder la ville qui se construit.
Comme c'est bien le même éditeur (et photographe ?) qui est venu pour faire les deux clichés, on peut en conclure tout de même qu'il préféra donner à voir le moment parfait où tout est en place. Combien de temps le cliché de l'installation a-t-il été disponible à la vente, mettant l'actualité de la construction en rapport direct avec son image ? Avait-on le choix entre les deux cartes postales ? Les balayeurs et ouvriers ont-ils aimé ainsi être immortalisés dans leur tâche ?
Ma carte n'étant pas écrite, je ne sais rien de cette réception. Jean-Michel Lestrade lui avait fait le choix de la deuxième carte postale.
On notera que l'éditeur écrit Futura capital ce qui signifie bien que la Capitale et au moins le Palais de l'Aurore ne sont pas officiellement ouverts. Nous sommes donc avant le 30 juin 1958.

Espérons qu'aujourd'hui, le Brésil ne se laisse pas tenter par des arguments immondes et que ce coup de balais au Palais de l'Aurore fasse le ménage en mettant la poussière réactionnaire dehors et surtout pas sous le tapis.

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